Gorges de la Save

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Gorges de la Save
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Occitanie
Département Haute-Garonne
Coordonnées 43° 14′ 00″ nord, 0° 39′ 30″ est
Rivière Save
Longueur 2,5 km
Géolocalisation sur la carte : Haute-Garonne
(Voir situation sur carte : Haute-Garonne)
Gorges de la Save
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Gorges de la Save

Les gorges de la Save sont un défilé creusé par la Save à travers un pli calcaire du piémont pyrénéen. Elles sont situées en limite des communes françaises de Montmaurin et de Lespugue, en Haute-Garonne, dans la région Occitanie.

Le site des gorges de la Save et leur relief karstique présentent un intérêt à la fois géologique, archéologique, écologique, faunistique, floristique, ainsi que touristique. Le secteur a été habité par l'Homme de manière continue depuis le Paléolithique jusqu'à nos jours. Il a livré entre autres la célèbre statuette dite « Vénus de Lespugue » et les vestiges de la villa gallo-romaine de Lassalles. Les gorges de la Save sont en partie couvertes par une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type I et la majeure partie de la rive droite est classée Monument historique.

Géographie[modifier | modifier le code]

Situation[modifier | modifier le code]

Les gorges de la Save sont situées à la frontière nord-ouest de la région du Comminges, à une dizaine de kilomètres au sud de Boulogne-sur-Gesse et une vingtaine au nord de Saint-Gaudens. Elles s'étendent le long de la limite administrative entre les communes de Montmaurin et de Lespugue sur une distance d'un peu plus de deux kilomètres[1],[n 1]. Elles sont parcourues par la route D9g[1].

Topographie et géologie[modifier | modifier le code]

La Garonne et ses affluents, dont la Save, ont édifié cinq terrasses alluviales, corrélées avec les glaciations du Quaternaire[2] et connues sous les appellations de « nappe culminante » (Donau), « haute terrasse » (Günz)[3], « moyenne terrasse » (Mindel), « basse terrasse » (Riss) et « basses plaines » (Würm)[3].

À Montmaurin et Lespugue se trouve un ensemble de petites collines culminant à une hauteur d'environ 400 mètres[1], qui constituent le prolongement du pli calcaire des Petites Pyrénées[4],[5]. La rivière de la Save et son affluent la Seygouade, qui prennent leur source sur le plateau de Lannemezan, voient leur vallée se rétrécir près de Montmaurin. Au nord-est et nord-ouest du village, à une altitude d'à peu près 300 mètres, les deux rivières entaillent le massif calcaire de deux gorges assez étroites qui finissent par se rejoindre au nord de Lespugue. Leur traversée a laissé un réseau karstique complexe, de nombreuses cavités, et des falaises de taille modérée pouvant atteindre une trentaine de mètres de haut[réf. nécessaire].

Hydrographie[modifier | modifier le code]

Climat[modifier | modifier le code]

Archéologie[modifier | modifier le code]

La Vénus de Lespugue, découverte en 1922 dans les gorges de la Save.

Les gorges de la Save et leurs environs immédiats ont été occupés par l'homme dès les temps les plus reculés : dans un rayon d'environ trois kilomètres, au long des gorges de la Save et de celles tout proches de la Seygouade, se trouvent des traces continues de la présence humaine depuis le Paléolithique moyen (mandibule pré-néandertalienne de Montmaurin dans les gorges de la Seygouade) jusqu'à l'époque moderne. Le Paléolithique supérieur est illustré par la célèbre statuette dite « vénus de Lespugue », découverte dans les gorges de la Save ; l'Antiquité par la villa gallo-romaine de Lassalles et le site gallo-romain de la Hillère, à l'entrée du défilé ; le Moyen Âge par la chapelle Notre-Dame de la Hillère, toujours au même endroit, les ruines des châteaux de Roquebrune et de Lespugue sur les collines dominant les gorges, et plusieurs des grottes de Lespugue.

La zone située en amont du confluent de la Save et de la Seygouade est « un foyer d'une richesse peu commune pour la recherche préhistorique[6] »

Plusieurs de ces sites sont classés à l'inventaire des Monuments historiques.

Villa gallo-romaine de Lassalles : la galerie du Nymphée dans l'aile thermale.

Écologie, faune et flore[modifier | modifier le code]

En 1997, le site des gorges de la Save a été classé Zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) de type I[7], ce qui signifie qu'il a été retenu en tant que secteur de grand intérêt biologique ou écologique.

Sur une superficie relativement faible, les particularités et diversités des biotopes (falaises, grottes, eaux courantes, forêts de hêtres et de chênes) et celles du climat (climat atlantique atténué, mêlé d'influences méditerranéennes et montagnardes) ont permis une très grande richesse écologique. On y note la présence d'espèces rares, voire protégées, de la faune ou de la flore : pour les plantes, le lis martagon, le gaillet odorant et plusieurs variétés d'orchidées (orchis singe, orchis guerrier et ophrys araignée) ; des oiseaux comme le cincle plongeur, le pic mar, le martinet à ventre blanc, l'hirondelle de rochers et le Grand corbeau ; pour les mammifères, la genette, les chauves-souris telles que le Grand rhinolophe et les espèces « quasi-menacées[n 2] » que sont la barbastelle d'Europe et le Petit murin[7].

Exploitation de carrières calcaires[modifier | modifier le code]

Le calcaire du massif autour de Montmaurin fut exploité par plusieurs carrières. Georges Fouet signalait en 1969 l'existence de cinq carrières en activité sur le territoire de la commune. Depuis quelques années, les intérêts industriels entrent en conflit avec les intérêts historiques, environnementaux et touristiques[6].

En 2007, alors que la dernière carrière est fermée à la demande de la Commission Régionale du Patrimoine Historique, Archéologique et Ethnologique de Midi-Pyrénées, la municipalité de Montmaurin donne son accord à l'entreprise Dragages Garonnais pour l'implantation d'une nouvelle carrière : d'une superficie de 8 hectares sur le site de la ZNIEFF, cette carrière industrielle doit comprendre une usine de criblage-concassage prévue pour traiter annuellement 150 000 tonnes de calcaire pendant 30 ans[6].

Dès 2008 ce projet rencontre l'opposition du Conseil régional de Midi-Pyrénées, du Conseil Général de la Haute-Garonne, de diverses sociétés savantes d'histoire et d'archéologie telles que l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, la Société archéologique du Midi de la France, la Société des Études du Comminges, la Société Méridionale de Spéléologie et de Préhistoire, d'associations de défense de l'environnement comme Union Midi-Pyrénées Nature et Environnement ainsi que d'associations locales et de personnalités de l'archéologie comme Yves Coppens[8], Jean Clottes ou Henry de Lumley[6].

Un arrêté préfectoral du autorise l'exploitation d'une carrière de calcaire par la SARL Dragages Garonnais ; la commune de Montmaurin donne concession du site de la carrière pour une période de 9 ans. Le diagnostic archéologique, préalable requis pour la carrière, voit sa première phase réalisée par l'Inrap en 2010 ; il met au jour un ensemble fortifié de la fin du XIIe siècle-début XIIIe siècle. Le tribunal administratif de Toulouse, saisi le 24 octobre 2013 par le président du Conseil Général de la Haute-Garonne et plusieurs associations[9], annule l'arrêté d'autorisation. Le 17 novembre 2015, la cour administrative d'appel est saisie par l'entreprise : elle annule le jugement du tribunal administratif, mais soustrait du périmètre de l'autorisation initiale les terrains des vestiges médiévaux nouvellement découverts. Le 17 octobre 2016, le Conseil d'État confirme le jugement de la cour administrative d'appel de Bordeaux[10]. Le Conseil départemental refuse son accord pour ce projet depuis le début, arguant que les routes ne sont pas assez bonnes pour supporter le trafic de camions que l'exploitation de carrière engendrera et que la carrière « génère(rait) des nuisances à l'encontre de ce site naturel et archéologique reconnu » (motion votée en juin 2016)[10],[11].

Activités touristiques et sportives[modifier | modifier le code]

Les gorges de la Save permettent entre autres activités de loisir de pratiquer la randonnée, l'escalade et la pêche. On peut y pêcher la truite fario. Des sentiers de randonnée balisés PR (Promenade et Randonnée) empruntent les gorges de la Save et de la Seygouade. La présence sur le versant Est de plusieurs cavités facilement accessibles et de ruines pittoresques en font un endroit apprécié pour le géocaching.

En ce qui concerne le site d'escalade, les falaises des gorges comptent près de 130 voies réparties sur 5 secteurs. Courtes (de 10 à 20 mètres) et de difficulté très variable (de 4a à 7a/b)[12], elles permettent de s'initier à l'escalade en milieu naturel.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Dans son parcours supérieur, un peu en aval du plateau de Lannemezan sur lequel elle prend sa source, la Save, affluent rive gauche de la Garonne, a creusé dans les calcaires dano-montiens de l'extrémité occidentale des Petites-Pyrénées, des gorges étroites et profondes, sur une longueur de 2 kilomètres. » ([Delpoux 2010] Marcel Delpoux, « Plaidoyer pour la sauvegarde d'un sanctuaire géologique, géomorphologique, floristique, faunistique et archéologique : l'interfluve Save-Syegouade et ses abords immédiats à hauteur des gorges de la Save », résumé, publié dans le cadre d'un « appel à soutien auprès des défenseurs de la nature et du patrimoine » pour le compte de L'association « Entre Save et Seygouade », sur fichier-pdf.fr, (consulté le 12 décembre 2020). La mesure sous Google Earth de la distance entre la chapelle Notre-Dame de la Hillère (entrée sud-ouest des gorges) et le pont à l'embranchement entre la D9g et la D9 près du moulin de Gouerris (entrée nord-est des gorges) fournit 2,3 km à vol d'oiseau et 2,6 km en suivant la D9g et le tracé des gorges.
  2. Au sens de la Liste rouge des espèces menacées en France, réalisée conjointement par le Comité français de l'UICN et le Muséum national d'histoire naturelle.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c « Les gorges de la Save, carte IGN interactive » sur Géoportail.
  2. Vialet 2019, paragr. 4.
  3. a et b Crégut-Bonnoure et al. 2010, paragr. 25.
  4. Delpoux 2014, p. 111.
  5. « Les gorges de la Save, carte géologique interactive » sur Géoportail.
  6. a b c et d Agnès Marin, « Dossier contre le projet de carrière de Montmaurin », sur vivreencomminges.org, (consulté le 12 décembre 2020). Tiré de « Note sur le péril que pourrait constituer la mise en œuvre d'un projet de carrière à haut rendement sur la commune de Montmaurin », bulletin établi par Patrice Cabau et Maurice Scellès, Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France, t. LXVIII, sur http://societearcheologiquedumidi.fr, séance du 1er avril 2008 (consulté le 24 janvier 2021). Dans le même bulletin, voir aussi la « Motion. Pour la sauvegarde de l'intégrité d'un site naturel et archéologique majeur : les gorges de la Seygouade et de la Save à Montmaurin-Lespugue » signée par André Clottes, Henri de Lumley, Michel Girard, Bruno Maureille, Josette Renault-Miskovsky, la Société des études du Comminges (Saint Gaudens), l'association Nature Comminges (Saint Gaudens), la Société méridionale de spéléologie et de préhistoire (Toulouse) et la Coordination environnementale Comminges (8 associations).
  7. a et b « Gorges de la Save et vallée de la Seygouade », Fiche ZNIEFF n°730011401, sur inpn.mnhn.fr, Inventaire national du patrimoine naturel (consulté le 12 décembre 2020).
  8. Pierre Challier, « Montmaurin. L'appel d'Yves Coppens », sur ladepeche.fr, La Dépêche du Midi, (consulté le 12 décembre 2020).
  9. Pierre Challier, « Montmaurin, patrimoine de l'humanité en péril », sur ladepeche.fr, La Dépêche du Midi, (consulté le 12 décembre 2020).
  10. a et b Maxime Noix, « Le projet explosif de carrière à Montmaurin », sur ladepeche.fr, La Dépêche du Midi, (consulté le 9 décembre 2020).
  11. Laurence Boffet, « Le Conseil d'État valide le projet contesté de carrière de Montmaurin (31) », sur france3-regions.francetvinfo.fr (consulté le 9 décembre 2020).
  12. « Gorges de la Save », fiche, sur ffme.fr, Fédération Française de la Montagne et de l'Escalade (consulté le 12 décembre 2020).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Crégut-Bonnoure et al. 2010] Évelyne Crégut-Bonnoure, Nicolas Boulbes, Claude Guérin, Jacques Pernaud, André Tavoso et Raoul Cammas, « Le contexte géomorphologique et faunique de l'homme de Montmaurin (Haute-Garonne) », Préhistoires Méditerranéennes,‎ (lire en ligne [sur journals.openedition.org], consulté le 8 décembre 2020). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Delpoux 2014] Marcel Delpoux, « Le site archéologique et naturel de Montmaurin (Haute-Garonne) : histoire du débat pour sa sauvegarde et sa sanctuarisation », Mémoires de l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres de Toulouse, 19e série, vol. 5, no 176,‎ , p. 109-131 (lire en ligne [PDF] sur academie-sciences-lettres-toulouse.fr, consulté le 19 décembre 2020). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • [Vialet 2019] Amélie Vialet, « Interruption dans le processus de transmission du savoir : exemple des grottes préhistoriques de Montmaurin (Haute-Garonne) fouillées par Louis Méroc (1904-1970) », dans Michel Sot (dir.), Pratiques de la médiation des savoirs, Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, , sur books.openedition.org (ISBN 9782735508983, lire en ligne). Document utilisé pour la rédaction de l’article

Articles connexes[modifier | modifier le code]