Gilbert Robin (écrivain)

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Gilbert Robin
Portrait de Gilbert Robin
Biographie
Naissance Voir et modifier les données sur Wikidata
à Boulogne-BillancourtVoir et modifier les données sur Wikidata
Décès Voir et modifier les données sur Wikidata (à 74 ans)
à 7e arrondissement de ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Thématique
Profession Médecin, psychiatre, romancier et essayiste (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions Chevalier de la Légion d'honneur‎ (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Gilbert Robin (1893 - 1967) est un romancier, essayiste et psychiatre français, spécialiste de l'enfance et de l'adolescence, connu sous les pseudonymes de « Gil Robin » et de « Docteur G. Durtal ».

Il fut l’un des premiers médecins français à s’intéresser à la psychanalyse et à visiter Sigmund Freud (1928). Il chercha à élargir le champ de la compréhension des troubles mentaux à d’autres disciplines que la psychiatrie, s'intéressant à la philosophie. Membre du « Groupe d’études philosophiques », il fut dans sa jeunesse en contact avec les premiers membres du surréalisme.

Promoteur d’une « orthopédie mentale » fondée sur la psychologie de l’enfant, Gilbert Robin milita longtemps pour une meilleure compréhension des comportements déviants observés chez les enfants et les adolescents. Auteur d’un Précis de neuro-psychiatrie infantile, ce médecin laisse derrière lui une œuvre importante, aujourd’hui peu étudiée.

Il fut responsable des pages Actualités Psychologiques au magazine Les Nouvelles Littéraires, auteur d’articles pour L'Esprit Médical, Le Bulletin Médical, et écrivit de nombreux romans (La prison de soie, Noël Mathias, La femme et la lune), d’études, entre autres sur Louis II de Bavière.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après de brillantes études secondaires au lycée de Charolles (Saône-et-Loire), Gilbert Robin obtient son baccalauréat (Lettres) à Lyon, en 1911. Pour accéder à la faculté de médecine de Paris où s’est illustré son oncle, le stomatologiste Pierre Robin[1], il passe avec succès son certificat d’études physiques, chimiques et naturelles.

Entre psychiatrie et psychanalyse[modifier | modifier le code]

Durant ses années d’internat, il collabore avec les docteurs M. Pactet, L. Cornil et H. Colin avec qui il publie de nombreux articles sur les troubles mentaux (mélancolie post-traumatique, symptômes de paralysie générale, méningo-encéphalite) des blessés de guerre qui peuplent alors les services des hôpitaux psychiatriques par lesquels il passe. Il y étudie également les différentes formes des pathologies psychiques et respiratoires de l’encéphalite épidémique chez l’enfant dont il se sert dans le cadre de sa thèse qu’il soutient en 1923[2]. C’est, enfin, durant cette période qu’il commence à s’intéresser à la psychanalyse. En 1924, il coécrit un article pour la revue belge le Disque Vert qui consacre un numéro spécial à « Freud et la psychanalyse »[3]. L’année suivante, il est nommé chef de clinique du Pr. Claude à l’hôpital Lariboisière avec les docteurs Cénac et Montassut où il crée une consultation externe pour adultes. C’est sur l’intervention de Georges Heuyer qu’est confié aux docteurs Gilbert Robin et Pierre Mâle, la consultation de neuropsychiatrie infantile où s’affirme sa vocation.

Dans le même temps, il se penche sur le problème de l’hygiène mentale des enfants nerveux dans le cadre de la surveillance médicale de l’école d’arriérés de Clamargeran (Essonne) et du centre horticole d’Arnouville-lès-Gonesse (Val-d'Oise). Sa méthode qui consiste à étudier les conditions psychiques du développement de l’enfant et de voir comment elles participent à l’édification de sa personnalité, l’amène à rejeter l’idéologie des dons qui se développeraient indépendamment du contexte social. Dans sa pratique, la conjugaison des données issues de la psychiatrie et de la neurologie avec celles de la psychanalyse va, dès lors, constituer son angle d’approche privilégié dans le traitement des enfants dont il a la charge.

Un don d'ubiquité[modifier | modifier le code]

En avril 1925, il collabore au premier numéro de L'Évolution psychiatrique, codirigé par René Laforgue et Angelo Hesnard, et se fait connaître grâce à un premier succès de librairie, Les rêveurs éveillés[4]. Écrit avec son compagnon de plume, Adrien Borel, cet ouvrage pointe à partir d’observations de cas « morbides », les dangers liés à cette « tendance à la rêverie » présente en chacun de nous. L’année suivante, alors qu’il décide d’exercer en clientèle - ce qui est particulièrement risqué, à cette époque, tant l’opinion et les mœurs ne sont pas acquis à l’efficacité de ce type de thérapie – paraît son second livre sur Les Haines familiales dans lequel il analyse les motifs à l’origine de certains conflits tragiques entre membres d’une même famille. En juillet 1926, il participe avec un collectif de psychiatres français au premier congrès des psychanalystes de langue française à Genève ainsi qu’à celui, peu de temps après, de neuro-psychiatrie à la suite duquel il dénonce le langage abscons de cette science dont la terminologie pédante l’empêche de se diffuser en dehors des cercles réservés.

En 1926, débute également sa collaboration au journal Les Nouvelles Littéraires où, à partir de comptes rendus succincts des travaux de ses collègues psychiatres, il informe les lecteurs de l’actualité des théories psychologiques en lien avec certaines anomalies mentales. Très proche de la Société psychanalytique de Paris, Gilbert Robin va, cependant, privilégier cette activité de chroniqueur qui lui permet d’exercer ses talents d’essayistes littéraire et d’acquérir, par la même occasion, une plus grande notoriété. C’est, enfin, l’occasion pour lui de se rapprocher des problèmes quotidiens des parents et des éducateurs en charge d’enfants difficiles qui le sollicitent régulièrement dans le courrier des lecteurs. Solidaire de l’entreprise de réforme pédagogique menée par La Nouvelle Éducation que dirige Roger Cousinet et la montessorienne Madeleine Guéritte, il y adhère dès le mois de décembre 1926. Confronté à des enfants et des adolescents en souffrance dont les causes ne sont pas, pour la plupart, d’ordre organique mais davantage issues du modèle éducatif traditionnel, Gilbert Robin va développer une thèse originale pour l’époque, celle de « L’Enfant sans défaut ».

L'enfant sans défaut[modifier | modifier le code]

Publié aux éditions Gallimard en 1930, cet ouvrage connaît un grand succès. S’appuyant sur sa propre expérience de psychiatre, Gilbert Robin est convaincu que ces « défauts » que l’on pense inhérents à l’enfant, ne sont que les effets de la maladie ou d’une mauvaise éducation. Dans les années 1920, cette approche invite les médecins mais aussi les parents à considérer l’enfant comme un être possédant une mentalité propre, distincte de celle de l’adulte qui ne peut en saisir les multiples facettes qu’à condition d’en connaître les principaux rouages. Admirateur de l’œuvre de Freud dont il tente de promouvoir certaines des idées, Gilbert Robin multiplie alors les actions de prévention en faveur d’une meilleure connaissance des troubles des conduites chez l’enfant et l’adolescent. Il en expose les motifs à Radio Tour Eiffel, tient des conférences sur le sujet aussi bien à Paris qu’en province, et y consacre de nombreux articles dans la presse. Ses opinions trouvent également un écho auprès des maisons d’édition qui lui commandent des ouvrages sur ce thème (L’enfant distrait et inattentif, 1932 ; La paresse est-elle un défaut ou une maladie ?, 1932 ; Les drames et les angoisses de la jeunesse, 1934).

Dépister l'enfance en danger[modifier | modifier le code]

Au travers de ces multiples activités, Gilbert Robin souhaite que les parents et les éducateurs soient en mesure de déceler, dès les premiers symptômes, les enfants en danger dont la prise en charge éviterait que leur état ne s’aggrave. C’est là tout le sens de ses deux livres sur Les troubles nerveux et psychiques de l’enfant, guide pratique de dépistage et d’orientation éducative (1935) et de Comment dépister les anomalies mentales chez les tout-petits ? Guide pratique à l’usage des écoles maternelles et des jardins d’enfants (1936). En 1938, il complète son œuvre prophylactique en publiant Où envoyer nos enfants en vacances ? dans lequel il indique aux familles les effets bénéfiques des divers climats de la France selon les différentes formes de repos qu’imposent leurs tempéraments.

Le point culminant de son œuvre vient l’année suivante avec la parution de son Précis de neuro-psychiatrie infantile[5]. Certes, jusque-là, les principes de neuro-psychiatrie et de psychologie clinique, de médico-pédagogie, de clinique psychanalytique, de psychothérapie, de rééducation et de réadaptation étaient connus des spécialistes. Éparpillées dans divers journaux scientifiques ou dans des communications aux Sociétés spécialisées, ces notions, désormais rassemblées dans cet ouvrage, allaient permettre d’affronter le problème de « l’enfance anormale » avec l’exigence que demandait alors le traitement de ce type de problème social. Avec ce livre, à la clarté d’exposition rarement atteinte dans ce domaine, Gilbert Robin se voit, ainsi, consacré comme l’un des principaux chefs de file de la psychiatrie infantile avant la Seconde Guerre mondiale.

L'hygiène morale comme remède au déclin de l'autorité[modifier | modifier le code]

Cette notoriété, Gilbert Robin va l’entretenir avec la publication de L’éducation des enfants difficiles[6] dans lequel il développe des « Principes élémentaires d’éducation ». Cet acte prescriptif constitue une nouveauté dans ses écrits. Le psychiatre devient, désormais, pédagogue. À l’inverse d’Henri Wallon, Gilbert Robin va édicter un système de règles en direction des éducateurs. Dans son livre Le déclin de l’autorité et la jeunesse actuelle (1962), il étudie les causes et les remèdes de ce qu’il considère comme une crise sociale. Dans une société où les adultes souffrent, selon lui, d’infantilisme, les enfants ont, plus que jamais, besoin d’une éducation qui ne les abandonne pas à leurs caprices. Les « éléments d’hygiène morale » qu’il préconise s’inscrivent dans un plan de sauvetage d’une autorité parentale qui fait désormais défaut dans ces années d’après guerre.

Loin d’être un défenseur d'une morale traditionnelle, Gilbert Robin estime que parmi les facteurs à l’origine de cette faillite, certaines doctrines nouvelles ont leur part de responsabilité. Leurs promoteurs, ces « théoriciens de l’indulgence » sont responsables d’un relâchement des mœurs et du reniement de certaines valeurs sur lesquelles se sont péniblement édifiées les civilisations. S’il ne les évoque pas dans Les difficultés scolaires chez l’enfant et leur traitement (1962), il les condamnera dans son texte posthume Contre l’Éducation nouvelle (1968). Véritable réquisitoire contre ces « séduisantes théories » (où) la notion de confiance et de liberté l’emporte sur celle d’effort et de conquête de soi-même », ce livre à double frontispice[7] pointe les responsables que sont Maria Montessori et Ovide Decroly, artisans de « La Nouvelle Éducation » dont ils seraient, en même temps, les principaux apôtres et les grands coupables.

Essayiste à ses heures[modifier | modifier le code]

Enfin, on ne peut retracer la carrière de Gilbert Robin sans évoquer ses divers essais littéraires. Auteur de romans dont certains connaîtront le succès avec Gil Robin pour nom d’emprunt (Noël Mathias, Prix du Siècle Médical, 1929 ; Grandeur et servitude médicale, 1932), il s’adonna aussi à la tragédie avec l’écriture d’une pièce de théâtre (L’Empire, 1943) sous le pseudonyme de Jean Sevin. En 1957, il publie sous le nom de G. Durtal, Journal d’un psychiatre dans lequel il livre de manière autobiographique certains épisodes de sa vie. Dans Vocation spirituelle du psychiatre (1966), il reviendra sur les étapes de son initiation médicale en témoignant, d’une part, de l’évolution de la psychiatrie en France et en montrant, d’autre part, les difficultés de ce métier qu’il envisage comme une vocation où le spirituel domine la pratique. Au cours des années soixante, il se penche, enfin, sur la vie de monarques français dont le destin fut contrarié par des troubles psychologiques liés à l’éducation qu’ils ont reçu durant leur prime enfance (Louis II de Bavière, vu par un psychiatre, 1960 ; L’énigme sexuelle d’Henri III, 1964).

Laissant derrière lui une vingtaine d’ouvrages scientifiques auxquels il faut ajouter des dizaines d’articles parus aussi bien dans la presse à grand tirage que dans les revues spécialisées, sans oublier ses essais littéraires, Gilbert Robin meurt en 1967.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Les Rêveurs éveillés (en collaboration avec Adrien Borel), coll. « Les Documents bleus » (no 20), Paris, Gallimard, 1925.
  • Les Haines familiales, Paris, Gallimard, 1926.
  • Études de nu, Paris, NRF [Gallimard], coll. « Une œuvre, un portrait », 1927.
  • L'Enfant sans défauts, Paris, Flammarion, 1930.
  • Précis de neuropsychiatrie infantile, Paris, Doin, 1939.
  • L'Éducation des enfants difficiles, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1942.
  • Louis II de Bavière vu par un psychiatre, Wesmael-Charlier, 1960.
  • L'Énigme sexuelle d'Henri III, Wesmael-Charlier.
  • Vocation spirituelle du psychiatre, France-Empire, 1966.
  • La paresse est-elle un défaut ou une maladie ?, Paris, Flammarion, 1932.
  • Les Drames et les Angoisses de la jeunesse, Paris, Flammarion.
  • Grandeur et servitude médicales, Paris, Flammarion.
  • Les Troubles nerveux et psychiques chez l'enfant, Paris, Nathan.
  • La Guérison des défauts et des vices, Paris, Del Duca.
  • Journal d'un psychiatre, sous le pseudonyme de Docteur G. Durtal, Del Duca, Éditions Mondiales, 1957.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Laurent Gutierrez, Gilbert Robin (1893-1967) : itinéraire d’un neuropsychiatre au service de la cause infantile, in Nervure, no 474, mars 2009:.1-2.
  • Laurent Gutierrez, « Gilbert Robin : un médecin pour enfants en difficulté et parents en détresse », Les Sciences de l’éducation. Pour l’Ere nouvelle, vol. 48, n°2, 2015, pp.69-87.
  • Henri Baruk, Gilbert Robin (1893-1967), Ann Med Psychol (Paris), avril 1968, 1(4), p.583-5.
  • Georges Heuyer, Gilbert Robin. 1893-1967, Rev Neuropsychiatr Infant, mars 1968, 16(3), p.155-6.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Inventeur du « monobloc », appareil conçu pour remédier à la glossoptose (déplacement de la langue en arrière chez le nourrisson).
  2. Sa thèse portera sur « Les troubles mentaux liés aux formes prolongées de l’encéphalite épidémique chez l’enfant » sous la direction de Henri Claude, Professeur des maladies mentales et de l’encéphale à la Faculté de médecine de Paris.
  3. Le texte de cet exposé est reproduit dans : Marcel Scheidhauer : Freud et ses visiteurs. Français et Suisses francophones (1920-1930), Éditions ERES, Arcanes, 2010, (ISBN 2749212405)
  4. Alain de Mijolla: Freud et la France, 1885-1945, Ed.: Presses Universitaires de France, (ISBN 2130545157) p. 309
  5. Ouvrage préfacé par le Dr G. Heuyer qui paraîtra dans une deuxième édition, entièrement remaniée, en 1950.
  6. Paru dans la collection « Que sais-je ? » (n°71) des Presses universitaires de France, ce livre connaîtra six éditions entre 1942 et 1971.
  7. La seconde partie de cet ouvrage « Pour l’Éducation nouvelle » (Édition Berger-Levrault) est rédigée par le Dr André Berge.

Liens externes[modifier | modifier le code]