Gilles Boulouque

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Gilles Boulouque, né le 3 août 1950 à Neuilly-sur-Seine[1], est un magistrat français, qui fut le magistrat instructeur des attentats de 1986 (dont l'attentat de la rue de Rennes) mettant en cause l'Iran. Il s'est suicidé le 13 décembre 1990 avec son arme de service[réf. nécessaire], à son domicile de la rue Caulaincourt dans le 18e arrondissement de Paris[2]. Il est le père de Clémence Boulouque, romancière.

Tombe de Gilles Boulouque au cimetière de Belleville à Paris. Il se trouve dans la tombe de Léon Gaumont
Mention de Gilles Boulouque sur la tombe de Léon Gaumont au cimetière de Belleville à Paris

L'affaire Gordji[2],[3][modifier | modifier le code]

Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur, décide semble-t-il de se servir de Wahid Gordji comme monnaie d'échange contre les otages français détenus au Liban. L'Iran fait pression sur le Hezbollah, qui, le 28 novembre 1987, libère Roger Auque et Jean-Louis Normandin. Le lendemain, Gordji est enfin entendu par le juge Boulouque mais il ne tarde pas à prendre l'avion pour Téhéran, libre, le juge n'ayant retenu aucune charge contre lui.

Gilles Boulouque est très affecté par une caricature de Plantu à la une du Monde, le dépeignant en employé d'agence de voyage devant un Gordji hilare. Il est également écœuré par l'exploitation politicienne de cette libération, au point de porter plainte contre deux journalistes de Libération et du Monde qui mettent en cause son indépendance. Quelques mois plus tard, le magistrat est mortifié par l'attitude de la Chancellerie qui permet son inculpation pour « violation du secret de l'instruction » sur plainte de Fouad Ali Saleh en novembre 1988. Il demeure en garde à vue pendant 24 heures avant de recouvrer la liberté.

L'affaire Gordji donne lieu à un échange verbal très tendu entre François Mitterrand et Jacques Chirac lors du débat télévisé qui clôt la campagne présidentielle de 1988. Le président de la République accuse son Premier ministre de lui avoir dévoilé les soupçons pesant contre Wahid Gordji, ce que Chirac dément.

Gilles Boulouque, qui ne s'était jamais remis des attaques dont il avait été l'objet, met fin à ses jours le 13 décembre 1990. Il est inhumé à Paris, au cimetière de Belleville.

En 2015 un ancien juge en reparle suite aux soupçons d'assassinat politique de Alberto Nisman :

« Gilles Boulouque est mort d’avoir été au service de la manifestation de la vérité dans un monde où il n’y a plus de place pour la vérité[4] »

— Jacques Bidalou

Récits[modifier | modifier le code]

En 2003, l'écrivain Clémence Boulouque, fille de Gilles Boulouque, a fait publier Mort d'un silence, son récit du long calvaire qu'elle et sa famille vécurent dans cette sombre période. L'histoire a été portée à l'écran par William Karel dans son documentaire La Fille du juge en 2005.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. François de Negroni et Corinne Moncel, Le suicidologe : Dictionnaire des suicidés célèbres, Bordeaux, Le Castor astral,‎ 1997, 571 p. (ISBN 2-85920-318-4), p. 81.
  2. a et b Christian Ferrand, « La mort d'un juge », L'Humanité, 14 décembre 1990.
  3. Jean-Luc Douin, « "La Fille du juge" : la petite musique douloureuse de Clémence Boulouque », Le Monde, 3 janvier 2006.
  4. http://www.rfi.fr/hebdo/20150213-affaire-nisman-precedent-francais-argentine-france-iran-israel-justice-terrorisme/