Germaine Lubin

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Germaine Lubin
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Germaine Lubin et Herbert von Karajan le 17 mai 1941.

Informations générales
Nom de naissance Germaine Léontine Angélique Lubin
Naissance
Paris, Drapeau français France
Décès (à 89 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Activité principale Cantatrice
Genre musical Opéra.

Germaine Lubin est une soprano française, née à Paris 8e le et décédée à Paris (7e arrondissement) le [1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Germaine Lubin naît à Paris, fille d'une métropolitaine et d'un pharmacien guyanais, Samuel Lubin, qui lui enseigne le piano dès l'âge de six ans. Son premier professeur de chant est Martini[2]. Elle se présente à 18 ans au Conservatoire, où elle est reçue à l'unanimité et fait l'admiration de Gabriel Fauré[2]. Elle suit l'enseignement de Félia Litvinne et Lilli Lehmann de 1909 à 1912[3].

Peu avant la Première Guerre mondiale, elle se dispute avec son père, à qui elle reprochait de faire obstacle à sa carrière en se tenant constamment à ses côtés. Dépité, ce dernier retourne vivre en Guyane. Peu attristée par le départ de son père, elle poursuivit sa carrière. Sa beauté, sa taille haute, ses yeux bleus et sa chevelure blonde ne pouvaient que la prédestiner à incarner les grandes héroïnes wagnériennes.

Carrière[modifier | modifier le code]

En 1912, elle obtient trois premiers prix et commence sa carrière à l'Opéra-Comique dans le rôle d'Antonia des Contes d'Hoffmann d'Offenbach (13 novembre 1912)[3],[2]. Elle est l'interprète favorite de Gabriel Fauré, qui se plaît à l'appeler « ma belle statue » et n'hésite pas à lui dire : « J'aime votre voix, elle ne ressemble à aucune autre ».

En 1913[1], elle épouse Paul Géraldy, auteur du recueil de poèmes Toi et Moi, dont Germaine est probablement l'inspiratrice. De leur amour naît un fils, Claude, qui se suicidera le 13 novembre 1953, d'un coup de revolver dans la tête[4].

Elle rejoint le Palais Garnier en 1914[3] pour y effectuer, jusqu'en 1944, la plus grande partie de sa carrière. Elle interprète des rôles lyriques tels que Marguerite du Faust de Charles Gounod, Thaïs de Jules Massenet, joue le rôle de Camille dans Zampa ou La fiancée de marbre de Ferdinand Herold, celui de Koethe dans Le Pays de Guy Ropartz avant d'aborder des rôles plus difficiles : Aïda (Aïda de Verdi), Marguerite ('La Damnation de Faust de Berlioz), Salammbô (Salammbô d'Ernest Reyer, et ses premiers Wagner (en français) : Elsa, Élisabeth, Éva, Sieglinde.

Malgré sa situation et ses succès, elle poursuit son travail dans les années 1920 pour parfaire sa voix (avec Jean De Reszké et Félia Litvinne) et sa présence scénique (avec Lilli Lehmann)[2],[5].

Elle crée plusieurs rôle à l'opéra : La Légende de Saint Christophe de Vincent d'Indy, La Chartreuse de Parme d'Henri Sauguet et Maximilien de Darius Milhaud et la première et phénoménale Elektra de Richard Strauss. Sa voix, devenue un fleuve immense et somptueux, aux grave et médium de velours et à l'aigu lumineux, lui donnait accès aux grands rôles dramatiques : Donna Anna, la Maréchale, Alceste, Iphigénie, Fidélio, Brünnhilde, Kundry et avant tout Isolde, qu'elle chanta pour la première fois (en français) en 1930, et dont elle assure une triomphale centième au Palais Garnier (en allemand) en 1938 sous la direction de Wilhelm Furtwängler.

Vedette internationale, elle est ovationnée sur toutes les grandes scènes européennes. En 1938, sa Kundry sous la direction de Franz von Hoesslin et son Isolde en 1939 sous celle de Victor de Sabata à Bayreuth, fait d'elle une véritable idole, notamment de Hitler, qui demande à la rencontrer : « De toute ma vie je n'ai jamais vu ni entendu une telle Isolde », complimente le chancelier.

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Dans le Paris de 1940, occupé par les Allemands, Jacques Rouché essaye de rouvrir l'Opéra et invite Germaine Lubin à revenir chanter Alceste. Suivent les représentations de Fidelio et de Der Rosenkavalier, et en 1941, elle chante à nouveau Isolde, cette fois avec la troupe de la Staatsoper de Berlin, en visite à Paris sous la direction de Herbert von Karajan, lui-même mandaté par Hitler ; la représentation, qui célébre la chute de Paris, a lieu en présence de Winifred Wagner. Germaine Lubin reste liée avec les Allemands qu'elle connaissait et, au printemps 1942, elle se produit lors d'un concert accompagnant l'exposition d'Arno Breker au musée de l'Orangerie ; ce sculpteur était étroitement lié aux dirigeants nazis (par la suite, elle déclara qu'elle avait accepté cette participation pour obtenir la libération de Maurice Franck, juif et chef des chœurs à l'Opéra[6].)

Ces activités la rendirent suspecte de collaboration avec les nazis, et après la Libération en 1944, elle est arrêtée et emprisonnée. À l'issue de son procès en 1946, elle est lavée de cette accusation à la suite d'un certain nombre de témoignages de personnes qu'elle avait aidées pendant la guerre[7]. Elle n'en est pas moins frappée – « pour apaiser la tension populaire »[8] – d'indignité nationale à vie (ramenée par la suite à 5 ans, grâce à l'intervention de Paul Géraldy[9]) et d'interdiction de séjour, et condamnée à la confiscation de ses biens. Elle trouva refuge chez des amis en Suisse puis en Italie.

Pour sa part, elle nie tout lien avec l'Allemagne nazie, et garde une grande amertume de la façon dont le gouvernement français l'a traitée. Elle dit un jour :

« J'ai souffert d'une énorme injustice. Mon propre peuple m'a volé dix ans de carrière ! C'est un fait que je connaissais certains Allemands quand ils sont venus à Paris pendant l'Occupation. Cela a donné à mes ennemis une occasion de satisfaire leur jalousie... Si j'ai vu les Allemands à Paris - et ils ont été plus que corrects avec moi – c'était pour sauver mes compatriotes. C'était ma façon de servir mon pays dans ce moment difficile. Personne ne saura combien de prisonniers j'ai fait libérer... Quand j'ai passé trois ans en prison, on a confisqué mon château à Tours avec mes biens. Quelqu'un s'est-il donné la peine de me demander pourquoi je n'ai pas accepté les invitations de Winifred Wagner pour chanter en Allemagne pendant l'Occupation ? Mais mon procès n'a été rien d'autre qu'une basse vengeance : j'ai été complètement effacée. Il est vrai qu'on m'a rendu la plus grande partie de ce qu'on m'avait pris. »

Elle indique dans un entretien donné au Quotidien de Paris en 1974 : « Je crois qu'on m'a fait payer très cher les dons que j'avais reçus et que je n'ai pas su faire oublier. »

Jusqu'à sa mort, à l'âge de 89 ans, elle se consacre à l'enseignement du chant, dans son appartement du 5, quai Voltaire à Paris. Elle forme notamment Régine Crespin, Udo Reinemann et Jocelyne Taillon.

Créations[modifier | modifier le code]

Discographie[modifier | modifier le code]

Germaine Lubin enregistra des parties de son répertoire en 1929 et 1930, notamment des rôles comme Tosca, Der Freischütz et Sigurd, ainsi que quelques mélodies de Schubert, Schumann et Fauré. Parmi ses derniers enregistrements en 1944, deux mélodies de Jacques Leguerney et Blangini en duo avec le jeune Gérard Souzay. Dans les années 1950, elle enregistra deux mélodies de Hugo Wolf. En tout, elle laissa plus d'une vingtaine de mélodies enregistrées[10].

La dernière parution de la quasi totalité du legs discographique de Germaine Lubin est republié sous le titre Her Finest Recordings en 2012, par le label Andromeda (ANDRCD9113)[11].

  • Bach, Cantate de la Pentecôte no 68
  • Blangini, Duo : Per valli, per boshi - Gérard Souzay (Odéon)
  • Chopin, Tristesse (Étude op. 10 no 3 arr. Fella Litvinne - Jeanne Krieger, piano (1930)
  • Debussy, Je trembre en voyant ton visage (1954)
  • Durante, Virgin tutto amore (1954)
  • Fauré, Au bord de l'eau (Odéon)
  • Gounod, Il était un roi du Thulé (Faust)
  • Leguerney, Signes (Odéon)
  • Puccini, Vissi d'arte ; Notre doux nid (Tosca)
  • Reyer, Sigurd (acte III) (Odéon)
  • Schubert, Der Erlkönig - Éric Itor Khan, piano (décembre 1938, Odéon)
  • Schumann, Liebeslied, op. 51 no 5 - Éric Itor Khan, piano (décembre 1938)
  • Schumann, Lied der Suleika - Éric Itor Khan, piano (décembre 1938)
  • Wagner, Elsas traum (extrait Lohengrin acte I, sc. 2) - Henri Defossé (1929, Odéon)
  • Wagner, Elisabeths begrüssen (extrait Tannhauser, acte II, sc. 1) - Henri Defossé (1929, Odéon)
  • Wagner, Liebestod (Sieglinde, extrait Tristan und Isolde, acte III, sc. 3) - Henri Defossé (19 décembre 1929, Odéon)
  • Wagner, Liebestod - Orchestre du festival de Bayreuth, Victor de Sabata (concert 1939)
  • Wagner, Ein fremder (extrait Die Waküre, acte I, sc. 3 - Henri Defossé (1929)
  • Wagner, Helligster Minne höchste Not (extrait Die Waküre, acte I, sc. 3 - Henri Defossé (1929)
  • Wagner, Ewig war ich... (Brünnhilde, extrait Siegfried, acte III, sc. 3 - Henri Defossé (1929, Odéon)
  • Wagner, Brünnhilde Schlussgesang (extrait Die Götterdämmerung, acte III, sc. 3 - Henri Defossé (1929)[12]
  • Weber, Wie nahte mir des Schlummer (Agathe, extrait Der Freischütz, acte 2, sc. 2) (1927)[13]
  • Wolf, Num wand're Maria (1954)
  • Wolf, Um mitternacht (1954)
  • Wolf, Verborgenheit (Odéon)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance no 8/201/1890, avec mention marginale du décès, date indiquée : 27 octobre 1979 (consulté le 11 juin 2012)
  2. a, b, c et d Pâris 2004, p. 545.
  3. a, b et c Theodore Baker et Nicolas Slonimsky (trad. de l'anglais par Marie-Stella Pâris, préf. Nicolas Slonimsky, adaptée et augmentée par Alain Pâris), Dictionnaire biographique des musiciens [« Baker's Biographical Dictionary of Musicians »], t. 2 : H-O, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 1995 (réimpr. 1905, 1919, 1940, 1958, 1978), 8e éd. (1re éd. 1900), 4 728 p. (ISBN 2-221-06787-8), p. 2492.
  4. Casanova 1974, p. 235.
  5. Pâris 2004, p. 546.
  6. Casanova 1974, p. 181 sqq., 211.
  7. Casanova 1974, p. 211.
  8. Casanova 1974, p. 220.
  9. Casanova 1974, p. 221.
  10. On trouve, selon les parutions, diverses critiques, toujours élogieuses, notamment dans Diapason no 200 (OCLC 54350927) et Répertoire no 32.
  11. Pour la parution la plus complète, voir (OCLC 725883920).
  12. Die Götterdämmerung disponible sur Gallica
  13. Weber disponible sur Gallica

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Liens externes[modifier | modifier le code]