Grand orgue de la cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation de Nancy

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Grand orgue de la Cathédrale de Nancy
Le buffet du grand orgue
Le buffet du grand orgue
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région Lorraine
Département Meurthe-et-Moselle
Commune Nancy
Édifice Cathédrale Notre-Dame de l'Annonciation
Facteurs
Construction Nicolas Dupont 1763
Reconstruction Aristide Cavaillé-Coll 1861
Caractéristiques
Jeux 65
Claviers 4 claviers, pédalier
tuyaux 4194
Transmission mécanique avec Barker
Tirage des jeux mécanique
Diapason la 440 Hz
Protection Logo monument historique Classé MH (1906, 2003)

Le grand orgue de la cathédrale de Nancy est un orgue dont la construction a débuté en 1756 ; il est situé en tribune au-dessus du portail central de la cathédrale Notre-Dame-de-l'Annonciation de Nancy. Il est classé au titre des monuments historiques.

Le chef-d'œuvre de Dupont – 1763[modifier | modifier le code]

Construit par Nicolas Dupont, assisté de son frère Joseph, entre 1756 et 1763 dans une primatiale à peine terminée, le grand orgue fut, dès l’origine, l’un des plus grands instruments lorrains et le plus important réalisé par son concepteur. L’instrument se devait de pouvoir rivaliser avec celui construit quelques années plus tôt par le même facteur, pour la cathédrale de Toul, témoignant ainsi des ambitions épiscopales de la capitale du Duché de Lorraine[1].

Doté de 44 jeux, deux de plus qu’à Toul, l’orgue prit place dans un buffet monumental dessiné probablement par Jean-Nicolas Jennesson. Dupont apporta sans doute sa contribution à la conception puisque la structure du buffet s’apparente clairement à celui de la cathédrale de Toul. Ce dessin sera d’ailleurs repris plus tard pour l’orgue de la cathédrale de Verdun, construit également par Dupont.

Occupant toute la largeur de la tribune, ce somptueux buffet est original à plus d’un titre : la présence des deux grandes tourelles encadrant la fenêtre centrale aujourd’hui masquée, le couronnement armorié surmontant celles-ci, maintenu par d’aériennes guirlandes, ainsi que la tourelle centrale concave et non convexe, conférant à l’ensemble une élégance et un élancement rares[2].

L’agrandissement de Vautrin – 1814[modifier | modifier le code]

Nicolas Dupont entretint l’orgue jusqu’à sa mort en 1781, et c’est ensuite son disciple Jean-François Vautrin qui fut chargé d’effectuer des réparations en 1788 et d’ajouter un jeu de grosse caisse. Après avoir traversé la Révolution sans dommage grâce à l’organiste Michelot, « homme de cœur et de bonté » qui y aurait joué des airs révolutionnaires[3], l’orgue fut de nouveau réparé par Vautrin en 1808. À cette occasion, les claviers furent étendus de 50 à 53 notes, 4 jeux furent ajoutés au récit, et des modifications de jeux furent opérées au grand-orgue et au positif. L’ajout le plus significatif est sans doute celui des deux Bombardes en bois, à l’arrière de l’instrument, l’une de 16 pieds et l’autre de 32 pieds. L’installation de cette Bombarde 32’, la première en France[4], nécessita la démolition d’une partie de la corniche arrière. C’est également à cette occasion que la fenêtre centrale fut occultée.

Vautrin ayant entrepris ces travaux sans l’accord écrit de la Fabrique, celle-ci refusa de payer à leur achèvement en 1814. L’affaire traîna beaucoup puisque ce n’est qu’en 1836, alors que Vautrin était déjà mort, qu’un accord fut trouvé entre la Fabrique et les filles du facteur. Avant même que ne soit réglée cette affaire, un marché fut conclu avec Joseph Cuvillier pour remplacer notamment la soufflerie. Mais le Ministère des Cultes demanda d’autres devis de son côté, notamment aux Frères Callinet de Rouffach qui proposèrent d’autres modifications. Ce sont finalement les Frères Claude, originaires de Mirecourt mais installés à Paris, qui furent chargés de nouveaux travaux.

La reconstruction de Cavaillé-Coll – 1861[modifier | modifier le code]

Malgré les modifications apportées depuis la mort de Dupont, le grand orgue de la cathédrale restait assez proche de son état original et conservait encore sa structure classique. Mais les goûts ayant évolué depuis un demi-siècle, on fit appel en 1857 au célèbre facteur parisien Aristide Cavaillé-Coll, à qui venait d’être confiée la reconstruction du grand orgue de Saint-Sulpice à Paris, pour transformer l’instrument en un véritable orgue symphonique[5].

Comme souvent en pareille situation, Cavaillé-Coll conserva le buffet ainsi qu’une grande partie de la tuyauterie du XVIIIe siècle. Il répartit les jeux du clavier de grand-orgue sur deux claviers (grand-orgue et bombarde), ajouta des jeux nouveaux et renouvela tous les organes de l’instrument tels que la soufflerie, la mécanique ou la console. Il remplaça les deux Bombardes en bois de Vautrin par deux jeux identiques, à la même place, et installa un grand récit expressif au sommet de l’instrument. Cachée à l’origine par une toile, la boîte expressive est construite avec des parois latérales en verre, caractéristique qui lui confère une présence et une efficacité exceptionnelles.

Parmi les jeux conservés par Cavaillé-Coll figurent de nombreux jeux d’anches. Le facteur en ajoutera d’autres pour arriver, au total au nombre exceptionnel de 23 soit plus du tiers de l’orgue, la plus grande proportion jamais atteinte chez Cavaillé-Coll. Les fonds – principaux et bourdons – ainsi que les plein-jeux classiques trouveront également place dans l’instrument reconstruit. Enfin, le nombre de jeux de pédale (15) est lui aussi unique, tout comme le nombre de jeux d’anches de pédale, qui ne sera d’ailleurs jamais dépassé dans les plus grands instruments de Cavaillé-Coll.

Les transformations de Hærpfer-Erman – 1965[modifier | modifier le code]

Aristide Cavaillé-Coll revint en 1881 pour un relevage et c’est son successeur Charles Mutin qui répara en 1921 les dégâts causés par des obus tombés devant la cathédrale. Un projet d’électrification des transmissions par la maison Rœthinger de Strasbourg, supervisé par Marcel Dupré, n’échoua que grâce à la déclaration de la Seconde Guerre mondiale. Ce projet aurait vu la destruction de la mécanique, des sommiers et de la console, et sans doute généré la modification de la composition sonore et une violente ré-harmonisation. Le chef d’œuvre de Cavaillé-Coll aurait alors été définitivement perdu comme ce fut le cas pour bien d’autres instruments français.

En 1965, un relevage devenu urgent fut réalisé par la manufacture Hærpfer-Erman[6]. Supervisé par Gaston Litaize, celui-ci déboucha finalement sur une transformation selon l’esthétique néo-classique, alors à son apogée dans les années 1960, et dénatura quelque peu l'instrument. À cette occasion, la soufflerie, la mécanique, la console et les sommiers furent globalement préservés, mais la composition fut remodelée et la tuyauterie en partie réharmonisée. Les jeux harmoniques et les gambes caractéristiques de l’orgue romantique tout comme de nombreux jeux de 16 pieds furent supprimés au profit de petits jeux (mixtures et mutations) faisant référence à l’orgue classique. Comme il était d’usage en ces années, Hærpfer-Erman utilisa pour ses nouveaux jeux des matériaux bien peu nobles au regard du caractère historique de l’instrument.

L’orgue aujourd’hui[modifier | modifier le code]

L’orgue a fait l’objet de travaux d'entretien en 2012 ; ces derniers, réalisés par Laurent Plet et Bertrand Cattiaux, comprirent dépoussiérage, révision des transmissions, vérification de l’étanchéité, ré-harmonisation du positif et restauration de ses jeux d’anches.

Si la composition est désormais légèrement orientée vers l’esthétique néo-classique, l’orgue garde encore, du point de vue sonore, la forte marque de Cavaillé-Coll, et ce, malgré les transformations opérées par Hærpfer-Erman en 1965. Il reste encore 24 jeux (37 %) de Dupont, et 23 (35 %) de Cavaillé-Coll, ainsi que 2 de Vautrin. Beaucoup de jeux (16) ont été remplacés, d’autres ont été modifiés et les derniers ré-harmonisés, mais la pédale et l’extraordinaire récit, plus épargnés, suffisent à donner à l’ensemble son caractère encore nettement symphonique. La composition sonore totalement inédite du plus grand instrument construit par Cavaillé-Coll en province, alliée à l’acoustique à la fois généreuse et distincte de la cathédrale, lui confère une majesté, une puissance et une profondeur rarement atteintes[1].

Le buffet est classé au titre des Monuments Historiques depuis le 9 août 1906, et la partie instrumentale depuis le 22 septembre 2003[7].

Composition actuelle[modifier | modifier le code]

Console du grand orgue de la cathédrale de Nancy
I Positif
Montre 8'
Bourdon 8'
Prestant 4'
Nazard 2' 2/3
Doublette 2'
Tierce 1' 3/5
Larigot 1' 1/3
Piccolo 1'
Cornet 5 rgs
Fourniture 4 rgs
Trompette 8'
Clairon 4'
Basson-hautbois 8'
Cromorne 8'
II Grand-Orgue
Montre 16’
Bourdon 16’
Montre 8’
Flûte harmonique 8’
Bourdon 8’
Prestant 4’
Flûte douce 4’
Grosse tierce 3' 1/5
Quinte 2' 2/3
Doublette 2’
Septième 1' 1/7
III Bombarde
Principal 8'
Principal 4’
Principal 2’
Cornet 5 rgs
Fourniture 5 rgs
Cymbale 4 rgs
Bombarde 16’
1ère trompette 8’
2e trompette 8’
Clairon 4’
Cromorne 8’
IV Récit expressif
Quintaton 16’
Principal 8’
Bourdon 8’
Gambe 8’
Voix céleste 8’
Flûte octaviante 4’
Octavin 2’
Cornet 5 rgs
Plein-jeu 4 rgs
Basson 16’
Trompette 8’
Clairon 4’
Basson-hautbois 8’
Voix humaine 8’
Pédale
Soubasse 32’
Flûte 16’
Contrebasse 16’
Soubasse 16’
Flûte 8’
Flûte 4’
Mixture 4 rgs
Contre-bombarde 32’
Bombarde[8] 16’
Bombarde[9] 16’
Contrebasson 16’
Trompette 8’
Basson 8’
Clairon 4’
Baryton 4’
Pédales de combinaison
Tirasse Positif
Tirasse G.O.
Tirasse Récit
Copula Pos./G.O.
Copula Bomb./G.O.
Copula Récit/G.O.
Copula G.O.
Appel anches Positif
Appel anches Récit
Appel anches 32'[10]
Appel anches Pédale[11]
Tremblant Positif
Trémolo Récit
Expression Récit

Les claviers manuels ont 54 notes, le pédalier 30 notes. La transmission est entièrement mécanique, avec machine Barker pour le clavier de grand-orgue et les accouplements.

Les organistes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b René Depoutot - Christian Lutz, Inventaire des orgues de Lorraine, Meurthe-et-Moselle, vol. 1, Metz, Serpenoise, 1990, pp. 235-244
  2. Edgar Auguin, Monographie de la cathédrale de Nancy, Nancy, Berger-Levrault, 1882, pp. 149-151
  3. Henry Hennequin, Les grandes orgues de la cathédrale de Nancy, Nancy, 1957.
  4. http://www.musiqueorguequebec.ca/orgues/france/nancynda.html
  5. Gilbert Huybens, Aristide Cavaillé-Coll - Liste des travaux exécutés, Lauffen/Neckar, Orgelbau-Fachverlag Rensch, 1985, p. 40
  6. Félix Raugel, Les orgues de la cathédrale de Nancy, l'Orgue, n° 122, 1967, p. 131.
  7. Grand orgue de la cathédrale de Nancy, Notice no PM54001310, base Palissy, ministère français de la Culture.
  8. En bois
  9. En métal
  10. Appel de la contre-bombarde 32', des 2 bombardes 16', de la trompette 8' et du clairon 4'
  11. Appel du contrebasson 16', du basson 8' et du baryton 4'

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Johann Vexo au grand orgue de la cathédrale de Nancy :