Grande muraille verte (Afrique)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Grande muraille verte.
Photo satellite du Sahara en 2002.
Carte géographique montrant le projet de la Grande muraille verte (Afrique) traversant tout le continent africain.

La Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel, communément appelée Grande muraille verte (GMV), est l’initiative phare du continent africain pour lutter contre les effets du changement climatique et de la désertification. Développée par l’Union africaine, l’initiative a pour but de transformer la vie de million de personnes en créant une mosaïque d’écosystèmes verts et productifs en Afrique du Nord, au Sahel et dans la Corne de l'Afrique[1]. Initialement conçu comme un long couloir de 15 km de large traversant tout le continent africain sur 7 600 km de longueur passant par 12 pays et elle prévoit de relier Dakar (Sénégal) à Djibouti.

L’initiative historique lancée officiellement en janvier 2007 évolue en un ensemble d’interventions destinées à relever les défis auxquels sont confrontées les populations du Sahel et du Sahara.

Le projet, présenté en 2002, rencontre des critiques sur sa stratégie et son utilité malgré ses avantages multiples.

Présentation[modifier | modifier le code]

Une couverture forestière apporte de nombreux éléments positifs pour la population :

  • une protection des champs et des villages contre le vent et l'érosion. Le mur végétal constitue un filtre à poussière qui limite l'inhalation de poussières par les populations et donc les maladies qui en découlent,
  • un apport d'éléments nutritifs dans un sol presque mort ; les feuilles mortes créent une litière qui protège et régénère les sols des champs lorsque celles-ci y tombent et les arbres aident également le sol à augmenter sa capacité à garder l'eau.
  • une augmentation de l'humidité et de la pluviométrie locale grâce à l'évapotranspiration des arbres plantés.
  • une réserve de fourrage de qualité pour le bétail car l'herbe pousse mieux à l'ombre des arbres.

Depuis l'idée initiale d'un mur d'arbres traversant le désert africain d'est en ouest pour stopper l'avancée du désert, la vision de la Grande muraille verte s'est peu à peu transformée en une mosaïque d'interventions destinées à relever les défis auxquels sont confrontées les populations du Sahel et du Sahara. En tant qu’outil de programmation pour le développement rural, l’objectif global de ce partenariat sous-régional est de renforcer la résilience des populations et des systèmes naturels de la région grâce à une gestion rationnelle des écosystèmes, à la protection du patrimoine rural et à l'amélioration des conditions de vie des communautés locales.

En contribuant à l'amélioration des revenus des populations locales, la Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel est ainsi une réponse aux effets combinés de la dégradation des ressources naturelles et aux épisodes de sècheresse dans les zones rurales. L'initiative est un partenariat qui soutient les efforts des communautés locales dans la gestion et l'utilisation durable des forêts, des pâturages et de l'ensemble des ressources naturelles dans les terres arides. La Grande muraille verte contribue également à l'atténuation du changement climatique, à l'adaptation à ses effets et à l'amélioration de la sécurité alimentaire dans le Sahel et le Sahara.

Historique[modifier | modifier le code]

Carte du Sahara et du Sahel (Afrique).

L'idée d'une muraille verte est apparue en 2002 lors du Sommet spécial tenu à N'Djamena, au Tchad, à l'occasion de la journée mondiale pour combattre la désertification et la sécheresse. Cette idée fut approuvée lors de la septième session de la Conférence des dirigeants et chefs de gouvernement africains de la Communauté des États sahélo-sahariens à Ouagadougou, au Burkina Faso, les 1er et 2 juin 2005[2]. Depuis lors, le concept de Grande muraille verte a fortement évolué. Les leçons tirées du Barrage vert algérien ou de la muraille verte chinoise ont permis de mieux comprendre le besoin d'une approche multi-sectorielle pour des résultats durables[3]. Depuis une initiative de plantation d'arbres, la Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel est donc devenue un outil de programmation du développement. Lors de la 8e session des dirigeants et chefs de gouvernement africains tenue le 29 et 30 janvier 2007 à Addis-Abeba, en Éthiopie, les dirigeants et les gouvernements ont approuvé l'initiative de Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel pour lutter contre les impacts sociaux, économiques et environnementaux de la désertification dans la région[2]. Ensemble, onze états sahélo-sahariens (Burkina Faso, Djibouti, Érythrée, Éthiopie, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Soudan et Tchad) ont créé l'Agence panafricaine de la grande muraille verte (APGMV)[2].

Afin de partager une vision commune, une Stratégie Régionale Harmonisée pour la mise en œuvre de l'Initiative Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel a été adoptée en septembre 2012 par la Conférence ministérielle africaine sur l'environnement (CMAE). Lors de cette rencontre, les ministres ont déclaré que la Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel était un programme phare de l'Union africaine pour contribuer à l'objectif d'un « monde où la dégradation des terres serait nulle » adopté lors de la Conférence des Nations unies sur le développement durable RIO+20[4].

Partenaires[modifier | modifier le code]

L'Initiative Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel est un programme de l'Union africaine réunissant plus de 20 pays de la région sahélo-saharienne, dont l'Algérie, le Burkina Faso, le Bénin, le Tchad, le Cap-Vert, Djibouti, Égypte, Éthiopie, la Libye, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Nigeria, le Sénégal, la Somalie, le Soudan, la Gambie et la Tunisie. Cette initiative est soutenue par de nombreuses organisations régionales et internationales, y compris :

Principes[modifier | modifier le code]

Les principes de ce partenariat ont été définis lors de nombreuses discussions par la Commission de l'Union africaine (CUA) et le Secrétariat de la CEN-SAD. L'initiative est considérée comme une mosaïque d'actions intégrées pour répondre aux problématiques ayant « une incidence sur la vie et les moyens de subsistance des populations du Sahel et du Sahara ». L'Initiative ne se limite pas à une initiative de reboisement, c'est un outil de programmation pour le développement rural. La portée géographique de la Grande muraille verte est définie comme la périphérie du Sahara, au nord et au sud, et comprenant les oasis sahariennes, et des enclaves comme le Cap-Vert.

En établissant un cadre pour améliorer les synergies et les coopérations, la Grande muraille verte renforce les mécanismes existants tels que le Programme global africain de développement agricole, programme environnemental (PDDAA) du NEPAD, les programmes d'action sous-régionaux, régionaux et nationaux de lutte contre la désertification. Pour assurer le succès de cette initiative, la Stratégie Régionale Harmonisée souligne l'importance des partenariats entre parties prenantes (à l'échelle nationale, régionale et sous-régionale), la nécessité d'intégrer l'initiative dans les programmes nationaux, régionaux et interrégionaux existants, la possibilité accrue de partager les leçons apprises et les meilleures pratiques (notamment à travers la coopération Sud-Sud et le transfert de technologie), et promeut la participation des acteurs locaux pour garantir la durabilité des actions[6].

Mise en œuvre[modifier | modifier le code]

Pour la plantation, on parle de régénération naturelle assistée (RNA) car la densité de flore actuelle est souvent insuffisante pour espérer une régénération naturelle spontanée. La RNA se fait soit par plantation de jeunes plants, soit par semis, soit par simple entretien (taille de formation) des plants présents sur les parcelles.

Dans certaines régions très sèches comme au Mali, on optimise les plantations en pratiquant des sillons ou la technique ancestrale du zaï qui permet de mieux concentrer l'eau sur les jeunes plants.

Essences utilisées pour le reboisement[modifier | modifier le code]

On utilise des jeunes plants d'essences pré-existantes au niveau local qui résistent à la très faible pluviométrie locale (200 mm/an en 2015 contre 400 mm/an en moyenne dans les années 60) et qui ont un intérêt économique[7]. La gestion des pépinières de jeunes plants et des jardins polyvalents (potagers) créés est confiée aux femmes créant ainsi des emplois et une production alimentaire au niveau local.

Au Sénégal[modifier | modifier le code]

Au Sénégal, la Grande Muraille mesure 545 km de long sur 15 km de large, autrement dit : 817.500 Ha ; et même si compte tenu des activités humaines, 45% seulement du territoire doit être reboisé, il restait en novembre 2015 environ 340.000 Ha à restaurer effectivement. Au rythme actuel de 5000 Ha reboisés par an, une petite dizaine d’années semble encore nécessaire pour toucher au but[8].

Le reboisement se fait pendant la saison des pluies sur des parcelles de 600 hectares où des arbres sont plantés dans des zones protégées par des clôtures grillagées des agressions du bétail des Peuls (aujourd'hui sédentarisés). Une fois les arbres installés, on peut retirer les clôtures et le bétail peut pâturer à l'ombre des arbres. On installe également près des villages des jardins polyvalents exploités par des coopératives pour produire des fruits et légumes frais.

Quelques années après la plantation, une amélioration de la biodiversité est observée tant pour la flore que pour la faune avec un début de retour de certains animaux sauvages (renards, autruches et autres oiseaux divers)[9].

Des bassins de rétention des eaux pluviales ont été également créés pour l'abreuvement du bétail.

Les espèces le plus souvent plantées sont[10] :

La désertification du Sahel et du Soudan oriental[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire naturelle du Sahara.

La désertification naturelle[modifier | modifier le code]

Évolution de la végétation en Afrique sub-saharienne.

Depuis la préhistoire, le Sahara connaît des phases naturelles d'extension et de recul, mais le phénomène d'extension a pris de l'ampleur à cause de l'accroissement des populations sur sa périphérie et des changements climatiques. Depuis 1900, le Sahara a ainsi progressé vers le sud de 250 kilomètres et ce sur un front qui en fait plus de 6 000. C'est ainsi que la steppe du Sahel connaît un dessèchement relativement brutal.

Les effets de l'activité humaine[modifier | modifier le code]

« Selon le rapport 2008 du Fonds des Nations Unies pour l'alimentation et l’agriculture (FAO), les efforts de conservation des forêts dans les pays du Sahel sont très faibles par rapport au processus de déforestation. Environ deux millions d’hectares de forêts dans la bande sahélienne sont perdus annuellement. »

— Koffigan E. Adigbli, La grande muraille verte pour arrêter la désertification[note 1].

Les activités humaines, telles que les cultures, le pâturage, le déboisement et les constructions, se cumulent et conduisent à l'appauvrissement, l'endommagement et surtout à la déstabilisation de la couche superficielle de terres arables[réf. nécessaire].

Controverses sur le projet[modifier | modifier le code]

Efficacité du projet et impact pour les communautés locales[modifier | modifier le code]

Wally Maene, membre de Timberwatch, craint une menace envers les communautés indigènes : « développer des plantations obligerait de surcroît à déplacer les gens vivant sur les terres destinées à la Grande Muraille Verte et réduirait encore des ressources en eau déjà rares »[11]. Au contraire pour le professeur Abdoulaye Dia, secrétaire exécutif de l’Agence Panafricaine de la Muraille Verte, « ce n’est pas un rideau d’arbre que nous devons sans cesse replanter […] l'objectif est plutôt d'atténuer les effets de la désertification par une approche de développement intégré. Ce qui signifie qu'en plus des plantes nous allons créer un ensemble d'activités agro-sylvo-pastorales génératrices de revenus. »[12]. Maene pense que les communautés locales ne seront pas correctement informées sur le projet et qu'elles servent en réalité de main d'œuvre bon marché[11].

Selon Pierre Ozer, docteur en géographie à l’université de Liège, « C’est un concept idéologique qui n’a pas de sens, une vision politique qui n’aura pas de suite. On veut faire une muraille pour stopper le désert ? Mais le désert n’avance pas simplement comme ça, kilomètre par kilomètre ». Il pense les populations de ces régions sont trop dépendantes de la biomasse pour respecter une nouvelle forêt. Inversement pour Eric Lambin, géographe à l’UCL, « Le concept de muraille verte a gardé son nom un peu naïf, mais il est parvenu à devenir, à l’échelle régionale, un ensemble relativement coordonné de programmes locaux destinés à mieux gérer l’utilisation des terres (...) J’ai vu des terres relativement dégradées. Mais aussi beaucoup d’initiatives locales, une meilleure gestion des ressources et une volonté de restaurer l’écosystème. »[13]. Pour la représentante d’une organisation de peuples indigènes dont les Réseaux d'information régionaux intégrés ont gardé l'anonymat, « la Grande Muraille Verte pourrait interférer avec les circuits migratoires des communautés pastorales ; elle devrait plutôt incorporer les systèmes ancestraux de gestion des terres. Il vaudrait mieux protéger ce qui existe déjà dans la région, arrêter de couper les arbres dans les vallées et les oasis, réparer les dégâts causés par le changement climatique, éduquer les communautés sur les REDD et remplacer le bétail perdu. Je trouve que le projet est bon, mais trop ambitieux. »[11].

Des initiatives de ce genre ont déjà été menées et ont conduit à un échec, comme en Algérie avec le « Barrage vert », d'autres réussies comme les ceintures vertes construites en périphérie urbaine en Mauritanie et au Niger où selon le CSFD, «l’échelle de cette régénération est évaluée à 4 millions d’hectares (soit 15 à 20 fois plus d’arbres en 2005 qu’en 1975).» , et aussi la Grande muraille verte de Chine, projet étalé de 1978 à 2074 avec la création d’une forêt de 4500 kilomètres de long sur 100 kilomètres de large contre les sables du désert de Gobi, projet gigantesque mais décrit comme très vulnérable par The Guardian[14].

Mise en œuvre dans les régions instables[modifier | modifier le code]

Une polémique existe sur la une difficulté de mise en œuvre du projet dans des régions politiquement instables. Selon Robin Duponnois, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le dévelopement (IRD), «Le tracé passe dans des endroits assez instables (Mauritanie, Niger, Tchad, Soudan) et des zones de niveau orange et rouge en termes de risques sécuritaires et terroristes. Les scientifiques ne sont donc pas autoriser à s’y rendre, en particulier les étrangers.»[14]. Cependant l'Union Européenne déclare « Nous soutenons cette initiative car elle s'attaque aux causes profondes [des problèmes de cette région] et peut, à travers des projets transfrontaliers, œuvrer à la prévention des conflits »[15].

Remise en cause du concept de désertification[modifier | modifier le code]

Selon Mark Hertsgaard du Monde Diplomatique, le Sahara n’avance pas par vague comme un fléau mais le problème d'appauvrissement ne touche que des petites poches de terres localisées[16][réf. insuffisante]. Ce phénomène n'est pas uniforme : « ce sont ces bandes de terre qu’il faut viser, pas toute la bordure Sahel-Sahara »[16][réf. insuffisante].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Voir Bibliographie.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) « GGWSSI | Great Green Wall for the Sahara and the Sahel Initiative », sur www.greatgreenwallinitiative.org (consulté le 30 janvier 2017)
  2. a, b et c Convention creating the Pan-African Agency for the Great Green Wall Modèle:PDFlink
  3. Stratégie Régionale harmonisée de mise en œuvre de l'initiative « Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel » [1]
  4. African Ministerial Conference on the Environment, Fourteenth session, Report of the ministerial segment held from 12 to 14 September 2012 in Arusha, United Republic of Tanzania [2]
  5. http://www.mahikaritaiafrique.org
  6. Grands Principes de la stratégie harmonisée de mise en œuvre de l’initiative GMV, Mécanisme mondial, 2012 [3]
  7. Vidéo : Grande Muraille Verte - Ekow Production (Great Green Wall)
  8. La Grande Muraille Verte au Sénégal : des arbres contre la sécheresse. RFI - Novembre 2015
  9. Marion Guénard (contributrice Le Monde Afrique, Widou (Sénégal) envoyée spéciale), « La Grande Muraille verte trace doucement son chemin au Sénégal », sur LeMonde.fr, (consulté le 19 avril 2016).
  10. Reportage audio RFI - Agnès Rougier - Novembre 2015
  11. a, b et c IRIN, « AFRIQUE: la Grande Muraille Verte face à une opposition croissante »mis en ligne le 11 avril 2011, consulté le 29 avril 1013.
  12. HALAWA Djamal, « La grande muraille verte du Sahel », Terangaweb, mis en ligne en février 2013, consulté le 29 avril 2013]2.
  13. MAHUET Agathe, « Critiquée, la Grande muraille verte s’accroche », La Libre Belgique, mis en ligne le 27 aout 2012, consulté le 29 avril 2013.
  14. a et b TORO-ENGEL Anaïs, « Que cache la Grande Muraille Verte? », Slate Afrique, publié le 30 juillet 2011, consulté le 29 avril 2013.
  15. CARAMEL Laurence, « La "Grande Muraille verte" trace son chemin à travers le Sahel », Le Monde, mis en ligne le 25 septembre 2012, consulté le 29 avril 2013.
  16. a et b HERTSGAARD Mark, « La “grande muraille verte” d’Afrique », Le Monde diplomatique, mis en ligne en novembre 2011, consulté le 20 avril 2013.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]