Grenade GLI-F4

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Grenade GLI F4
Présentation
Pays d'origine Drapeau de la France France
Type Grenade lacrymogène instantanée
Fabricant SAE Alsetex (groupe Étienne Lacroix) à Précigné (Sarthe)
Période d'utilisation 2011 à nos jours
Autre(s) nom(s) SAE 810
Poids et dimensions
Masse 190 g
Longueur totale 17,8 cm
Diamètre 5,6 cm
Caractéristiques techniques
Explosif Trinitrotoluène (TNT)
Quantité d'explosif 25 g
Portée 5-30 m (à la main), 40-200 m (fusil ou lanceur)

La grenade lacrymogène instantanée GLI F4 (ou SAE 810) est une grenade lacrymogène et assourdissante, contenant une charge explosive constituée de 25 grammes de TNT.

Elle est utilisée par les forces de l'ordre françaises depuis 2011. La France est le seul pays européen à l'utiliser pour le maintien de l'ordre. Elle peut causer de graves mutilations voire tuer.

Historique[modifier | modifier le code]

Elle a d'abord été autorisée dans le cadre des opérations de maintien de l'ordre, depuis le décret n° 2011-795 du 30 juin 2011, en parallèle à la grenade OF F1[1]. Elle a définitivement remplacé la grenade OF F1, depuis que cette dernière a été d'abord suspendue, après le décès du manifestant Rémi Fraisse, lors de son utilisation pendant la manifestation des 25 et 26 octobre 2014 contre le barrage de Sivens[2],[3]. Elle est définitivement interdite par décret n° 2017-1029 du 10 mai 2017[4],[5]. Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'Intérieur, n'interdit cependant pas la GLI-F4 et préfère durcir le protocole de son utilisation[6].

Composition[modifier | modifier le code]

Le gaz lacrymogène de la grenade est composé de dix grammes de CS pulvérulent et la charge explosive est constituée de 25 grammes de TNT.

Utilisation[modifier | modifier le code]

La France est « le seul pays européen à utiliser des munitions explosives en opérations de maintien de l’ordre »[7]. Cette grenade est utilisée en France pour le maintien de l'ordre depuis 2011[8].

Trois mille grenades de ce type, dont certaines périmées, ont été lancées sur la Zone à défendre (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes, en avril 2018[9]. Il est alors question de la remplacer par la grenade GM2 L, du même fabricant[10].

Effets[modifier | modifier le code]

La grenade est présentée comme une grenade lacrymogène instantanée, c’est-à-dire avec effet de souffle[11]. D'après son fabricant, la société d'armement et d'étude Alsetex (ou SAE Alsetex), filiale du groupe Étienne Lacroix, qui la produit à l'usine de Malpaire, au Précigné (Sarthe)[12], elle provoque un effet psychologique avec un effet sonore de 165 dB mesuré à 5 m et 160 dB mesuré à 10 m, ainsi qu'une onde de choc[13].

L'Inspection générale de la Gendarmerie nationale (IGGN) et l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN) décrivent ces grenade en ces termes : « les dispositifs à effet de souffle produit par une substance explosive ou déflagrante sont susceptibles de mutiler ou de blesser mortellement un individu »[7]. Une circulaire de la gendarmerie reconnaît également des lésions possibles au tympan[7]. Cette grenade peut causer de graves mutilations comme un pied fracturé[14] ou une main arrachée[15]

Demande d'interdiction par un collectif d'avocats[modifier | modifier le code]

Un collectif d'avocats demande dans une lettre du 30 novembre 2018, une interdiction de ces armes au président Emmanuel Macron, en raison des blessures occasionnées à plusieurs personnes pendant la manifestation des gilets jaunes du 24 novembre[16]. Les avocats saisis alertent, le 6 décembre, le premier ministre Edouard Philippe et demandent l'abrogation immédiate du décret autorisant l’usage des GLI-F4. Ils rappellent également que la France est le seul pays d'Europe à utiliser ce type d'arme militaire dans le cadre du maintien de l'ordre, sans que cela se traduise par une efficacité supérieure à celle obtenue par les polices de pays voisins[17].

Manifestations des Gilets jaunes devant l'usine[modifier | modifier le code]

Le vendredi 7 décembre 2018, une cinquantaine de gilets jaunes manifeste sans blocage devant l'usine d'Alsetex à Précigné pour dénoncer les violences et soutenir les personnes blessées lors des manifestations du mouvement. C'est un site sensible, classé Seveso. Les gilets jaunes se contentent donc d'afficher sur les grilles des photos de personnes blessées lors des manifestations et quelques dessins satiriques. Ils prévoient alors de faire une marche le lendemain, depuis l’usine LDC de Sablé jusqu’en centre-ville, craignant que ces grenades fassent d'autres victimes lors des manifestations parisiennes[18].

Chronologie des accidents[modifier | modifier le code]

Le , à Lille, un manifestant ramasse une grenade GLI-F4 à la main pensant qu'il s'agit d'une grenade lacrymogène, elle explose, sa main est arrachée[19][Information douteuse] [?].

Le , un homme qui manifeste pour le système de retraites dans les rues de Saint Nazaire se retrouve amputé de deux orteils, et reste handicapé à 75 % après avoir été touché par une de ces grenades[7],[20],[21][Information douteuse] [?].

Début , lors d'une manifestation à Chefresne, en Normandie, contre la ligne à très haute tension, devant desservir la future centrale EPR de Flamanville, 25 personnes sont blessées, dont deux gravement. La plupart ont reçu des éclats en plastique ou en métal provenant de ces armes[22].

En 2013, lors d'une manifestation en Bretagne contre les portiques écotaxes à Pont-de-Buis, une main est également arrachée[19],[20].

En 2014, lors de la manifestation des 25 et 26 octobre 2014 contre le barrage de Sivens, un manifestant, Rémi Fraisse, décède des suites de l'explosion d'une grenade OF F1[23]. La police s'inquiète alors d'un possible retrait de ce type de grenade[24]. Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur, décide d'interdire l'utilisation des grenades OF F1 mais maintient l'utilisation de la GLFI-F4 en durcissant son protocole d'utilisation[23],[6].

Mardi , lors d'une manifestation à Bure contre l'enfouissement de déchets nucléaires, plusieurs personnes sont grièvement blessées par cette grenade. Une victime risquait alors d'être amputée de plusieurs orteils malgré différentes opérations[6]. Un trou de 3 cm de profondeur et de 15 cm de diamètre a été creusé dans son pied, tous les os sont brisés et certains ont disparu. Le plastique de la grenade a également fondu dans la plaie, risquant de déclencher une infection[25].

Le , lors de l'évacuation par la gendarmerie de la zone à défendre de Notre-Dame-des-Landes, Les gendarmes ont déversé une quantité record de grenades sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes, un homme a la main arrachée par une GLI-F4[20]. En avril déjà, 11 000 grenades sont lancées dont 8 000 grenades lacrymogènes et 3 000 grenades assourdissantes, dont un lot datant de 2005 et donc périmé depuis 2015[26]. Une procédure est lancée le 22 octobre 2018, au tribunal administratif de Nantes, de cinq blessés de « requêtes en référés expertises », afin de démontrer la responsabilité de ces grenades de blessures ayant provoquées fractures, brûlures au 3e degré ayant nécessité une greffe de peau, des éclats de grenade définitivement sous la peau, à 2 journalistes et 3 habitants de la ZAD (maraîcher, cuisinier et étudiant). Le but est de prouver la liaison devant un tribunal administratif pour ensuite faire reconnaître la responsabilité de l'État, via le ministre de l'intérieur et le préfet pour cette pratique[27].

Le , lors d'une manifestation du mouvement des Gilets jaunes, un jeune homme de 21 ans a la main arrachée par l'explosion d'une grenade GLI-F4, lancée par des forces de l'ordre avenue Franklin-Roosevelt à Paris[28],[29]. Un collectif d'avocats écrivent alors au président Emanuel Macron pour interdire cette munition le 30 novembre[16]. Une autre personne à eu un important éclat de plastique de GLI-F4 incrusté dans le pied et différents éclats dans la jambe[30],[17],[31]. Le , un autre manifestant âgé d'une cinquantaine d'année perd sa main place Jean Jaurès à Tours, dans une explosion provoquée par une grenade dont la nature n'est pas précisée[32]. Ce même jour, 10 000 grenades sont tirées à Paris, dont 339 GLI-F4[33],[34].

Le 8 décembre 2018 à Bordeaux, également lors du mouvement des Gilets jaunes, un homme perd sa main après avoir ramassé une grenade de désencerclement[35] et, à Paris une jeune fille de 20 ans est gravement blessée à l’œil gauche et au cerveau par un éclat[36]

Annexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Décret n° 2011-795 du 30 juin 2011 relatif aux armes à feu susceptibles d'être utilisées pour le maintien de l'ordre public », Journal officiel de la République française, no 0151,‎ , p. 11269 (lire en ligne)
  2. Marion Joseph, « Les policiers s'inquiètent de la suspension de la grenade offensive », « Sauvegarde », sur archive.org
  3. Jean-Louis Courtois, « Le retrait de la grenade OF F1. Bonne ou mauvaise idée ? »
  4. AFP, « Les grenades offensives de type F1 interdites après la mort de Rémi Fraisse », sur 20 Minutes,
  5. « Décret n° 2017-1029 du 10 mai 2017 modifiant l'article D. 211-17 du code de la sécurité intérieure », sur Legifrance
  6. a b et c « Forces de l’ordre : pourquoi tant de grenades ? », tribune, sur Libération,
  7. a b c et d (Daillère et Linglet 2016, p. 48,49)
  8. « Décret n° 2011-795 du 30 juin 2011 relatif aux armes à feu susceptibles d'être utilisées pour le maintien de l'ordre public », sur legifrance, (consulté le 24 mai 2018)
  9. Moran Kerinec, « Les gendarmes ont déversé une quantité record de grenades sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes », sur Reporterre,
  10. « Présentation des armements des CRS notamment la GLI F4 et conséquences 22 11 2018 », sur Muriel Bodson sur Youtube, vers 13 minutes
  11. Quentin Girard, « Quelles sont les grenades autorisées pour le maintien de l'ordre ? », sur liberation.fr,
  12. « Acquisition de grenades et de moyens de propulsion pour les besoins de la Gendarmerie et Police Nationales », sur Centrale des marchés
  13. Société d'armement et d'étude Alsetex, « Grenade lacrymogène GLI F4 — SAE 810 » (consulté le 3 décembre 2018)
  14. Robin Pagès, « Grièvement blessé au pied par les gendarmes à Bure, Robin témoigne », sur Reporterre, (consulté le 24 mai 2018)
  15. Le Monde, « Notre-Dame-des-Landes : un homme grièvement blessé dans la ZAD en ramassant une grenade », sur Le Monde, (consulté le 24 mai 2018)
  16. a et b «Monsieur le ministre de l’Intérieur, il faut renoncer à l’usage des grenades GLI-F4», sur Libération,
  17. a et b Willy Le Devin, « Grenades GLI-F4 : des avocats montent au créneau », sur Libération,
  18. Léa Soula, « Gilets jaunes. Une action en Sarthe devant l’usine de bombes lacrymo », sur Ouest France,
  19. a et b « Mort de Rémi Fraisse: une grenade des gendarmes mobiles en cause », 29 octobre 2014[ site=la voix du nord
  20. a b et c « Maxime P., mutilé par une grenade GLI F4 à Notre Dame des Landes le 22 mai 2018 », sur Désarmons.net,
  21. « Suite au 15 août à Bure : autopsie de la grenade « assourdissante » GLI F4 », sur Brest.Medialibres.org, 23 auît 2017
  22. Simon Gouin, « Ligne THT : ce petit village normand qui résiste encore à l’autoroute de l’électricité », sur Bastamag,
  23. a et b « Les grenades à l'origine de la mort de Rémi Fraisse définitivement interdites » publié le 12 mai 2017 sur le site de L'Express
  24. Marion Joseph, « Les policiers s'inquiètent de la suspension de la grenade offensive », « Sauvegarde », sur archive.org
  25. Jade Lingaard, « Bure : « Juste avant que mon pied saute, j'ai vu une grenade exploser à hauteur de tête » », sur local.attac.org, .
  26. Moran Kerinec, « Les gendarmes ont déversé une quantité record de grenades sur la Zad de Notre-Dame-des-Landes », sur Reporterre,
  27. Nicolas de la Casinière, « Des victimes de la grenade GLI-F4 - dont une journaliste de Reporterre - lancent une procédure judiciaire », sur Reporterre
  28. Cédric Mathiot, « Un « gilet jaune » a-t-il eu la main arrachée par une grenade samedi à Paris ? », Libération.fr,‎ (ISSN 0335-1793, lire en ligne)
  29. Karl Laske, « Deux blessés graves aux Champs-Élysées: l’exécutif en accusation », Mediapart, 27 novembre 2018
  30. « 24 novembre : les forces de l’ordre mutilent des “gilets jaunes” », sur Désarmons-les !,
  31. Emeline Cazi, « Antonio, 40 ans : « Ils ont retiré la peau brûlée, mais j’ai un trou dans le pied droit » », sur Le Monde,
  32. « Un gilet jaune a eu la main arrachée à Tours pendant la manifestation », sur Le HuffPost, (consulté le 4 décembre 2018).
  33. Fabien Magnenou, « Pourquoi des « gilets jaunes » veulent-ils l'interdiction des grenades explosives GLI-F4 ? », sur France Info, .
  34. Jean-Michel Décugis et Eric Pelletier, « Gilets jaunes : près de 10 000 grenades lancées samedi par les CRS à Paris », sur Le Parisien, .
  35. Thibault Lefèvre, Valeria Emanuele, « "Gilets jaunes" : "Le gouvernement envoie des grenades sur des gamins qui lancent des œufs" », sur France Inter,
  36. « Une femme a-t-elle perdu un oeil lors de la manifestation des gilets jaunes à Paris le 8 décembre? », sur Libération,

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Aline Daillère et Salomé Linglet, L’Ordre et la force : Enquête sur l'usage de la force par les représentants de la loi en France, ACAT, (présentation en ligne, lire en ligne)

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]