Grand carénage

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La notion de « grand carénage » est proposée et étudiée (d'un point de vue de faisabilité technico-économique) par EDF depuis 2008. Elle désigne en France un vaste projet et programme industriel de renforcement des installations de production d'électricité nucléaire, visant à allonger la durée d'exploitation possible des centrales nucléaires (au-delà des 40 ans prévus[1], en y ajoutant 30 ans de plus ; selon EDF, tous ses réacteurs « peuvent aller jusqu'à 60 ans »[2]. Elle associe des opérations inédites (dont mises à l'arrêt plus importantes) et des opérations de maintenance plus "classiques"[1].

L'expression est inspirée du « grand carénage » qui dans le domaine de la construction maritime désigne la réfection générale d'un navire placé pour la circonstance à terre ou en cale sèche.
Elle était déjà utilisée par le CEA en 1986 à propos d'un atelier-pilote de Marcoule conçu à la fin des années 1950 et mis en service en [1962]], et du projet TOR (Traitement Oxydes Rapides) décidé en 1978[3].

Amélioration continue : Le législateur demande aussi à l'exploitant (EDF) qu'à chaque inspection décennale le niveau de sûreté soit amélioré, au vu des connaissances scientifiques et techniques et en tirant parti des retours d'expérience des accidents ou incidents (de Tchernobyl et de Fukushima). Selon EDF, grâce à cela, la sûreté de ces centrales nucléaires se rapprochent de celles des centrales dite « de dernière génération » comme le Réacteur pressurisé européen[2] (EPR).

Présentation[modifier | modifier le code]

Selon Dominique Minière (Directeur Délégué à la Production Ingénierie du groupe EDF, Président de la SFEN) audité par une commission d'enquête parlementaire sur le « Grand Carénage » prévu par ZDF[4] :

Méthode[modifier | modifier le code]

Selon EDF, il faudra remplacer par du matériel neuf certains gros composants dont la durée de fonctionnement ne saurait excéder 25 et 35 ans[2],[1]. C'est le cas notamment des composants suivants

  • Générateurs de vapeur ;
  • turbines ;
  • transformateurs ;
  • échangeurs thermiques.

Certains composants majeurs ne pourront pas être remplacés (cuve, enceinte de confinement) mais « font l'objet de surveillance, de recherche, de maintenance particulièrement élaborée »

Ceci demande aussi des moyens humains, numériques[5],[6] et une méthode dédiée[7],[8], tout en veillant à ne pas perdre des 'savoir-faire' anciens, nécessaires au démantèlement des vieilles centrales[9].

En mars 2014 (19 et 20 mars) dans le cadre d'une convention de la SFEN intitulée « Exploiter les centrales nucléaires dans la durée », une table ronde a été animée par Céline Cudelou déléguée générale du GIIN (Groupe Intersyndical de l'Industrie Nucléaire) sur le thème des enjeux du Grand carénage d’EDF pour la filière industrielle nucléaire[10].

Coûts[modifier | modifier le code]

Le coût de ce grand carénage se comptera en dizaines de milliards d'euros. Il a été estimé en 2014 par EDF à 55 milliards entre 2008 et 2025[2], mais d'autres évoquent un cout de 90 milliards d'euros[11].

Il s'agit du chantier le plus coûteux de la filière nucléaire depuis la création du parc[2].

  • 10 milliards d'euros seront nécessaires « au déploiement des modifications post-Fukushima »,
  • 20 milliards seront consacrés aux arrêts de tranches et aux visites décennales effectuées par l'ASN
  • 05 milliards financeront la maintenance lourde des gros composants »
  • 10 milliards seront consacrés à d'« autres projets patrimoniaux ».

Selon EDF (2014)[2], ce cout permettra de conserver un prix de l'électricité compétitif (par rapport aux pays voisins) et sera moins élevé que celui du remplacement des centrales vieillissantes. Mais une partie de ce coût au moins sera directement répercuté sur la facture d'électricité des industriels, des collectivités et des particuliers ; Selon la cour des comptes le prix de gros du MWh qui en 2010 était de 49,5 €/MWh (en euros de 2010) augmentera au moins jusqu'à 54,4 €/MWh entre 2011 et 2025 pour intégrer les coûts du "Grand carénage"[12]. Le surenchérissement du réacteur pressurisé européen (EPR) devrait aussi faire monter le prix de l'électricité.

Contexte réglementaire en évolution[modifier | modifier le code]

La transition énergétique engage à développer des sources renouvelables d'énergie pour libérer le secteur énergétique de la dépendance aux énergies fossiles et à l'uranium (poste important de la dette extérieure. La loi TECV fixe à la France de ramener la part du nucléaire à 50 % du mix énergétique électrique en 2025, ce qui implique de fermer un tiers environ du parc nucléaire en exploitation (17 à 20 réacteurs).

La Cour des comptes dans son rapport public 2016 annuel aborde la situation et les défis de la maintenance nucléaire et suggère au gouvernement d’identifier les conséquences industrielles et financières de l’application de la loi sur le programme de maintenance « Grand carénage » (page 26), suggérant une révision "intégrale" de ce projet afin d'éviter les « dépenses inutiles ».
Didier Migaud, premier président de la Cour des comptes a détaillé le point de vue de la Cour en 2016 dans la Revue Générale Nucléaire [13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Jouette I (2016). Exploiter 40 ans et au-delà avec le Grand carénage. Revue Générale Nucléaire, (1), 26-31|résumé.
  2. a b c d e f et g Société française d'énergie nucléaire/SFEN (2014) Nucléaire : qu'est-ce que le « grand carénage » ? publié 06 mars 2014
  3. Commissariat à l'énergie atomique (1986) L'atelier PTEL & Retraitement E.A.E
  4. commission d'enquête parlementaire « relative aux coûts de la filière nucléaire, à la durée d'exploitation des réacteurs et à divers aspects économiques et financiers de la production et de la commercialisation de l'électricité nucléaire » , présidée par François Brottes (député PS) et chargée de préparer les débats au Parlement lors de la présentation de la loi de transition énergétique.
  5. Roy L (2017) Transformation numérique du nucléaire, quelles avancées en France et à l’étranger ?. Revue Générale Nucléaire, (3), 21-23.
  6. MORILHAT P & BLADIER T (2017) La baguette numérique de la Fée Électricité . Responsabilité et environnement / Transition numérique et transition écologique.
  7. Journé B (1998) Les facteurs humains de la conduite et la «cognition distribuée». Revue générale nucléaire, (1), 74-82.
  8. Thevenon J.B (2017). Comment le numérique fait évoluer les opérations de maintenance. Revue Générale Nucléaire, (3), 34-36.
  9. Naegel P (2017). Lier la question sociale à la question écologique.|HAL Id: halshs-01493749 PDF, 10 p
  10. Cudelou C (2014) Grand carénage: quels enjeux pour les industriels ? Revue Générale Nucléaire, (3), 53-54 |résumé
  11. de Lavergne J (2014) Les enjeux économiques pour la France. Durée de fonctionnement des réacteurs, 04. jtsfen publications |SFEN
  12. David J, De Lavergne J.G D & Duquesnoy T (2014) Exploiter les centrales nucléaires dans la durée-les défis économiques. Revue Générale Nucléaire, (3), 39-46.
  13. Migaud D (2016) La loi sur la transition énergétique pourrait remettre en cause les investissements dans le Grand carénage. Revue Générale Nucléaire, (1), 12-14|résumé

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cudelou C (2014) Grand carénage: quels enjeux pour les industriels ? Revue Générale Nucléaire, (3), 53-54 |résumé.
  • Eudier, D. (2014). AREVA. Exploiter les centrales nucléaires dans la durée, 28.
  • Migaud D (2016) La loi sur la transition énergétique pourrait remettre en cause les investissements dans le Grand carénage. Revue Générale Nucléaire, (1), 12-14|résumé.
  • Servière G (2014) Les enjeux techniques associés au Grand carénage (Synthèse d'une table ronde). Revue Générale Nucléaire, (3), 47-52|résumé.
  • Labourdette H (2014) ASSYSTEM. Exploiter les centrales nucléaires dans la durée, 26.