Golliwog

Un golliwog (prononcé en anglais : /ˈɡɒliwɒɡ/[1]), aussi appelé golliwogg ou golly, est une poupée de chiffon ou d'étoffe représentant une personne noire aux cheveux crépus, généralement de sexe masculin[2].
Historique
[modifier | modifier le code]Les poupées sont ainsi désignées d'après Golliwogg, le nom propre d'une poupée apparue en 1895 dans le livre pour enfants The Adventures of Two Dutch Dolls [« Les Aventures de deux poupées néerlandaises (en) »] de Bertha et Florence Kate Upton (en)[3]. Il y est d'abord décrit comme « une vision horrible, le gnome le plus noir », mais s'avéra rapidement être un personnage amical, auquel on attribue plus tard un « visage bienveillant »[2]. Inspiré des personnages des minstrel shows, le golliwog est par la suite commercialisé sous forme de poupées et de produits dérivés (céramiques, parfums féminins, bijoux...)[4] et connaît une forte popularité en Angleterre, en Australie, en Afrique du Sud et dans certaines régions d'Europe, dans la première moitié du XXe siècle et pendant l'après-guerre[4]. L'une des raisons de sa popularité et de sa diffusion rapide est qu'Upton n'a jamais déposé de

droits d'auteur sur le personnage, qui est ainsi tombé dans le domaine public. Par conséquent, n'importe qui pouvait utiliser le nom et l'image du golliwog pour ses produits[5].
Il a également été utilisé à des fins publicitaires[6], notamment par le fabricant de confiture James Robertson & Sons (en), après que John Robertson eut apparemment vu des enfants jouer avec des poupées golliwog aux États-Unis, donnant jour à la mascotte Golly[7].
Dans la seconde moitié du XXe siècle, les golliwogs commencent à faire l'objet d'une controverse : on les accuse en effet de véhiculer un stéréotype raciste[8]. La polémique autour de ces jouets donne lieu à un certain nombre de faits divers, dont notamment en 2009 une remarque de Carol Thatcher — comparant Jo-Wilfried Tsonga à un golliwog — qui lui a valu d'être écartée d'une émission de la BBC[9].
Le nom du personnage serait en outre à l'origine du mot wog (prononcé en anglais : /wɒɡ/[10]), terme péjoratif utilisé pour désigner les Noirs et d'autres groupes ethniques[2]. Cela désespérait Upton : « Je suis effrayée quand je lis l'étymologie terrifiante que certains esprits profonds et obscurs peuvent percevoir dans son nom »[11],[12]. Le sociologue américain David Pilgrim désigne cette représentation comme « la moins connue des grandes caricatures anti-Noirs aux États-Unis »[2].
Dans l'art
[modifier | modifier le code]Le personnage a par ailleurs inspiré le titre de la pièce pour piano Golliwog's Cakewalk de Claude Debussy, dans sa suite Children's Corner[4].
Il est repris par d'autres auteurs de livres pour enfants, dont Enid Blyton[13].
Le quinzième épisode La Mort en marche (The Girl Who Was Death, 1967), de la série anglaise Le Prisonnier, présente une scène où une pièce, dans laquelle se trouve le héros racontant une histoire à trois enfants, est pleine de jouets dont une poupée golliwog.
Le personnage apparaît dans deux épisodes de la série de comics britanniques La Ligue des gentlemen extraordinaires, Le Dossier Noir (2007) et Volume 4 : La Tempête (en) (2019), d'Alan Moore et Kevin O'Neill . Ils lui attribuent un passé extraterrestre légèrement réinventé. Face aux critiques dénonçant le caractère raciste de ce personnage, Moore a rétorqué que le Golliwog original d'Upton « était une figure digne et respectable. Son courage et sa force de caractère, ainsi que son intelligence, ont été brillamment mis en évidence dans ses aventures picaresques ».
Galerie
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The Golliwogg's Auto-Go-Cart, un livre de 1901 par Florence Kate Upton
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Couverture du livre pour enfants The Golliwogg's Desert-Island, par Bertha et Florence Kate Upton, 1906
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Flacon de parfum golliwog des années 1920
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Listening!, caricature de Cecil Glossop (en), tirée de la page 460 du "Christmas Number" (numéro 13) du Radio Times, 21 décembre 1923.
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Badge Coronation Golly de Robertson's (en), 1937
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Sélection de badges « Robertson's (en) Golly » des années 1970 ou 1980. Les personnages sont représentés en train de pratiquer diverses activités saines.
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Ancienne publicité mettant en scène le Golliwog de Robertson, Wardon Hill (Frome St. Quintin), Royaume-Uni
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Dessin à l'encre et à l'aquarelle intitulé « Georgie et Wollygog », 2008, visant à illustrer l'utilisation inoffensive et innocente du golliwog comme jouet populaire pour enfants.
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Golliwog dans une boutique, Widecombe in the Moor, Royaume-Uni
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Jeune enfant avec une poupée sur les genoux et une poupée de chiffon, un ours en peluche et un golliwog à côté d'elle, Australie, vers 1930.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ golliwog (lire en ligne sur oxforddictionaries.com, consulté le 28 septembre 2015)
- (en) David Pilgrim, « The Golliwog Caricature », sur ferris.edu, Ferris State University, (consulté le ).
- ↑ (en) « golliwog », sur oxforddictionaries.com (consulté le )
- Johnson, p. 3.
- ↑ "The Golliwog Caricature - Anti-black Imagery - Jim Crow Museum". jimcrowmuseum.ferris.edu. Consulté le 17 septembre 2025.
- ↑ (en) James Sturcke, « Golliwog began as beloved children's character », The Guardian, (consulté le ).
- ↑ (en) John Sutherland, « Robertson's Golly racist, offensive and gone », The Guardian, (consulté le ).
- ↑ (en) Marcus Dunk, « How the golliwog went from innocent children's hero to symbol of bitter controversy », Daily Mail Online, (consulté le ).
- ↑ (en) Anita Singh, « Carol Thatcher 'golliwog' jibe referred to black tennis player Jo-Wilfried Tsonga », The Telegraph, (consulté le ).
- ↑ (en) Entrée « wog », sur oxforddictionaries.com (consulté le )
- ↑ "Golliwogg and Co, UK". Golliwogg.co.uk. Consulté le 7 août 2012.
- ↑ Valentine Low (en) (6 février 2009). "Golliwogs: how a chivalrous hero became an unwitting symbol of racism". The Times. Archivé de la version originale du 11 janvier 2025. Consulté le 11 janvier 2025.
- ↑ Varga et Zuk 2013, p. 17.
Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Robin Bernstein, Racial innocence : performing American childhood from slavery to civil rights, New York, New York University Press, , 307 p. (ISBN 978-0-8147-8707-6, lire en ligne).
- (en) Olga Buttigieg, Recognising the Spirituality of the Golliwogg : An Analysis of Upton’s Golliwogg Picture Books, Australian Catholic University (thèse de doctorat), , 323 p. (lire en ligne)
- (en) Norma S. Davis, A Lark Ascends : Florence Kate Upton, Artist and Illustrator, Metuchen, Scarecrow Press, , 196 p. (ISBN 978-0-8108-2511-6).
- (en) Clinton Derricks-Carroll, Buy Golly! : The History of the Golliwog, Londres, New Cavendish, , 208 p. (ISBN 978-1-872727-28-8).
- (en) Millsom S Henry-Waring, « The Persistent Popularity of the Golliwog is Symbolic of Australia’s Unease with Blackness », The University of Melbourne (consulté le ).
- (en) Dee Hockenberry, Collecting Golliwoggs : Teddy Bear's Best Friends, Atglen, Schiffer Pub., coll. « A Schiffer book for collectors. », , 160 p. (ISBN 978-0-7643-1802-3).
- (en) D. Barton Johnson, « Nabokov's Golliwoggs: Lodi Reads English 1899-1909 », Pennsylvania State University (consulté le ).
- (en) Francis Joseph et Lynne Godding, The Golly Collectors Handbook, Londres, Francis Joseph Publishers, (ISBN 1-870703-89-8).
- (en) Edith Lyttelton, Florence Upton, Painter, Londres, Longmans, Green and Co., , 126 p..
- (en) Robert MacGregor, « The Golliwog: Innocent Doll to Symbol of Racism », dans Sammy Richard Danna, Advertising and Popular Culture: Studies in Variety and Versatility, Bowling Green, Bowling Green State University Popular Press, (ISBN 9780879725280, présentation en ligne), p. 124-131.
- (en) Marilynn Olson, « Turn-of-the-Century Grotesque: The Uptons' Golliwogg and Dolls in Context », Children's Literature, vol. 28, no 1, , p. 73–94 (DOI 10.1353/chl.0.0521, résumé).
- (en) Jan Nederveen Pieterse (trad. du néerlandais), White on Black : Images of Africa and Blacks in Western Popular Culture [« Wit over zwart: Beelden van Afrika en zwarten in de westerse populaire cultuur »], Yale University Press, , 259 p. (ISBN 0-300-06311-3, lire en ligne), p. 156-158.
- (en) Susanne Reichl, « Articulating Cultural Meanings: The Example of the Golliwog(g) », dans Marie Hologa, Christian Lenz, Cyprian Piskure, Stefan Schlensag, Cases of Intervention: The Great Variety of British Cultural Studies, Newcastle upon Tyne, Cambridge Scholars Publishing, (ISBN 9781443848565, présentation en ligne), p. 165-181
- (en) David Rudd, « Golliwog: Genealogy of a Non-PC Icon », dans Celia Keenan, Mary Shine Thompson, Studies in Children's Literature 1500-2000, Dublin, Four Courts Press, (ISBN 1-85182-853-2), p. 70-78.
- (en) Donna Varga et Rhoda Zuk, « Golliwogs and Teddy Bears: Embodied Racism in Children's Popular Culture », The Journal of Popular Culture, vol. 46, no 3, , p. 647-671 (ISSN 1540-5931, lire en ligne).
Liens externes
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