Glacier des Bossons

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Glacier des Bossons
Vue du glacier des Bossons (au centre) depuis Le Brévent.
Vue du glacier des Bossons (au centre) depuis Le Brévent.

Pays Drapeau de la France France
Région Auvergne-Rhône-Alpes
Département Haute-Savoie
Massif Massif du Mont-Blanc (Alpes)
Vallée Vallée de l'Arve
Cours d'eau Torrent des Bossons
Type Glacier de vallée
Longueur maximale 7,3 km (2001[1])
Superficie 9,9 km2 (2001[1])
Altitude du front glaciaire 1 420 m (2001[1])
Coordonnées 45° 52′ 40″ N, 6° 52′ 00″ E

Géolocalisation sur la carte : Haute-Savoie

(Voir situation sur carte : Haute-Savoie)
Glacier des Bossons

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Glacier des Bossons

Le glacier des Bossons est une cascade de glace (la plus grande d'Europe) qui descend du sommet du mont Blanc (Alpes) : relativement court mais pentu (pente moyenne de 28°), il passe de 4 810 m à 1 420 m d'altitude en seulement 7,3 km et présente de nombreux séracs et crevasses dans les pentes fortes. La vitesse d'épanchement peut y dépasser un mètre par jour en été. Au total, la glace s'écoule en moins de 50 ans du sommet jusqu'à la langue terminale[2].

Géographie[modifier | modifier le code]

Situation[modifier | modifier le code]

La langue terminale et ses trois émissaires : les torrents de la Creusaz, de la Creusette et des Bossons (de gauche à droite).

Il prend naissance sur le versant français du mont Blanc (4 810 m et s'épanche sur son versant nord-ouest[3]), entre les roches Rouges (4 364 m) et le dôme du Goûter (4 304 m)[4], dans la vallée de Chamonix-Mont-Blanc, au-dessus du village des Bossons qui lui donne son nom.

Caractéristiques physiques[modifier | modifier le code]

Il est formé par la convergence de deux glaciers, l'un provenant directement du mont Blanc et l'autre du mont Blanc du Tacul, un peu plus à l'est, et présente donc une moraine médiane considérable. Sa langue terminale a désormais régressé, mais elle atteignait environ 1 200 mètres d'altitude dans les années 1980. Le bassin versant occupe 17 km2 dont 10 km2 sont englacés[2]. L'épaisseur de la glace est de vingt mètres au sommet et atteint une épaisseur maximale de 170 m. D'un point de vue géologique, le glacier repose dans sa partie supérieure sur un granite calco-alacalin avec de grands cristaux de feldspaths pluricentimétriques. Plus en aval, il passe sur un complexe formé d'orthogneiss, de paragneiss et de micaschistes[2].

Le glacier dispose de trois émissaires. Le torrent des Bossons est celui qui s'écoule de la langue terminale mais c'est celui dont le débit est le plus faible car il n'est alimenté que par les eaux de fonte d'une zone de 0,5 km2. L'émissaire principal est formé par les deux branches du torrent de la Creusaz qui sortent d'un lobe secondaire à 2 250 m d'altitude en aval du mont Blanc du Tacul. Entre les deux, le torrent de la Creusette sort lui aussi d'un lobe latéral à 1 750 m d'altitude[5].

Érosion[modifier | modifier le code]

Le torrent des Bossons dans la zone proglaciaire en juillet 2015, zone encore couverte de glace dans les années 1980.

Le glacier étant situé sur un versant en face nord bien exposé aux précipitations, sa ligne d'équilibre, c'est-à-dire la limite entre les zones d'ablation et d'accumulation, est relativement basse et a été estimée à 2 750 ± 200 m en 2009. La zone d'accumulation forme donc 60 % de sa surface. Au-dessus de 3 300-3 500 m, il est constitué par des glaces froides dont la température est constamment nettement inférieure à °C (−11 °C à 4 250 m d'altitude). Dans ces zones, les roches ne sont pas exposées à des cycles de gel et de regel, ce qui les protège de l'érosion (seulement 0,025 à 0,05 mm/an)[2]. Dans le bassin versant du glacier, l'érosion est la plus forte au niveau des parois rocheuses situées au-dessus du glacier (0,76 ± 0,34 mm/an) et est également forte sous le glacier, dans les zones de basses altitudes où la glace est tempérée (°C) et où l'eau de fonte est déjà chargée de sédiments abrasifs (partie inférieure du glacier alimentant le torrent des Bossons : 0,63 ± 0,37 mm/an). Elle est plus faible dans la partie sous-glaciaire alimentant le torrent de la Creusette (0,38 ± 0,22 mm/an) ainsi que dans la zone proglaciaire située en aval du front (0,25 ± 0,20 mm/an)[6]. Ces vitesses d'érosion sont toutefois nettement inférieures au soulèvement tectonique actuel du massif (1,5 mm/an)[7].

En 2010, le torrent des Bossons a exporté 2 361 tonnes de sédiments dont 1 100 tonnes de sable (63 μm à 2 mm), 733 tonnes de limons (< 63 μm), 318 tonnes de matière dissoute et 210 tonnes de graviers et de galets (> 2 mm)[2].

Histoire[modifier | modifier le code]

Évolution[modifier | modifier le code]

Lors de la dernière glaciation, toutes les Alpes étaient recouvertes par une immense calotte et la hauteur de la glace s'élevait jusqu'à une altitude de 2 300 mètres au niveau du village actuel des Bossons. Avec le lent réchauffement, le glacier des Bossons ne s'individualise et n'arrête de rejoindre ses voisins que peu avant le début du Dryas récent (10700 à 9700 av. J.-C). Le Dryas récent est une période marquée par un retour de la fraîcheur et le glacier des Bossons redescend jusqu'au fond de la vallée de l'Arve, la bloquant dans toute sa largeur. Cette progression se fait alors dans un lac proglaciaire[8].

Le glacier des Bossons en 1830.

Après cette époque, le glacier des Bossons n'a recommencé à menacer le fond de la vallée que lors du petit âge glaciaire. Cette phase a pu être reconstituée à partir de 1580 sur la base de témoignages historiques et d'illustrations puis de relevés scientifiques[1]. Sur cette période, le glacier a atteint son avancée maximale en 1818 terminant à une altitude inférieure à 1 100 m. Les traces de cette avancée sont encore bien visibles car la moraine correspondante est bien conservée. Entre cette moraine et le glacier, les moraines correspondant aux poussées ultérieures (1854, 1892, 1921, 1941 et 1983) peuvent aussi être distinguées, mais elles sont érodées et de plus petite taille. En effet, au glacier des Bossons, le retrait n'a pas été régulier, mais a été marqué par une alternance de poussées et de reculs rapides (recul de 425 m de 1863 à 1874 suivi d'une avancée de 410 m jusqu'en 1892, recul de 700 m dans les années 1940 suivi d'un retour de 500 m jusqu'en 1983 puis d'un recul de plus de 1 000 m jusqu'en 2015). Les poussées sont en partie dues à l'épanchement rapide du glacier et à l'altitude élevée de son bassin d'alimentation qui lui permettent de réagir rapidement à une succession d'années pluvieuses ou favorables[1].

Pour les périodes précédant le maximum de 1818, toutes les moraines ont été détruites par l'avancée du glacier, mais la reconstitution a montré que, depuis 1580, sa langue terminale se situait entre 100 et 700 m en retrait du point atteint en 1818 avec des maxima en 1610, 1643, 1712 et 1777[1].

Au total, entre 1818 et 2001, le recul total s'élève à 1,5 km[1] et le glacier a ensuite encore perdu 500 mètres jusqu'en 2015[6].

En , le glacier ne rassemble plus qu'une fine couche de glace et une langue terminale. En , la langue se sépare du glacier et s'effondre[9].

En , une avalanche est survenue au glacier des Bossons, emportant 200 000 mètres cubes de glace sur près d'un kilomètre[10]. L'origine de ce détachement est probablement le réchauffement global : des séracs se sont donc séparés du front, provoquant ainsi un éboulement massif. Les visites et le tourisme autour du site sont aujourd'hui fortement déconseillés à cause des risques[réf. nécessaire].

Exploitation[modifier | modifier le code]

Une crevasse du Grand Plateau (John Tyndall, 1876).

Les glaciers sont devenus une attraction touristique à partir du XVIIIe siècle et la partie supérieure du glacier des Bossons est traversée régulièrement par les alpinistes depuis 1786, année de la première ascension du mont Blanc. En 1840, une première buvette est construite au bord du glacier. Elle propose des boissons rafraîchies avec des glaçons taillés directement dans la glace. Elle est rejointe en 1850 par une deuxième buvette située sur l'autre rive, le chalet du Cerro. Toutefois, ces chalets doivent régulièrement être déplacés en fonction des fluctuations du glacier. De 1865 à 1994, une grotte est taillée à coups de pioche pour permettre aux touristes de voir la glace de l'intérieur[11].

À partir du début du XXe siècle, la glace de la langue terminale est débitée industriellement du mois de juin au mois de septembre à l'aide de pioches à glace et de poudre noire par une vingtaine d'ouvriers. Les blocs sont alors tirés jusqu'à la « rise », un grand toboggan en épicéa et en mélèze qui fait glisser les blocs de glace jusqu'au hangar situé près de deux kilomètres plus bas. Les 600 tonnes de glace sont vendues aux hôtels de la région, mais aussi expédiées par train ou camion vers Genève et Paris. L'exploitation s'arrête en 1939[11].

Le glacier a servi d'école de glace pour la compagnie des guides de Chamonix jusque dans les années 1980.

Catastrophes aériennes[modifier | modifier le code]

Moteur de Pilatus PC-6 d'Air Alpes, resté prisonnier du glacier de 1961 à 2001.

La catastrophe du Malabar Princess y a eu lieu, le . Un Lockheed Constellation d'Air India s'est écrasé près du Rocher de la Tournette, à 4 677 m d'altitude[12], faisant 48 victimes (aucun survivant)[13].

Quinze ans plus tard, le , le Kanchenjunga[14], un Boeing 707 de la même compagnie Air India, avec à son bord 117 personnes, s'écrase presque au même endroit, ne laissant aucun survivant. Il effectuait un vol entre Bombay et New York. Au nombre des victimes figure Homi Jehangir Bhabha un des pères du programme nucléaire indien[13]. Le , deux alpinistes découvrent une valise diplomatique indienne provenant de l'épave de l'avion[15]. En , c'est au tour d'un alpiniste local d'y découvrir des pierres précieuses : émeraudes, saphirs et rubis[16].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f et g Samuel U. Nussbaumer, Heinz J. Zumbühl, « The Little Ice Age history of the Glacier des Bossons (Mont Blanc massif, France): a new high-resolution glacier length curve based on historical documents », Climatic Change, no 111, 2012, pages 301–334, DOI:10.1007/s10584-011-0130-9.
  2. a b c d et e Cécile Godon, L'érosion dans les environnements glaciaires : exemple du Glacier des Bossons (Massif du Mont-Blanc, Haute-Savoie, France), Sciences de la Terre, Université de Grenoble, 2013. Voir aussi : (en) Cécile Godon, Jean-Louis Mugnier, Renaud Fallourd, J.-L. Paquette, Alexandre Pohl, Jean-François Buoncristiani, The Bossons glacier protects Europe's summit from erosion, Earth and Planetary Science Letters, no 375, 2013, pages 135-147, DOI:10.1016/j.epsl.2013.05.018.
  3. Selon le carte IGN 3630 OT, « Chamonix – Massif du Mont-Blanc », IGN, Paris, 2002
  4. Christian Mollier, Du glacier du Mont-Blanc au glacier des Bossons, Éditions Cabédita, coll. « Archives vivantes », 2000, p. 7
  5. Johan Berthet, « Les singularités hydronymiques des torrents chamoniards, un révélateur de systèmes torrentiels atypiques », Journal of Alpine Research et Revue de géographie alpine, mis en ligne le 1er mai 2018.
  6. a et b Hervé Guillon, Origine et transport des sédiments dans un bassin versant alpin englacé (Glacier des Bossons, France) : une quantification couplant mesures hydro-sédimentaires haute-résolution, suivi radio-fréquence de galets, teneur en nucléides cosmogéniques et méthodes probabilistes, Sciences de la Terre, Université Grenoble Alpes, 2016.
  7. (en) J.-M. Nocquet, Christian Sue, Andrea Walpersdorf, Dinh Tran, Nicole Lenôtre, Philippe Vernant, Edward Cushing, François Jouanne, Frédéric Masson, Stéphane Baize, Jean Chery, Peter Beek, Present-day uplift of the western Alps, Nature Science Reports, no 6, 2016, DOI:10.1038/srep28404.
  8. Sylvain Coutterand, Étude géomophologique des flux glaciaires dans les Alpes nord-occidentales au Pléistocène récent. Du maximum de la dernière glaciation aux premières étapes de la déglaciation, notamment la page 96, Géographie, Université de Savoie, 2010.
  9. « Glacier des Bossons, aujourd'hui », sur glaciers-climat.fr (consulté le 6 mai 2016).
  10. « 200 000 mètres cubes de glace dévalent plus d’un kilomètre », sur ledauphine.com (consulté le 6 mai 2016).
  11. a et b Beate Hartmann, Yves Borrel, « Les glaciers, une richesse pour l'homme », Nature et patrimoine en pays de Savoie, no 36, mars 2012, p. 14-19.
  12. Philippe Beuf, « L'accident du Malabar Princess (3 novembre 1950) », sur le site aiguilledumidi.net, consulté le 29 décembre 2008.
  13. a et b « Les catastrophes aériennes : La catastrophe du Malabar Princess – La catastrophe du Kangchenjunga », sur le site montblanc.to, consulté le 29 décembre 2008.
  14. Du nom du sommet himalayien, le Kangchenjunga.
  15. « Une valise diplomatique indienne retrouvée 46 ans après un crash sur le Mont-Blanc », Le Point, 29 août 2012.
  16. Charles-Henry Groult, « Un trésor de diamants découvert sur un glacier du Mont-Blanc », Le Figaro, 26 septembre 2013.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Article connexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]