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Gouvernement provisoire de Belgique

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Commission administrative de Belgique

Description de cette image, également commentée ci-après
Chef du comité central Louis de Potter
(du 28 septembre au 4 novembre 1830)
Formation
Fin
Durée 5 mois
Composition initiale
Coalition Unioniste
Représentation
Drapeau de la Belgique

Le gouvernement provisoire de Belgique est un organe de pouvoir créé le afin d’administrer les Pays-Bas méridionaux puis la Belgique, après l’indépendance de cette dernière du royaume uni des Pays-Bas dès le .

Issu de la révolution belge, qui commence par de violentes émeutes le , le mouvement se transforme peu à peu en une insurrection généralisée dans les provinces du sud. Après que les députés belges des États généraux aient demandé la séparation administrative de la Belgique et des Pays-Bas, c’est l’attaque de Bruxelles par l’armée lors des Journées de Septembre, qui met le feu aux poudres et conduit les principaux meneurs belges à se réunir à l'hôtel de ville de Bruxelles afin d’y former un organe d’administration provisoire, d’abord nommé « Commission administrative ».

La transformation vers un gouvernement provisoire aura nécessité un mois entier. Ce dernier se charge de donner des bases solides au nouvel État en plein processus de création, alors même que les révolutionnaires achèvent la libération du territoire et s'occupent de poursuivre les troupes orangistes démoralisées et en pleine fuite, lors de l’engagement de la guerre belgo-néerlandaise. Il sert également de base pour la création du Congrès national et l’organisation de ses élections du .

Commission administrative

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La Commission scelle son existence dans le premier acte qu'elle rédige par les mots qui suivent : « Depuis deux jours Bruxelles est dépourvue de toute espèce d'autorité constituée ; l'énergie et la loyauté populaire en ont tenu lieu : mais tous les bons citoyens comprennent qu'un tel état de choses ne peut durer sans compromettre la ville et le triomphe d'une cause dont le succès dès hier est assuré. Des citoyens guidés par le seul amour du pays, ont accepté provisoirement un pouvoir qu'ils sont prêts à remettre en des mains plus dignes, aussitôt que les éléments d'une autorité nouvelle seront réunis. »

Les citoyens qui composent cette Commission nouvelle le soir même de sa création sont Charles Rogier, révolutionnaire, avocat de profession à Liège et lui-même rédacteur du premier acte du gouvernement cité précédemment, ensuite André Jolly, militaire de carrière et ancien officier du génie, et enfin le baron Emmanuel van der Linden d'Hooghvorst. Deux secrétaires sont nommés, le même jour, au gouvernement provisoire par ce dernier ; il s'agit de Joseph Vanderlinden et Feuillen de Coppin.

La Commission administrative rédige alors une proclamation à l'attention de la population bruxelloise. Celle-ci a pour but de galvaniser ces habitants afin que les effets de la révolution ne perdent pas en intensité. Leur but étant, au contraire, que ces effets perdurent jusqu'à la mise en place d'un gouvernement définitif et stable ne permettant plus à "l'ennemi", tel que cité, de reprendre le contrôle sur le territoire. Elle rédige ensuite, le même jour, une seconde proclamation, cette fois-ci à l'attention de la population des campagnes, dans laquelle elle appelle ces habitants à l'approvisionnement en vivres de la ville de Bruxelles.

Dès le lendemain, la responsabilité du trésor est attribuée à Joseph Vanderlinden au sein de la Commission administrative. Son poste précédent, laissé vacant, est attribué à Joseph Nicolay. À partir de ce même jour, Bruxelles est considérée, par les forces révolutionnaires et la Commission administrative, comme délivrée du joug hollandais. En effet, cette dernière écrit le  : « Hier, à 8 heures du soir, l'ennemi incendiait Bruxelles : aujourd'hui, à 8 heures du matin, l'ennemi fuit dans le plus grand désordre devant notre bourgeoisie aidée de ses alliés. Le sang belge va cesser de couler. »

Épisode des journées de septembre 1830 par Gustave Wappers en 1834. On peut apercevoir, sur le tableau, Louis de Potter, futur membre du gouvernement provisoire, embrassant le drapeau belge. Source : Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique.

La formation du gouvernement étant à présent définie, celle-ci est officialisée le dans le Bulletin des arrêtés et actes du gouvernement provisoire de la Belgique en se justifiant par les mots qui suivent : « Vu l'absence de toute autorité tant à Bruxelles que dans la plupart des villes et communes de la Belgique ; considérant que, dans les circonstances actuelles, un centre général d'opérations est le seul moyen de vaincre nos ennemis et de faire triompher la cause du peuple belge ; arrête : le gouvernement provisoire demeure constitué de la manière suivante… ».

La Commission administrative prend également, ce jour-là, le nom officiel de « Gouvernement provisoire » et s'adjoint, en tant que membres supplémentaires de celui-ci, Félix de Mérode, banni en France par le gouvernement hollandais ayant précédé, mais aussi Sylvain Van de Weyer et Alexandre Gendebien, de retour de Valenciennes. Le 28 septembre, Louis de Potter, rentrant d'exil, devient également membre du Gouvernement provisoire.

Comité central

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Le gouvernement provisoire désigne des comités qui se chargent de la réorganisation. De ce fait, considérant que la tâche la plus pressante, en ces circonstances est l’expédition des affaires, tout retard dans l’expédition de celles-ci pouvait avoir de lourdes conséquences.

Pour cela, le gouvernement provisoire désigne en son sein, le , un comité central qui se charge de l’exécution des mesures prises sur les rapports des comités spéciaux.

Ce comité est alors constitué de Louis de Potter (chef), Charles Rogier, Sylvain Van de Weyer, Félix de Mérode et plus tard, le , Alexandre Gendebien.

Scission des pouvoirs et démission

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Du fait de la situation instable de la Belgique, les pouvoirs exécutifs et législatifs étaient tous les deux exercés par le gouvernement provisoire. Il était nécessaire de séparer les pouvoirs pour garantir le caractère démocratique de ce nouvel état.

Le gouvernement provisoire déclare l’indépendance de la Belgique dans un décret du [1].

Normalisation de la situation institutionnelle

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Dans le décret du , le gouvernement arrête qu’il serait convoqué un congrès national, et fixe sa réunion au . Pour élaborer ce projet de congrès national, le gouvernement provisoire institue une commission chargée de ce travail. Le congrès sera finalement constitué de 200 membres, élus directement sur base d’un suffrage censitaire ; l’élection de ce congrès se fit le . Le , Louis de Potter, récemment revenu de son exil en France lorsque le pays était encore sous domination néerlandaise, prononçe le discours d’ouverture du congrès national, et au nom du peuple belge, le déclare installé. L’inauguration du congrès national marque la fin de l’exercice, par le gouvernement provisoire, des pouvoirs exécutifs et législatifs, octroyant le second au Congrès National.

Le , le gouvernement provisoire remit sa démission au congrès national. Le congrès décide que la charge temporaire du pouvoir exécutif resterait l’affaire du gouvernement provisoire. Dans les faits, cette charge est entièrement assumée par le comité central. Sur la demande du gouvernement provisoire et du législateur de nommer un pouvoir exécutif dans les termes de la Constitution, le congrès, le , décrète une régence et y installe en tant que régent son président, Erasme-Louis Surlet de Chokier. Le , le gouvernement provisoire, démissionnaire, est démis officiellement de ses fonctions.

Notes et références

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  1. Els Witte, Nouvelle histoire de Belgique : 1830-1905, Editions Complexe, , 428 p. (ISBN 978-2-8048-0066-6, lire en ligne), p. 201

Bibliographie

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  • Huyttens E. Discussions du Congrès national de Belgique 1830-1831 : Pièces justificatives n. 1-255, société typographique belge, Bruxelles, 1844.
  • Uyttendaele M., les institutions de la Belgique, Larcier, Bruxelles, 2014.
  • Demoulin R., Les journées de à Bruxelles et en province, Presses universitaires de Liège, Liège, 1934.
  • https://www.parlement-wallonie.be/media/doc/pdf/historique/historique.pdf
  • Bulletin des Arrêtés et Actes du gouvernement provisoire de la Belgqiue, Bruxelles, 1830.
  • « Composition du Gouvernement Provisoire belge de 1830 », sur histoire-des-belges.be (consulté le )
  • Histoire de la Belgique contemporaine 1830-1914, Tome premier, Librairie Albert Dewit, Bruxelles, 1928.
  • Gemelli C. et Royer P., Révolution belge de 1830 et Histoire de la Belgique jusqu'à aujourd'hui, Bruxelles et Ostende, 1864.
  • Reyneau M., Histoire belge, Éditions Racine, Bruxelles, 2005.
  • Koll J., Nationale Unabhängigkeit und moderner Verfassungsstaat. Die Provisorische Regierung in Belgien 1830/31, in: Karsten Ruppert (réd.): Die Exekutiven der Revolutionen. Europa in der ersten Hälfte des 19. Jahrhunderts, Paderborn, 2022, p. 219-247.