Germaine Berton

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Germaine Berton
Germaine Berton (recadré).jpg

Germaine Berton.

Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 40 ans)
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Nationalité
Germaine Berton.

Germaine Berton (Germaine, Jeanne, Yvonne), née le à Puteaux (Seine) et morte suicidée le (à 40 ans) à Paris, est une ouvrière métallurgiste, militante syndicaliste et anarchiste française.

Le , son nom reste associé au meurtre de Marius Plateau, directeur de la Ligue d’Action française et de sa branche militante les Camelots du roi. Elle voulait tuer Léon Daudet, l'une des principales figures politiques de l'Action française, mais n’avait pas réussi à le trouver. Elle déclare à la police avoir voulu venger Jean Jaurès, Miguel Almereyda et protester contre l’occupation de la Ruhr[1].

Le 24 décembre 1923, son avocat, Henry Torrès, réussit à la faire acquitter.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issue du milieu ouvrier, son père est mécanicien républicain et franc-maçon et sa mère institutrice congréganiste très pieuse, Germaine Berton travaille d’abord comme ouvrière dans une usine. En 1918, elle participa à la reconstitution du syndicat des Métaux à Tours. Elle est ensuite renvoyée de l’usine Rimailho de Saint-Pierre-des-Corps pour son action syndicale.

En 1920, elle est secrétaire adjointe du comité syndicaliste révolutionnaire de Tours. Brièvement adhérente au PCF, elle écrit des articles violents dans Le Réveil d’Indre-et-Loire.

En 1922, elle se joint d’abord à l'Union anarchiste de Paris pour ensuite rejoindre le groupe des anarchistes individualistes du quatorzième arrondissement. Elle est condamnée, le 22 novembre, à trois mois de prison pour avoir giflé le secrétaire du commissaire de police du quartier Saint-Gervais.

Elle milite également dans le comité de Défense des marins de la Mer Noire[1].

Assassinat de Marius Plateau[modifier | modifier le code]

Le , elle assassine le secrétaire de la Ligue d'Action française Marius Plateau d’un coup de revolver, au siège de l’Action française à Paris. Elle avait d'abord souhaité s’en prendre à un dirigeant bien connu du mouvement nationaliste comme Charles Maurras ou Léon Daudet, mais c'est Plateau qui est victime de son attentat, après que celui-ci l'eut vraisemblablement agressée verbalement. Par la suite, Germaine Berton tente de se suicider pour échapper aux poursuites. À la police venue l’arrêter, elle déclare qu’elle a voulu venger Jaurès, Almereyda et protester contre l’occupation de la Ruhr[1].

Son procès est très médiatisé. Défendue par Henry Torrès et bien qu'ayant revendiqué son crime[2], elle est acquittée, le , tout comme l'assassin de Jean Jaurès quatre ans plus tôt.

Durant la période du procès, le journal anarchiste Le Libertaire organise une campagne de solidarité pour soutenir Germaine Berton, et plusieurs militants anarchistes connus comme Séverine assistent au procès. Le numéro 210 (26 janvier - ) du journal n’hésite pas à parler de « l’héroïque Germaine Berton ». Dans le même, les surréalistes prennent également la défense de la jeune anarchiste. Dans le numéro de février mars 1923 de Littérature Louis Aragon soutient totalement son geste, précisant que, face à un groupe qui menace la liberté, un individu peut « recourir aux moyens terroristes, en particulier au meurtre, pour sauvegarder, au risque de tout perdre, ce qui lui paraît – à tort ou à raison – précieux au-delà de tout au monde »[3]. Son portrait – entouré de photos de 28 membres et proches du groupe – fait également l’objet d’un photomontage publié dans le numéro du 1er décembre 1924 de La Révolution surréaliste avec cet épigraphe de Baudelaire : « La femme est l'être qui projette la plus grande ombre ou la plus grande lumière dans nos rêves »[3]. Germaine Berton a été selon l'expression du biographe d'André Breton Mark Polizzotti « la première anti-héroïne surréaliste » à l'instar de Violette Nozière[4], incarnation de « la Révolution et de l'amour » selon l'expression de Breton rapportée à l'époque du procès par sa femme dans une lettre[3].

Acquittement et nouvelle arrestation[modifier | modifier le code]

Après son acquittement, Berton entreprend une tournée de conférences. En 1924, elle est accueillie au sein du groupe anarchiste d'Aimargues[5]. Le — à la suite de bagarres suscitées par l’une de ses conférences à Bordeaux — Germaine Berton est à nouveau arrêtée. Condamnée à quatre mois de prison et 100 francs d’amende, elle est internée au Fort du Hâ. Refusant la détention, elle fait la grève de la faim pendant huit jours et doit être transportée à l’hôpital Saint-André, le 30 mai, elle cesse la grève le 31. Durant cette période, Germaine Berton souffre de troubles mentaux et tente à plusieurs reprises de se suicider.

Après cet épisode, Germaine Berton semble avoir abandonné ses activités militantes. Elle ne fréquente plus les milieux anarchistes. Elle se marie à Paris, le , avec Paul Burger, artiste-peintre né à Java en 1888, avant de le quitter en 1935 pour vivre dans le 15e arrondissement de Paris avec René Coillot, un imprimeur. Elle ne fait plus parler d'elle jusqu'en 1942 lorsqu'elle absorbe volontairement une forte dose de Véronal ; elle meurt à l'hôpital Boucicaut à seulement 40 ans, quatre jours après la mort de Léon Daudet[6].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notices[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c coord. Claude Pennetier et Hugues Lenoir, Les Anarchistes, dictionnaire biographique du mouvement libertaire francophone, Éditions de l'Atelier (ISBN 978-2-7082-4268-5)
  2. Fanny Bugnon, « Germaine Berton, une criminelle politique éclipsée », Nouvelles Questions Féministes, vol. XXIV, 3, 2005, p. 68-85.
  3. a, b et c Marguerite Bonnet, André Breton, Naissance de l'aventure surréaliste (1975), José Corti, 1988, p. 270-271.
  4. Mark Polizzotti, André Breton, Gallimard, 1999, p. 446.
  5. « LASGOUTE, Laurent, Julien », militants-anarchistes.info.
  6. Le grand secret de Germaine Berton