Gen d'Hiroshima

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Gen d'Hiroshima
はだしのゲン
(Hadashi no Gen)
Type Shōnen
Genre Drame, antimilitarisme
Manga
Auteur Keiji Nakazawa
Éditeur (ja) Shueisha
Drapeau du Japon Chuokoron-Shinsha (tankōbon)
(fr) Vertige Graphic
Prépublication Drapeau du Japon Weekly Shōnen Jump (1973-1974), Shimin (1975-1976), Bunka Hyōron (1976-1980), Kyōiku Hyōron (1982-1985)
Sortie initiale 1975 – 1985
Volumes 10
Film d'animation japonais
Réalisateur
Studio d’animation Madhouse
Licence (fr) Kazé
Durée 83 min
Sortie
Drama japonais
Réalisateur
Chaîne Drapeau du Japon Fuji TV
1re diffusion
Épisodes 2

Gen d'Hiroshima (はだしのゲン, Hadashi no Gen?, littéralement Gen le va-nu-pieds) est un manga de Keiji Nakazawa publié entre 1973 et 1985 dans plusieurs périodiques japonais.

C'est le premier manga qui a été traduit en français, en 1983, par Les Humanoïdes associés.

Histoire[modifier | modifier le code]

Résumé[modifier | modifier le code]

L'histoire retrace le parcours de la famille Nakaoka à Hiroshima, du printemps 1945 au printemps 1953 en se centrant sur le bombardement atomique du . L'histoire est basée sur la propre expérience de l'auteur, survivant du bombardement où il perdit son père, sa sœur et son frère cadet.

Développement[modifier | modifier le code]

Nakazawa commence son histoire en montrant comment la famille de Gen est discriminée par ses voisins à cause du pacifisme de son père et de son opposition à la politique impériale.

Nakazawa couvre plusieurs années après Hiroshima afin de montrer les conséquences sur le long terme comme les maladies mortelles dues aux rayonnements radioactifs. Il insiste également sur les traumatismes de la société japonaise : rejet social des victimes de la bombe qui symbolise la défaite pour les japonais, famines et pauvreté entrainant marché noir, criminalité organisée des yakuzas et orphelins délinquants.

Il critique vivement l'impérialisme et l'aveuglement des militaires, des entreprises et de l'empereur qui ont conduit à la guerre. Il s'attaque également à l'occupation américaine : étudiant comme des cobayes les victimes de la bombe, censurant les informations au sujet des conséquences de l'explosion...

Cette œuvre est souvent comparée à la bande dessinée américaine des années 1980 Maus, consacrée au génocide juif. L'auteur de celle-ci, Art Spiegelman, préfacier de l'édition américaine, a ainsi affirmé avoir été extrêmement marqué par Gen d'Hiroshima.

Mais Gen d'Hiroshima traite surtout du courage et de la nécessité de se reconstruire et de grandir après un drame. Nakazawa utilise la métaphore du blé tout au long de l'ouvrage : « Soyez comme ce blé, fort, même si vous vous faites piétiner… ».

Analyse de l’œuvre[modifier | modifier le code]

Style[modifier | modifier le code]

Le style de dessin de Keiji Nakazawa est relativement simple, mais "sa violence graphique" a révulsé le public occidental"[1].

Thèmes[modifier | modifier le code]

Gen d'Hiroshima est une œuvre de large ampleur qui aborde beaucoup de thèmes différents:

  • la bombe atomique
  • la discrimination contre les Coréens, par l'intermédiaire du personnage du voisin M. Pak et de sa famille[2].
  • la responsabilité de l'empereur et du système impérial[3].
  • la frontière trouble entre le Bien et le Mal[4]
  • le pacifisme
  • la discrimination contre les hibakusha
  • le rapport entre histoire et mémoire[5]
  • les relations entre Américains et Japonais

Notoriété au Japon[modifier | modifier le code]

Gen d'Hiroshima est souvent utilisé dans les écoles du Japon pour parler des bombardements de Hiroshima et Nagasaki ; il est généralement disponible dans les bibliothèques scolaires, mais parfois, à cause des actes violents représentés, certaines restrictions sont mises en place pour les jeunes lecteurs[6]. Le manga fut pourtant mal reçu lors de sa première parution : au bout d'un an, Jump interrompit sa publication, le manga présentant une vision trop négative du Japon d'après-guerre (corrompu, et où les survivants des bombardements sont ostracisés)[7]. Ainsi, les lecteurs japonais connaissent principalement le premier livre, qui se termine par la bombe atomique avec la vision de Japonais bombardés et pacifistes[7].

Comme les enfants le connaissent bien, il leur a parfois servi de point de référence après l'accident nucléaire de Fukushima en 2011[8].

Manga[modifier | modifier le code]

Publication japonaise[modifier | modifier le code]

En 1972, le rédacteur en chef des revues Jump Tadasu Nagano (ja) demande à ses auteurs d'écrire un récit autobiographique pour le numéro d'octobre de Monthly Shōnen Jump[9]. Dans son histoire, Je l'ai vu (おれは見た, Ore wa mita?), Nakazawa évoque pour la première fois son expérience directe du bombardement, alors qu'il s'était surtout intéressé à ses conséquences dans les années précédentes. Nagano, marqué par ce récit qui suscite par ailleurs des réactions positives chez les lecteurs, propose à Nakazawa d'en réaliser une version plus ambitieuse, ce que l'auteur s'empresse d'accepter.

Publié à partir de 1973 dans l'hebdomadaire à fort tirage Weekly Shōnen Jump, Gen d'Hiroshima est donc une version romancée de l'œuvre autobiographique Je l'ai vu (おれは見た, Ore wa mita?) publiée l'année précédente.

Interrompue après un an et demi, la publication reprend ensuite dans trois magazines moins populaires : Shimin (1975-1976), Bunka Hyōron (1976-1980) et Kyōiku Hyōron (1952-1985), des revues nettement plus orientés politiquement, soutenues par le syndicat des enseignants, très à gauche[7], puis en volumes dès 1975. En tout, Gen d'Hiroshima compte environ 2600 planches[10].

Publication française[modifier | modifier le code]

Gen d'Hiroshima est historiquement le premier manga publié en France[11]. La traduction française du premier volume est publiée en 1983 par Les Humanoïdes Associés, mais c'est un échec. Une nouvelle tentative par Albin Michel en 1990 sous le titre de Mourir pour le Japon rencontre le même sort. Entre 2003 et 2007, Vertige Graphic traduit les dix volumes de l'édition japonaise. Une nouvelle édition sous forme de livre de poche a débuté en 2007[12].

  1. Gen d'Hiroshima 1, 2003. (ISBN 2-908981-63-7)
  2. Gen d'Hiroshima 2, 2003. (ISBN 2-908981-80-7)
  3. Gen d'Hiroshima 3, 2004. (ISBN 2-908981-86-6)
  4. Gen d'Hiroshima 4, 2004. (ISBN 2-908981-89-0)
  5. Gen d'Hiroshima 5, 2004. (ISBN 2-908981-91-2)
  6. Gen d'Hiroshima 6, 2005. (ISBN 2-908981-97-1)
  7. Gen d'Hiroshima 7, 2005. (ISBN 2-84999-015-9)
  8. Gen d'Hiroshima 8, 2006. (ISBN 2-84999-030-2)
  9. Gen d'Hiroshima 9, 2006. (ISBN 2-84999-036-1)
  10. Gen d'Hiroshima 10, 2007. (ISBN 2-84999-043-4)
  1. Gen d'Hiroshima 1, 2007. (ISBN 978-2-84999-051-3)
  2. Gen d'Hiroshima 2, 2007. (ISBN 978-2-84999-057-5)
  3. Gen d'Hiroshima 3, 2008. (ISBN 978-2-84999-060-5)
  4. Gen d'Hiroshima 4, 2008. (ISBN 978-2-84999-063-6)
  5. Gen d'Hiroshima 5, 2009. (ISBN 978-2-84999-069-8)
  6. Gen d'Hiroshima 6, 2009. (ISBN 978-2-84999-074-2)
  7. Gen d'Hiroshima 7, 2010. (ISBN 978-2-84999-085-8)
  8. Gen d'Hiroshima 8, 2010. (ISBN 978-2-84999-087-2)
  9. Gen d'Hiroshima 9, 2011. (ISBN 978-2-84999-091-9)
  10. Gen d'Hiroshima 10, 2011. (ISBN 978-2-84999-096-4)

Récompenses[modifier | modifier le code]

Adaptations[modifier | modifier le code]

Films live[modifier | modifier le code]

Le manga a fait l'objet de trois adaptations cinématographiques en film live réalisées par Tengo Yamada : Hadashi no Gen en 1976, Hadashi no Gen: Namida no bakuhatsu en 1977 et Hadashi no Gen part 3: Hiroshima no tatakai en 1980[13].

Films d'animation[modifier | modifier le code]

Deux films d'animation sont également sortis, Hadashi no Gen en 1983, récompensé par le prix Noburō Ōfuji 1983, et Hadashi no Gen 2 en 1986, réalisés par Mamoru Shinzaki. Tous deux ont été produits par le studio Madhouse[14].

De nombreux éléments du récit original ont été gommés, pour des raisons de durée ou d'unité scénaristique du film.

Dans le premier film, les deux frères aînés de Gen n’existent pas, et l’action est centrée sur la famille ainsi réduite. De même, si les opinions pacifistes du père sont évoquées, il n’est fait mention ni de son emprisonnement, ni de la haine des voisins. Tout ce qui concerne le contexte politique intérieur japonais a disparu, au profit de la vie de la famille Nakaoka.

Dans le second film, ce sont les enfants orphelins qui occupent la scène, au détriment des autres acteurs que sont les yakuzas et les troupes américaines. Plus étonnant, les tests subis par la mère de Gen auprès d’une institution médicale américaine – qui ne soignait pas les malades mais collectait des informations sur les répercussions de la bombe – sont passés sous silence. C’est ainsi essentiellement le volet historique, surtout dans le second film, qui a été sacrifié, privant le récit original de sa complexité. La vie à Hiroshima est vue à travers quelques personnages, et non plus dans sa globalité. De même la violence, notamment faite aux enfants – un aspect sur lequel la BD insiste particulièrement, a été aseptisée. En revanche, l’épisode de la bombe est fidèlement reconstitué dans le premier film.

Références[modifier | modifier le code]

  1. J.-M. Bouissou, Mangas cités, Critique internationale 7 (2000), p. 1-32, p. 7
  2. Takayuki Kawaguchi et Berndt, Jaqueline (éditrice), Comics Worlds and the World of Comics: Towards Scholarship on a Global Scale, Kyoto, Japan, International Manga Research Center, Kyoto Seika University, , PDF (ISBN 978-4-905187-01-1, lire en ligne), « Barefoot Gen and ‘A-bomb literature’ re-recollecting the nuclear experience (「はだしのゲン」と「原爆文学」――原爆体験の再記憶化をめぐって Hadashi no Gen" to "Genbaku Bungaku"-Genbaku Taiken no Sai Kioku ka Omegudde) », p. 233–243. - Article transated by Nele Noppe. Archive - Original Japanese article, Archive. On a parfois critiqué Nakazawa pour ne pas montrer les méfaits de l'armée japonaise hors du Japon; voir S.-M. Ma, Three Views of the Rising Sun, Obliquely: Keiji Nakazawa’s A-bomb, Osamu Tezuka’s Adolf, and Yoshinori Kobayashi’s Apologia, Mechademia 4, 2009, p. 183-196.
  3. Kawaguchi, ibid.
  4. J.-M. Bouissou. Du passé faisons table rase ? Akira ou la révolution self-service, Critique internationale 7 (2000), p. 143-156, p. 144
  5. J. Morello, Hiroshima après Hiroshima: Nakazawa Keiji, l'événement et le temps long, Lendemains de Guerre...: De l'Antiquité au monde contemporain: les hommes, l'espace et le récit, l'économie et le Politique éd. par François Pernot, Valérie Toureille (2010), p. 217-228.
  6. City directs schools to limit student access to A-bomb manga 'Barefoot Gen', The Mainichi 17/8/2013.
  7. a, b et c Jérôme Lachasse, « Hiroshima-Nagasaki : quand le manga s'empare de l'atome », Figaro, le 10 août 2015
  8. Voir le témoignage cité par Akiko IDA, « Le vécu de l’accident nucléaire de Fukushima, Japon : les paroles des enfants », Bulletin Amades [En ligne], 84 | 2011, (mis en ligne le 11 novembre 2012, Consulté le 01 août 2013), par. 11. URL : http://amades.revues.org/1328.
  9. (en) Matt Thorn, « Keiji Nakazawa, 1939-2012 », The Comics Journal, 1er janvier 2013.
  10. J. Berndt, Facing the Nuclear Issue in a “Mangaesque” Way: The Barefoot Gen Anime, Cinergie 2 (2012).
  11. EXCLUSIF : Entretien avec Keiji Nakazawa, l’auteur de « Gen d’Hiroshima », Actua BD 20/7/2003
  12. « Mini Format pour Gen d'hiroshima », sur http://www.manga-news.com/
  13. IMDb.
  14. Pour une analyse critique des adaptations, voir J. Berndt, Facing the Nuclear Issue in a “Mangaesque” Way: The Barefoot Gen Anime, Cinergie 2 (2012).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • J. Berndt, The Intercultural Challenge of the “Mangaesque”: Reorienting Manga Studies after 3/11, in Manga's Cultural Crossroads, éd. par J. Berndt et B. Kümmerling-Meibauer (2013), p. 65-84, aux p. 67-72.
  • C. Hong, Flashforward Democracy: American Exceptionalism and the Atomic Bomb in Barefoot Gen, Comparative Literature Studies 46.1 (2009), p. 125-155
  • K. Nakazawa, Hiroshima: The Autobiography of Barefoot Gen, tr. par R.H. Minear (2010)
  • J.R. Ricketts, Manga, the Atomic Bomb and the Challenges of Teaching Historical Atrocity: Keiji Nakazawa’s Barefoot Gen, Graphic Novels and Comics in the Classroom: Essays on the Educational Power of Sequential Art éd. par Carrye Kay Syma, Robert G. Weiner (2013), p. 174-183.
  • R. Rosenbaum, Graphic Depictions of the Asia-Pacific War, Legacies of the Asia-Pacific War: The Yakeato Generation, éd. par Roman Rosenbaum, Yasuko Claremont (Londres, 2012).