Grand Prix automobile de France 1958

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Grand Prix de France 1958
Tracé de la course
Données de course
Nombre de tours 50
Longueur du circuit 8,302 km
Distance de course 415,100 km
Conditions de course
Météo temps chaud et ensoleillé
Résultats
Vainqueur Drapeau : Royaume-Uni Mike Hawthorn,
Ferrari,
h 3 min 21 s 3
(vitesse moyenne : 201,905 km/h)
Pole position Drapeau : Royaume-Uni Mike Hawthorn,
Ferrari,
min 21 s 7
(vitesse moyenne : 210,919 km/h)
Record du tour en course Drapeau : Royaume-Uni Mike Hawthorn,
Ferrari,
min 24 s 9
(vitesse moyenne : 206,261 km/h)

Le Grand Prix de France 1958 (XLIVe Grand Prix de l'A.C.F.), disputé sur le circuit de Reims le , est la soixante-dixième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la sixième manche du championnat 1958.

Contexte avant le Grand Prix[modifier | modifier le code]

Le championnat du monde[modifier | modifier le code]

Pour la saison 1958, les monoplaces de formule 1 ont dû être adaptées à la nouvelle réglementation, imposant l'usage du carburant de type 'Avgas' (carburant des avions à hélice), la perte de puissance étant d'une vingtaine de chevaux par rapport à l'utilisation d'un carburant libre[1]. D'autre part, la réduction de la distance des épreuves (désormais de trois cents kilomètres contre cinq cents auparavant) a permis aux constructeurs de concevoir des voitures plus petites de par la taille des réservoirs. Bien qu'officiellement absent de la scène des Grands Prix, le constructeur italien Maserati a également développé une nouvelle version de sa 250F, plus courte et plus légère que la version 1957 ; c'est l'architecte américain Temple Buell qui a financé la construction de cette nouvelle voiture, surnommée piccolo, et le quintuple champion du monde Juan Manuel Fangio est sorti de sa semi-retraite sportive pour la faire débuter à Reims[2]. Fangio ne courant plus qu'épisodiquement, c'est le Britannique Stirling Moss, vainqueur en Argentine et aux Pays-Bas, qui semble le mieux placé dans la conquête du titre mondial.

Le circuit[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Circuit de Reims-Gueux.
Reims-Gueux
Les stands et la tribune principale du circuit de Reims-Gueux.

Depuis son inauguration en 1926, le circuit de Reims-Gueux est l'une des pistes les plus rapides d'Europe, son tracé triangulaire fait de longues lignes droites permettant d'atteindre es vitesses très élevées. Le record officiel de la piste est détenu par Juan Manuel Fangio, qui en 1956, au volant de sa Ferrari avait accompli un tour à près de 205 km/h lors du Grand Prix de France. L'année suivante, Fangio avait tourné à 209 km/h de moyenne lors des essais du Grand Prix de Reims, mais le record en course n'avait pas été amélioré[3]. Organisé chaque premier week-end de juillet, le meeting de Reims accueille de nombreux spectateurs, l’épreuve de formule un étant précédée d'une course d'endurance de douze heures et d'une course de formule deux.

Monoplaces en lice[modifier | modifier le code]

  • Ferrari Dino 246 "Usine"
Ferrari Dino 246
La Ferrari Dino 246, la plus puissante des F1 engagées.

Après les contre-performances du début de saison et les progrès entrevus lors du dernier Grand Prix de Belgique, la Scuderia Ferrari a énormément travaillé sur les suspensions des Dino 246 afin d'en parfaire la tenue de route. Grâce à leur moteur V6 de 2400 cm3 développant 290 chevaux à 8 500 tr/min[4], ces monoplaces d'à peine 650 kg sont les plus puissantes du plateau. La Scuderia a engagé quatre voitures, confiées à Mike Hawthorn, Luigi Musso, Wolfgang von Trips et Olivier Gendebien. Le Britannique Peter Collins semble être tombé en disgrâce après son récent abandon aux 24 Heures du Mans, l'équipe le tenant responsable de la défaillance de l'embrayage. Il est cantonné à l'épreuve de formule 2, qui sera disputée en lever de rideau du Grand Prix[5].

  • Vanwall VW "Usine"

Après leurs deux succès consécutifs aux Pays-Bas et en Belgique, les Vanwall de Tony Vandervell sont indiscutablement les voitures à battre de cette première partie de saison. Pesant 630 kg, elles sont équipées d'un moteur quatre cylindres d'une puissance de 270 chevaux à 7 500 tr/min[6]. Malgré leur moindre puissance, leur carrosserie très profilée autorise une vitesse de pointe égale à celle des Ferrari. Les Vanwall bénéficient en outre d'un système de freinage à disques, très endurant. L'équipe de pilotes est exclusivement britannique, Stirling Moss étant épaulé par Tony Brooks et Stuart Lewis-Evans.

  • BRM P25 "Usine"

L'équipe de Bourne a engagé trois P25, confiées à Jean Behra, Harry Schell et Maurice Trintignant, ce dernier remplaçant Ron Flockhart, indisponible à la suite de son accident survenu lors des entraînements du Grand Prix de Rouen[7]. Bien que relativement peu puissantes (250 chevaux[8]), ces monoplaces s'avèrent performantes grâce à leur poids mesuré (550 kg) et leur agilité.

  • Cooper T45 "Usine"

Jack Brabham et Roy Salvadori disposent de leurs habituelles Cooper T45 à moteur quatre cylindres Coventry Climax FPF (2200 cm3, 194 chevaux à 6250 tr/min[9]), monté en position centrale arrière. Très agiles sur les circuits sinueux, ces petites monoplaces de 500 kg pèchent toutefois par leur faible vitesse de pointe sur les circuits rapides.

  • Lotus 16 & 12 "Usine"
Lotus 16
La Lotus 16 va effectuer sa première sortie à Reims.

La nouvelle Lotus 16 est la première vraie formule 1 produite par Colin Chapman, la 12 étant à l'origine une formule 2. C'est Graham Hill qui est chargé de la faire débuter à Reims, Cliff Allison disposant quant à lui de l'ancienne 'Type 12', le second châssis 'Type 16' étant aligné dans la course de F2. Les deux modèles pèsent environ 450 kg en ordre de marche et sont équipés d'un moteur Climax FPF identique à celui des Cooper[10] (2200 cm3, 194 chevaux), mais monté à l'avant.

  • Maserati 250F

Maserati est une nouvelle fois le constructeur le mieux représenté, avec sept monoplaces 250F présentes, toutes engagées à titre privé. Juan Manuel Fangio est le seul à disposer de la nouvelle version 'Piccolo', plus courte et nettement plus légère que les modèles de l'année précédente. Le moteur six cylindres (270 chevaux à 7 500 tr/min), avec taux de compression augmenté, est désormais mieux adapté à l'utilisation du carburant 'Avgas' ; la boîte de vitesses a été allégée et les freins (toujours à tambour) renforcés, tout comme les suspensions[2]. Fangio fonde de gros espoirs sur cette 250F 'Piccolo', qui pèse environ 75 kg de moins que les versions 1957 dont on six exemplaires sont présents à Reims : les trois de la Scuderia Centro Sud pour Carroll Shelby, Troy Ruttman et Gerino Gerini, deux appartenant à Joakim Bonnier qui fait débuter Phil Hill à ses côtés et enfin celui de Francisco Godia.

Coureurs inscrits[modifier | modifier le code]

Liste des pilotes inscrits[11]
no  Pilote Écurie Constructeur Modèle Moteur Pneumatiques
2 Drapeau : Italie Luigi Musso Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 E
4 Drapeau : Royaume-Uni Mike Hawthorn Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 E
6 Drapeau : Allemagne Wolfgang von Trips Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 E
8 Drapeau : Royaume-Uni Stirling Moss Vandervell Products Vanwall Vanwall VW10 Vanwall L4 D
10 Drapeau : Royaume-Uni Tony Brooks Vandervell Products Vanwall Vanwall VW5 Vanwall L4 D
12 Drapeau : Royaume-Uni Stuart Lewis-Evans Vandervell Products Vanwall Vanwall VW9 Vanwall L4 D
14 Drapeau : France Jean Behra Owen Racing Organisation BRM BRM P25 BRM L4 D
16 Drapeau : États-Unis Harry Schell Owen Racing Organisation BRM BRM P25 BRM L4 D
18 Drapeau : France Maurice Trintignant Owen Racing Organisation BRM BRM P25 BRM L4 D
20 Drapeau : Royaume-Uni Roy Salvadori Cooper Car Company Cooper Cooper T45 Coventry Climax L4 D
22 Drapeau : Australie Jack Brabham Cooper Car Company Cooper Cooper T45 Coventry Climax L4 D
24 Drapeau : Royaume-Uni Graham Hill Team Lotus Lotus Lotus 16 Coventry Climax L4 D
26 Drapeau : Royaume-Uni Cliff Allison Team Lotus Lotus Lotus 12 Coventry Climax L4 D
28 Drapeau : États-Unis Carroll Shelby Scuderia Centro Sud Maserati Maserati 250F Maserati L6 P
30 Drapeau : États-Unis Troy Ruttman Scuderia Centro Sud Maserati Maserati 250F Maserati L6 P
32 Drapeau : Italie Gerino Gerini Scuderia Centro Sud Maserati Maserati 250F Maserati L6 P
34 Drapeau : Argentine Juan Manuel Fangio Privé Maserati Maserati 250F Maserati L6 P
36 Drapeau : États-Unis Phil Hill Joakim Bonnier Maserati Maserati 250F Maserati L6 P
38 Drapeau : Suède Joakim Bonnier Privé Maserati Maserati 250F Maserati L6 P
40 Drapeau : Espagne Francisco Godia Privé Maserati Maserati 250F Maserati L6 P
42 Drapeau : Belgique Olivier Gendebien
Drapeau : Royaume-Uni Peter Collins
Scuderia Ferrari Ferrari Ferrari Dino 246 Ferrari V6 E

Qualifications[modifier | modifier le code]

BRM P25
Aux mains de Harry Schell, la BRM P25 a été la plus rapide lors de la première journée d'essais.

Les essais qualificatifs sont organisés les mercredi, jeudi et vendredi précédant la course, chaque session se déroulant en fin d'après-midi. Le mercredi soir, Mike Hawthorn se montre d'emblée très à l'aise, les toutes dernières modifications apportées aux suspensions des Ferrari ayant corrigé les précédents problèmes de tenue de route ; il est le premier à franchir le seuil des 200 km/h de moyenne, s'attribuant les cent bouteilles de champagne offertes à cet effet. Il conclut sa séance par un temps de 2 min 23 s 9 (207,7 km/h), battant d'une seconde la performance réalisée par Juan Manuel Fangio et sa Maserati lors des essais du Grand Prix de Reims 1957. Dans les dernières minutes, Harry Schell, sur BRM, bat de près d'une seconde le temps de Hawthorn, tournant à la moyenne de 208,8 km/h, qui restera la meilleure performance de cette première journée, au cours de laquelle peu de concurrents ont pris la piste[8].

La participation est nettement plus importante le lendemain. La présence de Fangio et de la nouvelle Maserati constitue un des principaux pôles d’intérêt, mais la voiture semble manquer de puissance et le champion du monde doit se contenter du dixième chrono de la journée, en 3 min 25 s, à plus de deux secondes de son temps de qualification de l'année précédente ! Hawthorn domine cette séance et s'adjuge cent bouteilles de champagne supplémentaires en étant le premier au delà de la barre des 210 km/h, concluant la journée avec un temps de 2 min 21 s 7 (210,9 km/h), devançant son coéquipier Luigi Musso de sept dixièmes de seconde. Si les Ferrari ont confirmé leur forme de la veille, les Vanwall ont un peu déçu, Stirling Moss étant deux secondes plus lent que la meilleure Ferrari[8].

Pour la session finale, le vendredi soir, la Scuderia Ferrari a modifié la composition de son équipe de pilotes : initialement mis sur la touche par le directeur sportif Romolo Tavoni après son abandon aux 24 Heures du Mans, Peter Collins se voit finalement attribuer la voiture de Wolfgang von Trips, au terme d'une explication sévère la veille, au cours de laquelle Hawthorn a pris la défense de son coéquipier et ami[5]. Collins réalise une des meilleures performances de la journée, qui lui vaut une place à la corde de la seconde ligne de la grille de départ, au côté de la Vanwall de Tony Brooks et devant celle de Moss, qui n'a pas amélioré son temps de la veille. Après avoir essayé la Maserati de l'Espagnol Francisco Godia, Fangio a repris sa propre voiture et est parvenu à améliorer d'une seconde sa performance de la veille ; avec le huitième meilleur temps absolu, le champion du monde s'élancera à l'extérieur de la troisième ligne, une place inhabituelle pour lui. Personne n'a été en mesure d'approcher Hawthorn pour la conquête de la pole position, et le Britannique s'octroie ainsi cent bouteilles supplémentaires, soit un total de trois cents bouteilles pour son week-end champenois ! Il s'élancera donc à la corde de la première ligne, au côté de Musso et de Schell. Ayant cédé sa voiture à Collins, Trips a hérité de celle d'Olivier Gendebien[5] ; cette voiture n'ayant pas tourné au cours des essais, le pilote allemand s'élancera en fond de grille.

Résultats des qualifications
Pos. Pilote Écurie Temps Écart Note
1 Drapeau : Royaume-Uni Mike Hawthorn Ferrari 2 min 21 s 7 Temps réalisé le jeudi - nouveau record officieux de la piste
2 Drapeau : Italie Luigi Musso Ferrari 2 min 22 s 4 + 0 s 7
3 Drapeau : États-Unis Harry Schell BRM 2 min 23 s 1 + 1 s 4
4 Drapeau : Royaume-Uni Peter Collins Ferrari 2 min 23 s 3 + 1 s 6 Temps réalisé le vendredi sur la voiture de Trips
Trips avait réalisé un temps de 2 min 24 s 0 le jeudi, non retenu
5 Drapeau : Royaume-Uni Tony Brooks Vanwall 2 min 23 s 4 + 1 s 7
6 Drapeau : Royaume-Uni Stirling Moss Vanwall 2 min 23 s 7 + 2 s 0
7 Drapeau : France Maurice Trintignant BRM 2 min 23 s 7 + 2 s 0
8 Drapeau : Argentine Juan Manuel Fangio Maserati 2 min 24 s 0 + 2 s 3
9 Drapeau : France Jean Behra BRM 2 min 24 s 2 + 2 s 5
10 Drapeau : Royaume-Uni Stuart Lewis-Evans Vanwall 2 min 25 s 3 + 3 s 6
11 Drapeau : Argentine Juan Manuel Fangio Maserati 2 min 27 s 1 + 5 s 4 Temps réalisé sur la Maserati de Godia
(temps de Godia non retenu)
12 Drapeau : Australie Jack Brabham Cooper-Climax 2 min 27 s 3 + 5 s 6
13 Drapeau : États-Unis Phil Hill Maserati 2 min 29 s 5 + 7 s 8
14 Drapeau : Royaume-Uni Roy Salvadori Cooper-Climax 2 min 30 s 0 + 8 s 3
15 Drapeau : Italie Gerino Gerini Maserati 2 min 30 s 7 + 9 s 0
16 Drapeau : Suède Joakim Bonnier Maserati 2 min 30 s 9 + 9 s 2
17 Drapeau : États-Unis Carroll Shelby Maserati 2 min 32 s 0 + 10 s 3
18 Drapeau : États-Unis Troy Ruttman Maserati 2 min 36 s 0 + 14 s 3
19 Drapeau : Royaume-Uni Graham Hill Lotus-Climax 2 min 40 s 9 + 19 s 2
20 Drapeau : Royaume-Uni Cliff Allison Lotus-Climax 2 min 49 s 7 + 28 s 0
21 Drapeau : Belgique Olivier Gendebien
Drapeau : Allemagne Wolfgang von Trips
Ferrari pas de temps - voiture initialement attribuée à Gendebien,
non utilisée aux essais

Grille de départ du Grand Prix[modifier | modifier le code]

Grille de départ du Grand Prix et résultats des qualifications[8]
1re ligne Pos. 3 Pos. 2 Pos. 1
Drapeau : États-Unis
Schell
BRM
2 min 23 s 1
Drapeau : Italie
Musso
Ferrari
2 min 22 s 4
Drapeau : Royaume-Uni
Hawthorn
Ferrari
2 min 21 s 7
2e ligne Pos. 5 Pos. 4
Drapeau : Royaume-Uni
Brooks
Vanwall
2 min 23 s 4
Drapeau : Royaume-Uni
Collins
Ferrari
2 min 23 s 3
3e ligne Pos. 8 Pos. 7 Pos. 6
Drapeau : Argentine
Fangio
Maserati
2 min 24 s 0
Drapeau : France
Trintignant
BRM
2 min 23 s 7
Drapeau : Royaume-Uni
Moss
Vanwall
2 min 23 s 7
4e ligne Pos. 10 Pos. 9
Drapeau : Royaume-Uni
Lewis-Evans
Vanwall
2 min 25 s 3
Drapeau : France
Behra
BRM
2 min 24 s 2
5e ligne Pos. 13 Pos. 12 Pos. 11
Drapeau : États-Unis
P. Hill
Maserati
2 min 29 s 5
Drapeau : Australie
Brabham
Cooper
2 min 27 s 3
Drapeau : Espagne
Godia
Maserati
2 min 27 s 1
6e ligne Pos. 15 Pos. 14
Drapeau : Italie
Gerini
Maserati
2 min 30 s 7
Drapeau : Royaume-Uni
Salvadori
Cooper
2 min 30 s 0
7e ligne Pos. 18 Pos. 17 Pos. 16
Drapeau : États-Unis
Ruttman
Maserati
2 min 36 s 0
Drapeau : États-Unis
Shelby
Maserati
2 min 32 s 0
Drapeau : Suède
Bonnier
Maserati
2 min 30 s 9
8e ligne Pos. 20 Pos. 19
Drapeau : Royaume-Uni
Allison
Lotus
2 min 49 s 7
Drapeau : Royaume-Uni
G. Hill
Lotus
2 min 40 s 9
9e ligne Pos. 21
Drapeau : Allemagne
Trips
Ferrari
Pas de temps

Déroulement de la course[modifier | modifier le code]

Luigi Musso
Luigi Musso, victime de sa trop grande fougue à Reims.

Le départ est donné le dimanche après-midi, aussitôt après l'arrivée de l'épreuve de formule 2 remportée par la Porsche de Jean Behra[12]. Le temps est splendide et la piste sèche, toutefois maculée d'huile par endroits à cause des courses disputées sans interruption depuis la veille. Au baisser du drapeau, Harry Schell (sur BRM) est le plus prompt ; il passe devant les stands avec deux longueurs d'avance sur la Vanwall de Tony Brooks, alors que les deux Ferrari de Mike Hawthorn et Luigi Musso sont un peu en retrait, devant le reste de la meute. Derrière, certains concurrents n'hésitent pas à emprunter la piste de décélération pour déborder leurs adversaires, mais aucune sanction ne sera appliquée par les organisateurs[13]. Hawthorn contre-attaque rapidement : après quelques centaines de mètres il déborde Brooks et talonne Schell, qu'il passe au virage de Muizon, abordant la longue ligne droite en tête. Il passe légèrement détaché à la fin du premier tour, suivi de Schell, Musso, des deux Vanwall de Stirling Moss et Tony Brooks et de la Maserati de Juan Manuel Fangio, qui doit effectuer les changements de vitesse à l'oreille, sa pédale d'embrayage ayant cassé peu après le départ[14]. Au cours du second tour, Musso dépasse Brooks tandis que Collins déborde successivement Fangio, Brooks, Moss et Schell ; trois Ferrari occupent les trois premières places ! Brooks les talonne, précédant le groupe très compact formé par Fangio, Behra, Schell et Moss qui échangent continuellement leurs positions. Au quatrième tour, Collins s'approprie le record du tour à plus de 205 km/h de moyenne et se rapproche de ses coéquipiers[15]. Mais aussitôt après, à l'approche du virage de Muizon, il ne parvient pas à freiner, une petite prise d'air de l'habitacle s'étant détachée et coinçant sa pédale de freins ! Le pilote britannique parvient à provoquer un tête-à-queue en rétrogradant brutalement et à immobiliser sa voiture sans rien toucher ; le temps de dégager la pièce et de manœuvrer pour repartir, il a chuté en onzième position. Énervé par cet incident qui a ruiné son beau début de course, il ne va pas manquer d'afficher son mécontentement envers son équipe, balançant la pièce à ses mécaniciens en repassant à pleine vitesse devant son stand[5] ! Hawthorn compte alors deux secondes d'avance sur Musso, écart que le pilote italien, malgré ses efforts, ne parvient pas à combler. Brooks, maintenant troisième, ne semble pas en mesure d'inquiéter les Ferrari, et se voit bientôt rejoint par le petit peloton emmené par Fangio. Après neuf tours, les Ferrari de tête ont déjà rejoint les derniers. Musso, qui tient absolument à ne pas perdre le contact avec Hawthorn, déborde une des Maserati attardées dans la courbe suivant la ligne droite des stands, à l'attaque du dixième tour. Il ne peut prendre la trajectoire idéale dans cette courbe abordée à près de 250 km/h[16], heurte la bordure droite et perd le contrôle de sa monoplace, qui sort violemment de la piste et décolle en prenant appui sur l'accotement, retombant après un saut de près de dix mètres de haut[17] ; éjecté, très sévèrement touché, Musso est immédiatement transporté par hélicoptère à l'hôpital de Reims, mais son état est désespéré et le pilote italien succombe peu après à ses blessures.

Hawthorn a suivi dans ses rétroviseurs l’accident de son coéquipier mais ignore tout de son sort. Il compte alors environ douze secondes d'avance sur le groupe de ses poursuivants, emmené par Brooks, Moss et Fangio, en bataille serrée. Des problèmes de boîte de vitesses apparaissent sur la Vanwall de Brooks, qui se fait déborder par Moss, Fangio et Behra avant de s'arrêter à son stand à la fin du douzième tour. Il en repartira bon dernier pour abandonner quatre boucles plus tard. La deuxième place est maintenant âprement disputée entre Fangio et Moss, dont la Vanwall est nettement plus rapide en pointe. Ils sont bientôt rattrapés par Behra, et durant près de dix tours la lutte pour la deuxième place va être intense entre ces trois pilotes, avant que Fangio ne connaisse des problèmes de sélecteur de boîte le contraignant à un bref arrêt au stand à la fin du vingt-quatrième tour. Il en repart en septième position, ayant perdu toute chance de podium. Hawthorn compte alors trente secondes d'avance sur Behra et Moss, toujours roues dans roues. Parti en fond de grille sur sa Ferrari, Wolfgang von Trips a effectué une belle remontée jusqu'à la quatrième place, devançant Schell et Collins. Derrière l'inaccessible Ferrari de tête, le duel pour la seconde place va durer jusqu'au quarantième tour, au cours duquel Behra ralentit soudainement, la pompe à essence de sa BRM ne fonctionnant plus correctement. Le pilote français se fait successivement déborder par Trips, Collins et Fangio, avant de s'arrêter définitivement, tout comme son coéquipier Schell qui abandonne pour la même raison. Avec vingt-cinq secondes d'avance sur Moss à dix boucles de l'arrivée, Hawthorn a course gagnée, mais conserve un rythme très soutenu ; il boucle son quarante-cinquième tour à plus de 206 km/h de moyenne, établissant un nouveau record de la piste. Il passe la ligne d'arrivée en conservant vingt-cinq secondes d'avance sur Moss et près d'une minute sur son coéquipier Trips,après avoir mené de bout en bout. Collins, tombé en panne d'essence dans son dernier tour, a dû pousser sa Ferrari pour terminer et a perdu la quatrième place au profit de Fangio.

Classements intermédiaires[modifier | modifier le code]

Classements intermédiaires des monoplaces aux premier, deuxième, troisième, cinquième, dixième, quinzième, vingtième, vingt-cinquième, trentième et quarantième tours[15].

Classement de la course[modifier | modifier le code]

Vanwall
Après deux succès consécutifs, aux Pays-Bas et en Belgique, résultat mitigé pour Vanwall avec la seconde place de Stirling Moss, nettement dominé par la Ferrari de Hawthorn.
Pos No Pilote Écurie Tours Temps Grille Points
1 4 Drapeau : Royaume-Uni Mike Hawthorn Ferrari 50 2 h 03 min 21 s 3 1 9
2 8 Drapeau : Royaume-Uni Stirling Moss Vanwall 50 + 24 s 6 6 6
3 6 Drapeau : Allemagne Wolfgang von Trips Ferrari 50 + 59 s 7 21 4
4 34 Drapeau : Argentine Juan Manuel Fangio Maserati 50 + 2 min 30 s 6 8 3
5 42 Drapeau : Royaume-Uni Peter Collins Ferrari 50 + 5 min 24 s 9 4 2
6 22 Drapeau : Australie Jack Brabham Cooper-Climax 49 + 1 tour 12
7 36 Flag of the United States (1912-1959).svg Phil Hill Maserati 49 + 1 tour 13
8 38 Drapeau : Suède Jo Bonnier Maserati 48 + 2 tours 16
9 32 Drapeau : Italie Gerino Gerini Maserati 47 + 3 tours 15
10 30 Flag of the United States (1912-1959).svg Troy Ruttman Maserati 45 + 5 tours 18
11 20 Drapeau : Royaume-Uni Roy Salvadori Cooper-Climax 37 + 13 tours 14
Abd. 16 Flag of the United States (1912-1959).svg Harry Schell BRM 41 Surchauffe moteur 3
Abd. 14 Drapeau : France Jean Behra BRM 41 Pompe à essence 9
Abd. 12 Drapeau : Royaume-Uni Stuart Lewis-Evans
Drapeau : Royaume-Uni Tony Brooks
Vanwall 35 Moteur 10
Abd. 24 Drapeau : Royaume-Uni Graham Hill Lotus-Climax 33 Surchauffe moteur 19
Abd. 40 Flag of Spain (1945–1977).svg Francisco Godia Maserati 28 Accident 11
Abd. 18 Drapeau : France Maurice Trintignant BRM 23 Pompe à essence 7
Abd. 10 Drapeau : Royaume-Uni Tony Brooks Vanwall 16 Moteur 5
Abd. 2 Drapeau : Italie Luigi Musso Ferrari 9 Accident mortel 2
Abd. 28 Flag of the United States (1912-1959).svg Carroll Shelby Maserati 9 Moteur 17
Abd. 26 Drapeau : Royaume-Uni Cliff Allison Lotus-Climax 6 Moteur 20

Pole position et record du tour[modifier | modifier le code]

Tours en tête[modifier | modifier le code]

Classement général à l'issue de la course[modifier | modifier le code]

Dauphin de Juan Manuel Fangio de 1955 à 1957, Stirling Moss (vu ici en 1958) a dominé le début de saison. Une erreur en Belgique et la compétitivité retrouvée des Ferrari ont toutefois permis à Mike Hawthorn, étincelant à Reims, de rattraper son rival dans la course au titre mondial.
  • Attribution des points : 8, 6, 4, 3, 2 respectivement aux cinq premiers de chaque épreuve et 1 point supplémentaire pour le pilote ayant accompli le meilleur tour en course (signalé par un astérisque).
  • Pour la coupe des constructeurs, même barème mais seule la voiture la mieux classée de chaque équipe inscrit des points. Le point du meilleur tour en course n'est pas comptabilisé. Les 500 miles d'Indianapolis ne sont pas pris en compte pour cette coupe, la course n'étant pas ouverte aux monoplaces de formule 1[11].
  • Le règlement permet aux pilotes de se relayer sur une même voiture, les points éventuellement acquis étant alors perdus pour pilotes et constructeur[8].
Classement des pilotes
Pos. Pilote Écurie Points Drapeau : Argentine
ARG
Drapeau : Monaco
MON
Drapeau : Pays-Bas
NL
Drapeau : États-Unis
500
Drapeau : Belgique
BEL
Drapeau : France
FRA
Drapeau : Royaume-Uni
GBR
Drapeau : Allemagne
ALL
Drapeau : Portugal
POR
Drapeau : Italie
ITA
Drapeau : Maroc
MAR
1 Drapeau : Royaume-Uni Stirling Moss Cooper & Vanwall 23 8 - 9* - - 6
Drapeau : Royaume-Uni Mike Hawthorn Ferrari 23 4 1* 2 - 7* 9*
3 Drapeau : Italie Luigi Musso Ferrari 12 6 6 - - - -
4 Drapeau : États-Unis Harry Schell BRM 10 - 2 6 - 2 -
5 Drapeau : France Maurice Trintignant Cooper 8 - 8 - - - -
Drapeau : États-Unis Jimmy Bryan Epperly 8 - - - 8 - -
Drapeau : Royaume-Uni Tony Brooks Cooper 8 - - - - 8 -
8 Drapeau : Argentine Juan Manuel Fangio Maserati 7 4* - - - - 3
9 Drapeau : États-Unis George Amick Epperly 6 - - - 6 - -
Drapeau : France Jean Behra Maserati & BRM 6 2 - 4 - - -
Drapeau : Royaume-Uni Peter Collins Ferrari 6 - 4 - - - 2
12 Drapeau : États-Unis Johnny Boyd Kurtis Kraft 4 - - - 4 - -
Drapeau : Royaume-Uni Stuart Lewis-Evans Vanwall 4 - - - - 4 -
Drapeau : Allemagne Wolfgang von Trips Ferrari 4 - - - - - 4
Drapeau : États-Unis Tony Bettenhausen Epperly 4 - - - 4* - -
16 Drapeau : Australie Jack Brabham Cooper 3 - 3 - - - -
Drapeau : Royaume-Uni Roy Salvadori Cooper 3 - - 3 - - -
Drapeau : Royaume-Uni Cliff Allison Lotus 3 - - - - 3 -
19 Drapeau : États-Unis Jim Rathmann Epperly 2 - - - 2 - -
Coupe des constructeurs
Pos. Écurie Points Drapeau : Argentine
ARG
Drapeau : Monaco
MON
Drapeau : Pays-Bas
NL
Drapeau : États-Unis
500
Drapeau : Belgique
BEL
Drapeau : France
FRA
Drapeau : Royaume-Uni
GBR
Drapeau : Allemagne
ALL
Drapeau : Portugal
POR
Drapeau : Italie
ITA
Drapeau : Maroc
MAR
1 Ferrari 28 6 6 2 - 6 8
2 Vanwall 22 - - 8 - 8 6
3 Cooper-Climax 19 8 8 3 - - -
4 BRM 10 - 2 6 - 2 -
5 Maserati 6 3 - - - - 3
6 Lotus-Climax 3 - - - - 3 -

À noter[modifier | modifier le code]

Fangio
À l'arrivée de la course, le quintuple champion du monde Juan Manuel Fangio annonce mettre un terme définitif à sa carrière sportive.
  • 3e victoire pour Mike Hawthorn.
  • 26e victoire pour Ferrari en tant que constructeur.
  • 26e victoire pour Ferrari en tant que motoriste.
  • 24e et dernier Grand Prix pour Luigi Musso qui décède en course en tentant de rattraper Mike Hawthorn.
  • 51e et dernier Grand Prix pour Juan Manuel Fangio qui prend le départ sur une Maserati mais, accablé de problèmes, accroche une quatrième place méritoire avant d'annoncer sa retraite.
  • Alors qu'il était largement en tête et avait repris près d'un tour à Juan Manuel Fangio, Mike Hawthorn resta délibérément derrière le champion argentin. Hawthorn justifia cet acte en déclarant : « On ne prend pas un tour à cet homme-là[16] ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christian Moity, « Les Vanwall 1958-1961 », Revue Automobile historique, no 14,‎
  2. a et b (en) Mike Lawrence, Grand Prix Cars 1945-65, Motor racing Publications, , 264 p. (ISBN 1-899870-39-3)
  3. Christian Naviaux, Les Grands Prix de Formule 1 hors championnat du monde, Éditions du Palmier, , 128 p. (ISBN 2-914920-05-9)
  4. L'année automobile no 6 1958-1959, Lausanne, Edita S.A.,
  5. a, b, c et d Chris Nixon, Mon Ami Mate, Éditions Rétroviseur, , 378 p. (ISBN 2-84078-000-3)
  6. Christian Moity et Serge Bellu, « La galerie des championnes : les Vanwall 2,5 litres », Revue L'Automobile, no 400,‎
  7. Revue L'Automobile no 147 - juillet 1958
  8. a, b, c, d, e et f (en) Mike Lang, Grand Prix volume 1, Haynes Publishing Group, , 288 p. (ISBN 0-85429-276-4)
  9. Gérard Gamand, « L'histoire de Coventry Climax », Revue Autodiva, no 32,‎
  10. (en) Adriano Cimarosti, The complete History of Grand Prix Motor racing, Aurum Press Limited, , 504 p. (ISBN 1-85410-500-0)
  11. a et b (en) Bruce Jones, The complete Encyclopedia of Formula One, Colour Library Direct, , 647 p. (ISBN 1-84100-064-7)
  12. Revue L'Automobile no 148 - août 1958
  13. Revue Moteurs courses n° 18- 4e trimestre 1958
  14. Luc Augier, « Avec Fangio et Stewart », Revue Moteurs courses, no 102,‎
  15. a et b Edmond Cohin, L'historique de la course automobile, Editions Larivière, , 882 p.
  16. a et b Johnny Rives, Gérard Flocon et Christian Moity, La Fabuleuse histoire de la Formule 1, Éditions Nathan, , 707 p. (ISBN 2-09-286450-5)
  17. Johnny Rives, L’Equipe, 50 ans de Formule 1 - tome 1 : 1950-1978, SNC L’Equipe, , 233 p. (ISBN 2-7021-3009-7)