Gilbert de Clare (8e comte de Gloucester)

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Gilbert de Clare
Titre Comte de Gloucester et de Hertford
(1308 - 1314)
Autre titre Seigneur de Glamorgan et de Clare
Conflits Première guerre d'indépendance de l'Écosse
Faits d'armes Bataille de Bannockburn
Biographie
Dynastie Famille de Clare
Naissance
Clare (Suffolk)
Décès (à 23 ans)
Bannockburn (Écosse)
Père Gilbert de Clare
Mère Jeanne d'Acre
Conjoint Maud de Burgh

Image illustrative de l’article Gilbert de Clare (8e comte de Gloucester)

Gilbert de Clare (v. 10 mai 1291 – 24 juin 1314), 8e comte de Gloucester et 7e comte de Hertford, est un noble anglais et un commandant militaire au cours des guerres d'indépendance écossaises. Contrairement à la plupart des comtes anglais de l'époque, son principal intérêt était de poursuivre la guerre avec l'Écosse plutôt que de lutter avec ses rivaux politiques dans les affaires intérieures du royaume d'Angleterre. Il est le fils de Gilbert de Clare, 7e comte de Gloucester, et de Jeanne d'Acre, une des filles du roi Édouard Ier d'Angleterre. Son père meurt lorsqu'il a seulement quatre ans et le jeune Gilbert est investi des comtés paternels lorsqu'il atteint ses seize ans. Presque immédiatement, il est impliqué dans la défense de la frontière du Nord de l'Angleterre mais est peu à peu entraîné dans les tensions entre Édouard II et certains de ses barons. Il est l'un des Seigneurs Ordonnateurs qui imposent en 1311 l'exil de Pierre Gaveston, favori du roi. Lorsque Gaveston est tué à son retour en 1312, Gloucester est l'un des médiateurs qui parviennent à négocier un accord entre les responsables de la mort du favori et le roi.

Désormais l'un des plus solides partisans d'Édouard, il accompagne le roi dans sa campagne en Écosse en 1314, tandis que d'autres éminents barons s'y refusent. Il trouve la mort lors de la bataille de Bannockburn le 24 juin, dans des circonstances quelque peu obscures. Gloucester est la plus importante victime de la bataille, qui se solde par une défaite humiliante pour les Anglais. Comme il ne laisse pas d'enfants, sa mort marque l'extinction de la famille de Clare, dont les domaines sont partagés entre ses trois sœurs.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Article connexe : Famille de Clare.

Gilbert de Clare, comte de Gloucester et de Hertford, surnommé « le Rouge », épouse en 1290 la princesse Jeanne d'Acre, fille du roi Édouard Ier[1]. Le roi consent à ce mariage à la condition que le comte lui remette toutes ses terres, qui lui sont ensuite rendues conjointement à sa femme et à lui. Leurs enfants pourront en hériter, mais si leur union reste stérile, elles pourront passer aux enfants issus d'un éventuel nouveau mariage de Jeanne[2]. Leur premier enfant, un fils, voit le jour l'année suivante, aux alentours du 10 mai. L'héritage semble ainsi assuré de rester dans la famille de Clare, mais son père meurt quatre ans plus tard, le 7 décembre 1295[3]. Leurs terres restent inféodées à Jeanne, qui prête hommage au roi le 20 janvier 1296[4].

En 1297, Jeanne se remarie en secret avec Raoul de Monthermer, un chevalier de la maisonnée de son mari défunt. Édouard Ier, qui avait d'autres projets pour sa fille, est furieux lorsqu'il apprend la chose, et fait emprisonner Monthermer. Il finit cependant par accepter ce mariage[5]. Puisque Jeanne est toujours comtesse, son nouveau mari reçoit les titres de comte de Gloucester et de Hertford, qu'il conserve jusqu'à la mort de Jeanne, en 1307[4]. Quelques mois plus tard, le jeune Gilbert de Clare entre en possession de son héritage. Il reçoit les titres comtaux dès mars 1308, alors qu'il n'est âgé que de seize ans. Les historiens ont longtemps cru que le nouveau roi Édouard II, qui succède à son père en juillet 1307, avait été élevé avec Gilbert, mais c'est en réalité un homonyme, le fils du seigneur de Thomond, qui a été éduqué avec le prince[3],[6].

Au service d'Édouard II[modifier | modifier le code]

Le château de Caerphilly, construit par son père, est la résidence principale du comte de Gloucester.

Gloucester reçoit très tôt d'importants commandements militaires à la frontière écossaise : il est nommé gardien de l'Écosse en 1308 et capitaine de l'Écosse et des marches du Nord l'année suivante[3]. Ses domaines personnels se trouvent sur les Marches galloises, mais c'est une région pacifiée, alors que la situation écossaise lui offre des opportunités de gloire et d'avancement[3],[7]. En décembre 1308, il s'illustre en conduisant une expédition pour soulager le château de Rutherglen[6]. Cependant, l'effort de guerre est moins soutenu depuis la mort d'Édouard Ier, et la négligence dont fait preuve Édouard II permet à Robert Bruce de reprendre l'initiative[8].

La situation en Écosse engendre une certaine frustration dans la noblesse anglaise, qui désapprouve également la manière dont le roi comble de dons son favori, l'arrogant Pierre Gaveston, titré comte de Cornouailles[9]. De son côté, Gloucester ne fait preuve d'aucune hostilité vis-à-vis de Gaveston, qui se trouve être son beau-frère depuis son mariage avec sa sœur Marguerite de Clare en novembre 1307[10]. En revanche, il partage la frustration des autres comtes en ce qui concerne la conduite de la guerre. C'est pour cette raison qu'il fait partie du groupe de nobles qui exige l'exil de Gaveston en 1308, une exigence à laquelle Édouard est contraint de se plier[11]. Il semble ensuite s'être réconcilié avec le roi, jouant un rôle de médiateur l'année suivante lorsque les barons acceptent le retour de Gaveston, un retour qui envenime les relations entre le roi et la noblesse[12]. En 1310, une assemblée de barons élit vingt-et-un Seigneurs Ordonnateurs chargés de rédiger les Ordonnances de 1311, une série de limitations du pouvoir d'Édouard II qui exige également le renvoi de Gaveston[13]. Bien qu'il soit toujours fidèle au roi, Gloucester est nommé Ordonnateur le 4 mars 1311 pour remplacer le défunt comte de Lincoln[14].

Montée des tensions[modifier | modifier le code]

Messire Comte, le mal qui vous est fait ne doit pas être imputé au Comte Guy [le comte de Warwick], car il a fait ce qu'il a fait avec notre soutien et nos conseils ; et si, comme vous le dites, vous avez engagé vos terres, vous les avez de toute façon perdues. Il ne reste plus qu'à vous conseiller d'apprendre à négocier plus prudemment la fois prochaine.

Lettre adressée par Gloucester au comte de Pembroke, citée dans la chronique Vita Edwardi Secundi[15]

Malgré sa participation au mouvement réformateur, Gloucester reste un homme de confiance d'Édouard II. Il est l'un des trois seuls comtes, avec Gaveston et le comte de Surrey, qui accompagnent le roi dans sa campagne écossaise de 1310-1311[16]. En mars 1311, il est nommé gardien du royaume en l'absence du roi, toujours en Écosse[17]. Il est possible qu'il soit entré en conflit avec le comte de Lancastre (alors meneur de l'opposition au roi) au sujet d'une querelle entre deux de leurs vassaux respectifs[18], mais lorsque Gaveston revient une nouvelle fois d'exil, Gloucester se range franchement contre le roi[19]. Les comtes divisent l'Angleterre entre eux, et Gloucester est chargé de la défense du Sud du pays[20]. En juin 1312, Gaveston est capturé par le comte de Warwick alors qu'il se trouvait sous la garde du comte de Pembroke. Ce dernier, qui avait garanti au roi la sécurité de son prisonnier, demande l'aide de Gloucester, en lui rappelant ses liens de parenté avec Gaveston. Pourtant, Gloucester refuse d'intervenir, et Gaveston est exécuté par ses geôliers, un geste qui amène l'Angleterre au bord de la guerre civile[21]. Gloucester est l'un des rares à détenir encore la confiance des deux camps, ce qui lui permet d'agir comme médiateur[22]. Dans les mois qui suivent, il joue un rôle crucial dans l'élaboration d'un compromis entre le roi et les barons révoltés[23],[24].

Gloucester continue à bénéficier de la confiance du roi après la réconciliation temporaire du roi avec barons. Durant l'été 1313, il est de nouveau gardien du royaume lors d'un séjour d'Édouard en France. Gloucester s'y rend lui-même au mois de février l'année suivante, à la tête d'une mission diplomatique concernant la Gascogne[24],[25]. Édouard lance enfin une vaste campagne contre les Écossais à l'été 1314, avec pour objectif de protéger la garnison du château de Stirling d'une attaque de Robert Bruce[3]. De nombreux seigneurs anglais brillent par leur absence, notamment les comtes de Lancastre et de Warwick[26], mais d'autres sont présents aux côtés du roi, parmi lesquels les comtes de Hereford, de Pembroke et de Gloucester[27]. Pour Édouard, ce sont des soutiens importants, car ils peuvent lever des troupes importantes dans leurs domaines des marches galloises[28]. Le 23 juin, l'armée royale a dépassé Falkirk et n'est plus qu'à quelques kilomètres de Stirling, mais les relations entre Gloucester et Hereford sont tendues. Le premier a reçu le commandement de l'avant-garde en récompense pour sa fidélité au roi, alors que le second estimait que cette position lui revenait de droit en sa qualité de connétable du royaume[29].

Mort à Bannockburn[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Bannockburn.
La bataille de Bannockburn dans le Scotichronicon, un manuscrit du XVe siècle.

Une échauffourée s'engage ce jour-là avec les Écossais. Alors que le roi hésite entre dresser le camp pour la nuit et combattre sans plus attendre, Gloucester et Hereford mènent une charge sur le camp écossais, par insubordination ou à la suite d'une incompréhension. La situation anglaise n'est pas bonne, et Henri de Bohun, le cousin du comte de Hereford, est tué par Robert Bruce durant l'affrontement[30]. Le lendemain, 24 juin, l'indécision règne toujours dans le camp anglais. Plusieurs capitaines expérimentés recommandent au roi de ne pas combattre ce jour-là, une opinion soutenue par Gloucester, mais l'entourage du roi, composé d'hommes plus jeunes, les taxe de paresse et de lâcheté et incite Édouard à attaquer[31].

D'après la Vita Edwardi Secundi, qui offre le récit le plus détaillé de ces événements, Édouard aurait succombé à la colère et accusé le comte de trahison, ce à quoi ce dernier aurait répondu qu'il ferait preuve de sa loyauté sur le champ de bataille[32]. Néanmoins, la Vita présente les accents d'un conte moralisateur, en opposant l'héroïsme de Gloucester à la lâcheté de ses compagnons, ce qui laisse planer une certaine ambiguïté sur sa valeur en tant que document historique[33]. D'après elle, le comte aurait trouvé la mort en tentant de repousser les attaques écossaises : il aurait été jeté à bas de son cheval et tué sans que ses hommes puissent le sauver[34]. D'autres récits affirment qu'il s'est jeté dans la mêlée en quête de gloire, avant de succomber à sa propre témérité. Il n'aurait même pas pris le temps de se revêtir de ses couleurs, ce qui aurait pu inciter les Écossais à le capturer en vue de le rançonner ultérieurement[35]. Sa querelle avec le comte de Hereford a probablement contribué à la confusion dans les rangs anglais[3].

Après la mort de Gloucester, l'armée anglaise se débande et cette bataille de Bannockburn se solde par une victoire écossaise retentissante[36]. Le comte, représentant d'une ancienne famille à la tête d'importants domaines, est de loin la victime la plus prestigieuse de cette journée[37]. Sa mort est pleurée par Robert Bruce (sa femme Élisabeth de Burgh est la belle-sœur du comte), qui veille le corps du défunt dans une église proche[38]. Il autorise le retour de sa dépouille en Angleterre, où elle est inhumée en l'abbaye de Tewkesbury, à la droite de son père[39].

Postérité[modifier | modifier le code]

La mort du comte de Gloucester est immédiatement suivie de conséquences importantes. Dans sa seigneurie de Glamorgan, au pays de Galles, la situation est si confuse qu'une rébellion éclate au début de 1316[40]. En Irlande, où il possédait également de vastes domaines, sa disparition entraîne un vide politique au sommet de l'administration locale, ce qui facilite l'invasion de l'île par Édouard Bruce, le frère de Robert, en 1315[41]. Cependant, sa mort a surtout pour conséquence la division des possessions de la famille de Clare, car son mariage en 1308 avec Maud de Burgh, fille du comte d'Ulster Richard Óg de Burgh, est resté stérile[3]. Les terres des Clare sont évaluées à 6 000 £ : parmi la noblesse anglaise, seul le comte de Lancastre est mieux doté[42].

Les biens des Clare reviennent temporairement à la couronne, le temps que l'héritage soit tranché[43]. En vertu de l'entail de 1290, seuls les descendants directs de Gilbert « le Rouge » et de Jeanne d'Acre peuvent hériter de ces terres. Maud feint d'être enceinte pour retarder les délibérations, mais ce stratagème finit par être éventé. En 1317, les trois sœurs du dernier comte ont épousé des favoris d'Édouard II : Éléonore est mariée avec Hugues le Despenser, Marguerite (la veuve de Gaveston) avec Hugh Audley, et Élisabeth avec Roger d'Amory[44]. Les trois hommes reçoivent chacun une part égale des domaines anglais des Clare, mais Despenser obtient la seigneurie de Glamorgan tout entière[45], qui est du point de vue politique la plus prestigieuse des possessions de la famille de Clare.

Mécontent de se voir attribuer une part insuffisante de l'héritage du comte de Gloucester, Despenser emploie l'influence qu'il détient auprès du roi pour étendre ses possessions aux dépens des autres seigneurs des Marches galloises. Son attitude engendre la fureur des autres barons, au premier rang desquels se trouvent le comte de Hereford ainsi que Roger Mortimer, qui se soulèvent en 1321[46]. La rébellion est écrasée mais la résistance se poursuit sous l'égide du comte de Lancastre, allié aux seigneurs des Marches, qui est défait à la bataille de Boroughbridge en 1322 et exécuté[47]. Bien que cette victoire renforce temporairement la mainmise d'Édouard II sur le pouvoir, le roi est finalement déposé en 1327 par Roger Mortimer avec l'aide de l'épouse d'Édouard, Isabelle de France[48]. Le titre de comte de Gloucester est finalement recréé en 1337 par Édouard III, fils d'Édouard II et d'Isabelle, pour Hugh Audley[3].

Ascendance[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Knowles 2004.
  2. Altschul 1965, p. 148-149.
  3. a b c d e f g et h Altschul 2004.
  4. a et b Ward 2004.
  5. Altschul 1965, p. 157-158.
  6. a et b Altschul 1965, p. 160.
  7. Brown 2008, p. 77.
  8. Maddicott 1970, p. 108-109.
  9. Maddicott 1970, p. 71.
  10. Altschul 1965, p. 161.
  11. Prestwich 2005, p. 179-180.
  12. Maddicott 1970, p. 90-91, 102-104.
  13. Prestwich 2005, p. 1823.
  14. Maddicott 1970, p. 112-114.
  15. Childs 2005, p. 44-47.
  16. Brown 2008, p. 40.
  17. Hamilton 1988, p. 84-85.
  18. Maddicott 1970, p. 116.
  19. McKisack 1959, p. 24.
  20. Hamilton 1988, p. 94-95.
  21. Hamilton 1988, p. 97-98.
  22. Prestwich 2005, p. 189.
  23. Maddicott 1970, p. 133-134.
  24. a et b Altschul 1965, p. 163.
  25. Phillips 1972, p. 86.
  26. Maddicott 1970, p. 157.
  27. McKisack 1959, p. 35.
  28. Brown 2008, p. 108, 110.
  29. Brown 2008, p. 117.
  30. Childs 2005, p. 89.
  31. Brown 2008, p. 125.
  32. Childs 2005, p. 91.
  33. Brown 2008, p. 119.
  34. Childs 2005, p. 89-91.
  35. Prestwich 2005, p. 257-258.
  36. McKisack 1959, p. 38-39.
  37. Brown 2008, p. 130, 185.
  38. Brown 2008, p. 130.
  39. Altschul 1965, p. 164.
  40. Prestwich 2005, p. 164.
  41. Brown 2008, p. 145, 148.
  42. Maddicott 1970, p. 22-23.
  43. Brown 2008, p. 145-146.
  44. Maddicott 1970, p. 193.
  45. Brown 2008, p. 159-160.
  46. Prestwich 2005, p. 197-200.
  47. Maddicott 1970, p. 311-312.
  48. Prestwich 2005, p. 213-220.

Bibliographie[modifier | modifier le code]