Georges Pâques

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Georges Pâques
Naissance
Chalon-sur-Saône (France)
Décès (à 79 ans)
Paris (France)
Nationalité Français
Pays de résidence France
Profession
Directeur adjoint des services de presse de l'OTAN
Formation

Compléments

  • Jugé et condamné pour espionnage en juillet 1964

Georges Pâques, né le à Chalon-sur-Saône[1] et mort le à Paris, est un haut fonctionnaire français condamné en juillet 1964 pour espionnage au profit de l'URSS, ayant avoué avoir transmis des informations vitales concernant la Défense de 1944 à 1963.

Pendant la période de la Guerre froide, son activité a révélé aux Soviétiques des renseignements fondamentaux touchant à l'organisation de l'OTAN.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils d'artisans nommés Charles Pâques et Pauline Deroussin, il est admis à l'École normale supérieure en 1935, avec la place de treizième, section lettres[2]. Animé de profondes convictions catholiques, il est à cette époque agrégé d'italien et depuis juillet 1939, marié à une Italienne, Viviana, ethnologue au musée de l'Homme[3]. En 1940-1941, il enseigne à Nice, qu'il quitte en 1941 pour le lycée de Rabat[1]. Après le débarquement allié en Afrique du Nord, en novembre 1942, il s'engage dans l'armée du général Giraud et s'établit à Alger où il retrouve son ancien condisciple Pierre Boutang. Il s'exprime à la radio pour la Résistance sous le pseudonyme de René Versailles, aux côtés d'André Labarthe[4]. Il est directeur de cabinet au ministère de la Marine en 1944-1945, puis au ministère d'État chargé des affaires musulmanes. Il est ensuite au ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme en 1946-1948 et ensuite à la Santé publique. Il dirige la revue La Production française de 1950 à 1954[5].

Il échoue aux élections législatives de 1951 à Chalon-sur-Saône, aux côtés du républicain indépendant André Moynet, ancien pilote à l'escadrille Normandie-Niémen[6]. Chef de cabinet du secrétaire d'État à la Marine marchande de 1953 à 1958, il est conseiller technique dans divers ministères par la suite. Il passe à cette époque « pour un homme intègre et sérieux, volontiers cynique, résolument antimarxiste, un intellectuel de droite, chrétien et favorable à l'Algérie française[7] ».

C'est à l'arrivée du général de Gaulle en 1958 que sa carrière prend un nouveau tournant. Il sert dans le cabinet de Louis Jacquinot au service de l'information de l'état-major de la Défense, puis devient directeur d'études à l'Institut des hautes études de la Défense nationale (IHEDN) de juillet 1961 à octobre 1962. Il entre au service de presse de l'OTAN[1], à partir d'octobre 1962, sur la recommandation de Georges Gorse, secrétaire d'État aux Affaires étrangères de 1961 à mai 1962 puis ministre de la Coopération.

Il repose au cimetière de l'Est de Châlon-sur-Saône.

Informations transmises et procès[modifier | modifier le code]

En 1943, il prend contact à Alger par l'intermédiaire d'un ancien des Brigades internationales de la guerre d'Espagne, le médecin Bernstein, avec un conseiller d'ambassade de l'URSS replié à Alger, Alexandre Gouzovski. Il renoue les liens à la Libération avec un officier des renseignements soviétiques, Ivan Agayants.

Il est contacté ensuite par d'autres officiers, successivement Alexandre Alexeïev, Sergueï Gavritchev, Alexeï Tritchine, Nicolas Lyssenko et Vassili Vlassov. Rien que pendant les quatre dernières années de sa collaboration avec les services secrets soviétiques, sur les vingt années au total, il donne des documents sur les projets de défense des pays de l'OTAN, le système de défense occidentale de Berlin-Ouest, le plan d'importation des radars en Turquie et le plan de défense de l'OTAN pour l'Europe occidentale, ainsi que près de deux cents biographies de personnages importants, hommes politiques, hauts fonctionnaires, journalistes et diplomates.[8] Les remises de documents et les contacts avaient lieu tous les quinze jours.

Il est découvert le 10 août 1963 alors qu'il se rend à un rendez-vous à Feucherolles avec Vassili Vlassov, officier du KGB, grâce à l'enquête menée par Philippe Thyraud de Vosjoli, un agent du SDECE mis sur sa piste par un informateur soviétique de la CIA, Anatoli Golitsyn, major du KGB[9],[10],[11],[12] travaillant en Finlande avant de passer à l'Ouest. Georges Pâques est arrêté par la DST le 12 août et reconnaît devant Marcel Chalet qu'il a été recruté par les Soviétiques. Sa confession écrite précise qu'avant 1957, ses informations sont uniquement politiques et qu'elles ne deviennent militaires qu'après 1957, ses informations sur l'OTAN devenant capitales pour les Soviétiques[13]. Le procureur de la Cour de sûreté de l'État requiert contre lui la peine de mort. La cour lui reconnaît des circonstances atténuantes, et le condamne pour trahison à la perpétuité le 7 juillet 1964, cette peine étant commuée en 1968 en vingt ans de prison[14]. Il est finalement gracié en mai 1970 par Georges Pompidou, son ancien condisciple rue d'Ulm, devenu Premier Ministre[15].

Anatoli Golitsyne aurait déclaré que ces espions infiltrés par le KGB dans les services français seraient "ses saphirs", comme des pierres précieuses[16], d'où la désignation du dispositif par "réseau saphir".

Lors de son procès, il déclare : « Je suis un homme pacifique. Je n'aime pas les Soviétiques, mais je suis également convaincu que les Américains, en raison de leurs conceptions très primaires, sont de dangereux fauteurs de guerre. J'ai donc pensé que pour éviter un conflit international, aboutissant fatalement à une catastrophe mondiale, il était indispensable de rétablir les forces en présence. Voilà le mobile qui n'a jamais cessé de m'animer[17] ! »

Après sa libération en 1970, il se rend plusieurs fois en URSS et est définitivement conquis par ce pays dont il parle la langue[18], apprise en prison. Sa personnalité et sa trahison s'expliqueraient parce qu'il est issu d'une famille bourguignonne qui paya un lourd tribut à la Première Guerre mondiale d'où son pacifisme. Cette explication n'est pas incompatible avec celle que donne Pierre Assouline dans sa biographie de Georges Pâques[19]. Selon Assouline, la principale motivation de Georges Pâques était son antiaméricanisme viscéral : il craignait que la politique américaine, qu'il jugeait impérialiste, ne conduisît à un conflit avec l'URSS et donc à un nouveau conflit mondial. Raison pour laquelle il aurait livré des informations à l'URSS afin de contribuer à rétablir une sorte d'équilibre stratégique.

Une autre raison de sa trahison donnée à son entourage était qu'il craignait que le potentiel nucléaire de la France ne soit surestimé par les Soviétiques ; en conséquence, il avait également transmis à ces derniers l'emplacement de tous les silos de missiles nucléaires en France en sa possession, afin de la mettre à l'abri de frappes soviétiques inutiles, dans l'hypothèse d'un conflit nucléaire américano-soviétique.

Georges Pâques fut qualifié de héros dans plusieurs émissions de télévision en Russie en 2004[réf. souhaitée].

Lien avec le Canada dans le cadre de la politique d'émancipation du Québec...

Ainsi rien de surprenant qu’au moment où Pâques subit son procès à la Cour de la Sûreté de l’État et se voit condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 7 juillet 1964, son supérieur le Canadien D’Iberville Fortier est nommé au service de presse des affaires extérieures du Canada en juillet 1964, Pierre Lucien Laurent est nommé attaché militaire à Ottawa, l’Union générale des étudiants du Québec est créé et s’internationalisera dans les années suivantes, Gilles Lamontagne est à la veille de sa victoire aux élections municipales membre du Parti civique aux côtés du gendre d’Onésime Gagnon, Jean Pelletier.

Pâques aurait été sacrifié au profit d'Hugh Hambleton qui fait précisément son entrée à l'Université Laval, le Québec s'internationalise alors progressivement avec la collaboration essentielle de Xavier Deniau, attaché auprès de Pierre Messmer, ministre des armées.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Hugues Moutouh, Jérôme Poirot, Dictionnaire du renseignement, Place des éditeurs, , 1401 p. (lire en ligne).
  2. Michel Winock, Le temps de la guerre froide: du rideau de fer à l'effondrement du communisme, Seuil, , p. 275.
  3. Paul Veyne, « Naïvetés et noblesse de la trahison », L'Histoire, no 81,‎ , p. 18.
  4. André Labarthe est suspecté d'avoir entretenu des liens avec les services de renseignements soviétiques dès 1940, peut-être même avant cette date.
  5. Paul Veyne, « Naïvetés et noblesse de la trahison », L'Histoire, no 81,‎ , p. 15.
  6. (Wolton 1986, p. 169)
  7. Paul Veyne, « Naïvetés et noblesse de la trahison », L'Histoire, no 81,‎ , p. 16.
  8. (en) « Paques Affair », sur nato.int
  9. http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,838289,00.html
  10. https://www.nytimes.com/1993/12/23/news/23iht-obits_25.html
  11. http://www.edwardjayepstein.com/archived/looking.htm
  12. Il sera expulsé fin septembre 1963 quelque temps avant que le procès ne soit rendu public.
  13. Paul Veyne, « Naïvetés et noblesse de la trahison », L'Histoire, no 81,‎ , p. 17-18.
  14. Michel Winock, Le temps de la guerre froide: du rideau de fer à l'effondrement du communisme, Seuil, , p. 283.
  15. Paul Veyne, « Naïvetés et noblesse de la trahison », L'Histoire, no 81,‎ , p. 22.
  16. https://books.google.es/books?id=Z3y22PFtYcYC&pg=PT94&lpg=PT94&dq=Georges+P%C3%A2ques+r%C3%A9seau+saphir&source=bl&ots=pTQCdFvixk&sig=FL_T67uFXmr3bYxnc5z0i8uUyQE&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwjlx7f-2qndAhUB1RoKHS1UAK0Q6AEwB3oECAcQAQ#v=onepage&q=Georges%20P%C3%A2ques%20r%C3%A9seau%20saphir&f=false
  17. (Wolton 1986, p. 175)
  18. (Wolton 1986, p. 176)
  19. Pierre Assouline, Une question d'orgueil, Gallimard, 2010.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Multimedia[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]