Grand louvetier de France

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Dans la maison du roi de France, les Grands louvetiers étaient responsables de l'organisation de la chasse aux loups et aux sangliers. Le Grand louvetier prêtait serment de fidélité entre les mains du roi, et les autres officiers de louveterie le prêtaient entre les siennes.

Histoire[modifier | modifier le code]

Contrairement à ce que certains croient, ce n'est pas François Ier qui créa la charge de Grand louvetier puisqu'il y en avait déjà un en 1308 et qu'en 1467, Pierre Hannequeau y est employé pour ses gages en qualité de Grand louvetier de France, titre qui fut conservé par ses successeurs[1].

Le nombre de loups dans les forêts française était immense, et depuis longtemps le massacre en était en quelque sorte réglementé. Ainsi les Capitulaires, lois carolingienne, renferment de nombreuses dispositions relatives à la destruction des loups, proposant même des prix à ceux qui les prendraient vivants. Charlemagne voulait que chaque comte établît dans son gouvernement deux louvetiers, et lui envoyât tous les ans les peaux des animaux qu'ils auraient tués ou fait tuer.

Une charge de maître louvetier fut en conséquence fondée près de la couronne pour imprimer aux chasses une impulsion forte en même temps que rassurante pour les populations. Nous n'avons pu retrouver la date de cette institution ; mais de même que le maître fauconnier était devenu grand fauconnier en 1250 ; le maître veneur, grand veneur en 1413 ; le maître louvetier fut créé avec la charge de grand louvetier en 1467, dans la personne de Pierre Hannequau (c'est l'époque où les charges deviennent plus stables)[1].

En 1471, paraît la déclaration de Louis XI de France, portant que " il ne sera donné aucun office s'il n'est vacant par " mort, résignation ou forfaiture. "). En cette qualité, le grand louvetier fut mis en possession des mêmes prérogatives que ses collègues de la fauconnerie et de la vénerie. Il eut de plus le droit de nomination dans les provinces " de lieutenants de louveterie chargés de prendre les mesures propres à empescher les dégâts et ravages faits par les loups, louves, renards et toutes autres bestes nuisibles. " Si le grand louvetier prêtait serment entre les mains du roi, il recevait celui de ses lieutenants qui étaient, comme lui, commensaux de la maison du roi. En marque de sa dignité, il accostait ses propres armes de deux têtes de loup de front.

En 1635, le grand louvetier, qui était M. de Roquemont, recevait par an 300 livres de gages ; plus 1 800 livres pour l'entretien de ses piqueurs, de sa meute ; enfin 150 livres pour son page[2].

Et bien lourde était la mission de ces louvetiers : ils exécutaient à la lettre les édits royaux et ordonnances qui dès le XIVe siècle réglementèrent plus particulièrement la chasse. Ceux du 28 mars 1375, du 25 mai 1413, de , de , de , déposent des graves préoccupations qu'entretenait dans les campagnes la présence de nombreuses bandes de loups, surtout après les grandes guerres qui, à tant de reprises, ensanglantèrent le sol de la France et dépeuplèrent quelques-unes de ses plus belles provinces.

Le dernier acte du pouvoir concernant la louveterie est du 15 janvier 1785. L'emprunt que nous allons lui faire montre toute l'importance qu'avait alors la fonction :

« Maintient Sa Majesté son grand louvetier dans le droit et faculté de chasser et de faire chasser aux loups, louves, blaireaux et autres bêtes nuisibles, par lui, ses lieutenants, sergents et autres qu'il pourra commettre, à cor et à cri, force de chiens et avec toutes sortes d'armes, bâtons et piéges, filets et engins, tant dedans que dehors les bois, buissons, forêts ou quelque lieu que ce soit du royaume, soit dans les terres ou domaines appartenant à Sa Majesté, soit dans celles appartenant aux ecclésiastiques, seigneurs et autres. »

C'est une guerre à outrance qui est ordonnée; encore quelques années, et l'institution, avec tant d'autres, sera emportée par la tourmente révolutionnaire. En remontant sur le trône de leurs pères, les Bourbons ne rétablirent pas la charge de grand louvetier[réf. à confirmer][3], dont l'utilité, en effet, ne s'imposait plus ; mais ils conservèrent la louveterie dont les lieutenants provinciaux furent placés dans les attributions du grand veneur et ensuite de l'administration des forêts.

Le Grand louvetier avait différents lieutenants dans les provinces, pour tenir sa place dans les chasses et battues nécessaires pour la destruction des loups, qui souvent y faisaient des ravages considérables. Comme le Grand louvetier, par l'exercice de sa charge, était obligé d'être toujours à la suite de la cour, avec l'équipage du loup, pour veiller à la conservation du gibier du roi, il se choisissait des lieutenants pour le représenter dans les provinces, et il leur délivrait des commissions à cet effet pour pratiquer la chasse à courre « à force ouverte », c'est-à-dire en poursuivant le loup jusqu'à épuisement[4].

En matière héraldique, le Grand louvetier avait, comme les autres grands officiers de la maison du roi de France, des ornements extérieurs propres à sa charge : il portait aux côtés extérieurs de son écu deux têtes de loup de front[5].

Liste armoriée des Grands louvetiers de France[modifier | modifier le code]

Sources 
  • A. Fourtier, Les Grands louvetiers de France, (lire en ligne) ;
  • Revue héraldique, historique et nobiliaire, vol. 6, (lire en ligne) ;
Date Nom
&
Titres
Armoiries Blasonnement
1467 Pierre Hannequau ou Hannequeau Unknow escutcheon-fr.svg Armoiries inconnues.
1471 Pierre-Jacques de Rosbarch Unknow escutcheon-fr.svg Armoiries inconnues.
1479 Antoine
( † avant 1493[6]),
seigneur de Crèvecœur, de Thiennes, de Calonne[Lequel ?] et de Thois, gouverneur d'Arras
French heraldic crowns - chevalier.svg
Blason Maison de Crèvecœur.svg
De gueules à trois chevrons d'or.
1479 François de La Boissière, écuyer, maître des eaux et forêts du bailliage de Montargis Blason à dessiner.svg D'or à trois arbrisseaux de gueules.
Jean de La Boissière
( † 1533),
seigneur de Montigny-sur-Loing, fils du précédent
French heraldic crowns - chevalier.svg
Blason à dessiner.svg
D'or à trois arbrisseaux de gueules.
1540 Jacques de Mornay
( † 1533),
seigneur d'Ambleville, d'Omerville et de Villarceaux
French heraldic crowns - chevalier.svg
Blason à dessiner.svg
Burelé d'argent et de gueules au lion morné de sable, couronné d'or, brochant sur le tout.

Blason modèle fr Armes parlantes.svg Armes parlantes (Mornaymorné).

Antoine de Hallwin
15001553),
seigneur de Piennes, chevalier de l'ordre du roi
French heraldic crowns - chevalier.svg
Blason Charles de Hallwin (v 1540-v 1595).svg
D'argent à trois lions de sable armés, lampassés et couronnés d'or.
1554 Jean de La Boissière
( † 1575),
seigneur de Montigny-sur-Loing, maître d'hôtel ordinaire du roi, quatrième fils de Jean ci-dessus
French heraldic crowns - chevalier.svg
Blason à dessiner.svg
D'or à trois arbrisseaux de gueules.
1575 François de Villiers
( † 1581),
chevalier, seigneur de Chailly, de Livry et de Montigny-sur-Loing, maître d'hôtel du roi, neveu du précédent
French heraldic crowns - chevalier.svg
Blason ville fr Villiers-Adam (Val-d'Oise).svg
D'or, au chef d'azur chargé d'un dextrochère d'argent mouvant du flanc senestre, revêtu d'un manipule d'hermine, pendant sur l'or. Devise : Va oultre, et : La main à l'œuvre.
1582 Jacques Le Roy
seigneur de La Grange-Le-Roi et de Grisy-en-Brie (Grisy-Suisnes)
French heraldic crowns - chevalier.svg
Blason à dessiner.svg
D'azur à trois oiseaux d'argent et un croissant de même en cœur.
1601 Claude de L'Isle
( † 1581),
seigneur d'Andrésy, de Puiseux, de Boisemont et de Courdimanche
French heraldic crowns - chevalier.svg
Blason fam fr de L'Isle 2.svg
De gueules, à la fasce d'argent, accompagnée de sept merlettes de même, 4 en chef et 3 en pointe.[7]
1606 Charles de Joyeuse
( † 1581),
seigneur d'Espaux
French heraldic crowns - chevalier.svg
Chateauneuf-Randon de Joyeuse Saint-Didier.svg
Écartelé, aux 1 et 2 pallé d'or et d'azur, au chef de gueules, chargé de trois hydres d'or; aux 3 et 4 d'azur, au lion d'argent, à la bordure de gueules chargée de huit fleurs de lys d'or.
1612 Robert de Harlay, fils de Robert de Harlay
( † tué en duel en 1615),
baron de Montglat (Cerneux, Ile-de-France)
French heraldic crowns - chevalier.svg
Blason famille fr Harlay de Sancy01.svg
D'argent à deux pals de sable.
1615 François de Silly
( † 1628),
1er duc de La Roche-Guyon et pair de France, damoiseau de Commercy, marquis de Guercheville
Orn ext GLF duc et pair OSE.svg
Blason François de Silly (+1628).svg
Ecartelé : les I et IV contre-écartelés de Silly, au 1 et au 4 du contre-écartelé d'hermine à la fasce vivrée de gueules, au 2 et 3 bandé d'or et d'azur de six pièces, à la bordure de gueules (La Roche-Guyon) ; sur le tout de Sarrebruck ; les II et III aussi contre-écartelés de Montmorency-Laval et d'Évreux ; sur le tout du tout d'argent à la fasce componnée en bande de gueules et d'or (de Pons).[8]
1628 Claude de Rouvroy
16071693),
1er duc de Saint-Simon et pair de France
Orn ext GLF duc et pair OSE.svg
Blason Claude de Rouvroy (v 1606-1693).svg
Écartelé, aux 1 et 4, parti de Vermandois et de Rouvroy ; aux 2 et 3 d'or de Havesquerke-Rasse ; sur le tout losangé d'argent et de gueules, à un chef d'argent (La Vacquerie).
1629 Philippe Anthonis
( † 1652),
seigneur de Roquemont, cornette de chevau-légers de la garde ; nommé grand louvetier sur la démission de seigneur de Saint-Simon en 1628, il lui remit la charge lorsque celui-ci fut fait duc, en 1636
French heraldic crowns - chevalier.svg
Blason à dessiner.svg
D'or au chevron de gueules accompagné en pointe d'un sanglier.
1636 Claude de Rouvroy
16071693),
1er duc de Saint-Simon et pair de France
Orn ext GLF duc et pair OSE.svg
Blason Claude de Rouvroy (v 1606-1693).svg
Écartelé, aux 1 et 4, parti de Vermandois et de Rouvroy ; aux 2 et 3 d'or de Havesquerke-Rasse ; sur le tout losangé d'argent et de gueules, à un chef d'argent (La Vacquerie).
1643 Henri II de Bourbon
15881646),
prince de Condé, premier Prince du sang de France, Premier Pair de France, Grand maître de France, Grand veneur de France et Grand louvetier de France
Blason Henri II de Bourbon (1588-1646).svg de Bourbon.
1646 Charles de Bailleul
( † 1655),
seigneur du Perray et du Plessis-Briart, gentilhomme de la chambre du roi, son maître d'hôtel. Il se démit pour son fils.
French heraldic crowns - chevalier.svg
Blason fam fr Bailleul 2.svg
Parti d'hermine et de gueules.
1651 Nicolas de Bailleul
( † 1683),
seigneur de Perray, du Plessis-Briart et de Courcouronne
French heraldic crowns - chevalier.svg
Blason fam fr Bailleul 2.svg
Parti d'hermine et de gueules.
1655 François-Gaspard de Montmorin
(°1621 † 1701),
marquis de Saint-Herem, seigneur de Volore, de Châteauneuf, de Saint-Germain, etc.
French heraldic crowns - marquis v2.svg
Blason fam fr Montmorin de Saint-Herem.svg
De gueules, semé de molettes d'argent, au lion de même.
1684 Michel Sublet
( † 1720),
chevalier, marquis de Heudicourt, de Saint-Paire, d'Hébécourt, du Mesnil, etc.
French heraldic crowns - marquis v2.svg
Blason à dessiner.svg
D'azur au pal bretessé d'or, maçonné de sable, chargé d'une vergette de même.
1718 Pons-Auguste Sublet
(°1676 † 1742),
marquis de Heudicourt, mestre de camp du régiment de Vivarais, fils du précédent
French heraldic crowns - marquis v2.svg
Blason à dessiner.svg
D'azur au pal bretessé d'or, maçonné de sable, chargé d'une vergette de même.
1737 Antonin-Armand de Belzunce
(°1716 † 1741),
comte de Castelmoron
Heraldique couronne comte français.svg
Blason à dessiner.svg
D'argent à une hydre de sinople dont une des têtes est coupée et tient encore un peu par le col, avec quelques gouttes de sang qui coulent de la blessure.
1741 Agésilas-Gaston de Grossoles
( † 1761),
marquis de Flamarens
Grand Louvetier.jpg D'or au lion de gueules naissant d'une rivière d'argent, au chef d'azur chargé de 3 cloches d'or.
1753 Emmanuel-François de Grossoles
(°1734 † 1780),
comte de Flamarens
Heraldique couronne comte français.svg
Blason à dessiner.svg
D'or au lion de gueules naissant d'une rivière d'argent, au chef d'azur chargé de 3 cloches d'or.
1780 Joseph-Louis-Bernard de Cléron
(°1737 † 1806),
comte d'Haussonville
Heraldique couronne comte français.svg
Blason fam fr Cléron d'Haussonville.svg
De gueules à la croix d'argent, cantonnée de quatre croisettes tréflées de même; sur le tout de Saffrès qui est de gueules à cinq saffres ou aiglettes de mer d'argent. Devise : Sonne haut Clairon.
1825-1828[réf. nécessaire] Jacques-Alexandre Law[réf. nécessaire]
17681828),
marquis de Lauriston
maréchal de France,
Grand veneur (1823-1828)
Orn ext maréchal-marquis et pair OSE.svg
Blason fam uk-fr Law de Lauriston.svg
D'hermine, à la bande de gueules, acc. de deux coqs d'azur.[9]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jean-Marc Moriceau, L'Homme contre le loup. Une guerre de deux mille ans, Fayard,
  2. Deux siècles avant, le louvetier de Réthel avait pour gages un muid de blé et 8 livres d'argent !
  3. Fourtier
  4. Jean-Marc Moriceau, L'Homme contre le loup. Une guerre de deux mille ans, Fayard, 2011, 488 p. (ISBN 2-213-63555-2)
  5. P. Menestrier.
  6. « roglo.eu », Antoine, seigneur de Crèvecœur +/1493, & Jeanne de Bernieulles, Marguerite de La Trémoïlle, dame de Dours (consulté le 16 avril 2011)
  7. Jean-Baptiste Rietstap, Armorial général, t. (tome 1 et 2), Gouda, G.B. van Goor zonen, 1884-1887
  8. « www.heraldique-europeenne.org », Armorial des Chevaliers du Saint-Esprit (consulté le 16 avril 2011)
  9. Armorial de J.B. RIETSTAP - et ses Compléments

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]