Gilles Châtelet

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Gilles Châtelet, né le 2 février 1944 à Bezons (Seine-et-Oise) et mort en juin 1999 à Paris, est un mathématicien et philosophe français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Entré en 1963 à l'École normale supérieure de Saint-Cloud en section scientifique, il obtient un doctorat d'état es-Sciences de Mathématiques pures en topologie différentielle le 20 décembre 1975. Il devient professeur de mathématiques en 1979 à l'Université Paris VIII Saint-Denis, anciennement Université libre de Vincennes.

Directeur de Programme au Collège international de philosophie entre 1989 et 1995, il fonde le séminaire « Rencontres Science-Philosophie ». En 1994, il rejoint le laboratoire « Pensée des sciences » qui vient d’être fondé à la rue d’Ulm par Charles Alunni. Il prend, jusqu'à sa mort, une part particulièrement active au séminaire « Acte, Puissance, Virtualité » et y exerce une influence notable[1].

De 1981 à 1983, il fut attaché scientifique de l'ambassade de France en Israël. À partir de 1990, il collabore au mensuel L'Autre Journal lancé par Michel Butel dont la parution avait été suspendue depuis 1986.

Il s'est suicidé en juin 1999.

Gilles Châtelet s'était également formé à l'économie, comme en témoigne le dernier livre, paru de son vivant : Vivre et penser comme des porcs. De l'incitation à l'envie et à l'ennui dans les démocraties-marchés, (Exils, 1998, puis Folio actuel, 1999), météore dans le ciel politiquement correct des années 1990. C’était un essai prophétique dans lequel il dénonçait le système libéral, dont l’efficacité repose sur une Triple Alliance entre le politique, l’économique et le cybernétique c’est-à-dire le communicationnel. Il y revendiquait un front du refus face à un processus de domestication généralisée imposé par ce Nouvel Ordre Mondial, qu'il fut l’un des premiers à analyser avec la rigueur du scientifique, la verve du polémiste et la patience du philosophe. Il en appelait ainsi à une philosophie de combat face aux effets désastreux de la décomposition d’un certain optimisme libertaire devenu cynisme et imposture pseudo-libérale car, disait-il, « nous devons vaincre là où Hegel, Marx et Nietzsche n'ont pas vaincu… ».

Les Animaux malades du consensus (Lignes, 2010) retrace la généalogie de cette critique qui commence dès la fin des années 1970 dans la presse ou les revues. L'ensemble de ces textes prouvent que Gilles Châtelet n’aura finalement jamais cessé d’exercer une critique sans réserve du consensus. Véritable fabliau des temps modernes, on y retrouve le bestiaire et les généalogies de son précédent pamphlet, mais surtout un ensemble d’analyses suffocantes de pertinence et taillées à la mesure des questions de notre “actualité” la plus brûlante et de l'ensemble des dispositifs redoutables de l’industrie du ressentiment. Il critique le réformisme comme « progressisme gradué, comme solution de rechange “raisonnable” face à la “violence” », il dénonce des hystéries médiatiques qui trahissent le caractère putrescible du consensus, ou encore des « gloutonneries de l’Élite consensuelle qui dévore du Différent pour chier du Même ». Sa ténacité à pointer les illusions et les fantasmes liés à la vitesse, à la performance sont autant de questions jusque-là subversives qui commencent à peine à émerger du silence où elles étaient retenues.

Enfin, il rappelle qu’en tout état de cause, « qu’il soit mathématicien ou pas, tout homme épris de liberté a le devoir de dire que certaines choses sont insupportables lorsqu’il en a la possibilité ».

Son succès de pamphlétaire a finalement occulté une œuvre philosophique dont on n'a pas encore pris toute la mesure[2].

Citation[modifier | modifier le code]

« Promouvoir un travail sans temporalité propre, totalement inféodé à la commande sociale – qu'elle vienne du fouet ou de la faim pour le travail-corvée ou d'une psychologie mutilée de cyber-zombie pour la Surclasse –, incapable de s'articuler avec une intensification de l'individuation pour de grandes masses humaines, bref, se contenter de faire proliférer les cas particuliers d'une espèce : serait-ce tout ce qu'il reste à espérer de l'humanité ? »

— Vivre et penser comme des porcs, Gallimard, p. 160

Principales publications[modifier | modifier le code]

  • (fr) Aspects philosophiques et physiques de la théorie des jauges, IREM Paris-Nord, 1984.
  • (fr) Les Enjeux du mobile, « collection Des Travaux », Éditions du Seuil, 1993.
  • (fr) Vivre et penser comme des porcs. De l'incitation à l'envie et à l'ennui dans les démocraties-marchés, Exils, 1998 (essai, réédition, Gallimard, « Folio »)
  • (en)« Interlacing the singularity, the diagram and the metaphor » (introduction et édition CA), in Simon Duffy ed., Virtual Mathematics. The Logic of Difference, Clinamen Press, Manchester, 2006, p. 31-45.
  • (fr) Les Animaux malades du consensus, recueil des textes politiques, édition établie par Catherine Paoletti, Éditions Lignes, 2010 - (ISBN 2355260400) (ISBN 978-2355260407)
  • (fr)L'enchantement du virtuel. Philosophie, physique, mathématique, édition établie par Catherine Paoletti et Charles Alunni, Éditions Rue d’Ulm, 2010 - (ISBN 2728804370) (ISBN 978-2728804375).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Pensée des sciences : “un laboratoire” », « Relativités et puissances spectrales chez Gaston Bachelard », ainsi que l’ensemble du numéro « Pensée des sciences », Revue de synthèse, Paris, Albin Michel, T. 120, 4e S., no 1, janvier-mars 1999, p. 7-15 et p. 73-110.
  2. L’ensemble de ses textes philosophiques inédits, ou devenus introuvables, ont été publiés, en novembre 2010, sous le titre : L'enchantement du virtuel. Philosophie, physique, mathématique aux éditions Rue d’Ulm.

Articles en ligne[modifier | modifier le code]

Autres contributions[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Charles Alunni (dir.), Mélanges Gilles Châtelet, in Revue de synthèse, Springer Verlag, 2011.

Liens externes[modifier | modifier le code]

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