Giovanni Falcone

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Giovanni Falcone (né le à Palerme - mort assassiné à Capaci le ) était un juge italien engagé dans la lutte antimafia et assassiné par Toto Riina, membre des Corleonesi, eux-mêmes faisant partie de Cosa Nostra.

Carrière[modifier | modifier le code]

Fils de Arturo Falcone, directeur du laboratoire Chimique Provincial, et de Luisa Bentivegna, Giovanni avait deux grandes sœurs, Anna et Maria. Issu du quartier délabré de La Kalsa à Palerme, le petit Giovanni, fils d’une famille de la bourgeoisie palermitaine, fréquentait de futurs criminels comme Tommaso Spadaro. Après de brillantes études de droit à Palerme, il devient magistrat en 1964 et débute sa carrière en tant que magistrat instructeur spécialisé dans les liquidations judiciaires. C'est en dépouillant d’obscurs dossiers financiers qu'il découvrit le monde du grand banditisme qu'est celui de Cosa Nostra et qu'il affina ce qu’on appellera plus tard la « méthode Falcone ».

En 1979, après l'assassinat du juge Cesare Terranova, qui avait mené sans succès un procès contre certains dirigeants mafieux dans lequel tous furent acquittés, Falcone rentre alors au sein du « pool » antimafia du parquet de Palerme. Le juge Rocco Chinnici, un magistrat déterminé et courageux décida de créer une cellule composée de juges qui seraient spécialisés dans les enquêtes complexes liées à la mafia. Il fut assassiné dans un attentat à la voiture piégée le 29 juillet 1983 aux premières heures de la matinée, en plein centre de Palerme. Ce fut d'ailleurs la première fois que Cosa nostra utilisait cette méthode pour atteindre un magistrat. Les deux carabiniers chargés de son escorte et le concierge de l'immeuble furent tués eux aussi. Le juge Rocco Chinnici fut remplacé par le juge Antonino Caponnetto qui poursuivit ce que son homologue avait démarré et constitua formellement le « pool antimafia » qui devint rapidement extrêmement efficace[1].

Maxi-procès[modifier | modifier le code]

Le « pool » obtient un succès important et inespéré en 1984 en recueillant le témoignage de l'un des plus importants repentis de Cosa Nostra, Tommaso Buscetta dit « Don Masino » ou « le boss des deux mondes »[2]. Sur la base de son témoignage, Giovanni Falcone ouvre en 1986 le « maxi-procès » de Palerme dont il est l'instigateur avec son ami le juge Paolo Borsellino (qui sera également assassiné, quelques mois après Falcone). Le procès met en cause 465 accusés dont le « parrain des parrains », Toto Riina si bien que la cour pénale de Palerme n'étant pas assez grande, on a créé ce qui fut appelé une « aula-bunker » (salle d'audience-bunker).

Le restera comme la date de la fin du Maxi-Procès et formalise l'existence de l’association de malfaiteurs de type mafieux en Italie. À l'issue du procès on compte :

  • 475 accusés[3] ;
  • 360 condamnations, dont 19 peines à perpétuité ;
  • 114 acquittements;
  • 2665 années de prison cumulées par les condamnés.

Il demande des moyens supplémentaires pour poursuivre la lutte anti-mafia mais les décisions se font attendre. En janvier 1988, le Conseil supérieur de la Magistrature nomme Antonino Meli (it) chef du bureau d'instruction au tribunal de Palerme. Il est farouchement opposé au « pool antimafia » créé en 1983 par le juge Antonino Caponnetto (it) et est un adversaire de Falcone que Caponnetto avait désigné comme son successeur. Le 30 juillet 1988, le juge expédie au Conseil supérieur de la Magistrature une lettre de quatre pages dans laquelle il se dit écœuré par le laxisme de la police et des pouvoirs politiques et demande sa mutation dans une autre région, comme huit autres de ses collègues[4]. Giovanni Falcone devient un héros et un symbole célébré partout en Italie, malgré le fait que certains personnages de la classe politique de l'époque cherchent à le discréditer depuis 1989 et la triste « stagione dei veleni » (« période des venins », lorsque certains affirmèrent que Giovanni Falcone avait organisé lui-même un attentat contre sa personne pour se faire de la publicité). Il devient également l'ennemi numéro 1 de Cosa Nostra qui fait de lui sa cible principale. Sous la forte menace d'attentat, et délaissé par une partie de la classe politique, Falcone est contraint de vivre 24 heures sur 24 accompagné d'une escorte importante. Lors du « maxi-procès », ce ne sont pas moins de 70 hommes qui sont chargés d'assurer sa sécurité, il en choisit huit chaque jour, qu'il désigne au dernier moment[5].

Assassinat[modifier | modifier le code]

Mémorial du juge Falcone à Capaci.

Le dispositif d'escorte n'est pas suffisant pour protéger Giovanni Falcone et le , il est assassiné par la Cosa Nostra dans ce qu'on appelle le « massacre de Capaci ». Les membres de Cosa Nostra placent dans un tunnel d'évacuation des eaux situé sous l'autoroute reliant l'aéroport de Punta Raisi à Palerme une grande quantité d'explosifs destinés à piéger Giovanni Falcone[6]. Le , 5 quintaux d'explosif explosent et il meurt avec sa femme, Francesca Morvillo, elle-même juge, ainsi que trois de ses gardes du corps, Vito Schifani, Rocco Di Cillo et Antonio Montinaro. Cet attentat est une réponse à la volonté de Giovanni Falcone de vouloir mettre sur pied une brigade antimafia (une sorte de F.B.I italien). L'assassinat du juge, commandité par Toto Riina, est déclenché par une télécommande actionnée par Giovanni Brusca, sous le signal de Gioacchino La Barbera (en)[7].

Hommages posthumes[modifier | modifier le code]

Arbre de la mémoire de Giovanni Falcone à Palerme
Chapelle où repose Giovanni Falcone au cimetière de Sant'Orsola à Palerme

De nombreuses écoles et bâtiments publics portent aujourd'hui son nom, parmi lesquels l'aéroport international de Palerme, connu sous le nom d'Aéroport Falcone-Borsellino.

Giovanni Falcone repose désormais au cimetière de Sant'Orsola à Palerme.

La promotion 1994 de l'École nationale de la magistrature française a pris le nom « Juge Falcone » comme nom de baptême de promotion.

Dans le même élan,la promotion 1996-1998 la section magistrature de l'École nationale d'administration et de magistrature du Cameroun s'est donnée pour nom de baptême « Giovanni Falcone ».

Références[modifier | modifier le code]

  1. Christian Lovis, Les hommes de l'antimafia : Le monde a besoin de héros, Mon Petit Editeur,‎ 2011, 210 p. (ISBN 978-2-7483-6469-9), p. 107
  2. Christian Lovis, Les hommes de l'antimafia : Le monde a besoin de héros, Mon Petit Editeur,‎ 2011, 210 p. (ISBN 978-2-7483-6469-9), p. 119
  3. John Dickie, Cosa nostra : L'histoire de la mafia sicilienne de 1860 à nos jours, Buchet Chastel,‎ 2007, 496 p. (ISBN 978-2-283-02187-3), p. 399
  4. (it) Leoluca Orlando, Leoluca Orlando racconta la mafia, UTET libreria,‎ 2007, p. 88
  5. Marcelle Padovani, Les dernières années de la mafia, Paris, Gallimard,‎ 1987 (ISBN 2-07-032415-X), p. 197
  6. Guillemette de Véricourt, Les mafias, Toulouse, éditions Milan,‎ 2007 (ISBN 978-2-7459-2533-6), p. 6
  7. (it) Leoluca Orlando, Leoluca Orlando racconta la mafia, UTET libreria,‎ 2007, p. 84

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marcelle Padovani, Cosa Nostra. L'entretien historique de Marcelle Padovani avec Giovanni, La Contre Allée,‎ 2012, 168 p.
  • David Brunat, Giovanni Falcone, un seigneur de Sicile, Belles Lettres,‎ 2014, 144 p.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]