Globe Missinne
| Globe Missinne | |
Dessin de la partie du globe de Hunt-Lenox, modèle du globe Missinne, montrant l'Amérique du Sud. | |
| Type | Globe terrestre |
|---|---|
| Dimensions | Environ 11,1 cm de diamètre |
| Poids | 134 grammes |
| Matériau | Matière plastique |
| Période | Années 1980 |
| Culture | Renaissance (globe de Hunt-Lenox) |
| Date de découverte | 2012 |
| Lieu de découverte | Londres |
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Le globe Missinne (également surnommé globe en œuf d'autruche ou globe de Vinci) est un globe terrestre découvert à Londres en 2012. Quasi identique au globe de Hunt-Lenox, le plus ancien globe à montrer le Nouveau Monde, il est connu pour l'interprétation contestée qu'en fait son découvreur Stefaan Missinne, qui le dit constitué de deux demi-œufs d'autruche et l'attribue à Léonard de Vinci. Une étude internationale de 2023 conclut néanmoins qu'il s'agit d'une réplique en plastique réalisée dans les années 1980.
Historique de découverte
[modifier | modifier le code]La découverte du globe est annoncée en dans le journal The Portolan par le chercheur et collectionneur belge Stefaan Missinne, membre de la Royal Geographical Society établi en Autriche[1]. Selon le récit de Missinne, son propriétaire, présenté comme anonyme, l'aurait acquis en 2012 à la Foire cartographique de Londres (London Map Fair) d'un vendeur lui ayant affirmé que l'objet aurait appartenu à une importante collection européenne pendant plusieurs décennies. Un certain nombre de sources laissent toutefois rapidement entendre que le véritable propriétaire du globe ne serait autre que Missinne lui-même, ce qui soulève des interrogations quant à un possible conflit d'intérêts. Si le collectionneur se refuse dans un premier temps à tout commentaire sur la question[2], il finit par amender sa version et reconnaît être le possesseur de l'objet : il précise qu'il l'a découvert au cours de cette foire « par pure chance », l'artéfact ayant été présenté à l'origine comme un scrimshaw du XIXe siècle[1].
Après deux publications sur le globe en 2015 et 2017, Missinne l'analyse plus en détail dans l'ouvrage The Da Vinci Globe, publié chez Cambridge Scholars Publishing (en) en 2018[3].
Description
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Le globe, d'un diamètre d'environ 11,1 cm pour une masse de 134 grammes[4], présente une forme générale légèrement compressée[5]. Sa surface représente le monde sous la forme d'une carte en latin[2] que Missinne estime être à l'échelle 1/80 000 000[1],[6]. Doté d'un poids interne maintenant sa moitié sud vers le bas, il présente les continents et océans tels qu'ils étaient conçus par les Européens du début du XVIe siècle. Les contours de l'Asie, très allongés, s'inscrivent dans la tradition ptoléméenne, tandis que l'Afrique apparaît étriquée ; le Nouveau Monde se résume quant à lui à l'Est de l'Amérique du Sud — la côte ouest étant figurée par une ligne imaginaire[1] — et à quelques îles éparses en lieu et place de l'Amérique du Nord[2]. Le globe comporte également une grande île imaginaire dans le Sud de l'océan Indien et diverses ornementations, dont des bateaux, des monstres marins et un homme en train de se noyer[1].
Les dessins sont accompagnés d'inscriptions en latin, qui portent sur divers éléments du globe à l'exception des mers, des océans, des méridiens et des parallèle[1]. L'Ancien Monde est richement annoté, avec 71 noms géographiques, tandis que le continent américain est désigné par pas moins de trois noms (« Terre de la Sainte-Croix », « Nouveau Monde » et « Terre de Brazil »)[7]. Seul un nom de ville apparaît — le port de Calicut, haut lieu du commerce des épices aux Indes[1] —, de même qu'une seule phrase, au dessus de la côte du Sud-Est asiatique : hic sunt dracones (« ici se trouvent des dragons »)[2].
La surface du globe présente plusieurs dégradations : la zone équatoriale est délavée, des traces de limage sont observables, l'Amérique du Sud est entachée d'un cratère de taille significative, et de façon générale, la surface est constellée de trous et de nodules[5].
Analyse
[modifier | modifier le code]Authenticité, sources et datation
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Le contenu cartographique du globe est identique à celui du globe de Hunt-Lenox, un globe en cuivre du début du XVIe siècle conservé à la Bibliothèque publique de New York ; dans une moindre mesure, il est également très semblable au globe Jagellon, daté d'environ 1510 et conservé dans les collections de l'université Jagellonne de Cracovie[3]. Le globe Missinne et le Lenox partagent de nombreux éléments distinctifs, dont l'inscription hic sunt dracones[2] et les trois noms associés au continent américain, qui proviennent de sources diverses — l'appellation « Terre de la Sainte-Croix » est due à Pedro Álvares Cabral, « Nouveau Monde » à Amerigo Vespucci, et « Terre de Brazil » aux commerçants portugais qui en importaient le bois-brésil[8]. Cette quasi-gémellité conduit Missinne à suggérer que le globe, qu'il considère comme constitué de deux demi-œufs d'autruche fixés l'un à l'autre par de la colle, pourrait avoir servi de prototype pour mouler le Lenox[1],[2], ce qui en ferait le plus ancien globe connu à dépeindre le Nouveau Monde[2].

Si la représentation de l'Ancien Monde sur ces deux globes semble être issue de cartes d'avant 1490, celle du Nouveau Monde reflète les connaissances géographiques de la première décennie du XVIe siècle. Le chercheur italien Leonardo Rombai date plus précisément ce contenu cartographique d'avant et le planisphère de Waldseemüller : en effet, la représentation de l'Amérique centrale et septentrionale sous forme de masse continentale, présente chez Waldseemüller, est absente du globe, de même que le nom America[7]. Pour autant, le globe inclut Terre-Neuve, explorée par Jean Cabot et les frères Miguel et Gaspar Corte-Real, ainsi que les îles d'Isabella (actuelle Cuba) et d'Hispaniola, qui figurent déjà sous ces noms sur le planisphère de Cantino de 1502. En outre, la représentation de l'Amérique du Sud couvre les territoires découverts par Cabral et Vespucci, ce qui rend possible une datation vers 1504, année de publication par Vespucci de deux ouvrages à succès relatant ses voyages[8] — d'autant que ces deux ouvrages contiennent deux des trois termes utilisés par le globe pour nommer le continent américain, « Terre de la Sainte-Croix » et « Nouveau Monde ». La date de 1504 est également avancée par Missinne sur la base d'analyses en laboratoire de la consistance matérielle des œufs d'autruche (non validées par des scientifiques indépendants[5],[9]), ainsi que d'une note manuscrite de Léonard de Vinci qu'il estime faire référence au globe (cf. infra)[7].

Rombai envisage également la possibilité que le globe soit dérivé des cartes réalisées quelques années plus tard par Francesco Rosselli, dont le planisphère de Contarini de 1506, mais surtout la mappemonde ovale publiée en 1508, qui aurait été conçue au cours de cette même année 1506 et associe au continent américain la dénomination Terra S[anctae] Crucis sive Mundus Novus (« Terre de la Sainte-Croix ou Nouveau Monde »)[7].
Ces conclusions sont toutefois remises en cause par une étude internationale menée par les scientifiques Catharina Blänsdorf, Thomas Horst, María Fernanda Falcón Martínez et Martina Pippal (en)[9]. Dans leurs résultats, publiés en 2024[5], ceux-ci soulignent que les radiographies du globe publiées par Missinne en 2018 ne montrent aucune porosité, ce qui invalide la thèse selon laquelle il serait constitué d'œufs d'autruche[9]. Ils pointent également du doigt les nombreux défauts de fabrication absents du globe de Hunt-Lenox — zone équatoriale délavée, cratère sur l'Amérique du Sud, etc. ; ces défauts, en revanche, sont présents sur une série de fac-similés de ce dernier produits par la New York Public Library entre 1984 et 1985[5]. Les chercheurs concluent que le globe Missinne est, comme eux, une réplique en plastique fabriquée vers 1985 par moulage du Lenox[9].
Débat sur l'attribution à Léonard de Vinci
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Indépendamment de la question de son authenticité, le globe fait l'objet d'une autre hypothèse controversée de Stefaan Missinne : selon lui, son auteur ne serait autre que Léonard de Vinci[3]. Cette conjecture, formulée par le collectionneur belge dès l'annonce de la découverte du globe en 2013 — quoique de façon moins catégorique, Missinne ne suggérant alors que de vagues liens avec l'atelier de Léonard[2] —, est pleinement développée dans son ouvrage The Da Vinci Globe (« Le Globe de Vinci »), publié en 2018 chez Cambridge Scholars Publishing (en) et intitulé en référence au roman à succès The Da Vinci Code (« Le Code de Vinci ») de Dan Brown. À l'appui de sa thèse, Missinne met en avant divers éléments de la vie, de l'œuvre et des manuscrits de Léonard, notamment des codex Atlanticus, Arundel et Leicester, dont il estime qu'ils sont reliables au globe ou à certains de ses détails[3]. En particulier, les écrits du maître florentin comportent plusieurs esquisses de mappemondes sphériques ou ovales, témoignage de l'intérêt qu'il portait à ce type de représentation du monde ; de plus, en 1504, il écrit par deux fois o bisogno del mio mappa del mundo che ha Benci (« j'ai besoin de ma carte du monde que détient Benci »), note que Missinne estime faire référence à son globe[10]. Le collectionneur pense également déceler des parallèles entre le style du globe et d'autres œuvres de Léonard, tant au niveau pictural que typographique[3].
Cette thèse est néanmoins considérée comme insuffisamment étayée par la communauté des historiens. Ainsi, pour John W. Hessler de la bibliothèque du Congrès, « le lien avec Léonard est totalement absurde »[trad 1], tandis que l'historien de la cartographie Chet van Duzer (en) l'estime « ténu à l'extrême »[trad 2],[2]. Leonardo Rombai, quant à lui, juge que « les preuves apportées jusqu'à présent ne permettent pas d'avoir des certitudes »[trad 3],[11].

Cet avis est partagé par le chercheur Wouter Bracke, pour qui nombre d'arguments avancés par Missinne dans The Da Vinci Globe relèvent de l'« interprétation suggestive »[trad 4]. Par exemple, le collectionneur croit déceler dans la forme triangulaire des lettres de l'annotation « Terre de la Sainte-Croix » une possible signature de Léonard, plutôt qu'une simple tendance à l'horror vacui. De même, notant la ressemblance entre l'écriture utilisée et celle figurant au dos du Portrait de Ginevra de' Benci, il y voit la main du maître florentin, alors que ce style calligraphique est somme toute assez commun. Dans un autre passage, Missinne interprète l'inscription Assia au milieu du continent asiatique comme désignant la ville marchande de Kashgar, tout en permettant un jeu de mots avec la Via Cassia qui passe près du village natal de Léonard — plutôt que comme une simple désignation de l'Asie, dont le nom n'est mentionné nulle part ailleurs sur le globe. Cette tendance surinterprétative de la part de Missinne se retrouverait dans son analyse des détails iconographiques de l'objet — l'œil d'un monstre marin illustrerait ainsi les connaissances de Léonard en anatomie oculaire — et de certains passages des manuscrits de Léonard — un dessin circulaire du folio 104r du Codex Arundel serait ainsi une esquisse du globe terrestre et non de la Lune, malgré la légende luna et le fait que le folio porte sur la relation entre le Soleil, la Terre et la Lune. Selon Bracke, ces éléments n'invalident pas nécessairement l'idée d'une implication de Léonard dans la fabrication du globe, mais constituent autant d'angles d'attaque contre cette hypothèse : de plus amples recherches seraient nécessaires pour l'étayer davantage[3].
Notes et références
[modifier | modifier le code]Citations originales
[modifier | modifier le code]Références
[modifier | modifier le code]- (en) Kevin Schembri Orland, « The ‘da Vinci Globe’: A chance discovery », sur The Malta Independent (en), (consulté le )
- (en) Meeri Kim, « Oldest globe to depict the New World may have been discovered », sur The Washington Post, (consulté le )
- (en) Wouter Bracke, « The Da Vinci Globe by Stefaan Missinne », Maps in History, no 64, , p. 13-15 (ISSN 1379-3306, lire en ligne)
- ↑ Verhoeven et Missinne 2017, p. 303.
- (de) Martina Pippal (en), « Aus dem Reich der Weltmodelle – der Hunt-Lenox Globe und seine ‚Kinder‘ », sur Fake & Irrtum, faculté d'histoire et d'études culturelles de l'université de Vienne, (consulté le )
- ↑ Verhoeven et Missinne 2017, p. 304.
- Rombai 2014, p. 77.
- Rombai 2014, p. 76.
- (de) Annemarie Happe, « Ist das ein Da-Vinci-Globus – oder ein Fake? », sur Die Presse, (consulté le )
- ↑ Rombai 2014, p. 72-73.
- ↑ Rombai 2014, p. 78.
- ↑ Missine et Verhoeven 2018, fig. 3.
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (en) Stefaan Missinne, « A Newly Discovered Early Sixteenth-Century Globe Engraved on an Ostrich Egg : The Earliest Surviving Globe Showing the New World », The Portolan, Washington Map Society, no 87, , p. 8-24 (lire en ligne)
- (en) Stefaan Missinne et Geert Verhoeven, « Leonardo Depicted America: Misread as the Moon », Advances in Historical Studies, no 8, , p. 139-147 (ISSN 2327-0438, DOI 10.4236/ahs.2019.84011)
- (en) Stefaan Missine, The Da Vinci Globe, Newcastle, Cambridge Scholars Publishing, , 279 p. (ISBN 978-1-5275-2614-3, lire en ligne)
- (it) Leonardo Rombai, « Il globo di uova di struzzo del 1504 circa scoperto e studiato da Stefaan Missinne », Geostorie, vol. 22, no 1, , p. 71-80 (ISSN 1593-4578, lire en ligne)
- (en) Geert J. Verhoeven et Stefaan J. Missinne, « Unfolding Leonardo da Vinci's Globe (AD 1504) to Reveal its Historical World Map », ISPRS Annals of the Photogrammetry, Remote Sensing and Spatial Information Sciences, vol. IV-2/W2, , p. 303-310 (lire en ligne)
- (es) « El globo terráqueo de Leonardo, el más antiguo del mundo », sur RTVE.es, (consulté le )