Georges Feher

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Dans le nom hongrois Fehér György, le nom de famille précède le prénom, mais cet article utilise l’ordre habituel en français György Fehér, où le prénom précède le nom.
Georges Feher
Georges Feher 1.jpg
Georges Feher
Naissance
Décès
Nom de naissance
György Fehér
Nationalité
Hongrois, naturalisé Français
Activités
Autres activités
Passion pour l'équitation
Formation
Maître
Mouvement
Art figuratif (période abstraite: 1954-1957), École de Paris
Mécènes
Pierre Loeb, Jean-Claude Bellier

Georges Feher, né György Fehér[1], est un artiste peintre figuratif et lithographe de l'École de Paris né à Miskolc (Hongrie) le 22 janvier 1929, vivant en France depuis 1954, d'abord à Paris (successivement au 2, rue des Beaux-Arts et au 23, rue Oudinot), puis s'installant à Montcourt-Fromonville (Seine-et-Marne) en 1972[2]. Décédé le 10 décembre 2015, il repose au cimetière de Montcourt-Fromonville.

Georges Feher dans son atelier de la rue Daguerre

Biographie[modifier | modifier le code]

Georges Feher est l'élève d'István Szőnyi (1894-1960), artiste post-impressionniste considéré alors comme le principal héritier spirituel de l'École de Nagybánya[3], à l'Université hongroise des beaux-arts de Budapest de 1946 à 1948[4]. Reconnaissant envers ce maître qui sera dit en 1984 Juste parmi les nations, Georges Feher se souvient: « Le langage de Szőnyi était double; à son enseignement d'une grande rigueur, il opposait l'idée que nous ne serions vraiment artistes qu'après l'université, en gagnant la nature et en peignant ce que nous voulions. Il nous dirigeait tout en nous signifiant notre totale liberté ».

Si Georges Feher, en ces années d'études, fait durablement la connaissance de Simon Hantai (les deux artistes vivront un jour à proximité l'un de l'autre en Seine-et-Marne), il se lie surtout d'une très forte amitié avec deux condisciples, Paul Kallos et Agathe Vaïto (1928-1974, née Vajtó Ágota[5]). Georges Feher est alors également l'ami d'un étudiant en architecture, David Georges Emmerich (1925-1996)[6], qui sera plus tard reconnu en France comme le spécialiste de la tenségrité. Avec Paul Kallos, au terme de ses études, Georges Feher quitte clandestinement la Hongrie devenue stalinienne pour un difficile périple les conduisant à Paris, n'y arrivant avec le statut de réfugié politique qu'après avoir passé un an dans un camp de réfugiés près de Salzbourg.

En 1951, Georges Feher décide de quitter Paris pour le Canada. Percevant, en revenant à Paris en 1954, que la prédominance de l'art informel est dans l'air du temps, il connait une période abstraite: « Je pensais que vivre à Paris m'obligeait à l'abstraction, c'était une belle idiotie » évoquera-t-il, non sans humour et auto-dérision puisque l'on retrouve une démarche similaire chez Paul Kallos et Agathe Vaïto, cette dernière ayant quitté Budapest pour gagner Paris, légalement pour sa part, un an avant ses deux amis qui l'y ont retrouvée. C'est au cours de l'été 1957 passé avec Bernard Dufour dans le village de Gordes (Vaucluse) qu'avec la peinture de paysage Georges Feher revient définitivement à l'art figuratif.

C'est par Paul Kallos et Agathe Vaïto que Georges Feher fait la connaissance du marchand de tableaux Pierre Loeb (qui épousera Agathe Vaïto en 1957[7]) qui le logera dans une chambre au-dessus de la galerie, au 2, rue des Beaux-Arts (Georges Feher conservera son atelier au 19, rue Daguerre) puis qui, appréciant ses tableaux, décidera de l'exposer. De cette époque, les traits de Georges Feher nous restent fixés par un portrait[8] dû à la sœur de Pierre Loeb, la photographe Denise Colomb[9],[10].

En même temps que son mariage avec Chantal en janvier 1961 (leur fille Anne-Laure, aujourd'hui restauratrice de tableaux[11], naît en 1964), qu'il revient dans le sud de la France où il fixe ses impressions de Rayol-Canadel-sur-Mer, Bandol et Saint-Tropez[12] et qu'au sein de "l'écurie Pierre Loeb" Georges Feher devient l'ami d'Arpad Szenes et de son épouse Maria Elena Vieira da Silva, sa peinture est remarquée de l'éditeur Jean-Gustave Tronche, directeur de la Nouvelle Librairie de France, qui rapprochera notre artiste de Fernand Mourlot pour l'illustration lithographiée des écrits d'Antoine de Saint-Exupery, puis de Paul Verlaine[13].

En octobre 1963, installé dans l'appartement du 23, rue Oudinot (où vécut juste avant lui le peintre orientaliste Jean-Charles Duval qui y recevait son vieil ami Edgar Degas[14]), Georges Feher participe, à la Galerie Charpentier (76, Faubourg Saint-Honoré), à l'exposition Grands et jeunes d'aujourd'hui dont le principe est que chaque "jeune" peintre y est parrainé par un aîné co-exposant, un "grand". Le "grand" de Georges Feher, Orlando Pelayo, Eduardo Arroyo, André Cottavoz, Albert Bitran et Gustav Bolin y est Alexandre Garbell[15] qui justifie ce parrainage: « Pour moi, il ne s'agit nullement de vouloir me présenter ici en chef de file. Mon choix n'est pas souvent allé aux peintres plus "jeunes" que j'ai pu influencer mais plutôt à ceux qui ont déjà réalisé une œuvre personnelle et auxquels je fais confiance »[16]. Georges Feher restera l'ami de « Sacha » Garbell (habitant lui aussi la Seine-et-Marne) dont il tiendra à connaître le lieu thématique majeur: les plages et les falaises de Mers-les-Bains et du Tréport.

Georges Feher dans son atelier du 23, rue Oudinot, 1964

Devenant, avec Philippe Cara Costea et Alain Mongrenier, l'un des artistes permanents de la Galerie Jean-Claude Bellier, Georges Feher va alors régulièrement, en chaque début d'été, se rendre dans l'île d'Ibiza. Ses séjours variant de périodes de quelques semaines à huit mois, il estime y avoir peint environ un millier de tableaux, notamment ses perceptions de Dalt Vila: « La très belle lumière d'Ibiza en fait pour moi le lieu picturalement le plus impressionnant » évoque-t-il. D'autres villégiatures le conduisent néanmoins en Italie - principalement à Venise (qui avec ses recoins secrets et ses Sotoportegos constituera le thème de son exposition de 1993), mais aussi à Salerne et Amalfi - et, plus encore, en Grèce, dans l'Ile d'Hydra et dans la région du Mont Pelion et de Volos.

Luttant contre la cruelle maladie qui l'a emporté le , Georges Feher a continué de peindre jusqu'aux ultimes instants de sa vie, faisant que son œuvre lui est demeurée dans un accomplissement toujours en devenir. L'austérité des scènes d'intérieur et d'atelier (des natures mortes sombres, des murs froids et dépouillés) y est contredite par des paysages que Georges est toujours allé rechercher dans le sud, comme pour s'affranchir par l'évasion et la lumière d'une peinture de l'enfermement et du désespoir. En cela, son œuvre est bien porteuse de la double leçon d'István Szőnyi : Georges Feher est un peintre « de rigueur et de liberté ».

Livres illustrés[modifier | modifier le code]

  • Antoine de Saint-Exupéry, Œuvres complètes, Nouvelle Librairie de France, 1963, 54 lithographies originales de Georges Feher réalisées sur les presses de l'atelier Fernand Mourlot[13].
  • Prints from the Mourlot press, 1964, 2 lithographies originales de Georges Feher.
  • Paul Verlaine, Œuvres poétiques - Sagesse, Jadis et naguère, Nouvelle Librairie de France, Paris, 1967, 12 lithographies originales de Georges Feher réalisées sur les presses de l'atelier Mourlot.
Dalt Vila, Ibiza, 73 × 92 cm

Expositions individuelles[modifier | modifier le code]

  • Galerie de Seine, Paris, 1959.
  • Galerie Muratore, Nice, 1961.
  • Galerie Jean-Claude Bellier, Paris, 1965.
  • Galerie Keio Umeda, Tokyo, 1968.
  • Galerie Keio Umeda, Osaka, 1969, 1971.
  • Galerie Münsterberg, Bâle, 1970.
  • Galerie d'art contemporain, Ibiza, 1972.
  • Galerie Tamenaga, Osaka, 1973.
  • Galerie Anne Colin, Paris, 1973, 1979.
  • Galerie Theo, Madrid, 1974.
  • Georges Feher dans son atelier, Montcourt-Fromonville, octobre 2015.
    Country Club, Rueil-Malmaison, 1984.
  • Galerie Corianne, Paris, 1988.
  • Galerie Gloux, Concarneau, 1990.
  • Galerie Claude Hemery, Paris, 1991.
  • Venise, Galerie Saint-Sauveur, Dinan, 1993.
  • Galerie Merle d'Aubigné, Paris, 1995.
  • Galerie J. et M. Badin, Fontainebleau, 1996.
  • Espace Jean de Joigny, Joigny, 1997, 1998.
  • Galerie Derkovits, Budapest, 2000, 2001.
  • Galerie Côtérue, Barbizon, avril-mai 2003[17], 2004.
  • Galerie Secco, Budapest, 2004, 2005.
  • Mairie (salons du château) de Montcourt-Fromonville, 2006.
  • Galerie Art et Planète, Paris, 2008.
  • Exposition Georges Feher, 1929-2015, Anne-Laure Feher, 4 rue du Canivet, Paris, 8-12 décembre 2017.

Expositions collectives[modifier | modifier le code]

Façades à Ibiza, 150 × 150 cm
Georges Feher 3.jpg
Natures mortes

Réception critique[modifier | modifier le code]

  • « Infatigable voyageur, il a multiplié, aiguisé ses sensations à la lumière de Venise, d'Ibiza, de la Grèce, devant Rembrandt découvert en Hollande. Mais c'est dans la solitude de l'atelier qu'il a élaboré et mûri les grandes toiles silencieuses où ruisselle le flot innombrable de son âme inquiète et vibrante. Ce que Feher nous apporte est à la fois très simple et très subtil. Ses thèmes empruntés à l'intimité familière pourraient se définir l'intérieur vu de l'extérieur, et l'extérieur vu de l'intérieur, unis dans une large synthèse. Sous une lumière vespérale, répandue sur d'amples plans monumentaux, un foisonnement de couleurs pures et exquises suscite les objets les plus communs, les éveille à une vie mystérieuse, nostalgique et intense. Les grands vides et le plein voisinent naturellement, comme dans l'existence, parfois se bousculent, parfois s'équilibrant dans une harmonie apaisée, enfin retrouvée. La peinture de Feher nous entraîne vers un singulier voyage à travers le monde immédiat que se crée l'homme pour y vivre. » - Raymond Charmet[12]
  • « Les dessins de Georges Feher vivent une existence menacée. Notes rapportées d'Ibiza, de Venise, ou de la maison parmi les arbres, ils passent quelque temps à mûrir dans le vivier d'un carton. Puis, un beau jour, ils se retrouvent épinglés sur un chevalet. Bientôt, ils sont couverts de couleur et changés en douceurs et en stridences. En harmonies distinguées qu'une acidité vient relever ici ou là. J'aime la démarche rustique de son crayon, tantôt trace épaisse, tantôt un simple fil. Des velours noirs et des effleurements de gris. Des lignes qui guident et des points qui s'enfoncent. Le trait passe derrière une branche pour en donner l'arrondi et s'arrête, cabré, au bord des lumières que dit le blanc du papier. » - Hubert Comte[18]

Musées et collections publiques[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Raymond Nacenta et Alexandre Garbell, École de Paris - 1963, Éditions de la Galerie Charpentier, 1963.
  • Raymond Charmet, Feher, édition de la Galerie Jean-Claude Bellier, Paris, 1965.
  • Feher, Éditions Keio Umeda, Osaka, 1968 (langue japonaise).
  • Hubert Comte, Georges Feher, édition de la Galerie Anne Colin, 1973.
  • L'aventure de Pierre Loeb, la Galerie Pierre, Paris, 1924-1964, éditions du Musée d'art moderne de la ville de Paris, 1979.
  • Denise Colomb, Portraits d'artistes 50/60, éditions 666, 1986.
  • Noël Bourcier, Jean-Luc Mercié, Anne de Mondenard, Patrick Roegiers, Denise Colomb, Éditions La Manufacture, collection Donations/Ministère de la culture, 1992.
  • Emmanuel Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Gründ, 1999, tome 5.
  • Michel Marmin, La vie silencieuse selon Georges Feher, revue Éléments, no 112, 2001.
  • Caroline Larroche et Louise Graatsma, Garbell - Les métaphores d'une peinture, Éditions Altamira, 2009.

Références[modifier | modifier le code]

  1. (hu) Zsuzsa Kiss et Júlia Cserba, « Fehér György », sur artportal.hu.
  2. Les amis du patrimoine de Montcourt-Fromonville, Le village, les personnalités qui y sont liées Site de l'association.
  3. Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, Szőnyi István, tome 13, pages 412-413.
  4. Dictionnaire Bénézit, Gründ, 1999, Feher Georges, tome 5, page 353.
  5. (hu) Júlia Cserba, « Vaito Agota », sur artportal.hu.
  6. FRAC Centre, David Georges Emmerich
  7. L'aventure de Pierre Loeb, la Galerie Pierre, Paris, 1924-1964, éditions du Musée d'art moderne de la ville de Paris, 1979.
  8. Fonds Denise Colomb, Portrait de Georges Feher, Médiathèque de l'architecture et du patrimoine, Fort de Saint-Cyr, Montigny-le-Bretonneux.
  9. Denise Colomb, Photos d'artistes 50/60, Éditions 666, 1986.
  10. Alberto Savinio, Denise Colomb, portraits d'artistes, 95 photos La photo montrant Georges Feher (quatrième des photos en couleurs) est légendée par erreur Emre Feher. Il s'agit cependant bien de notre artiste vu ici vers 1957 dans sa chambre du 2 rue des Beaux-Arts.
  11. Agence 1835, Anne-Laure Feher et Claudia Mosler, la restauration picturale, avril 2011 Film réalisé à l'occasion de l'exposition Chefs-d'œuvre retrouvés, la renaissance des tableaux de la chapelle Saint-Jean-Baptiste du Plessis-Robinson, Dailymotion, durée 8 min 24 s .
  12. a et b Raymond Charmet, Feher, édition de la Galerie Jean-Claude Bellier, 1965.
  13. a et b Jean-Gustave Tronche, un homme en proie aux livres, Georges Feher dans l'histoire de la Nouvelle Librairie de France
  14. Jean-Charles Duval, Degas tel que je l'ai connu, in revue La Table ronde, n°161, mai 1961.
  15. Caroline Larroche et Louise Graatsma, Garbell - Les métaphores d'une peinture, Éditions Altamira, 2009, page 129.
  16. Raymond Nacenta et Alexandre Garbell, École de Paris - 1963, éditions Galerie Charpentier 1963. Parmi les exposants, outre ce "cercle Alexandre Garbell", on relève les noms de Roger Bissière, André Dunoyer de Segonzac, Robert Lapoujade, Raymond Legueult, Jean Messagier, Édouard Pignon et Gérard Schneider.
  17. Art aujourd'hui Info, Georges Feher à la Galerie Côtérue, Barbizon, 2003
  18. Hubert Comte, Georges Feher, édition de la Galerie Anne Colin, 1973.

Liens externes[modifier | modifier le code]