George Grossmith

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Grossmith, comme illustré dans Le Pignon magazine, 1897

George Grossmith (9 décembre 1847 – 1 mars 1912) est un comédien, auteur, compositeur, acteur et chanteur anglais.

Sa carrière s'étend sur plus de quatre décennies. En tant qu'auteur et compositeur, il crée dix-huit opéras-comiques, près de cent sketches musicaux, quelque six-cents chansons et morceaux de piano, trois livres et de nombreux papiers sur des sujets sérieux ou comiques pour différents journaux et magazines.

Grossmith est surtout connu pour les deux principales facettes de sa carrière, une série de neuf personnages mémorables dans les opéras-comiques de Gilbert et Sullivan de 1877 à 1889, y compris Sir Joseph Porter, dans H. M. S. Pinafore (1878), le Major-Général dans Les Pirates de Penzance (1880) et de Ko-Ko dans Le Mikado (1885-1887), et en collaboration avec son frère Weedon, la rédaction du roman comique le Journal d'une personne de rien.

Grossmith jouit d'une grande notoriété en son temps pour ses spectacles de sketches et de chansons, aussi bien avant qu'après sa collaboration avec Gilbert et Sullivan. De fait, il devient le soliste britannique le plus apprécié des années 1890. Certaines de ses chansons comiques sont toujours populaires, y compris Regarde-moi danser la Polka (See Me Dance the Polka. Il poursuit sa carrière de musicien comique jusque dans la première décennie du XXe siècle. Son fils, George Grossmith Jr, devient lui-même un célèbre acteur, dramaturge et producteur de comédies musicales pendant l'Époque édouardienne.

Vie et carrière[modifier | modifier le code]

George Grossmith naît à Islington, Londres, et grandit à Saint-Pancras et à Hampstead.

Enfance et adolescence[modifier | modifier le code]

Son père, également nommé George (1820-1880), est chroniqueur judiciaire pour Le Times et autres journaux au tribunal de Bow Street, et donne des conférences tout en menant une carrière d'artiste. Sa mère s'appelle Louisa Emmeline Grossmith, née Weedon (d. 1882). Au fil des ans, le père de Grossmith délaisse Bow Street pour faire de longues tournées en tant qu'artiste[1]. Jeune homme, Grossmith fils est généralement crédité de "Jnr" pour le distinguer de son père, surtout quand ils jouent ensemble, mais pendant la plus grande partie de sa carrière, Il n'est plus appelé que George Grossmith. Plus tard, c'est son propre fils qui devient Grossmith Jr, plutôt que Grossmith III ; certaines sources confondent les deux. L'autre fils de George, Laurent Grossmith, est également acteur, principalement en Amérique.[2].

Grossmith est l'aîné d'une fratrie qui comporte une sœur, Emily, et un jeune frère, Weedon. En 1855, les deux garçons fréquentent l'internat Massingham House d'Haverstock Hill dans le quartier de Hampstead. George y étudie le piano et commence à amuser ses amis et ses professeurs avec des pantomimes de son cru, et plus tard finit par jouer du piano à l'oreille. La famille déménage pour Haverstock Hill lorsque le jeune Grossmith a dix ans, ce qui lui permet de quitter l'internat et devenir externe[3]. À l'âge de douze ans, il est transféré à la North London Collegiate School de Camden Town. Une année plus tard, vers treize ans, il est de retour à Saint-Pancras[4]. C'est un fervent amateur de photographie et de peinture durant son adolescence, mais c'est son frère Weedon qui fréquente l'école des beaux arts. La famille Grossmith a beaucoup d'amis artistes, dont J. L. Toole, Ellen Terry, Henry Irving, qui apparaît dans le Journal d'une personne de rien, H. J. Byron, Tom Capot, T. W. Robertson et John Hollingshead (plus tard, gestionnaire du Gaiety Theatre, Londres).

George Grossmith espérait devenir avocat. Au lieu de cela, à partir des années 1880, il travaille pendant de nombreuses années avec son père, puis comme son remplaçant en tant que reporter au Times et autres périodiques, lorsque ce dernier se trouve en tournées de conférences. Parmi les affaires qu'il couvre, figure l'explosion de Clerkenwell par les Fenians en 1867. Dans le même temps, il commence à écrire des articles humoristiques pour différents périodiques et à fréquenter des compagnies de théâtre amateur.[5]. Il rejoint également son père dans ses spectacles, ses conférences et ses imitations, et commence à ajouter de la musique lors des représentations, une innovation[6]. En 1873, Grossmith épouse Emmeline Rosa Noyce (1849-1905), fille d'un médecin de quartier, rencontrée des années plus tôt lors d'une fête d'enfants. Le couple a quatre enfants : Georges, Sylvia (1875-1932), qui se marie avec Stuart James Bevan en 1900, Lawrence et Cordelia Rosa (1879-1943).[7] La famille vit d'abord dans le quartier de Marylebone avant de déménager non loin vers 1885 à Dorset Square.

Début de carrière[modifier | modifier le code]

Les jeunes Grossmith commencent à se faire un nom lors de soirées privées où ils officient en tant qu'animateurs musicaux non professionnels et, à partir de 1864, ils participent aux nouvelles Penny Lectures, divertissements ou événements culturels consacrés à la lecture, à des représentations comiques et des chansons ; le prix en est minime, un penny, pour permettre aux ouvriers d'y assister. George tient également quelques rôles lors de représentations théâtrales, par exemple celui de John Chodd, Jr., personnage de la pièce de Robertson Society donnée à la Gallery of Illustration en 1868, le reste de la soirée étant consacré à une comédie burlesque écrite par Mr Grossmith père sur la pièce de Dickens et Collins L'abîme (No Thoroughfare: A Drama: In Five Acts)[8]. En 1870, il devient titulaire du rôle-titre dans Paul Pry, comédie de Poole, également produite par la Galerie de l'Illustration[9].

Aussi bien George que son père sont d'avis que son talent excelle dans les sketches plus qu'au théâtre. Le jeune Grossmith admire les desseins humoristiques, le jeu et le talent de John Orlando Parry, à la fois peintre et pianiste, qui crée et interprète de nombreux divertissements montés par la compagnie German Reed Entertainements, fondée en 1855 par Thomas German Reed (1817–1888) et son épouse Priscilla German Reed. De plus en plus, George s'inspire de l'art de Parry pour créer des sketches sur des anecdotes humoristiques, avec un commentaire légèrement satirique ; de plus, il se livre à des improvisations ad lib et compose des chansons comiques centrées sur le piano[10].

Entrée dans la vie professionnelle[modifier | modifier le code]

Grossmith devient un professionnel de la scène dans les années 1870 avec un sketch, Bizarreries humaines (Human Oddities), écrit par son père, et une chanson, Le Photographe insouciant (The Gay Photographer), sur des paroles de Mr Grossmith père et une musique de ses deux fils. Il y est question d'un photographe, en effet, qui brise le cœur d'une jeune Miss Jenkins, au point qu'elle avale ses produits chimiques et en meurt[11].

À la fin de 1870, le jeune Grossmith paraît en solo lors d'une brève émission de nuit à la Polythechnic de l'Université de Westminster à Regent Street, où des intermèdes comiques s'intercalent entre les cours pour le plus grand plaisir du public[6]. Bizarreries humaines et un autre sketch, Le Nain Jaune, deviennent de véritables succès pour Grossmith qui présente le premier lors d'une tournée de six mois. 1871 est une année de succès renouvelé lorsqu'il innove avec un sketch intitulé C'était était un homme de précaution (He was a Careful Man)[10].

Le biographe Tony Joseph fait remarquer qu'à part quelques morceaux de jeunesse, presque tout le répertoire de Grossmith est de sa propre composition, paroles aussi bien que musique. Les sketches de l'artiste sont ainsi décrits : « un assemblage bon enfant de différents aspects de la vie contemporaine et de ses us et coutumes […] c'était un artiste complet […] la plupart du temps assis au piano, conteur […], mime, avec les expressions faciales requises, le sens du tempo inné, il savait tout faire. Petit, soigné de sa personne, il savait tourner à son avantage les quelques centimètres qui lui manquaient et, partout où il se produisait, les salles étaient conquises[CCom 1] ».

Programme de 1878 pour Cups and Saucers et H. M. S. Pinafore.

Grossmith fait une tournée pendant l'été 1871, avec Henry Howard Paul et, occasionnellement Mrs Paul[N 1]. En 1871 également, Grossmith donne à l'école Polytechnique trois de ses sketches, The Puddleton Penny Readings, Theatricals at Thespis Lodge[10] et The Silver Wedding[13], qui comprend l'une de ses chansons les plus populaires, Je suis si volatile (I am so Volatile), écrite par son père[14]. Le 14 février 1872, Grossmith donne une parodie des conférences à un penny au Gaiety Theatre, à Londres — il est de tradition que les théâtres ne donnent pas de représentations costumées le le mercredi des Cendres —. À l'époque, par simple coïncidence, le théâtre de la Gaieté présente Thespis de Gilbert et Sullivan, ce qui prélude à une fructueuse collaboration entre Grossmith et ces deux compositeurs[15]. Cependant, tout au long de ces années, Grossmith continue de travailler à Bow Street pour les matinées.

Grossmith dans le rôle de Wells (Le Sorcier), 1877.

En 1873, Grossmith père et fills commencent des tournées dans tout le royaume, périple qui va durer trois années, mais avec des retours à la maison chaque week-end. Le programme se compose de sketches comiques et de récitations humoristiques présentés dans différents cercles littéraires et théâtres publics, ou encore des institutions religieuses et diverses maisons de la YMCA. Les sketches de George comprennent à l'époque The Puddleton Penny Readings, Our Choral Society et In the Stalls[16].

C'est à cette période que Grossmith rencontre Fed Sullivan et se lie d'amitié avec lui. Plus tard, il fait la connaissance de son frère Arthur[17] et, par son intermédiaire, entre dans le cercle fermé du compositeur, est invité à participer en tant qu'acteur et musicien à des représentations privées, ce qu'il continue de faire, d'ailleurs, tout au long de sa carrière. Souvent, ces événements ont lieu très tard, après les représentations au Savoy Theatre[18]. En 1876, il part en tournée avec Florence Marryat, écrivaine et compteuse, dans un programme de divertissement intitulé Entre Nous, succession de sketches au piano, de récitations costumées, avec un petit opéra comique à deux personnages Cups and Saucers[16]. À cela s'ajoutent de nombreux récitals privés[14]. En 1877, Lionel Brough fait connaître un autre succès de George Grossmith The Muddle Puddle Junction Porter[15].

Dès lors, lié d'amitié avec les gens du spectacle et les musiciens, Arthur Sullivan et l'impresario Richard D'Oyly Carte inclus, Grossmith se voir offrir un rôle dans Trial by Jury et autres compositions de Gilbert et Sullivan lors de différents galas caritatifs[19].

Sept années passées en tournées à présenter des sketches, et Grossmith découvre que ses revenus diminuent alors que ses besoins familiaux augmentent. Las de sillonner le royaume, malgré sa relative inexpérience du théâtre officiel, il n'est pas mécontent de la lettre qu'Arthur Sullivan lui adresse en novembre 1877 pour lui offrir un rôle dans un nouvel opéra, Le Sorcier (The Sorcerer, écrit avec W. S. Gilbert[16].

Les années D'Oyly Carte[modifier | modifier le code]

Gilbert et Sullivan ont déjà apprécié Grossmith dans Trial by Jury lors de plusieurs galas[20], d'autant que Gilbert a réalisé l'une des représentations alors que Grossmith tient le rôle du juge[21].

Grossmith dans le rôle de Bunthorne dans l'opéra Patience, 1881.

Ainsi, après quelques conciliabules, le rôle-titre de l'opéra, le personnage John Wellington Wells, lui est donné[22], et d'emblée, le succès est au rendez-vous. Grossmith est bientôt titularisé au sein de la compagnie D'Oyly Carte. Il crée à lui seul neuf des principaux rôles de baryton comique de Gilbert et Sullivan au Savoy de Londres de 1877 à 1889, y compris le pompeux Premier Lord de l'Amirauté, Sir Joseph Porter, dans H. M. S. Pinafore (1878), le le Major-Général Stanley dans Les Pirates de Penzance, expert de tout sauf de la chose militaire (1880) ; l'esthète Reginald Bunthorne dans Patience (1881) ; le Lord Chancelier, amoureux solitaire, dans Iolanthe (1882) ; le Roi de Gama, à la fois sarcastique et boiteux, de la Princesse Ida (1884) ; Ko-Ko, le petit tailleur élevé à la dignité de Son Excellence le Bourreau dans Le Mikado (1885) ; le maudit Robin Oakapple dans Ruddigore (1887) ; et le bouffon pathétique, Jack Point, dans Les Yeomen de la Garde (1888). Le 29 janvier 1887, une semaine après la soirée d'ouverture de Ruddigore, Grossmith tombe dangereusement malade[23]. Pourtant, le 13 février, les médecins le déclare convalescent[24], et Grossmith reprend le rôle de Robin le 18[25]. Au cours de son absence, sa doublure Henry Lytton le remplace et plus tard devient titulaire du rôle[26].

(à suivre)

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michael Ainger, Gilbert and Sullivan – A Dual Biography, Oxford, Oxford University Press, (ISBN 0-19-514769-3)
  • Reginald Allen, The First Night Gilbert and Sullivan, Centennial Edition, London, Chappell & Co. Ltd,
  • Leslie Ayre, The Gilbert & Sullivan Companion, London, W.H. Allen & Co Ltd, (ISBN 0-396-06634-8)
  • Banfield, Frank. "M. George Grossmith", Cassell Famille du Magazine (1896), pp. 549-56
  • Percy Hetherington Fitzgerald, Chronicles of Bow Street Police-office, 2 vols., London, Chapman and Hall,
  • George Grossmith, A Society Clown: Reminiscences, Bristol/London, Arrowsmith, (lire en ligne), consulté Le 9 mars 2008.
  • George Grossmith, « Sir Arthur Sullivan », The Pall Mall Magazine, vol. 23, no 94,‎ .
  • Weedon Grossmith, From Studio to Stage, London; New York, John Lane Company, (lire en ligne)
  • Johnson, Jan-Christine. "La découverte de George Grossmith à Folkestone", La Gaieté, Printemps 2005, pp. 37-43. Éditeur: Roderick Murray, consulté le 9 Mars 2008
  • Tony Joseph, George Grossmith: Biography of a Savoyard, Bristol, Tony Joseph, (ISBN 0-9507992-0-3)
  • John (ed.) Parker, Who's Who in the Theatre, London, Sir Isaac Pitman and Sons, (OCLC 1001315).
  • Stephen Wade, A Victorian Somebody – The Life of George Grossmith, Gosport, Chaplin Books, (ISBN 978-1-909183-70-4)

Liens externes[modifier | modifier le code]

[https://web.archive.org/web/20060903092508/http://diamond.boisestate.edu/gas/gallery/grosmith.html

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Citations originales de l'auteur[modifier | modifier le code]

Citations originales des commentateurs[modifier | modifier le code]

  1. « a light-hearted sending up of various aspects of contemporary life and manners. ...he was the complete performer... as a pianist (he performed for the most part sitting at a piano)... as a raconteur... as a mimic, facial expression, timing—he had it all. A short, dapper figure, he turned his lack of inches to positive advantage, and audiences took to him everywhere[1] »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cette dernière et lui jouent ensemble dans L'école des Sorciers en 1877. Mrs  Howard Paul quitte son mari vers cette date pour adultère, Howard Paul ayant pris comme maîtresse l'actrice, chanteuse, danseuse et acrobate Letitia Elizabeth Rudge, dite Letty Lind, qui lui donne deux enfants illégitimes [12]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Joseph, Tony. "Grossmith, George (1847–1912)" in Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press (2004), consulté le 30 mai 2018
  2. Parker, p. 396–397
  3. Grossmith (1888), chapter II
  4. Joseph, p. 26–29
  5. Grossmith (1888), chapitre III
  6. a et b (en) Anonyme, « Notice nécrologique de George Grossmith », The Times,‎ .
  7. Johnson, p. 43
  8. No Thoroughfare.
  9. Grossmith (1888), Chapter VI.
  10. a, b et c Grossmith (1888), Chapter IV.
  11. Cover art of the sheet music, from "Images of Photographers" website (2005, Bright Bytes Studio), consulté le 31 mai 2018.
  12. « Letty Lind » (consulté le 3 juin 2018).
  13. « Information about Beauties on the Beach and some other Grossmith sketches » (consulté en 4 jin 2018)
  14. a et b David Stone, « George Grossmith », sur Who Was Who in the D'Oyly Carte (consulté le 3 juin 2018).
  15. a et b Simon Moss, « Grossmith et [[Gilbert et Sullivan]] », sur Archive of G&S memorabilia (consulté le 3 juin 2018).
  16. a, b et c Grossmith (1888), chapitre V.
  17. Grossmith 1901, p. 251.
  18. Grossmith (1888), chapitre VII.
  19. (en) George Grossmith, « Sir Arthur Sullivan: A Personal Reminiscence », The Pall Mall magazine, Londres, George Routledge & Sons, Ltd., vol. 23,‎ (lire en ligne).
  20. profile at the Memories of the D'Oyly Carte website, consulté le 7 juin 2018.
  21. Ainger 2002, p. 138.
  22. Ayre 1972, p. 137.
  23. The Times, 2 février 1887, p. 10, col. F.
  24. [1]New York TimesMaladie et rémission de Grossmith, consulté le 9 juin 2018.
  25. The Times, 18 février 1887, p.12, col. B.
  26. [2] Henry Lytton, Secrets of a Savoyard, chapitre 3, Lytton remplaçant Grossmith comme Robin dans Ruddigore, consulté le 7 juin 2018.

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Référence à l'article en anglais[modifier | modifier le code]