Gaston Le Provost de Launay

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Gaston Le Provost de Launay
Fonctions
Député 1919-1924
Gouvernement Troisième République
Groupe politique ARS
Biographie
Date de naissance
Date de décès (à 82 ans)
Père Victor Le Provost de Launay
Mère Clémence Gon
Conjoint Antoinette Bérenger ( 1899, décédée en 1930 )
Enfants Trois filles, Anne ( épouse en 1920 le comte de Froissard de Broissia ), Yvonne ( Mme Georges d'Artois ) et Odette ( épouse en 1926 le comte Xavier de Plan de Sieyès de Veynes )
Distinctions Officier de la Légion d'honneur ( 1935 ), croix de guerre
Résidence Charente-Inférieure, Paris, château de Beauvais à Azay-sur-Cher ( Indre-et-Loire )

Gaston Henri Adolphe Le Provost de Launay ( à La Rochelle - à Paris) est un homme politique français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Issu d'une famille de la noblesse, il est le neveu de Louis Le Provost de Launay, qui fut député puis sénateur. Ancien élève de l'École Gerson à Paris (promotion 1893), Gaston Le Provost de Launay est Saint-Cyrien (1895-97). Il épouse en 1899 Antoinette Bérenger, fille d'Alfred Bérenger, administrateur-délégué de la société des carrières de porphyre de Saint-Raphaël[1]. Démissionnaire de l'armée en 1909, Le Provost de Launay devient en 1911 dirigeant du Comité bonapartiste de la Seine[2].

Mobilisé en 1914, il termine la Première Guerre mondiale avec le grade de capitaine de cavalerie (obtenu en 1915) et la croix de chevalier de la Légion d'honneur (1918).

Après s'être présenté sans succès aux législatives de 1914, à Saintes en Charente-Inférieure[3], il est élu député de Charente-Inférieure le 16 novembre 1919 au scrutin de liste[4], aux côtés notamment de Pierre Taittinger, qu'il avait côtoyé dans les cercles plébiscitaires avant la guerre[5]. Il siège à la droite de l'Assemblée, dans le petit groupe de l'Action républicaine et sociale (ARS), comme Taittinger, Clément-Gabriel Villeneau et Pierre Voyer, ses colistiers. Son passé bonapartiste, qu'il assume, donne lieu à quelques incidents de séance à la Chambre, l'opposant à Paul de Cassagnac ou Raymond Poincaré[6]. Il s'en prend à des communistes comme Marcel Cachin[7].

Il est alors membre du comité directeur de la Ligue des patriotes[8] et vice-président de la Ligue des chefs de section, jusqu'en 1922. Membre aussi des Jeunesses patriotes de Pierre Taittinger[9]. Il n'est pas réélu en 1924; la liste républicaine sur laquelle il figure est battue par celle du cartel des gauches[10]. Il collabore au quotidiens parisien L'Éclair puis à La Liberté[11]; il y demande une « réforme politique totale: (...) la question du régime parlementaire est posée »[12].

Il siège parallèlement au conseil d'administration de firmes dans lesquelles son beau-père, décédé en 1909, avait des intérêts et qu'il administrait: la société des carrières de porphyre de Saint-Raphaël, depuis au moins 1911[13] (vice-président[14]), la société cotonnière du Tonkin, qu'il préside à la fin des années 1930 et au début des années 1940[15]. Il préside également les forges de Leval-Aulnoye[16].

Il se porte candidat aux législatives de 1928 dans le 16e arrondissement, sans succès, contre Charles de Lasteyrie, ancien ministre des finances du Bloc national, à qui il reproche sa politique fiscale. Tous deux sont membres du même parti, la Fédération républicaine, qui choisit d'investir Lasteyrie. Le Provost de Launay refuse l'arbitrage des dirigeants de ce parti; il est radié de ses cadres en avril[17].

Il est élu en 1925 conseiller municipal du VIIIe arrondissement de Paris; le conseiller sortant, Michel Missoffe, élu député, le soutient, comme aussi le député Pierre Taittinger[18]. Il est réélu en 1929, au second tour, et en 1935, au premier tour. En 1929, il a distancé au premier tour un candidat pourtant investi ou appuyé par la Fédération républicaine, l'Alliance démocratique, le Parti démocrate populaire, la Ligue républicaine nationale, les Jeunesses patriotes, et par le député de la circonscription[19].

Comme d'autres conseillers municipaux parisiens, il participe à la manifestation du 6 février 1934, dans un groupe des Jeunesses patriotes[20]. Blessé lors de cette manifestation, il vient en aide à un autre blessé, le président de la Fédération nationale des Camelots du roi, Maxime Real del Sarte[21] et prononce par la suite un discours lors des obsèques d'un camelot du roi blessé lors de l'émeute[22]. Cet habitué des dîners des Affinités françaises du marquis Louis de Fraguier y prononce au lendemain de l'émeute un éloge de « cette soudaine et magnifique réaction française », un appel à l’union des ligues et à l’installation d’un « régime d’autorité »[23]. Il se revendique de l'esprit du 6 février pour se faire réélire en 1935[24].

Il est aussi actif dans les cercles antimaçonniques issus du 6 février: il préside en 1934 une réunion de la Ligue nationale antimaçonnique du comte Armand de Puységur, avec Philippe Henriot comme principal orateur et fait partie l'année suivante du comité directeur de l’Union antimaçonnique[25]. Il préside aussi des réunions de la Ligue franc-catholique, anti-judéomaçonnique, en 1935 et 1936[26].

Il défile à Paris le 11 novembre 1934 avec les membres du comité du Front national (années 1930)[27]. « Je suis Croix de feu, je suis l’ami des Camelots du roi, des Jeunesses patriotes, de toutes les ligues nationales », déclare-t-il au conseil municipal de Paris en 1935[28]. Il exprime ses convictions nationalistes et anticommunistes dans des lettres adressées au préfet de police, au président de la Fédération républicaine, au président du conseil, publiées par la presse d'extrême droite[29].

En 1936, il fonde avec René Gillouin, autre conseiller municipal parisien, et Lucien Souchon, journaliste et publiciste, et secrétaire général de l'Union antimaçonnique - ils ont fréquenté les mêmes réunions politiques en 1934[30] -, le « Rassemblement national pour la reconstruction de la France », en réaction à l'échec des ligues et à la victoire du Front populaire. Ils sont rejoints par le général Maxime Weygand, le professeur au Collège de France Bernard Faÿ, l'Académicien Abel Bonnard, le médecin-général Jules Emily [Note 1]notamment, qui forment avec eux le comité directeur de cette organisation. Ce rassemblement publie des tracts documentaires[31] puis des Cahiers, intitulés Penser pour agir, visant à répondre aux thèses du Front populaire, et tient quelques rares conférences[32]. Il tient aussi quelques rares conférences. Telle cette conférence présidée par Bonnard et donnée par Souchon et Gillouin, lors d’un déjeuner du comité Dupleix-Bonvalot, en février 1937. Souchon y traite de la « grandeur et de la misère de la cause nationale », Gillouin du thème : « vers un nouvel ordre social ». Souchon préconise de « tenir un langage totalement français » face aux « propagandes étrangères ». Gillouin affirme que « l’esprit de sacrifice doit remplacer une soif de jouissance suscitée par un matérialisme venu d’Europe orientale » et attaque Léon Blum : « Point n’est besoin de revenir sur les utopies d’un gouvernement dirigé par un doctrinaire qui n’a jamais fréquenté les ouvriers que dans les meetings et qui persiste à faire appel aux plus basses passions humaines et à les unir à la haine. De tels sentiments ne peuvent servir de base à un ordre social convenant à notre pays »[33].

On relève en juillet 1937 sa présence au siège de l’Action française pour accueillir Charles Maurras à sa sortie de prison, et au meeting du vélodrome d’hiver en hommage à Maurras[34]. Il participe encore à une réunion destinée à remettre à Maurras son épée d'académicien en 1939[35].

Le 1er juillet 1938, il est élu pour un an président du Conseil municipal de Paris; les conseillers du centre et de droite, majoritaires, l'ayant choisi la veille comme leur candidat[36]. Son rôle est essentiellement mondain et symbolique: il représente la ville de Paris - elle n'a alors pas de maire et est administrée par l'État -, lors de cérémonies, en France et à l'étranger (à New York en juin 1939 par exemple[37]).

S'il est annoncé en décembre 1936 pour présider une réunion de la Ligue « anti-judéomaçonnique » sur « la révolution juive et maçonnique en Europe et en Espagne », il tance cependant l'antisémite Louis Darquier de Pellepoix, qui s'étonnait que Le Provost de Launay ait écrit une lettre de félicitation au grand rabbin de Strasbourg, désigné grand rabbin de France et que son directeur de cabinet soit juif, lors d’une séance du conseil municipal le 18 mars 1939: « Je fais appel à la collaboration de tous, quelle que soit la religion et quel que soit le parti politique auquel ils appartiennent. (…) Je vous déclare, et je vous le fais devant tous mes collègues, que, pour des raisons que j’ignore, vous poursuivez dans cette assemblée une œuvre mauvaise, une œuvre de division qui est vraiment abominable dans les circonstances présentes ». Darquier de Pellepoix rétorque que Le Provost de Launay lui aurait confié en d'autres temps, dans une conversation privée, être « aussi antijuif » que lui. Il lui aurait dit: « Je suis tellement antijuif que j'ai subi les représailles de la juiverie », qu'il n'est plus invité chez les Rothschild[38]. C'est que Le Provost de Launay a affirmé dès le jour de son élection à la présidence du conseil municipal vouloir « réaliser l'union, union qui est absolument nécessaire à tous les Français à l'heure grave que nous traversons », après s'être souvent heurté aux conseillers de gauche, communistes notamment[39].

Il se retire dans sa propriété de Touraine au début de la Seconde Guerre mondiale pour y protéger sa famille. Début juin 1940, il y héberge une nuit le Général de Gaulle avant le départ de ce dernier pour l'Angleterre. Maintenu en fonction au conseil municipal de Paris en 1941, il demande à ne pas être renouvelé de ses fonctions en avril 1943.

Le comité de Libération de Paris ne voulut pas le réintégrer en décembre 1944, mais il est réélu conseiller municipal en 1945, sur une liste d'union, réélu en 1947 sur une liste du Rassemblement du peuple français du général de Gaulle. Après avoir démissionné de ce parti gaulliste en juin 1952, il ne se représente pas aux élections de 1953[40].

Sources[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Président d’honneur de La Plus grande France, Jules Emily a servi au Soudan et à Beyrouth avec Weygand.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Dossier de la Légion d'honneur d'Alfred Bérenger dans la base Léonore
  2. Collectif, Militaires en République: les officiers, le pouvoir et la vie publique en France, Publications de la Sorbonne, 1999, p. 376, Le Gaulois, 11/12/1911, Ibid., 16/8/1913, L'Intransigeant, 15 décembre 1913
  3. L'Humanité, 5 mai 1914
  4. Liste d'union républicaine; il est présenté comme propriétaire viticole, ancien combattant titulaire de la Légion d'honneur et de la croix de guerre. La liste contient des dirigeants locaux de l'Alliance démocratique tel Jules Bertrand (homme politique, 1864-1942): La Croix, 7 novembre 1919
  5. L'Intransigeant, 9 décembre 1912
  6. Le Gaulois, 1er mars 1924, Ibid., 8 mars 1924, Ibid., 9 mars 1924, Lettre de Binet-Valmer
  7. Le Journal, 12 janvier 1923
  8. La Presse, 28 mai 1920, p. 2
  9. Le Gaulois, 29 novembre 1925, Ibid., 5 novembre 1926
  10. Le Gaulois, 12 mai 1924, Le Journal, 13 mai 1924
  11. Le Rappel, 28 juin 1924, Les Documents politiques, diplomatiques et financiers, juin 1922, L'Action française, 13 décembre 1924,L'Action française, 1er octobre 1925, La Croix, 21 février 1925
  12. L'Action française, 27 octobre 1925
  13. Recueil financier: annuaire des valeurs cotées aux bourses de Paris et de Bruxelles, 1912, p. 881
  14. Biographie de G. Le Provost de Launay sur le site de l'Assemblée nationale.
  15. Informations issues de Jean-Pierre Aumiphin, La présence financière et économique française en Indochine (1859-1938), Thèse de 3e cycle, 1981, Historique de la société, sur le site entreprises-coloniales.fr. Il est encore administrateur en 1950
  16. Philippe Nivet, Les assemblées parisiennes de la déclaration de guerre à la libération de Paris: 1939-1944, Fédération des sociétés historiques et archéologiques de Paris et de l'Ile-de-France, 1996, p. 201, Les Documents politiques, diplomatiques et financiers, juin 1922
  17. Journal des débats, 16 février 1928, Lettre de Ch. de Lasteyrie au président de la Fédération républicaine, Ibid., 18 février 1928, Lettre de Le Provost de Launay au président de la Fédération républicaine, Ibid., 23 février 1928, Lettre de la Fédération républicaine, Ibid., 3 mars 1928, Lettre de Lasteyrie aux électeurs, Ibid., 14 avril 1928, Communiqué de la Fédération républicaine,Ibid., 17 avril 1928, Lettre de Le Provost de Launay au président de la Fédération républicaine,Ibid., 1er mai 1928 ( résultats du 1er et du 2e tour ), L'Echo de Paris, 17 avril 1928, "Une réunion contradictoire"
  18. L'Intransigeant, 1er mai 1925, La Croix, 23 avril 1925
  19. Ce candidat, le colonel Raoul d'Arnaud, déjà candidat en 1925, se désiste en sa faveur au second tour: L'Intransigeant, 2 mai 1929, Ibid., 28 avril 1929, Ibid., 11 mai 1929
  20. Rapport général fait au nom de la Commission d'enquête chargée de rechercher les causes et les origines des événements du 6 février 1934, déposition de Le Provost de Launay
  21. L'Action française, 7 février 1934
  22. L'Action française, 18 février 1934
  23. La Revue hebdomadaire, 7/4/1934, "La leçon du 6 février": allocution de Le Provost de Launay
  24. L'Action française, 27 avril 1935, Profession de foi de Le Provost de Launay.
  25. Journal des débats, 3/3/1935, Ibid., 25-5-1934, L'Action française, 24 mai 1934
  26. L'Action française, 17 mai 1935, Ibid., 13 décembre 1936, Emmanuel Kreis, Les réseaux antijuifs et antimaçonniques autour de la Revue internationale des sociétés secrètes (RISS) de l’entre-deux-guerres à la période de l’Occupation, dans la Revue d'histoire de la Shoah, 2013/1, N° 198
  27. L'Action française, 12 novembre 1934
  28. Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 5 juillet 1935, p. 2671
  29. L'Action française, 30 avril 1935, Ibid., 5 juillet 1935, Ibid., 10 mars 1936, Ibid., 20 mai 1936, Ibid., 22 décembre 1936
  30. L'Action française, 31 mai 1934
  31. Le Matin, 24 septembre 1936, "Les tracts de propagande du Rassemblement national"
  32. L'Action française, 29 mai 1936, Ibid., 28 septembre 1936, Le Temps, 30-5-1936 ;Le Journal des débats, 19-2-1937, Gérard Chauvy, Le drame de l’armée française, Pygmalion, 2010, Antoine Compagnon, Le cas Bernard Faÿ : du Collège de France à l’indignité nationale, Gallimard, 2009, p. 160-161, Notice des Cahiers dans le catalogue de la BNF
  33. Le Journal des débats, 19-2-1937 ( en présence de Weygand, Faÿ, Emily, Garnier, Provost de Launay ), Revue des questions coloniales et maritimes, janvier-mars 1937
  34. L'Action française, 9/7/1937, Le Journal, 9/7/1937
  35. Le Matin, 5/3/1939
  36. Il est élu par 53 voix pour 75 suffrages exprimés: L'Action française, 2 juillet 1938, L'Intransigeant, 2 juillet 1938 ( description des modalités de l'élection, annuelle ), Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 2 juillet 1938
  37. L'Intransigeant, 7 juin 1939, Ibid., 4 juillet 1939
  38. Ralph Schor, L’antisémitisme en France dans l’entre-deux-guerres, Complexe, 2005, p. 221-222, Le Droit de vivre, 21 mars 1939, p. 2, Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 20 mars 1939
  39. Bulletin municipal officiel de la Ville de Paris, 2 juillet 1938
  40. Le Monde, 20-12-1944, 17-6-1952, 27-3-1953, Philippe Nivet, Le conseil municipal de Paris de 1944 à 1977, Publications de la Sorbonne, 1994