Germaine Krull

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Germaine Krull
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Voir et modifier les données sur Wikidata (à 87 ans)
WetzlarVoir et modifier les données sur Wikidata
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Berthe Krull (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Prononciation

Germaine Krull (née le à Wilda, un quartier de Poznań (Empire allemand) et morte le à Wetzlar (Hesse)) est une photographe allemande.

Biographie[modifier | modifier le code]

Années de formation et d'engagement politique[modifier | modifier le code]

En 1916, Germaine Krull étudie la photographie à la Lehr-und Versuchsanstalt für Photographie, Chemiegraphie, Lichtdruck und Gravüre (« Centre d'enseignement et d'expérimentation en photographie, chimigraphie, phototypie et gravure » de Munich, fondée en 1900, ouvert aux femmes en 1905). Après son diplôme elle ouvre un studio de photographie à Munich et s’y consacre principalement au portrait et au nu [1].

Elle se mêle au bouillonnement intellectuel, artistique et politique du quartier de Schwabing. « Fervente de tout ce qu’on pouvait voir ou apprendre » elle se passionne pour la théosophie et le bouddhisme[2] et s'implique dans les luttes révolutionnaires de l'époque marquée par la fin de la première guerre mondiale, la défaite de L'Allemagne et la révolution bolchévique[3]. L'assassinat le de Kurt Eisner, secrétaire du Parti social-démocrate indépendant d'Allemagne (USPD) et premier ministre de Bavière par un étudiant nationaliste, intensifie les troubles et violences politiques. Un éphémère gouvernement insurrectionnel d'inspiration communiste, la République des conseils de Bavière parvient au pouvoir. Son écrasement en s'accompagne d'une féroce répression des militants d'extrême-gauche par les contre-révolutionnaires. Elle aide Tobias Akselrod (en), envoyé de Moscou infiltré parmi les spartakistes, à fuir en Autriche. Ils échouent et, après leur arrestation, elle est un temps emprisonnée puis expulsée de l'État de Bavière (Akselrod est condamné à 15 ans de prison puis échangé avec un diplomate)[1].

Elle accepte un emploi de photographe à Düsseldorf puis s’installe à Berlin en 1920 où elle poursuit son engagement politique[4]. En elle se rend en Russie avec Kurt Adler (Samuel Levit), qu’elle connaît depuis les événements de Munich, d’abord à Saint-Pétersbourg puis Moscou avec le projet d’assister au congrès de la IIIe internationale. Opposée à la centralisation du mouvement communiste par Moscou elle envisage d’y faire valoir l’expérience des soviets munichois. Considérés comme opposante elle est incarcérés à la Loubianka. Finalement expulsée elle contracte typhus dans le convoi de retour et rentre très malade à Berlin au début de [1].

À Berlin elle s’associe avec Gretel et Kurt Hübschmann (Kurt Hutton (en)) qui tiennent un studio photographique qu'Hübschmann lui cède par la suite. Ils y réalisent des portraits, des photos de mode et, plus rarement des photos de presse. Durant ces année berlinoises le travail personnel de Germaine Krull tend à s’affranchir de l’esthétique pictorialiste enseignée par son école de photographie. Elle réalise des nus mettant parfois en scène des relations lesbiennes, Berlin lui inspire ses premières photographies de rue ses premières prise de vue de la vie moderne[5].

Elle fréquente les dadaïstes berlinois et les expressionnistes. Introduite par Hübschmann dans un cercle d’amis néerlandais elle se lie au cinéaste Joris Ivens et rencontre l’écrivain anarchiste Arthur Lehning directeur de la revue néerlandaise i10. Elle découvre dans cette revue les œuvres du photographe constructiviste László Moholy-Nagy. En elle s’établit aux Pays-Bas avec Ivens. Elle collabore aux revues i-10 et De Filmliga (nl) (créée en 1927). Ivens et Krull partagent la découverte de l’univers de l’industrie lors de promenades dans les ports de Rotterdam et d’Amsterdam. Les photographies qu'y réalise Krull sont un cap décisif pour la suite de son œuvre : « Depuis ce moment là j’ai commencé à aimer la photographie, et c’est à partir de ce moment là aussi que j’ai commencé à VOIR la rue, les choses comme l’œil les voyait, et non pas comme on pensait que ça devait être »[5].

Paris, Monaco[modifier | modifier le code]

En 1925 ou 1926, Germaine Krull s'installe à Paris. Son approche « objective » de la photographie, sa fascination pour la machine et son « détournement poétique et graphique », l'architecture métallique et le monde industriel, et la modernité de ses sujets lui valent le surnom de « Walkyrie de fer » ou « Walkyrie de la pellicule »[6]. La Nouvelle Revue française publie alors une petite monographie dans une collection intitulée Photographes nouveaux. Influencée par le photographe László Moholy-Nagy, elle fréquente les surréalistes et rencontre Éli Lotar et Florence Henri. Elle collabore ensuite au nouveau magazine français VU.

Elle collabore par des photographies, tandis que les textes en sont rédigés par Georges Simenon, aux deux premiers ouvrages de la collection à fort tirage « Phototexte », éditée par Jacques Haumont, des livres policiers populaires dont le concept novateur, qui peut être considéré comme précurseur du roman-photo, consiste en la combinaison de textes et d'images. Mais seul le titre La Folle d'Itteville est édité en août 1931. L'ouvrage suivant, L'Affaire des 7 également cosigné par Georges Simenon et Germaine Krull, dont la publication prochaine est annoncée sur le dernier plat de la couverture de La Folle d'Itteville, ne paraît pas comme prévu, faute de succès commercial du premier ouvrage de la collection.

Elle s'installe en 1935 à Monaco, où elle travaille jusqu'en 1940 pour le casino, photographiant les célébrités[7].

Correspondante de guerre[modifier | modifier le code]

Après l’armistice du 22 juin 1940 il lui faut fuir la France. Elle ne peut se rendre aux États-Unis, son époux Joris Ivens, qui y séjourne de à , ayant déclaré aux autorités américaines ne pas être marié[2]. Elle obtient un visa pour le Brésil et embarque à Marseille le sur le Capitaine-Paul-Lemerle à destination de la Martinique[8]. À Fort-de-France elle est internée dans une ancienne léproserie avec ses compagnons de voyage en attente d'un nouveau bateau. Elle poursuit ensuite son voyage à bord du Duc d'Aumale avec une escale à Saint-Laurent-du-Maroni[9], puis à bord du Correio Brasileiro de Belém à Rio de Janeiro. Elle séjourne au Brésil jusqu’en puis, via Le Cap, rejoint Brazzaville, chef-lieu de l'Afrique-Équatoriale française ralliée dès à la France libre. Elle y dirige le service de photographie de la France Libre et réalise des reportages de propagande sur les activités de production en Afrique-Équatoriale française[1].

Après un passage à Alger, elle accompagne le 6e Groupe d'armées des États-Unis lors du débarquement des Alliés en Provence en , puis la 1re armée française jusqu'à la fin de la guerre. Lors de la campagne d'Alsace, elle participe à la libération du camp de concentration du Struthof, puis de Vaihingen (une annexe du Struthof située près de Stuttgart). Ses photographies paraissent dans l'ouvrage La Bataille d'Alsace, accompagnées d'un texte de Roger Vailland.

En 1946, elle part en Indochine comme correspondante de guerre. Parcourant l'Asie du Sud-Est, elle en rapporte plus de deux mille photographies sur l'art bouddhique. Germaine Krull entreprend également des recherches sur la photographie en couleurs. Elle appelle ses réalisations des « silpa-grammes[6] ».

Bangkok[modifier | modifier le code]

En , elle s'associe avec cinq autres personnes (dont Phot Sarasin et Jim Thompson) pour reprendre l'hôtel Oriental de Bangkok (aujourd'hui Mandarin Oriental, Bangkok), dont elle devient la première directrice, malgré son absence d'expérience dans l'hôtellerie (elle en a revendu sa part de l'établissement en 1967).

Après avoir vécu en Inde dans un ashram, elle rentre en Allemagne en 1955.

En 1967, André Malraux, alors ministre de la Culture et son ami de longue date, lui consacre une exposition au Palais de Chaillot, à Paris.

Se confiant rarement, Germaine Krull a tout de même accordé des entretiens à l'historienne Françoise Denoyelle au tout début des années 1980.

Quand on lui a demandé pourquoi elle faisait des nus : « parce que c'est beau depuis toujours et qu'un matin d'été ça m'a plu. »[6]

Durant son existence, ses engagements sont aussi anti-colonialistes et féministes.

Publications[modifier | modifier le code]

. Recueil de photographies avec des textes de Jean Cocteau, Paul Morand, Georges Simenon et André Suarès :

  • Métal, 1927
  • 100 x Paris, 1929
  • Le Valois, 1930
  • Études de nus, 1930
  • La Route-Paris-Biarritz, 1930
  • La Folle d'Itteville, texte de Georges Simenon,
  • Marseille, 1935
  • La Route-Paris-Méditerranée
  • La Bataille d'Alsace, texte de Roger Vailland
  • Bangkok. Siam City of Angels, texte de Dorothea Melchers, Londres, 1964
  • Tales from Siam, texte de Dorothea Melchers, Londres, 1966
  • Germaine Krull, la vie mène la danse, autobiographie établie par Françoise Denoyelle à la suite de ses entretiens, Éd. Textuel - coll.L'écriture photograhique, 2015

Réalisations cinématographiques[modifier | modifier le code]

Les deux derniers films sont des productions de l'Office français d'information cinématographique.

Plaque de la rue Germaine Krull à Paris

Expositions[modifier | modifier le code]

Hommages[modifier | modifier le code]

La rue Germaine-Krull, dans le 13e arrondissement de Paris, porte son nom en sa mémoire[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b c et d Michel Frizot et Collectif Hazan, Germaine Krull, Hazan, coll. « Catalogues d'exposition », , 200 p. (ISBN 978-2-7541-0816-4).
  2. a et b Germaine Krull, La vie mène la danse, éditions Textuel, en coédition avec le Musée du Jeu de Paume, coll. « L’écriture photographique », , 416 p. (ISBN 978-2-84597-522-4).
  3. http://coopimage.com/histoire/krull.html
  4. « Germaine Krull », sur AWARE Women artists / Femmes artistes (consulté le 23 octobre 2020)
  5. a et b Danielle Leenaerts, Petite histoire du magazine Vu (1928-1940) : entre photographie d'information et photographie d'art, Bruxelles, P.I.E-Peter Lang S.A., (ISBN 978-90-5201-585-9), pages 89-91.
  6. a b et c Elvire Perego, voir Bibliographie
  7. Yasmine Youssi, « Germaine Krull, une esthète moderne », Télérama,‎ (lire en ligne, consulté le 9 septembre 2020).
  8. Germaine Krull et Jacques Rémy (préf. Adrien Bosc, Olivier Assayas, photogr. Germaine Krull, Jacques Rémy), Un voyage, Marseille-Rio 1941, Stock, coll. « La Bleue », , 300 p. (ISBN 2234087562). Sur le Capitaine-Paul-Lemerle sont présents nombre d'artistes et intellectuels fuyant le nazisme dont André Breton, Wifredo Lam, Claude Lévi-Strauss, Jacques Rémy (Raymond Assayas), Anna Seghers, Victor Serge.
  9. Son reportage sur le bagne guyanais paraît pour la première fois en 2019 dans l'ouvrage Un voyage, Marseille-Rio 1941.
  10. « Germaine Krull (1897-1985) », sur Le Jeu de Paume (consulté le 9 septembre 2020).
  11. « La rue Germaine-Krull - Paris - 13e arrondissement », sur www.parisrues.com (consulté le 30 octobre 2020)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]