Grammaire hébraïque

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Manuel de grammaire hébraïque de Juda Monis, paru en 1735

La grammaire hébraïque (hébreu: דִּקְדּוּק עִבְרִי, diqdouq ivri, examen méticuleux de la langue hébraïque[1]) est l'étude systématique des règles qui régissent l'hébreu.

Longtemps demeurée réservée à l'hébreu biblique, elle a connu une évolution rapide au cours du XXe siècle, l'hébreu redevenant une langue parlée après être demeurée liturgique et littéraire.

La langue hébraïque est partiellement analytique car elle exprime les formes datives, ablatives et accusatives à l'aide de prépositions plutôt que par des variations morphologiques. La flexion joue cependant un rôle majeur dans la formation des verbes, la déclinaison des prépositions à l'aide de suffixes pronominaux, la construction génitive des noms, et la formation du pluriel des noms et des adjectifs.

Aperçu historique[modifier | modifier le code]

Portail (שַׁעַר šaʿar) du Talmud de Babylone

L'hébreu (hébreu : לָשׁוֹן עִבְרִית, lashon ivrit, langue hébraïque) est une langue sémitique parlée par les Hébreux, descendants selon la Bible du patriarche Eber. Leur langue est proche des dialectes cananéens de leurs voisins immédiats, Cananéens et Phéniciens, et des dialectes des habitants des colonies par eux fondées, dont Carthage en Afrique du Nord. Considéré par les enfants d'Israël comme « langue de sainteté (לָשׁוֹן הַקֹדֶשׁ lashon haqodesh), avec laquelle fut créé le monde[2], c'est en cette langue principalement qu'est rédigée la Bible.

Initialement conçue comme une technique accessoire de l'exégèse biblique, visant à lire avec exactitude toutes les subtilités du Texte révélé[3], elle devient, au Moyen Âge, un champ d'étude indépendant, étroitement associé à l'exégèse juive de la Bible d'une part, à la poésie hébraïque d'une autre utilisé entre autres pour la composition de poèmes, liturgiques ou profanes, en hébreu.
Elle peut d'ailleurs être considérée comme la seule science spécifiquement juive du Moyen Âge, car bien que son étude ait été fortement stimulée par l'exemple de la philologie arabe, et modelée sur elle, elle conserve un caractère propre, en grande partie du fait de sa relation à la Massore, un recueil de traditions d'écriture et de prononciation du texte biblique.
La Réforme protestante marque un grand changement dans son histoire, introduisant l'étude de l'hébreu biblique dans le monde chrétien.

Avec la Haskala, équivalent juif du mouvement des Lumières, puis surtout avec la montée vers la terre d'Israël de Juifs venus d'horizons divers sans partager une langue commune, naquit et se répandit l'hébreu moderne principalement mis en forme et adapté à l'ère actuelle par Eliézer Ben Yehoudah. Les mécanismes de cette renaissance linguistique ont été particulièrement étudiés par Noam Chomsky[4].

Prononciation de l'hébreu[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Prononciation de l'hébreu.

Phonétique[modifier | modifier le code]

La phonétique analyse une langue[5] (לשׁוֹן), conçue comme système de sons fondamentaux, les phones, d'un point de vue formel indépendant de son pouvoir de communication. Elle étudie la phonation, production des phones, et l'acoustique, leur perception auditive. La phonétique hébraïque se focalise sur les sons propres à l'hébreu, qu'elle classe en trois groupes fondamentaux : les tenouot[6] (תנוּעוֹת) assimilées à des voyelles, les cheva[7] (שוא) et ḥatoufot[8] (חטוּפוֹת) qualifiés d'euphonèmes, et les itzourim[9] (עצוּרים) assimilés à des consonnes.

Phonologie[modifier | modifier le code]

La phonologie étudie comment les signes vocaux nommés phonèmes se combinent pour donner voix aux mots et aux phrases d'un langage utilisé comme outil de communication entre les hommes d'une même culture. L'étude phonologique de l'hébreu permet de bien entendre (au sens d'écouter et de comprendre) l' ivrit[10] (עברית), langage du peuple de la Bible. Ainsi, la manière dont l'hébreu construit des radicaux dérivés guezarot[11] (גזרוֹת) à partir de racines chorachim[12] (שרשים) qui contiennent certains types de phonèmes spéciaux (des gutturales gueroniot[13] (גרוֹניוֹת) par exemple) dépend de règles purement phonologiques[14].

Orthophonie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Cantillation.

L'orthophonie, prononciation correcte de la langue, est la conclusion pratique de ces deux études complémentaires de la tradition orale des différentes communautés juives au fil des temps. Pour y atteindre le hazzan étudiera préalablement la découpe des mots en syllabes havarot[15] (הברוֹת), la pose de l'accent tonique neguina[16] (נגינה), et surtout la cantillation à l'aide des teamim[17] (טעמים).

Écritures[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Écritures de l'hébreu.

Les systèmes d'écriture de l'hébreu, qui dérivent de la calligraphie du phénicien, ont évolué au fil des temps, et se présentent aujourd'hui sous deux aspects, l'écriture carrée utilisée en imprimerie, et l'écriture dite cursive utilisée par les soferim pour les documents manuscrits. L'écriture de l'hébreu par des moyens informatiques a permis l'évolution de ces deux types fondamentaux vers une grande diversité de polices de caractères hébreux contemporains hybrides[18].

Orthographes[modifier | modifier le code]

L'orthographe de l'hébreu biblique[19] utilisait un alphabet qualifié abjad qui notait les consonnes à l'exclusion de toute voyelle ou euphonème. L'évolution de l'hébreu classique introduisit dans l'orthographe l'usage de caractères isotoniques qui pouvaient être utilisés normalement (ils signalaient alors une consonne) ou fonctionner comme matres lectionis[20].

  • Exemple :

L'orthographe massorétique introduisit dans l'écriture de l'hébreu l'usage de signes diacritiques en marge du texte pour signaler sa vocalisation[21]. Elle écrit les signes isotoniques qui appartiennent à la racine, mais ignore les autres qu'elle remplace par des points marginaux, créant ainsi ce que la tradition nomma écriture défective.

  • Exemple :

L'orthographe de l'hébreu moderne utilise une écriture pleine qui remplace systématiquement les niqoudim vocaliques par les caractères isotoniques utilisés en fonction de voyelle, souvent redoublés lorsqu'utilisés en fonction de consonne.

  • Exemple :

Translittération[modifier | modifier le code]

La translittération de l'hébreu en caractères phonétiques permet au lecteur, même peu familier du système massorétique d'écriture des voyelles, de lire au premier abord un texte hébreu de manière phonologiquement très précise.

  • Exemple : le mot דגש, orthographié דָּגֵשׁ par les massorètes, se translittère ainsi : [dāgēš].

Transcription[modifier | modifier le code]

La transcription francophone devrait tendre à rendre la prononciation exacte de chaque phonème hébreu par des lettres ou combinaisons de lettres utilisées pour signaler un phonème similaire en français courant. Une grande confusion semble pourtant régner dans ce domaine, qui mélange à plaisir les transcriptions francophones, anglophones, germanophones, ou même des transcriptions purement fantaisistes.

  • Exemple : à la transcription francophone daguech du mot דָּגֵשׁ correspond la transcription anglophone dagesh ou la transcription germanophone dagesch...

Morphologie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Morphologie de l'hébreu.

Cette partie de la grammaire hébraïque, la morphologie de l'hébreu, étudie successivement les notions de morphème, de trait grammatical, d'utilitaire grammatical, et de mot lexical (qui comprend les verbes et les noms de l'hébreu).

Morphèmes[modifier | modifier le code]

La linguistique nomme morphème l'unité élémentaire qui fonde la morphologie de l'hébreu. Le morphème partage avec le phonème le fait d'être un élément sonore, et se distingue de lui par le fait d'être signifiant.

Traits grammaticaux[modifier | modifier le code]

Le morphème signale un caractère spécifique du mot[22] (מלה) qui l'intègre, relativement à un trait grammatical. Le genre, le nombre, la personne, la fonction, le mode, la voix, l'aspect et le temps sont les huit traits grammaticaux de la langue hébraïque qu'étudie la morphologie de l'hébreu.

Utilitaires grammaticaux[modifier | modifier le code]

La morphologie de l'hébreu décrit aussi la formation des utilitaires grammaticaux, à savoir ces mots et parties de mots correspondant à ce que la grammaire du français nomme prépositions, pronoms, démonstratifs et possessifs.

Mots lexicaux[modifier | modifier le code]

L'analyse des mots en lexèmes, racines et radicaux mène ensuite la morphologie de l'hébreu à reconstruire les paradigmes verbaux et nominaux de la langue hébraïque. Elle aborde sous ce titre la conjugaison du verbe et la flexion du nom en hébreu.

Verbe hébreu[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Verbe hébreu.

Pour passer du thème verbal au verbe conjugué, il convient de présenter d'abord le prototype verbal, de décrire ensuite la structure des conjugaisons, de présenter enfin quelques verbes spéciaux.

Prototype verbal[modifier | modifier le code]

L'article en épigraphe présente de trois manières le prototype verbal, schématique, structurelle, et traditionnelle.

Formes conjuguées du verbe[modifier | modifier le code]

Les trois conjugaisons différenciées de l'hébreu sont: une conjugaison perfective ou passée, une conjugaison imperfective ou future, et une conjugaison impérative dérivée de la précédente.

Formes nominales du verbe[modifier | modifier le code]

Les formes nominales du verbe sont l'infinitif, le participe présent actif, et le participe présent passif.

Verbes spéciaux[modifier | modifier le code]

Parmi les verbes spéciaux se détache le verbe être. Le verbe avoir n'existe pas en hébreu, qui utilise une périphrase.

Nom hébreu[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Nom hébreu.

Pour passer du thème nominal au nom apte à intégrer une phrase il convient de présenter, d'une part, les morphèmes préfixés déterminatif, ablatif, conjonctif, locatif, datif (ou directionnel), et comparatif et, d'autre part, les morphèmes suffixés (tels les suffixes marquant le genre). Il convient aussi de différencier les états absolu et construit du nom. L'article en épigraphe[23] détaille ces différents aspects de la morphologie du nom hébreu.

Autres mots hébreux[modifier | modifier le code]

Adjectifs[modifier | modifier le code]

épithète

attribut

comparatif/superlatif

Nombres[modifier | modifier le code]
Calendrier hébreu pour l'an 5591 (1831)

Les nombres de 1 à 10 : lire de droite à gauche :

  • en cours d'élaboration
masculin féminin chiffre hébreu chiffre arabe
efes . efes . . 0
ekhad . akhat . . 1
shnayim . shtayim . . 2
shloshah . shalosh . . 3
arba'ah . arba' . . 4
khamishah . khamesh . . 5
shishah . shesh . . 6
shiv'ah . sheva' . . 7
shmonah . shmoneh . . 8
tish'ah . tesha . . 9
asarah . eser . . 10
Adverbes[modifier | modifier le code]
Adverbes interrogatifs[modifier | modifier le code]

Quelques adverbes interrogatifs sont :

  • mi qui
  • mah quoi
  • meʾayin d'où, de quelle origine
  • ʾeyfoh où, en quel endroit
  • meʾeyfoh d'où, de quel endroit (usage vernaculaire)
  • lamah pourquoi
Adverbes négatifs[modifier | modifier le code]

Pour exprimer une négation l'hébreu utilise le morphème adverbial négatif לֹא loʾ , dérivé de l'araméen לָא lāʾ , qui précède toujours le mot qu'il veut nier. Cet adverbe se traduit en français par « non » ou par « ne pas ».

  • Exemple : à la question ʾatah David ? es-tu David, peut répondre la phrase négative loʾ, ʾani loʾ David non, je ne suis pas David.

Syntaxe[modifier | modifier le code]

La syntaxe de l'hébreu a pour objet de composer différents מִּשְׁפָּטִים mishpatim. Est מִּשְׁפָּט mishpat ce qui procède d'un jugement, tel un édit ou l'énoncé d'une sentence. Mais l'usage linguistique de ce terme se restreint et recouvre les notions d'énoncés, de phrases, de propositions qu'étudie aussi la grammaire du français. L'hébreu considère ces éléments syntaxiques d'abord et principalement comme des énoncés qu'il qualifiera, ensuite, selon leurs relations réciproques de coordination ou de subordination.

Comme מִּשְׁפָּט mishpat est un nom générique traduit par énoncé, le מִּשְׁפָּט עִקָּרִי mishpat ‘iqari (littéralement l'énoncé « éradiqué » par analyse d'un énoncé plus large) est l'énoncé-racine qui correspond à ce que la grammaire française nomme proposition principale d'une phrase complexe. Et le מִּשְׁפָּט מֻרְכָּב mishpat mourkhav est l'énoncé composé, assemblé, « attelé », la phrase complexe qui littéralement « met en selle » les différentes propositions subordonnées ou coordonnées à l'énoncé-racine.

Les propositions subordonnées sont aussi des מִּשְׁפָּטִים mishpatim, qualifiés cette fois de טְפֵלִים tfèlim, c'est-à-dire des énoncés imputés, ou pour mieux dire attachés à l'énoncé principal (le מִּשְׁפָּט עִקָּרִי mishpat ‘iqari) afin de former avec lui cet énoncé complexe plus large qu'est le מִּשְׁפָּט מֻרְכָּב mishpat mourkhav.

L'énoncé מִּשְׁפָּט mishpat est le résultat final d'une syntaxe bien menée. Ce phénomène syntaxique terminal est qualifié, en cours d'analyse, de מֻרְכָּב mourkhav complexe, de עִקָּרִי ‘iqari principal, de טָפֵל tafel subordonné. Et selon d'autres propriétés encore, expliquées plus loin.

Syntaxe de la proposition indépendante[modifier | modifier le code]

Avant d'observer la phrase complexe, il convient d'étudier le מִשְׁפָּט פָשׁוּט mishpat pashout, énoncé dépouillé de complexité, comme dénudé, que le français nomme phrase simple ou proposition indépendante.

Les éléments qui fondent la phrase simple sont des מִלּוֹת miloṯ, des mots, nantis de tous les traits grammaticaux étudiés dans la section de morphologie ci-dessus, que la syntaxe enrichit d'une fonction grammaticale en les intégrant dans une phrase.

En dessous du niveau supérieur qu'est la phrase, descend une hiérarchie de syntagmes. Chaque syntagme est un groupe d'autres syntagmes de niveau inférieur parmi lesquels on distingue un noyau entouré de satellites. La décomposition des syntagmes-noyaux et des syntagmes-satellites débouche, en dernière analyse, sur des mots-noyaux et des mots-satellites qui constituent le niveau inférieur, fondamental, de la syntaxe d'une phrase.

Au premier degré d'intégration syntaxique des mots, ceux-ci se regroupent donc en syntagmes. Chaque syntagme est qualifié selon la catégorie du mot-noyau qu'il intègre, et selon la fonction grammaticale dite aussi fonction syntaxique exercée par ce mot-noyau au sein de la phrase.

Exemples :

  • Un syntagme sera dit verbal, nominal, pronominal, si son noyau est un verbe, un nom, un pronom, ou un autre syntagme verbal, nominal, pronominal.
  • Un syntagme sera dit sujet, complément d'objet, complément circonstanciel, si son noyau est un mot ou un autre syntagme exerçant cette fonction dans la phrase.
  • On distinguera par exemple un syntagme pronominal sujet d'un syntagme nominal complément circonstanciel. De nombreuses variantes se présentent au cours de l'analyse syntaxique d'une phrase.


Syntagmes et fonctions syntaxiques en hébreu[modifier | modifier le code]

En première analyse de l'énoncé מִשְׁפָּט פָשׁוּט mishpat pashout, la phrase indépendante, l'hébreu distingue deux syntagmes qu'il qualifie de נָשׂוּא nasouʾ (épousé ou porté) et de נוֹשֵׂא nosèʾ (épousant ou portant).

Le noyau du syntagme נָשׂוּא nasouʾ étant un verbe, le linguiste parlera de syntagme verbal en fonction de prédicat du sujet (il convient de distinguer les notions logique et linguistique de prédicat).

Le noyau du syntagme נוֹשֵׂא nosèʾ pouvant être un nom ou un pronom, il s'agit d'un syntagme nominal ou pronominal en fonction de sujet du verbe.

Le grammairien hébreu synthétise en un mot les notions de composition syntaxique (assimilée à un mariage) et de fonction grammaticale (le sujet supporte le verbe, le verbe est supporté par un sujet).

Le נָשׂוּא nasouʾ syntagme verbal prédicat contient, outre le verbe, différents satellites qu'il nomme chacun מֻשָּׂא mousaʾ. Ce terme dérive de la même racine נשׂא nsʾ et signifie déporté (divorcé, détaché du verbe qu'il complète). Ces satellites sont des syntagmes de catégorie nominale ou pronominale dont la fonction ressemble à celle du complément d'objet du verbe en français.

Enfin, les syntagmes nominaux ou pronominaux sujet נוֹשֵׂא nosèʾ ou complément מֻשָּׂא mousaʾ peuvent contenir des satellites לְוַאִים lwaʾim, littéralement des accompagnateurs, qui sont des syntagmes de différentes catégories (nominale, adjectivale, adverbiale, pronominale) en fonction de complément du nom ou du pronom qui est noyau du syntagme qui les incorpore.

Syntagme sujet[modifier | modifier le code]

Le נוֹשֵׂא nosèʾ est un syntagme nominal ou pronominal sujet.

Syntagme verbal prédicat[modifier | modifier le code]

Le נָשׂוּא nasouʾ est un syntagme verbal prédicat.


Syntagme complément d'objet[modifier | modifier le code]

Le מֻשָּׂא mousaʾ est un syntagme nominal ou pronominal complément d'objet.


Complément d'objet direct défini[modifier | modifier le code]
Complément d'objet direct indéfini[modifier | modifier le code]
Complément d'objet indirect[modifier | modifier le code]
Syntagme complément du nom[modifier | modifier le code]

Les לְוַאִים lwaʾim sont des syntagmes complément de nom.

Syntagmes compléments circonstanciels[modifier | modifier le code]

Syntaxe de la phrase nominale[modifier | modifier le code]

Un type particulier de מִשְׁפָּט פָשׁוּט mishpat pashout est la phrase nominale, d'usage fréquent en hébreu. Ce מִשְׁפָּט mishpat, caractérisé par l'absence de syntagme verbal, compose deux syntagmes nominaux, un נוֹשֵׂא nosèʾ et un נָשׂוּא nasouʾ averbal, puisque dénué de noyau verbal. Plusieurs phrases nominales peuvent être coordonnées entre elles.

  • Exemple : ʾani David vzoṯ haḥaverah sheli Ruṯ se traduit : Je suis David et celle-ci est mon amie Ruth.

La traduction transforme ces deux phrases nominales hébraïques en phrases verbales françaises qui utilisent le verbe être pour noyau. La répugnance de l'hébreu à utiliser ce verbe au présent (prérogative divine oblige) explique la construction hébraïque à l'aide de syntagmes nominaux.


La phrase nominale permet aussi de suppléer l'absence de conjugaison verbale au temps présent en hébreu, par juxtaposition d'un נוֹשֵׂא nosèʾ nominal ou pronominal sujet et d'un נָשׂוּא nasouʾ dont le noyau est un participe présent, forme nominale du verbe.

  • Exemple : David ḥoshev, littéralement « David pensant » pourrait se rendre en français par « David est pensant » qui se traduit par le présent français « David pense ».

Ce dernier exemple ramène la notion de prédicat linguistique à celle plus étroite du prédicat logique étudié en philosophie médiévale : David est ici le sujet auquel est attribué le prédicat logique pensant.

Syntaxe de la phrase interrogative[modifier | modifier le code]

L'ordre des mots d'une phrase interrogative est, en hébreu, identique à celui d'une phrase affirmative, contrairement au français, qui inverse l'ordre des mots dans ces cas. L'hébreu ancien ignorant le point d'interrogation, le sens interrogatif d'une phrase se manifeste oralement par l'intonation qui s'élève en fin de phrase interrogative.

  • Exemple : hem tayarim peut signifier « ils sont des touristes » ou « sont-ils des touristes ? »

L'hébreu peut cependant signaler une phrase interrogative par la présence de mots interrogatifs, déjà décrits dans la section morphologie.

  • Exemple : mah shlomkha ? comment vas-tu ?

Syntaxe de la phrase complexe[modifier | modifier le code]

Propositions[modifier | modifier le code]

Phrases complexes[modifier | modifier le code]

Stylistique[modifier | modifier le code]

La stylistique est une science linguistique parallèle à la grammaire qui, sans s'intégrer à elle, la complète. Cette section d'étude stylistique de l'hébreu se limite à quelques notions élémentaires, comme l'ordre des mots dans la phrase.

Ordre des mots dans la phrase[modifier | modifier le code]

L'ordre habituel des mots place le verbe entre son sujet et ses compléments. Le style modifie parfois cet ordre sujet-verbe-objet (SVO), afin de mettre en évidence le mot qui n'occupe pas sa position coutumière. L'un des exemples les plus connus est le premier verset de la Genèse, בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֱלֹהִים (Au commencement créa Dieu), où le sujet (Elohim) suit le verbe (créa) afin d'insister sur l'importance du Créateur, qui dépasse celle de sa Création. (Remarque : il ne s'agit pas d'une question de style, l'ordre habituel de l'hébreu du pentateuque en tout cas est VSO !)
Certains mots occupent cependant une place fixe de la phrase quelle que soit la liberté de style qui a été prise: la suite de ce premier verset, אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ , la préposition אֵת ʾèṯ (qui signifie « ceci même » mais que le français ne traduit pas) précède invariablement le mot qu'elle régit et qu'elle signale comme complément d'objet direct défini.

Hébreu biblique[modifier | modifier le code]

L'hébreu biblique n'est pas uniforme, et la langue du Livre d'Esther lu durant la fête de Pourim est fort différente de celle de la Genèse (Bereshit en hébreu).

  • Hébreu classique

La linguistique considère hébreu classique la langue homogène qu'était l'hébreu pré-exilique. Cet état de langue fut transmis oralement jusqu'à la destruction du premier Temple, en 586 avant l'ère courante. Au retour de l'exil babylonien, et vraisemblablement sous l'impulsion de Ezra, commença l'écriture des textes anciens de la tradition hébraïque.

  • Hébreu post-exilique

À partir de la remontée de la Grande Assemblée à Jérusalem, après l'exil à Babylone, les écrits hébreux successifs subissent l'influence des diverses langues du Moyen-Orient ancien, et surtout celle de l'araméen, bien que les lettrés s'appliquaient à imiter l'hébreu classique qui n'était plus vernaculairement parlé.

  • Hébreu moderne

Fondamentalement l'hébreu moderne, parlé aujourd'hui en Israël, diffère peu de l'hébreu classique.

  • Grammaire de l'hébreu biblique

Grammaticalement, l'usage du waw renversif est propre à cet état de langue, qui permet le passage au perfectif d'un verbe conjugué à l'imperfectif, et vice-versa.

Hébreu mishnaïque[modifier | modifier le code]

L'hébreu mishnaïque (hébreu לשון חז״ל lashon Hazal, litt. langue de nos Sages de mémoire bénie) est l'état de la langue hébraïque utilisé au premier millénaire de l'ère courante par les Tannaïm, docteurs de la Mishna. Cet hébreu se caractérise par une intrusion progressive de l'araméen dans les commentaires talmudiques de la Loi. À l'hébreu mishnaïque succédera l'hébreu rabbinique dit aussi hébreu médiéval.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Sander & Trenel, Dictionnaire hébreu-français page 128
  2. Bereshit Rabba 18:4
  3. Voir T.B. Sanhédrin 99a, Soucca 28a, Houllin 4a et Sifra sur Lev. 18:5 & 20:8 pour l'usage général du mot diḳdouḳ dans la tradition tannaïtique ; pour son sens particulier de prononciation exacte et correcte du Texte, duquel est dérivé l'usage actuel, voir Mishna Berakhot 2:3 et T.J. Berakhot 4d (42)
  4. Noam Chomsky, Aspects of the theory of syntax, MIT Press, 1965
  5. orthographe massorétique : לָשׁוֹן, translittération phonétique : [lāšōn], transcription francophone : lachon, traduction littérale : langue, idiome, donnée par les professeurs Sander & Trenel, opus citatum, page 329.
  6. ce mot dérive de la racine נוע mouvoir, trembler, vibrer, citée par Shmuel Bolozky dans 501 Hebrew Verbs fully conjugated page 412 (voir bibliographie).
  7. de la racine chaldéenne שוא (Sander & Trenel, opus citatum page 735) dérive la racine hébraïque שוה (Shmuel Bolozky op.cit. page 766).
  8. הֲטָף au singulier (Brigitte Donnet-Guez Grammaire de l'hébreu facile et pratique page 25, voir bibliographie), ce mot dérive de la racine חטפ (Sander & Trenel op.cit. page 176).
  9. de la racine עצר (Shmuel Bolozky op.cit. page 534).
  10. orthographe massorétique : עִבְרִית , translittération phonétique : [ʿiḇərīṯ], transcription francophone : ivrit, traduction littérale : hébraïque, ce mot dérive de la racine עבר signifiant traverser (Shmuel Bolozky op.cit. page 501).
  11. orthographe massorétique : גְּזָרוֹת , translittération phonétique : [gəzārōṯ], transcription francophone : guezarot, traduction littérale : dérivées.
  12. orthographe massorétique : שָׁרָשִׁים , translittération phonétique : [šorāšīm], transcription francophone : chorachim, traduction littérale : racines, (Brigitte Donnet-Guez, op.cit. page 22, note la prononciation exceptionnelle de ce mot).
  13. orthographe massorétique : גְּרוֹנִיִוֹת , translittération phonétique : [gərōniyiōṯ], transcription francophone : gueroniot, traduction littérale : gutturales.
  14. Shmuel Bolozky op.cit. page V de l'Introduction, distingue les structures chlemim (intactes) et guezarot (dérivées).
  15. orthographe massorétique : הֲבָרוֹת , translittération phonétique : [həḇārōṯ], transcription francophone : havarot, traduction littérale : ....
  16. orthographe massorétique : נְגִינָה , translittération phonétique : [nəgīnāh], transcription francophone : neguina, traduction littérale : ....
  17. orthographe massorétique : טְעָמִים , translittération phonétique : [ṭəʿāmīm], transcription francophone : teamim, traduction littérale : ....
  18. Zippy Lyttleton et Tamar Wang, Colloquial Hebrew page 23 (voir bibliographie), offrent quelques exemples d'écriture hybride dans l'étiquetage de produits commerciaux et leur publicité. Les articles de la presse israélienne, accessibles d'un clic par Google, nous montrent aussi des caractères alphabétiques évolués.
  19. état de langue considéré comme hébreu classique.
  20. mères de lecture, traduction littérale de hèm haqria.
  21. voir Nikkoud
  22. ce terme hébreu vient du chaldéen מִלָּה [millāh] (voir Sander & Trenel op.cit. page 367).
  23. détaché du présent article de Grammaire hébraïque scindé le 1er août 2008.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Grammaires[modifier | modifier le code]

(Par ordre alphabétique d'auteur)

  • Hans Bauer et Pontus Leander, Historische Grammatik der Hebraischen Sprache des Alten Testaments, 91 pages, Georg Olms, Hildesheim, édition originale 1918, réédition 1965 (ISBN 3487054795).
  • Shmuel Bolosky, 501 Hebrew Verbs, fully conjugated in all the tenses in a new easy-to-learn format alphabetically arranged by root, 910 pages, Barron's Educational Series, New York, 1996.
  • Jacob Élisée Cellerier (fils), Élémens de la grammaire hébraïque, suivis des principes de la syntaxe hébraïque, traduits librement de l'allemand Wilhelm Gesenius, Sestié fils, Manget et Cherbuliez, Genève, 1820.
  • Marie-Paule Feldhendler, Grammaire pratique de l'hébreu israélien, Éditions Ellipses, Paris, 2003
  • Wilhelm Gesenius, Hebräische Grammatik, 1813 (28th edition by Emil Kautzsch ; English translation by Arthur Ernest Cowley, 1910 ; 29th edition [incomplete] by Gotthelf Bergstrasser, 1918-29).
  • Paul Joüon, Grammaire de l'hébreu biblique, 624 pages, Pontificio Istituto Biblico, 1996 ISBN 88-7653-498-9.
  • Bartholomaeus Keckermann, Systema grammaticae Hebraeae, sive, sanctae linguae exactior methodus. Hanoviae: Antonius, ca. 1600.
  • Mayer Lambert, Éléments de grammaire hébraïque, Paris, 1890.
  • Orna Lieberman, Hébreu d'aujourd'hui, grammaire, Biblieurope, 2001.
  • Eliyahou Reichert, L'hébreu israélien. Précis de grammaire, Didier Devillez-Institut d'Etudes du Judaïsme, Bruxelles, 2008.
  • Philippe Sarchi, Grammaire hébraïque raisonnée et comparée, Paris, Dondey-Dupré, 1828.
  • Baruch Spinoza, Abrégé de Grammaire hébraïque, tr. fr. Joël et Jocelyne Askénazy, Vrin, 2006 (3ème éd. revue et augmentée).
  • Agnès Tichit, Hébreu biblique. Grammaire de base et introduction aux fêtes juives. Textes expliqués. Exercices et corrigés, Langues et cultures anciennes, Éditions Safran, Bruxelles, 2007, (ISBN 978-2-87457-008-7).
  • Agnès Tichit, Le verbe en hébreu biblique. Conjugaisons, exercices et corrigés, Langues et cultures anciennes, Éditions Safran, Bruxelles, 2004, (ISBN 2-9600469-6-X).
  • Jean Touzard, Grammaire hébraïque abrégée, Gabalda (1re édition : 1905).
  • Jacob Weingreen, A Practical Grammar for Classical Hebrew, Oxford University Press, 2nd edition (June, 1959) ISBN 0-19-815422-4.
  • Jacob Weingreen, Hébreu biblique : Méthode élémentaire, Beauchesne, 2004.

Dictionnaires[modifier | modifier le code]

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