Geneviève Gavignaud-Fontaine

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Geneviève Gavignaud-Fontaine
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Biographie
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Geneviève Gavignaud-Fontaine, née le [1] à Saint-Paul-de-Fenouillet (Pyrénées-Orientales), est une historienne française et professeur des Universités émérite (Montpellier).

Biographie[modifier | modifier le code]

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Diplômée de l’université de Montpellier (1965-69: propédeutique, licence, diplôme d’études supérieures), agrégée d’histoire (1970), docteur ès lettres et sciences humaines de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne (doctorat d’État, 1980), elle a été Professeur des Universités - classe exceptionnelle - à Montpellier où s’est déroulée sa carrière (1975-2015). Ses travaux ont été accompagnés, sans interruption de 1990 à 2014, de primes de recherche et d’encadrement doctoral (1990-2010), prime d’excellence scientifique (2010-2014).

Membre de diverses équipes de recherche françaises et internationales, elle a été visiting professor aux États-Unis (Davidson, North Carolina 1980-81, où elle a forgé le concept de Révolution rurale différenciée de la Révolution Agricole). Quatre décennies de recherche ont permis à sa pensée d’agencer en synthèse les études successivement conduites sur la propriété des terres, les sociétés rurales et vigneronnes, les marchés et les prix, les doctrines économiques. La méthode suivie consiste à inscrire l’analyse des réalités humaines étudiées dans le temps long, celui de l’épaisseur et de la durée des sociétés; de la confrontation des conclusions aux idéologies et doctrines, la recherche du vrai fait remonter à l'œuvre de saint Thomas d'Aquin, et considérer les fondamentaux de la vie des hommes et de leurs sociétés.

L’historienne travaille depuis 2011 sur l’impératif de justice dans les rapports économiques; elle argumente qu’au fondement de l’économie de marché laisser-fairiste (ou libre-échangiste), et en lien avec la science économique développée depuis le dix-huitième siècle, se trouvent d’injustes pratiques relatives aux prix, salaires et bénéfices. Lorsque les rapports de force remplacent, sur le marché, les relations de justice, l’injustice commerciale déstructure économies et sociétés, jusqu’à faire disparaitre la raison de vivre en société; le durcissement des inégalités s’accompagne de ravages moraux.

Le professeur Gavignaud-Fontaine est l’auteur d’une vingtaine de livres qui concernent le vignoble du Languedoc et le Roussillon (propriété, marché), la société rurale occidentale (française, européenne, américaine), les doctrines économiques et sociales, plus particulièrement la doctrine chrétienne; une centaine de contributions (participations à des ouvrages collectifs, actes de colloque, articles de revues) complètent ses travaux. De publication en publication, sans contradiction de fond ni de surface, la pensée chemine de l’histoire à la philosophie morale. Attentive aux causes profondes des faits analysés, l’historienne met la connaissance du passé au service de la compréhension du présent.    

Thèmes d'étude[modifier | modifier le code]

Thématique actuelle: l’impératif de justice dans les relations économiques et sociales

Dans son dernier ouvrage publié en 2017, 'Justice dans les relations économiques, justice sociale. Sources morales et ruptures spéculatives', elle analyse des problèmes de la société actuelle dans le cadre du débat sur le capitalisme de marché mondialisé[N 1] venu bousculer tant les personnes que les civilisations[N 2].

Du cas vigneron régional à de multiples autres cas dans le monde, la responsabilité des prix de marché[N 3] dans la déstructuration des sociétés européennes est mise en évidence. La perspicacité de l’analyse conduit l’auteur à expliciter les nécessaires rapports de justice dans l’économie en général, et sur les marchés en particulier. Justice particulière commutative et justice générale sont précisément définies, la justice sociale étant la résultante de toutes les justices. L’historienne rappelle les recommandations aristotéliciennes, l’apport décisif de la doctrine chrétienne, plus particulièrement les questions et les réponses de saint Thomas d’Aquin[2]. Une façon pertinente de faire dialoguer les temps anciens et présents, d’attirer l’attention sur l’édifiant patrimoine de l’Europe chrétienne, de mettre l’histoire au service de la compréhension de l’actualité, de repérer la pérennité et l’universalité de conduites tant humaines que sociales.

L’auteur expose comment le libéralisme moderne et ses adeptes interprètent la « justice ». Elle fait ressortir combien les manquements aux nécessaires justices légale et commutative fondent les actuels rapports économiques et sociaux. Elle fait comprendre pourquoi les carences de justice sur les marchés du monde se répercutent en violentes atteintes aux droits de la personne[N 4] ; orchestrée par le seul marché, la marche du monde ne ferait-elle pas disparaître ce qu’il reste de dignité humaine ? Les travaux les plus récents de l’historienne mettent en avant les caractères pérenne et universel de l’impératif de justice[3].

Histoire de la propriété foncière en Roussillon

Jean Bouvier, dans la préface de l'ouvrage Propriétaires-viticulteurs en Roussillon. Structures, Conjonctures, Société, XVIII-XXe siècle, déclare : « L’argumentaire fondé sur les documents et l’expérience de générations de terriens fait de la propriété familiale un fondement stabilisateur de la société à la double condition d’obtenir protection (juridique, législative), et de s’autodéfendre (associations, rapports avec l’État). Autant d’éléments qui s’agencent dans une problématique ayant pleine valeur générale »[4].

Histoire vigneronne

Histoire du plus vaste vignoble du monde (Languedoc-Roussillon): des ouvrages qui traitent de vins, vignerons, vignes ; et qui, par-delà ces spécificités, restituent les problèmes des sociétés agricoles du monde confrontées à d’importants marchés. L’accent est mis sur les populations locales qui perdent la maîtrise de leurs terres dès que cessent les mécanismes de sauvegarde des activités.

Histoire rurale

Une analyse novatrice des campagnes françaises et américaines[N 5], avec définition de l’efficace concept de « révolution rurale » : un ensemble de mutations pour les campagnes, leurs populations et leurs activités; les nouveaux ruraux non agricoles remplacent les agriculteurs des derniers siècles qui avaient eux-mêmes succédé aux paysans des millénaires précédents; désormais, les liens avec la terre nourricière sont rompus par de nouvelles populations venues des villes. Rupture de civilisation considérée comme majeure.

Les doctrines

Les doctrines (libéralisme, socialisme, doctrine sociale catholique) sont mises à l’épreuve des faits. La confrontation entre études économico-sociales de terrain et principes énoncés conduit à resserrer les liens entre l’économie-sociale et la morale. Les thèmes plus particulièrement étudiés sont la propriété[N 6], le marché[5] et les prix[6], le rôle de l’État et des associations professionnelles[7] (syndicats, coopératives). L’approche de ces questions est renouvelée en profondeur par une grille de lecture associant histoire et philosophie morale.

Économie sociale et morale

L’économie, fonction importante de l'homme en société, trouve son point d’appui dans le travail servi par le capital. Elle est dite sociale lorsqu’elle vise à satisfaire les nécessités de chacun des membres de la société. L’économie sociale devient morale quand, pour satisfaire aux exigences du bien commun, elle se pétrit de justice; la charité chrétienne la relaye pour répondre aux détresses particulières. La continuité unificatrice des enseignements[N 7] résiste aux contingences historiques.

Sur la base de faits patiemment observés in situ, analysés à renfort de pluridisciplinarité qu’exige leur complexité, et comparés, la méthode mise en œuvre est vigoureuse[N 8] ; la discipline intellectuelle fait cheminer du particulier au général: ni lecture matérialiste de l’histoire[N 9], ni réflexion théorique ou idéologique, mais prise en compte des faits économiques et sociaux, puis articulation des analyses locales, nationales et mondiales pour les confronter aux spéculations intellectuelles. Parce qu’ils relèvent des personnes agissantes, faits matériels et conduites morales - ou amorales - s’imbriquent dès que ces dernières sont prises en compte.

Publications[modifier | modifier le code]

Économie sociale et morale
  • Considérations économiques chrétiennes de saint Paul aux temps actuels, Paris, Boutique de l’Histoire éditions, 2009.
  • Les Catholiques et l’économie-sociale en France, 19e-20e siècle, Paris, Les Indes Savantes/La Boutique de l’Histoire, 2011.
  • Marchés sans justice, ruines sociales. Refonder les libertés économiques sur la justice, Paris, Les Indes Savantes/La Boutique de l’Histoire, 2013.
  • Justice dans les relations économiques et justice sociale. Sources morales et ruptures historiques, Paris, Les Indes Savantes/La Boutique de l’Histoire, 2017. 
Histoire rurale
  • La Propriété en Roussillon, Structures et conjoncture agraires, XVIII-XXème siècle, Thèse Paris I Panthéon-Sorbonne, A.N.R.T. Lille III, 1980.
  • La Révolution rurale. Essai à partir du cas américain (U.S.A.), Le Coteau, Horvath, 1983. Préface de Robert Laurent.
  • Les Campagnes en France, Paris, Ophrys, 1990, T1, le XIXème siècle; T2, le XXème siècle.
  • La Révolution rurale dans la France contemporaine, XVIII-XXème siècle, Paris, L’Harmattan, 1996.
  • Propriété et société rurale en Europe, les doctrines à l’épreuve de l’histoire sociale française (années 1780-1920), Nantes, Les Éditions du Temps, 2005.
  • Villageois sans agriculture! Observations sur la société rurale contemporaine, Montpellier, Publications de la Méditerranée, 2007.
Histoire vigneronne
  • Propriétaires-viticulteurs en Roussillon. Structures, Conjonctures, Société, XVIII-XXe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 1983, 2 tomes Adaptation de la thèse, Préface de Jean Bouvier.
  • Caractères historiques du vignoble en Languedoc et Roussillon, Montpellier, Publications Universitaires de la Méditerranée, 1997.
  • Les Caves coopératives dans le vignoble du Languedoc-Roussillon, Montpellier, Publications Universitaires de la Méditerranée, 2001; Montpellier, Vignerons Coopérateurs, 2002, 52 p.
  • Vignobles du Sud, XVI-XXe siècle, Actes du colloque du Centre d’Histoire moderne et contemporaine de l’Europe méditerranéenne et de ses périphéries, Montpellier, Publications Universitaires de la Méditerranée, 2003, en collaboration avec Henri Michel.
  • Vignerons, Montpellier, Publications Universitaires de la Méditerranée, 2005.- Le Vin en Languedoc et Roussillon, de la tradition aux mondialisations 16-21ème siècle, Perpignan, Trabucaïre, 2007, en collaboration avec Gilbert Larguier.
  • Terroirs et marchés des vins dans un siècle de crises. Languedoc et Roussillon, 1907-2007, Montpellier, Publications Universitaires de la Méditerranée, 2012.
  • Le Cours des vins en Catalogne et Languedoc-Roussillon. Fluctuations et portée des prix dans le temps long de l’histoire (direction des Actes de la Journée d’études de 2011), Toulouse, Annales du Midi, n° 281, janvier-mars 2013.
  • Corps intermédiaires vignerons et marchands en Languedoc 1704-1939, ouvrage collectif (avec G. Larguier et alii), Presses Universitaires de Perpignan, 2016.    
Varia
  • Civilisations populaires du Languedoc et du Roussillon, Le Coteau, Horvath, 1982, 2e édition, 1990, ouvrage collectif sous la direction de Gérard Cholvy.
  • La Révolution française dans le Languedoc méditerranéen, Toulouse, Privat, 1987, en collaboration avec Robert Laurent.
  • Saint-Paul et les Fenouillèdes, les racines de leur histoire, Montpellier, Orpèges, 2011, 2e édition 2012.
  • Le « Chapitre » de Saint-Paul-de-Fenouillet, histoire et rayonnement spirituel, œuvres d’art, Montpellier, Orpèges, 2013, en collaboration avec Lucien Bayrou et Michèle François.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Les 500 qui font le Languedoc-Roussillon, Montpellier, Édition Intelligence Media, 1994.
  • Pierre Clerc, Dictionnaire de biographie héraultaise, des origines à nos jours, Montpellier, Les Nouvelles Presses du Languedoc éditeur, 2006.
  • European Biographical Directory, Dictionnaire biographique européen, 11, R. H. Neirijnck (Bruges), 1997.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ni bonne ni mauvaise en soi, la globalisation économique est ce que les hommes en font. L’actuelle mondialisation se définit comme « compétition globale entre les entreprises, et mise en compétition des territoires du monde par les firmes globales », Pierre-Noël Giraud, La Mondialisation, émergence et fragmentation, Éditions Sciences Humaines, 2008. L’opinion binaire en fait la seule alternative au socialisme disqualifié par l’effondrement soviétique. Les historiens rencontrent dans leurs recherches des économies de marché conjuguant liberté de commercer - conforme à la liberté humaine - et règles à respecter. L’automobiliste est libre de circuler sur la route, et contraint de respecter le code de bonne conduite.
  2. Fernand Braudel avait su attirer l’attention des historiens sur les faits de civilisation analysés dans ses ouvrages.
  3. Dans la continuité des études de prix réalisées par Ernest Labrousse (Université de Paris), et non nombre de ses élèves dont Robert Laurent (Université de Montpellier).
  4. « La pauvreté est le résultat de la violation de la dignité de travail » (Benoît XVI, Caritas in veritate, 2011 ; dans ses déclarations, le pape François établit des liens entre pauvreté et négation des droits de l’homme
  5. Préface de Robert Laurent, La Révolution rurale. Essai à partir du cas américain (U.S.A.), Le Coteau, Horvath, 1983.
  6. Une vigoureuse synthèse sur la propriété est rédigée à l’intention des agrégatifs d’histoire en 2007 : Propriété et société rurale en Europe. Les doctrines à l’épreuve de l’histoire sociale française (années 1780-1920), Nantes, Les Editions du Temps, 2005.
  7. Rassemble les contributions des pères et docteurs de l'église, des papes.
  8. Conforme aux exigences méthodologiques de l’école des Annales et reprises par bon nombre d’historiens dans les années 1930-70.
  9. En son temps, Henri-Irénée Marrou avait signalé « l’intervalle dissonant » le reliant à l’Ecole des Annales, sans en rejeter les toutes les recommandations méthodologiques, De la connaissance historique, édition 1975, note 22, p. 20.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Autorité BnF
  2. Thomas d’Aquin, Somme théologique, t. 3, IIa-IIae, « De la justice ».
  3. Gérard Cholvy, Compte rendu de lecture dans Bulletin Littéraire de l’Église (BLÉ), Toulouse, 2014
  4. Jean Bouvier, Préface, Propriétaires-viticulteurs en Roussillon. Structures, Conjonctures, Société, XVIII-XXe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 1983, 2 tomes. Compte rendu de thèse in la Revue Historique, Le professeur Bouvier a dirigé la thèse de Geneviève Gavignaud, La Propriété en Roussillon, XVIII-XXe siècles, Université Paris I, 1980.
  5. Terroirs et marchés des vins dans un siècle de crises. Languedoc et Roussillon, 1907-2007, Montpellier, Publications Universitaires de la Méditerranée, 2012.
  6. Celle-ci rassemble des historiens de Montpellier, Perpignan, Barcelone : Le Cours des vins en Catalogne et Languedoc-Roussillon. Fluctuations et portée des prix dans le temps long de l’histoire (Actes de la Journée d’études de 2011 organisée à Montpellier par G. Gavignaud-Fontaine, laboratoire CRISES), Toulouse, Annales du Midi, no 281, janvier-mars 2013.
  7. « Introduction: Les caves coopératives du Languedoc-Roussillon dans l’histoire » in Caves coopératives en Languedoc-Roussillon, ouvrage collectif, Montpellier, Lieux Dits Éditions 2010.