Gaston de Raousset-Boulbon

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Gaston de Raousset-Boulbon
Blason des comtes de Raousset

Le comte Charles René Gaston Gustave de Raousset-Boulbon (Avignon 1817Guaymas (Mexique) 12 août 1854) est un aventurier et flibustier français qui a établi une république dans la région de la Sonora au Mexique. Il est appelé aussi Gaston Raoulx Boulbon.

Biographie[modifier | modifier le code]

Premières armes[modifier | modifier le code]

Né dans une famille de la vieille noblesse provençale, son père, Henri Charles Emile Louis Michel de Raoulx de Raousset Boulbon (29 septembre 1763 - Avignon20 septembre 1846 - Avignon), était comte de Raousset-Boulbon[1], et fut créé 1er baron de Raousset-Boulbon et de l'Empire (lettres patentes du 19 janvier 1811[2]) : il fit dissoudre son majorat en 1837[3].

Gaston dilapide rapidement ses biens. Il part alors en Algérie, où il forge ses premières opinions sur le colonialisme. Il est alors aide de camp du duc d'Aumale participe à la campagne de Kabylie aux côtés du général Bugeaud[4]. La révolution de 1848 ruine ses espoirs de faire fortune en Afrique, et il rentre à Paris. Il y fonde le quotidien La Liberté. Cependant, il ne trouve sa place ni parmi l'aristocratie, ni dans la bourgeoisie républicaine, et il décide de s'embarquer pour la Californie et débarque à San Francisco le 22 août 1850.

Aventures en Amérique[modifier | modifier le code]

Premiers contacts au Mexique[modifier | modifier le code]

Venu à San Francisco pour trouver de l'or, il est rapidement déçu, et il est obligé de travailler comme ouvrier, ce qui le répugne, car il pense que c'est contradictoire avec sa condition noble[5]. Il se tourne alors vers la région de la Sonora au Mexique, où il pense trouver le prolongement des gisements californiens. Le Mexique accueille volontiers les immigrants des États-Unis et d'Europe dans cette région sous-peuplée, subissant les attaques des Apaches. A Mexico, Raousset fonde une compagnie minière, la compañia Restaudora del mineral de Arizona, avec des capitaux mexicains. Les principaux actionnaires sont le président Arista et l'ambassadeur de France au Mexique, ainsi que la banque Jecker & Torre. Le gouvernement mexicain l'autorise à explorer la Sonora et à y établir des mines. En échange, il doit fournir des hommes pour protéger les mines des attaques des Indiens. De retour à San Francisco, il recrute 270 hommes prêts à tenter l'aventure et achète des armes.

Raousset n'a nullement l'intention de se contenter de jouer le rôle de prospecteur qui lui est assigné. Le nord du Mexique s'offre à qui veut le prendre, et les aventuriers américains ou européens comme William Walker ou Charles de Pindray (ce dernier fut sans doute à l'origine du projet de Raousset) rêvent de s'y tailler un état indépendant. Il s'affiche comme républicain, mais il a des visées monarchiques. Il penserait même établir un état qui donnerait un trône pour la famille d'Orléans[5]. Les diplomates français au Mexique ne voient pas d'un mauvais œil la perspective d'une colonie française, car la France — comme plusieurs autres pays européens — a déjà des vues sur le Mexique. De même que Napoléon III soutiendra la conquête du pays par Maximilien d'Autriche douze ans plus tard, la France, sans soutenir officiellement le comte, espère qu'il lui tirera les marrons du feu.

La République de Sonora[modifier | modifier le code]

Drapeau conçu par Raousset, offert à ses hommes le 21 septembre 1853

Le général Miguel Blanco, gouverneur de la Sonora, est chargé de surveiller Raousset, mais celui-ci se soustrait à sa surveillance. Il fait figure de rebelle au Mexique et fonde la République de Sonora. En octobre 1852, il bat les troupes du général Blanco à Hermosillo et fonde la République de Sonora. Le 4 novembre 1852, la compagnie la Restaudora est dissoute par le gouvernement mexicain. Privé de soutien, Raousset retourne à San Francisco.

Hors-la-loi[modifier | modifier le code]

Le 20 avril 1853, Santa-Anna accède à la présidence du Mexique et se proclame dictateur. Raousset se rend alors à Mexico pour le rencontrer et lui proposer un projet de colonisation de la Sonora par des immigrants californiens et européens, pour défendre les frontières du nord contre les attaques des Apaches. Santa-Anna refuse et propose au comte un grade de général dans l'armée mexicaine. Celui-ci refuse, ne voulant pas servir sous les ordres du gouvernement mexicain. Santa-Anna déclare alors Raousset hors-la-loi et vend l'Arizona aux États-Unis, privant Raousset de la conquête de cette région, sur laquelle il avait des vues. Le général Yañez est nommé gouverneur de la Sonora et il entame des négociations avec Raousset avec qui il a des affinités, mais les deux hommes n'arrivent pas à se mettre d'accord. La tension monte dans les deux camps à Guaymas, mais personne n'ose prendre l'initiative de la guerre, espérant encore une solution pacifique. Le 13 juillet 1854, les combats éclatent dans la ville et le camp des Français est contraint de se rendre. Raousset et ses proches sont emprisonnés, et le 10 août 1854, le comte de Raousset est jugé et condamné à mort. Il est fusillé deux jours plus tard.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Gaston de Raousset-Boulbon a laissé quelques écrits, dont les suivants :

  • La question des travailleurs résolue par la colonisation de l'Algérie, 1848, publié par T. Fischer aîné, Avignon. disponible sur Gallica
  • Une conversion (roman), 1857, publié par Jacottet, Bourdillat, Paris. disponible sur Gallica

Musée[modifier | modifier le code]

On peut voir sa pierre tombale au musée de la ville de Sonora.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Preuves de noblesse faites le 4 juin 1782 (Source : Nobiliaire universel de France: ou Recueil général des généalogies historiques des maisons nobles de ce royaume, Par Nicolas Viton de Saint-Allais, Saint-Allais (Nicolas Viton), Ange Jacques Marie Poisson de La Chabeaussière, Jean Baptiste Pierre Jullien de Courcelles, de Saint-Pons, Lespines, Johann Lanz, Ducas, Publié par au bureau du Nobiliaire universel de France, 1817).
  2. 19 janvier 1811 : Lettres patentes portant collation du titre de baron à M. Henri-Emile-Charles-Louis-Michel Raoux-Raousset-Boulbon, propriétaire à Avignon, département du Vaucluse, avec établissement de majorat sur une maison à Avignon, rue Calade, île 135, n.° 7, et sur le domaine des Molières, contenant le Mas, sise terroir de Boulbon de quarante-sept hectares, et deux hectares et demie sur le terroir de Tarascon, section des Molières ; vingt-deux hectares soixante-dix-sept ares de terres, terroir de Mézoargues, section des laisses en deux pièces. Le tout canton de Château-Renard, département des Bouches-du-Rhône, produisant 7 487 francs de revenu net annuel. Signées par Sa Majesté l'Empereur et Roi, à Paris, le 19 janvier 1811 et scellées, le Conseil du sceau tenant, le 24 du même mois. Source : Bulletin des lois (1811)
  3. N° 10 882 : Sur demande déposée au sceau par M. Henri-Emile-Charles-Louis-Michel Raoux-Raousset-Boulbon, né à Avignon (Vaucluse) le 29 septembre 1763, et par ordonnance royale en date du 23 février 1837, rendue en vertu des dispositions de la loi du 12 mai 1835, le [majorat] de sept mille quatre cent quatre-vingt-sept francs de revenu net et annuel, que l'impétrant avait fondé au titre de baron, suivant lettres patentes données le 19 janvier 1811, scellées le 24 du même mois, et délivrées en exécution d'un décret en date du 29 juillet 1810, a été déclaré annulé et dissous ; ledit majorat-baronnie assis sur une maison située à Avignon, rue Calade, Isle 135 n° 7, et sur le domaine des Molières, comprenant soixante-treize hectares vingt-quatre ares soixante-treize centiares, en terres labourables et bosquets, dans l'arrondissement de Tarascon (Bouches-du-Rhône) : par suite desquelles annotation et dissolution, la libre et entière disponibilité des immeubles susénoncés a été recouvrée dans la forme accoutumée, et rendue immédiatement à qui de droit. Source : Bulletin des lois du Royaume de France, Publié par Imprimerie nationale, 1837.
  4. Daniel Lévy, Les Français en Californie, 1884 visible sur Gallica
  5. a et b D'après Ernest Vigneaux, Souvenirs d'un prisonnier de Guerre au Mexique disponible sur Gallica

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]