Grippe espagnole en Suisse

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Grippe espagnole en Suisse
Maladie
Agent infectieux
Localisation
Date d'arrivée
Date de fin
Bilan
Morts
24 450

La pandémie de grippe espagnole entraîna entre 1918 et 1919 le décès de près de 25 000 personnes en Suisse, et peut être qualifiée à ce titre de pire crise démographique suisse du 20e siècle. Les recherches de l'historien Christian Sonderegger l'amenèrent à formuler l'hypothèse selon laquelle une personne sur deux en Suisse aurait été malade de la grippe pendant cette période[1].

Liée à un contexte de fortes tensions sociales avec la grève générale de 1918, elle a également des conséquences politiques, socio-économiques et hygiéniques.

Contexte général[modifier | modifier le code]

La pandémie de grippe de 1918-1919 fut particulièrement virulente dans de nombreux pays, avec 20 à 50 millions de morts dans le monde. Environ 2 millions de personnes en Suisse furent touchées par la grippe espagnole, et 24 450 personnes décédèrent en Suisse entre et , ce qui équivaut à 0,6 % de la population de 1918.

Histoire et développement[modifier | modifier le code]

La grippe espagnole se manifesta en Suisse dès l'été 1918, alors que le pays était secoué par les prémisses de la grève générale de 1918 et que la mobilisation militaire était encore en cours. Les hommes mobilisés furent parmi les premières victimes de la grippe, en . Les écoles de recrue furent fermées.

Les populations rurales furent aussi progressivement touchées.

Contexte politique et socio-économique de l'époque[modifier | modifier le code]

Les centaines de victimes de la grippe dans l'armée exacerbèrent les tensions qui existaient déjà du fait d'une situation sociale fortement dégradée (l'historien Hans-Ulrich Jost mentionne famines et mauvaise gestion des vivres)[2]. Dans les villes, des grèves éclatèrent et les troupes furent mobilisées. Dès , la vie publique fut paralysée.

Le Conseil fédéral et le commandement de l'armée durent nommer chacun une commission d'enquête sur les conditions sanitaires dans l'armée, soupçonnées de favoriser la propagation de la maladie.

Instrumentalisations politiques[modifier | modifier le code]

À l'instar d'un des premiers mouvements de grève – l'Union ouvrière zurichoise organise une grève générale des employés de banque d'une demi-journée à Zurich –, immédiatement dénoncé comme annonçant « un coup de force bolchevik » par l'Association suisse des banquiers[2], l'épisode de la grippe espagnole sera utilisé par les deux blocs en présence pour dénigrer l'adversaire. L'historien Christian Sonderegger écrit à ce propos

« Ouvriers et bourgeois s'accusèrent mutuellement d'être moralement responsables des cas mortels de grippe enregistrés. »[3]

En , l'épidémie, les grèves qui éclatent, la mobilisation des troupes contre les grévistes paralysent la vie publique dans les villes.

Mesures sanitaires prises par les autorités civiles et médicales[modifier | modifier le code]

À la mi-juillet, les médecins durent annoncer chaque cas de grippe aux autorités à Berne et à Bâle. Le , la déclaration officielle des cas de grippe devint obligatoire en Valais. En , la déclaration fut décrétée obligatoire sur l'ensemble du territoire[1].

Les soldats n'eurent plus le droit d'envoyer à leurs familles leur linge sale, celui-ci étant identifié comme source de contagion pendant son transport par la poste[4].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Dans l'administration fédérale[modifier | modifier le code]

Les services fédéraux connurent une pénurie grave de personnel, à l'exemple des PTT qui ne peuvent plus assurer une distribution normale du courrier ni le débit habituel pour les communications.

PTT[modifier | modifier le code]

Copie d’une lettre dactylographiée en français, portant en haut à gauche un tampon en allemand, avec une date et un numéro.
Conséquences de la grippe sur le personnel de la téléphonie et la télégraphie.

Pour la téléphonie et la télégraphie, la population est priée de n'appeler qu'en cas d'urgence[5].

Quant à la poste, elle mène des observations statistiques dès , lesquelles montrent un pic de personnel malade en octobre[6]. Par exemple, 20 % des employés du Postkreis de Coire étaient malades de la grippe en octobre[7]. 137 193 jours de congé maladie ont été relevés dans les rapports sur l'emploi du personnel des PTT pour toute l'année 1918 (en 1917, ce n'étaient que 7 000). Ces chiffres baissèrent à nouveau en 1919 et 1920[8]. La poste engagea de nombreux employés temporaires et prescrit à son personnel des mesures de prévention de la contagion. Les wagons de chemin de fer qui transportaient les sacs postaux furent identifiés comme sources de contagion et désinfectés[9].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Michael Schoy, « Endlich empfehlen wir dem Personal, ruhiges Blut zu bewahren [...] » Die Grippeepidemie von 1918 und ihre Auswirkungen auf die Post, Bern, 2014, p. 15.
  2. a et b Hans-Ulrich Jost, entretien rapporté par Guy Zurkinden, « 1918, naissance d'une alliance anti-ouvrière », Journal du Syndicat suisse des services publics, numéro 13, 24 août 2018, page 6.
  3. Christian Sonderegger, Die Grippeepidemie 1918/1919 in der Schweiz, Berne 1991 (mémoire de licence, Université de Berne). Cité par « grippe » dans le Dictionnaire historique de la Suisse en ligne.
  4. Archives des PTT, dossiers P-05 A_PAA 00539:04 et P-05 A_PAA00723:04, cités dans le dossier constitué par les Archives elles-mêmes.
  5. Communiqué de l'administration des téléphones (Obertelegraphendirektion) du 22 juillet 1918, Dossier PTT-Archiv T-00 A 3249, voir illustration.
  6. PTT-Archiv P-10 A 0034 20 « Statistik über die Grippe beim Postpersonal ».
  7. KPD Chur an OPD betr. « Statistik über die Grippe beim Postpersonal », 15 janvier 1919, PTT-Archiv, Dossier P-10A 0034:20, Cote 45.154.21. Citée dans: Michael Schoy, « Endlich empfehlen wir dem Personal, ruhiges Blut zu bewahren [...] » Die Grippeepidemie von 1918 und ihre Auswirkungen auf die Post, Bern, 2014, p. 25
  8. Michael Schoy, « Endlich empfehlen wir dem Personal, ruhiges Blut zu bewahren [...] » Die Grippeepidemie von 1918 und ihre Auswirkungen auf die Post, Bern, 2014 (unveröffentlichte Bachelorarbeit).
  9. Archives des PTT, dossiers P-05 A_PAA 00539:04 et P-05 A_PAA00723:04.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (de) Hans Thalmann, Die Grippeepidemie 1918/19 im Zürich, Zürich, Th. méd., , 51 p.
  • (de) Christian Sonderegger, Die Grippeepidemie 1918/1919 in der Schweiz, Berne, mém. lic.,
  • Catherine Ammon, Chronique d'une épidémie: grippe espagnole à Genève, 1918-1919, Genève, Université de Genève-Institut Jeantet d'histoire de la médecine,
  • (de) Erwin Horat, « «Gedenket heute unserer lieben Verstorbenen! Wählt nicht sozialistisch, wählt konservativ!!» Die politische Landschaft der Zentralschweiz nach dem Ersten Weltkrieg zwischen grippetoten Soldaten und «bolschewistischer Gefahr» », Der Geschichtsfreund: Mitteilungen des Historischen Vereins der Fünf Orte Luzern, Uri, Schwyz, Unterwalden ob und nid dem Wald und Zug, 159,‎ , p. 167-328 (lire en ligne)
  • Laura Marino, « La grippe espagnole en Valais (1918-1919) », Annales valaisannes,‎ , p. 99-142
  • (de) Armin Rusterholz, « Das Sterben will nicht enden! » Die « Spanische Grippe-Epidemie » 1918/19 in der Schweizer Armee mit besonderer Berücksichtigung der Glarner Militäropfer, Arni, Armin Rusterholz, , 179 p.
  • (de) Michael Schoy, « Endlich empfehlen wir dem Personal, ruhiges Blut zu bewahren [...] » Die Grippeepidemie von 1918 und ihre Auswirkungen auf die Post (Bachelorarbeit), Bern, Historisches Institut, Universität Bern, , 59 p.
  • (de) Andres Tscherrig, Krankenbesuche verboten! Die Spanische Grippe 1918/1919 und die kantonalen Sanitätsbehörden in Basel-Landschaft und Basel-Stadt, Liestal, Verlag des Kantons Basel-Landschaft, , 244 p. (ISBN 9783856732905)

Sources dans les services d'archives[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]