Grands-mères de la place de Mai

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Grands-mères de la place de Mai

Devise : « Identitad - familia - libertad
(trad. : Identité - famille - liberté) »

Situation
Siège Virrey Cevallos 592 PB 1
(C1077AAJ) C.A.B.A.
Langue Espagnol

Site web (es + en + it + pt) abuelas.org.ar

Les Grands-Mères de la Place de Mai (en espagnol: Abuelas de Plaza de Mayo) est une ONG argentine de défense des droits humains qui a pour but de retrouver et de rendre à leurs familles légitimes toutes les personnes victimes de disparitions forcées lors de la dernière dictature militaire (1976-1983). L'organisation travaille aussi à la prévention des crimes contre l’humanité en Argentine et pour que tous les responsables de ces crimes commis durant la dictature soient dûment sanctionnés. Elle est présidée par Estela de Carlotto et son siège est à Buenos Aires. Jusqu'au 3 août 2018, l'organisation avait rétabli l'identité de 128 personnes[1]. Les Grands-Mères ont été nominées à cinq reprises au Prix Nobel de la Paix: entre 2008 et 2012.[2] Le 14 septembre 2011, elles ont reçu le prix Félix Houphouët-Boigny[3], décerné par l'Unesco, pour leurs travaux sur les droits humains.

Le 24 mars 1976, une dictature auto-dénominée Processus de réorganisation nationale (1976-1983) a été instaurée en Argentine. Cette dictature a mis en place une méthode d'élimination massive des opposants, ce qui a été considéré juridiquement comme un génocide[4]. Ainsi, des milliers de personnes ont été victimes de disparitions forcées au travers de l'utilisation massive de centres de détention clandestins (CDC), ainsi que de torture et d'assassinat, suite à quoi leurs corps étaient éliminés.

Dans ce contexte, les forces répressives traitaient les enfants des détenus disparus comme des "butins de guerre"[5]: un plan était mis en place, détaillant notamment le système de détention des femmes enceintes, leurs accouchements clandestins, la falsification des identités des enfants et la simulation des adoptions, afin de s'approprier ces jeunes. Ainsi, environ 500 enfants ont été appropriés, privés de leur identité, et souvent amenés à vivre avec des personnes qu'is croyaient être leurs parents et qui étaient en fait les auteurs, participants ou complices du meurtre de leurs vrais parents.

Contexte : les bébés volés de la dictature[modifier | modifier le code]

Inauguration du Jardin des Mères-et-Grands-Mères-de-la-Place-de-Mai à XVe arrondissement de Paris, angle rue Balard et quai André Citroën), le 7 avril 2008. De gauche à droite : la présidente des Grands-mères de la Place de Mai, Estela B. de Carlotto, la présidente de l'Argentine Cristina Kirchner, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, et le maire du XVe Philippe Goujon[6].

Ces victimes étaient des étudiants, des syndicalistes, des idéalistes épris de justice sociale. Ils étaient jeunes, la plupart entre 18 et 20 ans, et bon nombre d’entre eux avaient des enfants en bas âge, qui se sont ajoutés à la liste des desaparecidos (« disparus »).

Dès le début de leur lutte, les Abuelas ont précisé que tant l’enlèvement des adultes que celui des enfants, répond à un plan bien établi. En enlevant les enfants, on « enlevait » le présent, en enlevant les petits-enfants, on essayait d’enlever le futur. Elles ont compris également que l’enlèvement de ces enfants deviendrait, à la longue, un problème pour l’ensemble de la société.

Activités des grand-mères[modifier | modifier le code]

La Banque des données génétiques[modifier | modifier le code]

Avec la collaboration de scientifiques et d'institutions internationales (Blood Center de New York University[réf. nécessaire] de Berkeley) les Grand-mères ont rendu possible aujourd'hui la preuve de la filiation d'un enfant à 99,99 %, même en l'absence des parents[réf. nécessaire]. Ce taux est appelé indice de abuelidad (taux de grand-maternité), en référence à la démarche de ces femmes. Le taux est établi au moyen d'analyses spécifiques du sang des grands-parents, des oncles et des frères et sœurs.

Les Grands-mères de la Place de mai ont milité pour le vote de la loi 23.511, portant création de la Banque Nationale des Données Génétiques, adoptée en mai 1987. La Banque abrite les cartes génétiques de toutes les familles dont un enfant a disparu. Aujourd'hui, la banque de données contient les portraits génétiques de 352 familles, soit près de 3000 personnes [réf. nécessaire].

Leur travail a permis d'identifier 124 enfants en 2017 des 500 enfants kidnappés ou nés en détention durant la période militaire et clandestinement adoptés par les familles des militaires, policiers ou de proches du pouvoir[7]. Elles réclament notamment que les deux enfants d'Ernestina Herrera de Noble, la PDG du puissant groupe de presse Clarín, délivrent à la justice des échantillons ADN afin d'assurer qu'ils ne font pas partie des bébés séquestrés, ce qui est soupçonné par les enquêteurs[8].

Activités internationales[modifier | modifier le code]

Chaque année, les abuelas se rendent en Europe pour maintenir des contacts avec diverses organisations internationales et, notamment, à Genève pour informer de leurs démarches et donner leur témoignage à la Commission des droits de l'homme des Nations unies. La Peña del Sol a organisé en leur honneur, à la Cathédrale Notre-Dame de Lausanne, un unique concert, La Misa Crilla, du compositeur argentin Ariel Ramirez, le , dans le cadre de l'Année Internationale des Droits de l'homme.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Presse | Abuelas de Plaza de Mayo », sur abuelas.org.ar (consulté le 13 mars 2019)
  2. (es) Página 12, « Las Abuelas esperan el anuncio del Nobel de la Paz », Página 12,‎ (lire en ligne)
  3. (es) « Unesco - Service de Presse », sur www.unesco.org, (consulté le 13 mars 2019)
  4. (es) « Reclusión perpetua para Von Wernich », Clarín,‎ (lire en ligne)
  5. (es) Julio Nosiglia, Botin de Guerra (ISBN 9875031267)
  6. Dossier de presse de la mairie de Paris et Discours d'inauguration du Jardin des Mères et Grands-mères de la Place de Mai à Paris, par le maire du XVe Philippe Goujon (3 avril 2008)
  7. Martine Déotte, « L’effacement des traces, la mère, le politique », Socio-anthropologie no 12, 2002, mis en ligne le 15 mai 2004
  8. (es) Polémica por ley de ADN en Argentina, El País, 19 octobre 2009

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie et filmographie proposées[modifier | modifier le code]

  • Argentine, les 500 bébés volés de la dictature, de Michel Welterlin (prod.) et de Alexandre Valenti (réal.), Intuition Films & Docs, en coproduction avec Bo Travail ! & Cepa Audiovisual (Argentine) et avec la participation de France Télévisions [présentation en ligne] : Ce film a reçu le Fipa d’Or en 2013.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]