Unsere Mütter, unsere Väter

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Generation War
Titre original Unsere Mütter, unsere Väter
Réalisation Philipp Kadelbach
Scénario Stefan Kolditz
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de l'Allemagne Allemagne
Durée 3 × 90 minutes
Sortie 2013

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Unsere Mütter, unsere Väter littéralement « Nos mères, nos pères » , Génération War en France, ou Génération Guerre au Québec, est une mini-série allemande en trois parties diffusée en 2013.

Elle raconte, du point de vue allemand, le destin de cinq amis âgés de 20 ans en 1941 pendant la Seconde Guerre mondiale : Wilhelm et son jeune frère Friedhelm, qui vont partir sur le Front de l'Est avec la Wehrmacht, tout comme Charlotte qui va devenir infirmière militaire, alors que Greta rêve d'une carrière de chanteuse et que son amant Viktor, fils de tailleurs juifs, doit sauver sa peau. Les personnages sont à la fois victimes et bourreaux au milieu des horreurs du conflit mondial. Le téléfilm couvre une période de quatre ans et s'achève en 1945 dans l'Allemagne en ruine.

En Allemagne et en Autriche, le téléfilm a été diffusé les 17, 18 et 20 mars 2013 respectivement sur la ZDF et l'Österreichischer Rundfunk (ORF). En France, il a été diffusé les 26 août, 2 septembre, et 9 septembre 2013 sur Canal+. Au Canada, toujours en français, les 23 et 30 mai ainsi que le 6 juin 2014 sur les ondes de ICI Radio-Canada Télé, et les 28 et 29 août 2014 sur Arte. En Pologne, la mini-série a été très abondamment critiquée pour sa présentation des résistants polonais de l'Armia Krajowa comme profondément antisémites.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Épisode 1 : Un autre temps[modifier | modifier le code]

Juin 1941. Alors que l'offensive allemande en URSS, l'opération Barbarossa, vient de commencer, cinq amis se retrouvent dans un café à Berlin pour une dernière soirée. Le lieutenant Wilhelm Winter va partir sur le front avec son petit frère Friedhelm. Charlotte, secrètement amoureuse de Wilhelm, va également s'y rendre en tant qu'infirmière. Quant à Greta Müller, elle va rester à Berlin pour tenter de percer dans la chanson et aider son amant, Viktor Goldstein, à échapper aux persécutions antisémites. Sûrs de la victoire rapide de la Wehrmacht sur l'Armée rouge, les amis se promettent de se retrouver dans le même café à Noël pour la victoire.

En Russie, alors que Wilhelm, en tant que vétéran de la Pologne, est vénéré par ses hommes, Friedhelm, traumatisé par les horreurs de la guerre (le major SS Hiemer abat une enfant juive devant ses yeux), adopte une attitude défaitiste et refuse de se battre. Mais face à l'hostilité de ses camarades et à la résistance de plus en plus acharnée des soviétiques, Friedhelm comprend qu'il doit changer d'attitude. Charlotte se lie d'amitié avec une auxiliaire ukrainienne, Lilija, mais quand elle apprend qu'elle est juive, elle la dénonce. Greta entretient une relation avec un officier de la Gestapo, Dorn, en échange d'un coup de pouce pour démarrer sa carrière et de faux papiers pour Viktor.

En décembre, les cinq amis comprennent qu'ils ne pourront respecter leur promesse. Wilhelm et Friedhelm passent Noël devant Moscou, en pleine contre-offensive soviétique. Viktor tente de fuir avec de faux papiers délivrés par Dorn mais c'est un piège et il est arrêté. Quant à Greta, elle accomplit enfin son rêve en devenant une vedette de la chanson.

Épisode 2 : Une autre guerre[modifier | modifier le code]

Juillet 1943. Après la défaite de Stalingrad, la Wehrmacht s'apprête à lancer la contre-offensive de la dernière chance à Koursk. Face à la saignée humaine, Wilhelm ne croit plus en la victoire alors que Friedhelm est devenu un soldat exemplaire, obéissant sans broncher à tous les ordres, même les plus horribles. Avec Alina, une Polonaise, Viktor parvient à s'échapper du train qui le conduit vers les camps de la mort. Grâce à son succès, Greta est envoyée pour chanter devant les troupes en Ukraine. C'est l'occasion de retrouver ses trois amis et de découvrir le vrai visage de la guerre.

L'offensive est lancée. Malgré tout leur courage, Wilhelm et Friedhelm n'arrivent pas à percer les défenses soviétiques. Épuisé par les combats, Wilhelm déserte le front et part se reposer dans la campagne. Friedhelm est blessé par un tir ami alors qu'il venait de traverser les lignes russes en se déguisant en soldat de l'Armée Rouge. Il est sauvé par le docteur Jahn grâce à l'insistance de Charlotte pour le soigner. Greta et Friedhelm rentrent à Berlin. La première est emprisonnée pour défaitisme et parce qu'elle risque de briser le mariage de Dorn. Le second, devant la froideur de son père (qui croit Wilhelm mort) et le patriotisme béat de ses compatriotes, repart pour le front.

Viktor et Alina rejoignent des partisans polonais que la série présente comme antisémites. Viktor se joint au groupe à qui il doit cacher ses origines juives. Charlotte, croyant Wilhelm mort, couche avec le docteur Jahn. Wilhelm, lui, est retrouvé par la police militaire allemande et est condamné à mort pour désertion.

Épisode 3 : Un autre pays[modifier | modifier le code]

Juin 1944. Wilhelm a été gracié et envoyé dans un bataillon disciplinaire chargé des basses besognes. Viktor et le groupe de partisans tendent une embuscade à un convoi ferroviaire allemand pour récupérer des armes. Ils découvrent des wagons remplis de juifs envoyés vers les camps de la mort et refusent de les libérer. Mais Viktor se rebelle et ouvre les portes des wagons. Le chef des partisans comprend qu'il est juif et l'exclut du groupe. Friedhelm intègre de son côté l'armée anti-partisane du colonel Hiemer, responsable de nombreux crimes. Ils attaquent le groupe de partisans dont faisait partie Viktor et ce dernier, qui n'était pas loin, revient pour se battre. Il se retrouve face à Friedhelm qui l'épargne, et tue même Hiemer pour sauver son ancien ami.

Février 1945. Wilhelm parvient à déserter en tuant le chef sadique de son bataillon disciplinaire et rentre à pied à Berlin. Charlotte est capturée par les Soviétiques mais est épargnée grâce à l'action de Lilija, devenue officier de l'Armée Rouge.

Avril 1945. Alors que les Soviétiques rentrent dans Berlin, Greta est exécutée après 18 mois d'emprisonnement, quelques jours avant la capitulation allemande. Au même moment, Friedhelm se fait tuer par les Russes pour sauver un groupe de la Volkssturm. En mai, dans Berlin en ruines, Viktor découvre que Dorn a réussi à être engagé dans l'administration par les Américains, ignore ce que sont devenus ses parents et apprend que Greta est morte. Dans le café du début, dévasté par les bombes, il retrouve Charlotte et Wilhelm. Brisés par la guerre, les trois amis partagent en silence un verre à la mémoire de leurs deux compagnons disparus.

L'épisode se termine par une représentation de la photo du début et indique les années de naissance et de mort de Viktor (1921-1997), Greta (1921-1945), Charlotte (1921-2003), Friedhelm (1923-1945) et Wilhelm (1920- ).

Distribution[modifier | modifier le code]

Source et légende : Version française (VF) selon le carton du doublage français télévisuel[1].

Personnages[modifier | modifier le code]

Wilhelm[modifier | modifier le code]

Wilhelm Winter est un vétéran de la Wehrmarcht. Il a combattu lors des campagnes de Pologne et de France (où il fut blessé). Il est un lieutenant reconnu par ses hommes et apprécié par son père. Il se rend sur le front russe, pensant comme ses camarades que la guerre ne durera pas et qu'elle sera terminée avant Noël 1941. Confronté aux horreurs d'une guerre devenue totale et idéologique, il perd petit à petit son optimisme. Il va devoir faire face à différentes situations dans lesquelles son honneur et ses idéaux vont être remis en cause : l'exécution d'un officier ennemi, les crimes de guerre, l'utilisation de civils pour éviter les mines des partisans...

Conscient de l'amour que lui porte Charlotte, il en restera volontairement indifférent, sachant qu'il a de grandes chances d'être tué avant la fin de la guerre, pour "ne pas lui donner de faux espoirs".

Dans le cadre de l'opération Citadelle, qui est la dernière chance pour les Allemands de reprendre l'initiative sur les Russes, on lui assigne la prise d'une station télégraphique. Il y perd presque toute son unité et passe pour mort auprès de son frère Friedhelm lors d'un dernier assaut désespéré (cela poussera d'ailleurs Friedhelm à un acte héroïque où il réussira à prendre la station télégraphique pratiquement seul). Traumatisé et complètement abasourdi par la tournure qu'a prise cette guerre, il décide de déserter et de se cacher dans une cabane dans les bois. Lorsqu'il est finalement découvert par hasard par une patrouille allemande, il est condamné à mort pour désertion malgré les arguments présentés par son supérieur, tels qu'une amnésie consécutive à un impact de grenade ou un rappel de son service exemplaire sur le front français en 1940.

Finalement gracié, Wilhelm rejoint le bataillon disciplinaire 500, rassemblant des soldats allemands qualifiés de traîtres et de lâches, où il subira les affres de son chef sadique, qu'il va par la suite tuer afin de retourner à Berlin, en ruines.

Friedhelm[modifier | modifier le code]

Friedhelm Winter est le frère cadet du lieutenant Wilhelm Winter. C'est un jeune homme cultivé, appréciant la poésie et la littérature (il apprécie Rimbaud et Ernst Junger) et qui semble volontiers s'amuser. S'opposant de manière passive mais explicite au fanatisme et à l'exaltation de ses compagnons d'armes, au début de la campagne de Russie, il va finalement s'endurcir au fur et à mesure de la guerre et devenir un soldat froid et cynique, parfaite machine à tuer. Cette transformation va aller en s'intensifiant avec la mort (pour Friedhelm) de son frère et le rejet de son père. En fait, Friedhelm, brisé par la guerre et les atrocités, est convaincu que tout est voué au néant. C'est ce qui lui donne cette froide impassibilité et le rend terriblement efficace au combat. Mais c'est aussi ce qui fait de lui un monstre. En effet, à ce stade de la guerre, il n'est pas plus ému par les tirs ennemis que par le fait d'exécuter un enfant. Néanmoins, il n'abat pas Viktor, lors de l'attaque contre les partisans et va même jusqu'à le sauver en tuant son officier supérieur. En outre, il se sacrifie à la fin du film, pour éviter que de jeunes membres du Volkssturm ne se fassent massacrer inutilement par fanatisme.

Charlotte[modifier | modifier le code]

Charlotte, surnommée Charly, est amoureuse de Wilhelm mais n'ose pas le lui avouer. Patriote, elle se porte volontaire pour être infirmière sur le front et est envoyée dans un hôpital militaire à quelques kilomètres seulement du front est. Au début, très ébranlée par l'état des soldats blessés, elle s'endurcit rapidement. Elle recrute une autre infirmière, Lilija, qui était médecin en Ukraine. Cette dernière lui cache sa confession juive. Lorsque Charlotte découvre son secret, elle n'hésite pas à la dénoncer. Ce n'est qu'après son arrestation qu'elle regrettera sa décision.

Lorsque Charly retrouve ses amis à l'occasion du passage de Greta pour remonter le moral des troupes, elle avoue enfin son amour à Wilhelm. Mais celui-ci la repousse car, désabusé, il pense ne pas survivre à la guerre. Par la suite, lorsque Friedhelm arrive lourdement blessé à l'hôpital, Charlotte insiste auprès du médecin pour qu'il mette tout en œuvre pour le sauver. À son réveil, Friedhelm lui apprend la mort de Wilhelm ce qui pousse Charlotte dans les bras du docteur Jahn. Mais lorsque la nouvelle unité (le bataillon disciplinaire 500) de Wilhelm arrive à l'hôpital, elle réalise son erreur.

Lors de l'évacuation de l'hôpital militaire, Charlotte part à la recherche de Sonja, une infirmière russe. Elles sont oubliées et restent seules avec les soldats les plus lourdement blessés, intransportables. À l'arrivée de l'Armée Rouge, les soldats russes abattent tous les blessés restants dans l’hôpital, et l'un d'eux commence à violer Charlotte. Elle sera libérée de son agresseur par l'intervention de Lilija, qui n'est autre qu'un officier russe. Sonja est exécutée pour traîtrise dans la nuit suivant l'arrivée de l'Armée Rouge à l'hôpital.

Greta[modifier | modifier le code]

Greta Müller rêve de devenir chanteuse et a choisi de rester à Berlin aux côtés de son amant juif Viktor. Mais bien vite, elle va le délaisser pour Dorn, un commandant de la Gestapo marié. Elle se sert de cette liaison non seulement pour préparer la fuite de Viktor vers les États-Unis, mais également pour lancer sa carrière de chanteuse de variétés.

C’est sous le pseudonyme de Greta del Torre qu’elle retrouve Wilhelm, Charlotte et Friedhelm sur le front russe où elle vient remonter le moral des troupes. Elle est alors pour la première fois confrontée à l’horreur de la guerre lorsqu'elle manque son vol à cause de son attitude de diva et découvre le travail de Charly à l’hôpital militaire.

De retour à Berlin, elle est arrêtée pour défaitisme, incitation à la haine et dépréciation du Führer après avoir pris à partie des soldats un peu trop pressants en évoquant de manière inconsidérée son expérience du front. Elle profite de son interrogatoire pour annoncer à Dorn qu’elle est enceinte de lui, pensant ainsi éviter la prison. Mais au contraire, celui-ci la frappe violemment au ventre. Greta est ensuite incarcérée à la prison pour femmes de Charlottenburg et est exécutée quelques jours avant la fin de la guerre.

Viktor[modifier | modifier le code]

Viktor Goldstein est l'amant juif de Greta. Son père possède une boutique à Berlin. Il est très tôt conscient du sort que l'Allemagne nazie réserve aux juifs (allemands compris). Son père, lui, croit encore être considéré comme citoyen allemand. Greta s'arrange pour lui obtenir un laissez-passer vers la France auprès de son autre amant, le lieutenant-colonel Dorn de la Gestapo. Celui-ci, pourtant, va les trahir tous les deux en faisant arrêter Viktor puis en l'envoyant au camp d'Auschwitz. À 20 kilomètres du camp, Viktor s'évade du train avec une Polonaise. Rapidement, ils sont enrôlés dans un groupe de partisans polonais. Viktor y reste plusieurs années, participant activement aux actions des partisans, jusqu'à ce que ces derniers découvrent qu'il est juif. Laissé en vie, il est cependant chassé du groupe puis retourne se battre à ses côtés lorsqu'une escouade allemande dont fait partie Friedhelm l'attaque. Épargné par Friedhelm, il retournera finalement, à Berlin.

Réception[modifier | modifier le code]

En Allemagne[modifier | modifier le code]

Le téléfilm, d'une durée totale de quatre heures et demie, est diffusé en trois parties. L'épisode final est visionné par 7,6 millions de téléspectateurs, sa part d'audience s'élève à 24 %[2].

En Pologne[modifier | modifier le code]

Tout au long des trois épisodes de la mini-série, dont une partie se déroule dans la Pologne occupée, ses habitants sont présentés comme férocement antisémites. En particulier, les partisans de l'Armia Krajowa c'est-à-dire le plus important mouvement de résistance en action durant la Seconde Guerre mondiale, multiplient les propos antisémites (par exemple, « Les juifs, on les noie comme les chats » ou cette scène où le chef « sent » Viktor pour déterminer s'il est juif) et refusent même de libérer des prisonniers juifs entassés dans les wagons d'un train qu'ils viennent de stopper sur la voie après une embuscade. Cette présentation de l'Armia Krajova, ignorant en particulier de sa Commission d'aide aux juifs (Żegota), a été perçue comme particulièrement « grotesque » en Pologne, poussant notamment l'Ambassade en Allemagne à envoyer un courrier à la ZDF stipulant notamment que l'Armia Krajova comprenait des juifs et qu'un quart des Justes parmi les Nation reconnus par le mémorial de Yad Vashem sont Polonais[3],[4]. La presse polonaise, elle, estime l'approche de la série « injuste », « scandaleuse » et « offensante »[5].

En France[modifier | modifier le code]

Le site internet Allociné lui accorde la note 4,2/5[6].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Les Polonais outrés par un film allemand sur la Deuxième guerre mondiale

Olivier Bault18 juin 2013Article, Histoire de comprendre, Nouvelles d'Europe157 Commentaires

Les Polonais outrés par un film allemand sur la Deuxième guerre mondiale La télévision publique allemande ZDF a récemment produit et diffusé un film sur les tribulations d’un groupe de jeunes soldats allemands de la Wehrmacht entre 1941 et 1945 (des dates qui correspondent à l’historiographie soviétique de la guerre). Des Allemands bien gentils, pas vraiment antisémites, pas nazis du tout, face à une résistance polonaise prête à tout pour se débarrasser des Juifs. Ainsi, dans une scène qui ne s’appuie sur aucun fait historique mais qui fait hurler les Polonais, un commando de l’AK, l’armée clandestine polonaise, après avoir pris aux Allemands un train transportant des Juifs vers un camp de concentration, décide, en s’apercevant qu’il s’agissait de Juifs, de ne pas les libérer et de les abandonner à leur sort tragique. Dans une autre scène, à la question de paysans polonais qui s’enquièrent pour savoir s’ils ont des Juifs dans leur unité, les soldats de l’AK répondent : « Les Juifs, nous les noyons comme on fait avec les chats ». L’AK, dirigée depuis Londres par le gouvernement polonais en exil, était la plus grosse armée clandestine de la Deuxième guerre mondiale, avec à son moment culminant prêt d’un million de membres dont plusieurs centaines de milliers de combattants. La thèse suggérée par ce film, intitulé « Nos mères, nos pères » (Unsere Mütter, Unsere Väter), est reprise sur le site Internet du magazine allemand « Bild » qui assure ses lecteurs que les membres de l’AK étaient des nationalistes polonais antisémites et que les nazis n’auraient pas pu être aussi efficaces dans leur entreprise d’extermination des Juifs sans l’antisémitisme virulent des habitants des pays d’Europe de l’Est.

Il s’agit d’une thèse assez répandue chez les Juifs français et américains, beaucoup plus que chez les Juifs israéliens originaires de Pologne mieux au courant de l’histoire compliquée de ce pays. On retrouve par exemple ces accusations chez Joseph Joffo et chez Martin Gray (dont le récit autobiographique « Au nom de tous les miens » soulève bien des doutes chez les historiens polonais et anglo-saxons, mais est pris pour argent comptant par les Français).

Si les Polonais peuvent à la rigueur comprendre que les victimes ou les descendants des victimes de la Shoah noircissent l’attitude des Polonais pendant la guerre, cela devient carrément insupportable quand ce sont les enfants des auteurs des crimes qui se mettent à faire porter aux autres peuples la responsabilité de la folie meurtrière nazie.

Les Polonais reprochaient déjà à l’Allemagne d’omettre dans l’histoire enseignée à l’école les crimes terribles commis contre les non-Juifs, et ce pas uniquement par les SS. Les exactions allemandes ont bien entendu été particulièrement horribles vis-à-vis des Juifs qui faisaient l’objet d’un programme d’extermination systématique, mais elles ont aussi visé d’autres nationalités en territoire polonais. Ainsi, à Varsovie, outre l’instauration puis l’extermination du ghetto de Varsovie en avril 1943, il y a eu l’écrasement dans le sang de l’Insurrection d’août et septembre 1944 : quelque deux cent mille morts côté polonais dont 10 % seulement étaient des combattants, et une ville entièrement détruite, maison par maison.

Les Français méconnaissent souvent l’étendue des destructions allemandes et soviétiques en territoire polonais. La Deuxième guerre mondiale a fait perdre à la Pologne d’avant-guerre six millions d’habitants sur quarante. Sur ces six millions, 2,9 millions de Juifs (sur 3 millions environ) systématiquement exterminés par les nazis. Les autres appartenaient aux autres nationalités qui peuplaient la Pologne en 1939 : Polonais, Ukrainiens, Biélorusses, Lithuaniens… Un peu plus de 10 % des citoyens polonais morts pendant la guerre ont été tués dans le cadre d’opérations militaires. Les autres ont été victimes d’exécutions, de massacres de villages entiers (plusieurs centaines) et de déportations dans les dans camps de concentration allemands, mais aussi soviétiques de 1939 à 1941 puisque l’est de la Pologne était occupé par l’Armée rouge. Un million et demi de Polonais ont été envoyés dans les camps de Sibérie et la moitié d’entre eux y sont morts.[1]

La réputation antisémite de la Pologne n’est pas totalement injustifiée mais il faut la replacer, d’une part, dans le contexte de l’antisémitisme européen de l’époque et, d’autre part, dans le contexte d’un pays qui venait de reconquérir son indépendance et dont la survie était menacée par l’Allemagne nationale-socialiste et par la Russie soviétique. Un pays avec des minorités nombreuses et dont l’attachement à la Pologne n’était pas toujours évident. Entre les deux guerres, il y avait en Pologne deux grands camps politiques : la démocratie chrétienne qui avait une vision plus fédératrice des différentes nations qui vivaient sur le territoire de la IIe République polonaise et les nationaux-démocrates qui exacerbaient les méfiances vis-à-vis des minorités. Comme souvent, les méfiances et les racismes étaient réciproques et si pendant la guerre il y a eu plusieurs massacres de Juifs par des Polonais dans la partie de la Pologne prise aux Soviétiques par les Allemands en 1941 (des massacres initiés et encadrés par les Allemands qui exploitaient l’antisémitisme d’une partie de la population polonaise), il n’y a jamais eu, y compris chez les nationalistes polonais (les nationaux-démocrates), de projet d’extermination de minorités comme chez les nazis. Et à côté des quelques massacres polonais, il y a eu aussi les massacres de très nombreux villages habités par des Polonais dans des conditions tout aussi horribles commis par l’armée clandestine ukrainienne UPA qui voulait « nettoyer » l’Ukraine occidentale actuelle de tous ses habitants de langue et de culture polonaise pour pouvoir annexer ces territoires après la guerre.


Il y a eu aussi la collaboration de nombreux Juifs avec l’occupant soviétique en 1939-41 et des Juifs responsables des camps d’internement communistes mis en place après la guerre en territoire polonais. Des camps d’internement regroupant des prisonniers allemands mais aussi des résistants polonais de l’AK et des prisonniers politiques polonais et où de nombreuses exactions étaient commises. C’était le cas par exemple de Salomon Morel qui a trouvé refuge en Israël face à son inculpation par la justice polonaise de crimes de guerre et crimes contre l’humanité après la chute du communisme. On retrouve aussi un nombre important de noms juifs parmi les responsables des prisons communistes, chez les juges et les procureurs de l’époque stalinienne, qui faisaient condamner à mort les opposants politiques et les résistants de l’AK, et dans les instances dirigeantes du parti communiste après la guerre. Ainsi, l’éminence grise des médias français pour tout ce qui concerne la Pologne, Adam Michnik, rédacteur en chef du journal Gazeta Wyborcza et opposant illustre au régime communiste dans les années 80, est le fils d’Ozjasz Szechter, un Juif polonais communiste membre avant la guerre d’une organisation œuvrant au rattachement de la Galicie orientale et de la Volhynie à la République socialiste soviétique d’Ukraine, et de Helena Michnik, également militante communiste. Son frère Stefan a fait partie de ces juges communistes qui ont prononcé après la guerre des condamnations à mort contre des prisonniers politiques. Il est aujourd’hui réfugié en Suède, ce pays ayant refusé son extradition en Pologne.

Bien entendu, tous ces crimes commis de part et d’autre ont été le fait d’individus minoritaires mais ils restent à l’origine de nombreux malentendus et frustrations réciproques entre Polonais et Juifs, Polonais et Ukrainiens et, dans une moindre mesure, Polonais et Allemands.

Précisons ici que côté polonais il n’y a pas eu comme en France de responsabilité de l’État dans le génocide des Juifs. La résistance polonaise avait même créé un conseil d’aide au Juifs et on estime à une centaine de milliers le nombre de Juifs sauvés par cette organisation. Les Polonais comptent en leur sein le plus grand nombre de « Justes parmi les nations », un titre décerné par l’institut Yad Vashem qui honore les personnes ayant sauvé des Juifs pendant la guerre. En Pologne occupée, aider des Juifs était passible de la peine de mort pour soi-même et souvent pour sa famille.


En 1943, Jan Karski, un courrier du gouvernement polonais en exil qui avait été infiltré dans le ghetto de Varsovie et dans un camp de concentration allemand pour voir ce qui s’y passait a alerté en personne le ministre des Affaires étrangères britannique et le président Roosevelt du génocide en cours. Le gouvernement polonais en exil a officiellement demandé aux gouvernements britannique et américain de venir au secours des Juifs polonais mais les Alliés n’ont pas voulu réagir à ces mises en garde sur la « Solution finale de la question juive » mise en œuvre par les nazis.

Les Polonais ont donc le droit d’être outrés par le film allemand « Unsere Mütter, Unsere Väter », comme ils sont outrés quand les médias, notamment anglo-saxons et parfois aussi allemands (!!!) parlent des « camps de la mort polonais ».

Quant aux accusations d’antisémitisme portées contre la Pologne actuelle, des accusations populaires dans les milieux médiatiques et universitaires français toujours donneurs de leçons, elles sont le plus souvent très exagérées. Il y a bien entendu des Polonais antisémites, mais que les peuples libres de tout racisme en leur sein jettent la première pierre. D’accord, la Pologne a trop longtemps fermé l’œil sur les manifestations racistes de certains supporters dans les matchs de ligue, des manifestations aujourd’hui réprimées, mais elle ne fait pas figure d’exception. Quand les sœurs Radwańska ont joué le 8 février 2013 leur match en double de la Fed Cup contre les joueuses de tennis israéliennes à Eilat, en Israël, des supporteurs israéliens ont crié à leur adresse, depuis les tribunes, « Catholic bitches », chiennes catholiques ! Il n’y a eu aucune réaction des organisateurs et cela n’a pas fait les gros titres de la presse internationale.

[1] Ces chiffres proviennent de l’ouvrage God’s Playground (traduit en polonais sous le titre : Boże Igrzysko) de l’historien britannique Norman Davies

Liens externes[modifier | modifier le code]