Gaston Eyskens

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Gaston Eyskens
Gaston Eyskens (1969)
Gaston Eyskens (1969)
Fonctions
Premier ministre belge
Monarque Charles de Belgique (Régent)
Léopold III (Roi)
Gouvernement Eyskens I
Coalition PSC-CVP-libéral
Prédécesseur Paul-Henri Spaak
Successeur Jean Duvieusart
Monarque Baudouin
Gouvernement Eyskens II, III, IIIr
Coalition PSC-CVP
libéral (III/IV)
Prédécesseur Achille van Acker
Successeur Théo Lefèvre
Monarque Baudouin
Gouvernement Eyskens IV, Eyskens V
Coalition PSC - CVP - PSB
Prédécesseur Paul Vanden Boeynants
Successeur Edmond Leburton
Biographie
Date de naissance
Lieu de naissance Lierre (Belgique)
Date de décès (à 82 ans)
Lieu de décès Louvain (Belgique)
Nationalité belge
Parti politique PSC-CVP (puis) CVP
Conjoint Gilberte De Petter (1902-1981)
Enfants Mark Eyskens Erik Eyskens
Diplômé de Université Catholique de Louvain
Profession Professeur de l'UCL
Religion catholicisme
Résidence 16, rue de la Loi
Premiers ministres belges

Le Vicomte Gaston François Marie Eyskens est un homme politique belge né le 1er avril 1905, à Lierre et décédé à Louvain le 3 janvier 1988[1],[2],[3],[4].

Professeur à l'Université Catholique de Louvain (1931), il a commencé sa carrière politique comme député catholique pour l'arrondissement de Louvain en 1939. Ministre des Finances en 1945, 1947 et 1965 (sous les gouvernements Achille van Acker, Paul-Henri Spaak et Pierre Harmel), il fut nommé ministre d'État en 1963. En 1949, pendant la Question royale, il a formé son premier gouvernement. Sa coalition avec les libéraux n'a tenu que jusqu'en 1950. Il est revenu à la tête d'un gouvernement en 1958, pour deux législatures consécutives mais incomplètes. Avec le Pacte scolaire, son gouvernement a jeté les bases de la paix en matière d'enseignement. Autres moments importants de sa carrière politique: les lois d'expansion de 1959 et l'indépendance du Congo le 30 juin 1960. Ce sont les réactions négatives (notamment les grèves) contre la « Loi unique » qui ont fait tomber son gouvernement. De 1968 à 1972, il fut à nouveau Premier ministre. Il mena à bien le grand projet de révision de la Constitution. Il présida une dernière fois un gouvernement, du 21 janvier 1972 au 22 novembre de la même année. Ce gouvernement a été contraint de s'incliner devant la polémique entourant l'article 3 (ancien article 107quater) de la Constitution (issu de la réforme de 1969-1971) et le problème de Fourons.

Le roi Baudouin lui a conféré le titre de vicomte (transmissible par ordre de primogéniture) le 13 novembre 1973.

Biographie[modifier | modifier le code]

Famille[modifier | modifier le code]

Gaston Eyskens est le fils d’Antonius Frans Eyskens (1875-1948), représentant des ventes dans une entreprise familiale pour l’industrie textile, et de  Maria Voeten (1872-1960). En 1931, il se marie avec Gilberte De Petter (1902-1981) avec qui il aura deux enfants : Mark Eyskens, qui fut Premier ministre de Belgique du 6 avril 1981 au 17 décembre 1981 et Erik Eyskens né à Louvain le 20 juillet 1935 et décédé en 2008[5].

Études et engagement politique[modifier | modifier le code]

Il fit ses études secondaires à la Koninklijk Atheneum de Louvain,  où il ne suivait pas le cours de religion[6]. À dix-huit ans, à la fin de ses études secondaires, il se convertit au catholicisme[6], religion à laquelle il fut fidèle tout au long de sa vie[7]

En 1923 il passa le concours pour entreprendre des études de sciences commerciales et consulaires à la Katholieke Universiteit Leuven. Il suivit également des cours à la faculté de Sciences politiques et sociales[8].

Déjà étudiant, Gaston Eyskens vouait un grand intérêt pour la politique et en particulier, le mouvement flamand. Il était notamment membre de la Katholiek Vlaams Hoogstudentenverbond (KVHV). Il entra en tension avec l’épiscopat, qui était très peu porté sur la cause flamande, et aussi avec les organisations étudiants belgicisistes. Bien qu’il participait aux activités du KVHV, il n’était pas pour autant attiré par le nationalisme flamand. Il trouvait le volksnationalisme, le nationalisme populaire trop étroit et trop limité. Les questions qui intéressaient le plus Gaston quand il était étudiant étaient les problèmes internationaux et la coopération entre les peuples[9]

Gaston plaidait pour une paix universelle et soutenait l’idée d’une coopération européenne. Il y voyait un moyen pour l’Europe de devenir plus forte tant politiquement qu’économiquement. En 1926, vit le jour un mouvement paneuropéen dont Richard Coudenhove-Kalergi en était le fondateur. Eyskens devint l’un de ses adeptes. Suite à ses préoccupations internationales, lors de ses études, il entra en contact avec l’Union Belge pour la Société des Nations. Il y rencontra par exemple Paul Struye et Henri Rolin[10].

C’est sur les instances d’Albert-Edouard Janssen (l’un de ses professeurs à la faculté, qui l’entrainera plus tard à Genève pour des négociations monétaires[6]) que Gaston fonda, à l’Université de Louvain, durant l’année académique de 1929, l’Association des étudiants flamands de la Société des Nations, dans laquelle il organisait principalement des conférences sur divers problèmes internationaux[10]. Au vu de son engagement considérable auprès de l’Union belge pour la Société des Nations, Albert-Edouard Janssen, en sa qualité de président de l’Union a fait de Gaston son secrétaire. Suite à ça, Gaston eut l’occasion d’assister aux assemblées générales de la Société des Nations depuis la tribune, d’où il pouvait entendre les discours des ministres des Affaires étrangères[10]

En 1926, Gaston Eyskens fut sélectionné pour poursuivre ses études aux États-Unis, où il obtint le titre de Master of Science à la Colombia University de New York. De retour à Louvain, il poursuit ses études en sciences économiques et obtient le titre de doctorat en sciences commerciales en 1930. Un an après, il obtient également le titre de doctorat en sciences politiques et sociales. La même année, il devient assistant à l’Institut pour Sciences économiques et termine comme professeur à la Katholieke Universiteit Leuven en 1934 où il enseignera jusqu’en 1975[11].

Eyskens était également préoccupé par les problèmes sociaux. Il était membre du Cercles d’études sociales des étudiants flamands[10]. Dans le cadre de ce groupe d’étude, il pris connaissance de la « Vaarstraat », le quartier général du Mouvement ouvrier chrétien à Louvain[10]

En 1930, Il fut d’autant plus engagé dans le mouvement ouvrier chrétien du fait de son activité parallèle d’enseignant à l’École sociale des travailleurs chrétiens. En apprenant à connaitre des élèves de conditions sociales différentes dans les villages flamands, il prit conscience de la nécessité d’établir un système social qui garantit de bonnes conditions de vie à un grand nombre d’individus. Gaston garda cette volonté tout au long de sa vie politique[10]

Il se ralliera au Christene Volkspartij – Parti Social-chrétien (C.V.P. - P.S.C.).

Débuts en politique[modifier | modifier le code]

Suites aux élections législatives du 27 novembre 1932,  il entra dans le Mouvement ouvrier chrétien grâce à ses contacts. La même année, il se voit proposer la fonction de député suppléant de Louvain[12]. Gaston accepta la proposition malgré le fait que le recteur de l’UCL lui avait demandé de choisir entre son investissement dans l’université et son entrée dans le Mouvement ouvrier[13]. Il devint ensuite président de l’Algemeen Christelijk Werknemersverbond (ACW) pour l’arrondissement de Louvain, membre du Conseil central national et du Comité national de l’ACW. Grâce à ses contacts dans ce mouvement, il put participer aux rencontres de l’Union internationale des chrétiens démocrates[13]

Eyskens fut d’abord nommé en août 1934 chef de cabinet du ministre Philip Van Isacker au Travail et à la Prévoyance sociale[13]. Cependant, il ne resta que quelques mois au sein du cabinet de Van Isacker car le gouvernement de Brocqueville démissionna le 13 novembre 1934[13]

Dans le gouvernement Theunis, Eyskens reste au Travail et à la Prévoyance sociale et il devint le chef de cabinet du ministre Edmond Rubbens[14].

En 1939, Eyskens devient représentant de la ville de Louvain, poste qu'il conservera jusqu'en 1965.

Seconde guerre mondiale[15][modifier | modifier le code]

Pendant l’entre-deux-guerres, il faisait déjà partie du monde politique. Il avait été nommé chef de cabinet du ministre du Travail, membre du Conseil supérieur des Finances et était professeur à l’UCL[16]. Durant les élections législatives du 2 avril 1939, Eyskens avait été élu en tant que député pour l’arrondissement de Leuven. Il est également devenu secrétaire du « Katholieke Vlaamse Kamergroep ». 

Sous l’occupation allemande, Gaston Eyskens est resté en Belgique. Mais 15 jours avant l’invasion, il prit la route pour la France accompagné de sa famille[17]. A Limoges, il prit part à des réunions parlementaires[18]. Le 30 mai, comme la plupart des membres du gouvernement, il vote la motion « flétrissant la capitulation dont Léopold III a pris l’initiative et dont il porte la responsabilité devant l’histoire »[18]. Plus tard, Eyskens regrettera ce choix. Il dira qu’il a été impressionné par les propos tenus à Wynendaele et que son choix s’explique également par la grande confiance qu’il avait en Pierlot. Après la guerre, Eyskens présentera ses excuses au Roi[19]. Il rentre en Belgique au mois de septembre 1940. Gaston Eyskens voudra reprendre son activité d’enseignant mais il en sera empêché. Il avait été interdit d’enseignement par les allemands pendant deux ans[20]. Cependant, il ne fut suspendu que pour quelques mois[21]

Durant la Deuxième guerre mondiale, il a, entre autres, régulièrement prit part à des réunions clandestines avec des gens de confiance de l’ACW et a également participé discrètement à la Résistance. Il a eu notamment une longue discussion avec le Cardinal van Roey. Celui-ci confia à Eyskens la charge d’exercer son influence sur ses étudiants flamands afin d’éviter que ceux-ci penchent vers la collaboration[22]. A la fin de la guerre, il a, en outre, participé à de nombreuses réunions, toujours clandestines, ayant conduit à la fondation du Parti social chrétien (CVP-PSC)[22] et a collaboré à la préparation de réformes financières d’après-guerre comme par exemple « l’opération Gutt »[23].

Durant toute la Seconde Guerre Mondiale, il a l’image d’un patriote irréductible[23]. Cette position peut s’expliquer par le fait que son père avait combattu, de son propre gré, durant la Première guerre mondiale. Cet engagement, et la guerre en général, lui avait laissé une impression considérable. Suite à cela, il garda une véritable haine du militarisme allemand[24]

En 1949, à la libération de la Belgique, il participera directement au pouvoir politique restauré[23]. Sa compétence en matière monétaire lui permettra d’obtenir le poste de Ministre des Finances durant le gouvernement Van Acker 1 ( 12.02.1945-02.08.1945)[25].

Ministre[modifier | modifier le code]

Le 12 février 1945, Gaston Eyskens est nommé Ministre des Finances au sein du Gouvernement Van Acker I, poste qu'il occupera jusqu'au 1er août 1945. Il retrouve ce poste du 20 mars 1947 au 10 août 1949 au sein des Gouvernements Spaak III & IV.

Il forme le 11 août 1949 le Gouvernement Gaston Eyskens I, coalition sociale-chrétienne/libérale qui durera jusqu'au 8 juin 1950. Il doit alors gérer la question du retour du roi Léopold III sur le trône.

À l'issue de son mandat de premier ministre, Eyskens devient Ministre des Affaires économiques au sein du Gouvernement Duvieusart (8 juin 1950 – 15 août 1950). L'alternance politique le fait alors entrer dans l'opposition.

Rappelé au poste de premier ministre, il compose le gouvernement Eyskens II le 26 juin 1958, gouvernement social-chrétien qui dure jusqu'au 6 novembre 1958 et qui sera suivi par le gouvernement Eyskens III, coalition sociale-chrétienne/libérale qui aura à gérer l'indépendance du Congo belge.

Ce gouvernement dure jusqu'au 3 septembre 1960 ; à cette date, le gouvernement est remanié (gouvernement Eyskens III) et dure jusqu'au 25 avril 1961.

Eyskens devient ensuite Ministre des Finances du 28 juillet 1965 au 18 mars 1966 au sein du Gouvernement Harmel.

Il forme ensuite les Gouvernements Gaston Eyskens IV (du 17 juin 1968 au 20 janvier 1972) et Gouvernement Gaston Eyskens V (du 20 janvier 1972 au 22 novembre 1972). Ce dernier gouvernement signa la fin de sa carrière politique, il remit sa démission le 22 novembre 1972.

Sénateur[modifier | modifier le code]

Il est sénateur de Louvain de 1965 à 1973[26].

Blason de la famille Eyskens

Hommage[modifier | modifier le code]

Gaston Eyskens fut un homme politique important en Belgique. Il traversa de grandes périodes de troubles: la Seconde Guerre Mondiale, la Question royale, les grandes grèves d'hiver, l'indépendance du Congo belge, la fédéralisation de l'état belge, etc.

Après sa mort, de nombreuses personnes et institutions commencèrent à manifester un certain intérêt pour ses archives et sa documentation. Gaston Eyskens avait laissé une lettre à son fils lui demandant que ses écrits soient regroupés. C’est ainsi que virent le jour ses Mémoires[27]

Leo Tindemans, Herman Van der Wee, Robert Vandeputte et Pierre Harmel rendirent hommage à Eyskens en parcourant tout le long de sa vie politique, ses cinquante ans d’histoire économique et l’assainissement monétaire d’après-guerre[28], lors d’un colloque d’hommage organisé le 22 juin 1985 à Bruxelles[29]

Pour son efficacité politique le roi Baudouin lui a conféré le titre de vicomte.

En 1963 il fut nommé ministre d'état[30].

Mandats gouvernementaux[modifier | modifier le code]

Ministères [modifier | modifier le code]

Gaston Eyskens a été quatre fois ministre[31] :

  • Ministre des Finances : 12 février 1945 - 1er août 1945 au sein du Gouvernement Van Acker I
  • Ministre des Finances : 20 mars 1947- 10 août 1949 au sein des Gouvernements Spaak III & IV
  • Ministre des Affaires économiques : 8 juin 1950 – 15 août 1950 au sein du Gouvernement Duvieusart
  • Ministre des Finances : 28 juillet 1965 – 18 mars 1966 au sein du Gouvernement Harmel

Premier ministre[modifier | modifier le code]

Gaston Eyskens a été cinq fois premier ministre de Belgique, à la tête de six gouvernements.

Gouvernement Gaston Eyskens I du 11 août 1949 au 8 juin 1950, coalition sociale-chrétienne/libérale;
La grande problématique de cette période fut celle de la Question royale. Quand les Américains délivrèrent le roi Léopold III, la question se posa de savoir si oui ou non il pourrait revenir sur le trône. Les socialistes étaient contre, les libéraux divisés et les catholiques étaient pour[32]. Gaston Eyskens, quant à lui, avait pris du recul et avait émis des réserves face à cette question. Il ne participa pas aux débats ayant lieu au parlement et se fit remarquer pour ses absences aux manifestations[33]. Même s’il n’était pas vraiment impliqué dans cette question, en tant que Premier ministre, il dû présider la consultation populaire sur la Question royale[34]. Pour Eyskens, la consultation serait favorable au retour du roi si celle-ci entrainerait un pourcentage raisonnable de votes positifs pour tout le pays. Au contraire, les libéraux exigeaient une majorité dans les trois régions du pays[35]. C’est en qualité de Premier ministre qu’Eyskens entreprit une consultation populaire. Le 12 mars 1950, 57,68% de la population se prononça pour le retour du roi[5]. Cependant ceci mit le conflit communautaire en exergue car la Flandre, étant majoritaire, était pour le retour du roi, alors que la Wallonie, minoritaire, était contre son retour. Ce conflit engendra la dissolution du parlement, ce qui donna lieu à des élections anticipées[36]
Gouvernement Gaston Eyskens II du 26 juin 1958 au 6 novembre 1958, social-chrétien;
Après quatre ans dans l’opposition, Eyskens revint au sein du gouvernement. Il est nommé formateur et appelé à former une nouvelle coalition. Majorité absolue au sein de la Chambre mais pas au Sénat. Sa tentative de former une coalition avec les socialistes et les libéraux se solde par un échec. Le 23 juin 1958, Eyskens décide donc de former un gouvernement PSC-CVP homogène[37]. La problématique centrale de ce gouvernement fut celle du Pacte scolaire. La Commission permanente du Pacte scolaire avait reçu l’ordre de transposer le contenu de ce pacte dans une loi. Cependant, un accord devait d’abord être conclu entre les trois grands partis. Des négociations aboutiront à cet accord le 4 novembre 1958[38]. Le même jour, le gouvernement Eyskens II, annonce sa future démission. Le 6 novembre 1958, Gaston Eyskens se retira pour laisser la place au ministre de l’instruction publique, Maurice Van Hemelrijck qui réussira à faire adopter le Pacte scolaire[39]. Simultanément, se forme un gouvernement PSC-Libéral. Le gouvernement Eyskens II ne durera donc que quelques mois[40]
Le Pacte scolaire fut approuvé par la Chambre le 6 mai 1958 et par le Sénat le 21 mai 1959, date à laquelle il fut promulgué. Ce texte mentionna l’obligation pour l’état de créer des écoles neutres là où elles n’existaient pas encore. Pour que la population ait le choix entre l’enseignement catholique et celui de l’état[41]
Gouvernement Gaston Eyskens III du 6 novembre 1958 au 3 septembre 1960, coalition sociale-chrétienne/libérale;
Création d’un gouvernement composé d’une coalition CVP-PSC/LP-PL: Eyskens-Lilar. Pendant son mandat, la politique fut d’abord axée sur l’économie du pays. Les crises wallonnes du charbon et les fermetures des mines furent la cause de grandes crises dans le Borinage en 1959. En Flandre également les ouvriers firent la grève pour protester contre la fermeture des entreprises de textile. En 1960 le climat s’apaisa avec le pacte social conclu le 31 mai 1960.
La question du Congo était une problématique majeure pour le gouvernement Eyskens[42]. Lors de son troisième mandat en tant que Premier ministre, il doit affronter cette problématique qu’il savait inévitable[43]. Eyskens avait souligné l’impératif de s’attarder sur l’avenir politique du Congo. Il décida alors d’entreprendre des changements radicaux concernant la politique coloniale. Le but final de ces réformes était d’atteindre l’indépendance totale vis-à-vis de la Belgique[44]. Plus tard, son gouvernement annonça qu’il prononcera, le 13 janvier 1959, une déclaration primordiale pour l’avenir politique du Congo. S’en sont suivis des troubles sanglants à Léopoldville[44]. Les partis politiques belges exigèrent que la déclaration se fasse immédiatement pour mettre fin aux émeutes. Gaston Eyskens accepta cette requête[44]. La déclaration gouvernementale du 13 janvier 1959 acquit un poids conséquent suite aux incidents de Léopoldville[44]. Gaston présenta la déclaration devant la Chambre. Son plus grand souhait était de mettre en place une démocratie qui mènerait vers l’indépendance[44]. Faisant partie du cabinet, Gaston Eyskens fut l’un des premiers à être informé du discours royal du 13 janvier 1959 et à en prendre la responsabilité politique[44]. Gaston Eyskens envisageait trois possibilités pour le gouvernement. La première solution consistait à installer une assemblée constituante. Selon lui, cette solution donnerait l’image d’une Belgique lâchant le Congo. La deuxième, était d’établir immédiatement un gouvernement congolais provisoire. La troisième possibilité était de respecter la déclaration du 13 janvier 1959. Il opta pour cette dernière. Selon lui, l’indépendance devait être progressive[45].  Lors de la Table ronde du 20 janvier 1960, Eyskens prononcera lui-même le discours d’ouverture[46]. On y fixa la date d’indépendance. Le lendemain, le roi convoqua le Conseil de la Couronne[46]. Eyskens prit la parole après le roi. Dans son discours, il mit l’accent sur le futur du Congo. Il rappela la nécessité de concrétiser les relations entre la Belgique et le Congo dans un traité[46]. Eyskens fut satisfait des résultats de la Table ronde[46]. Enfin, il précisa que le temps du colonialisme était définitivement passé[46]
Le Premier ministre congolais Patrice Lumumba signe la déclaration d'indépendance du Congo aux côtés du Premier ministre belge Gaston Eyskens
Il quitta la Belgique pour Léopoldville le 28 juin 1960 afin d’assister aux cérémonies de l’indépendance[47]. Le jour suivant, il signe le Pacte d’amitié, d’assistance et de coopération entre la Belgique et le Congo. Puis il signe la déclaration d’indépendance du Congo, le 30 juin 1960. Il rentre en Belgique le jour même[47].
Les 6 et 7 juillet, des difficultés apparaissent au sein de la Force publique. Il dit « ce sont là de petites convulsions inévitables dans un jeune état »[47]. Plus tard, quand la situation s’envenimera, on lui reprochera vivement cette déclaration. Le 9 juillet, des incidents graves eurent lieu. Quand les violences éclatèrent, le gouvernement décida d’envoyer des renforts militaires. Il affirme que l’objectif de la Belgique n’était aucunement politique mais uniquement dans le but de sauver les ressortissants belges[48]. Cette décision fut fortement critiquée par les Nations Unies à tel point que le gouvernement Eyskens envisagea la démission. Sa position était considérablement affaiblie. Il opta finalement pour le maintien du gouvernement[49]
Gouvernement Gaston Eyskens III (remanié) du 3 septembre 1960 au 25 avril 1961, coalition sociale-chrétienne/libérale;
La loi d’expansion économique, de progrès social et de redressement financier, dite « loi unique », fit partie du plan d’assainissement budgétaire conduit par Gaston Eyskens dans les années 60[50]. Cette loi fut le fruit de conversations entre Eyskens et  Vanaudenhove, van Houtte Van der Schueren, Vanden Boeynants[51]. Elle amena Gaston à lutter sur plusieurs fronts : contre les libéraux et les catholiques qui étaient contre le précompte sur les revenus mobiliers à l’impôt[51] et contre les socialistes qui ont provoqué les grandes grèves d’hiver de 1960-1961[52]. La loi unique fut votée malgré une période de grèves qui dura plus d’un mois[53]. Le gouvernement Eyskens III (remanié) tint bon. Lors des élections du 26 mars 1961 le CVP connu une grave défaite[54], ce qui sonna la fin du gouvernement Eyskens.
Gouvernement Gaston Eyskens IV du 17 juin 1968 au 20 janvier 1972, coalition sociale-chrétienne/socialiste;
Le gouvernement social-chrétien-socialiste de Gaston Eyskens jugea qu’il était temps de mettre fin aux affrontements communautaires par des réformes institutionnelles[55]. Déjà à la fin des années 70, Eyskens réussit à faire voter une réforme constitutionnelle en obtenant l’appui de l’opposition libérale. Cette réforme créa quatre régions linguistiques en Belgique[55], mais il voulait aller plus loin. Celui-ci voulait mettre fin à l’Etat unitaire en créant trois régions[56]. À cette occasion, il créa le « groupe des 28 ». Le « groupe des 28 » n’étant rien d’autre que les partis politiques rassemblés, se réunissant au sein d’un groupe de travail sur la demande de Gaston Eyskens. On y aboutit à d'amples arrangements, mais la question du statut de Bruxelles et des communes de la périphérie posait toujours problème[57]. Le projet de la révision pouvait se résumer dans cette formule attribuée à Gaston Eyskens :  « La Belgique de papa a vécu »[57].  Le 14 février 1970, le Premier ministre Gaston Eyskens put tenir son célèbre discours à la Chambre des représentants : « l’Etat unitaire, tel que les lois le régissent encore dans ses structures et dans son fonctionnement est dépassé par les faits. Les Communautés et les Régions doivent prendre leur place dans les structures rénovées de l’Etat, mieux adaptées aux situations spécifiques du pays »[58]
Durant cette période il réussit tant bien que mal à mener à bien la révision de la constitution de 1970 qui créa trois régions en Belgique[59] : la Région flamande, la Région wallonne et la Région de Bruxelles-Capitale[2].A la demande du Gouvernement, le Parlement fut dissous huit mois avant la date des élections. Eyskens attribua cette dissolution anticipée à la crise monétaire, au chômage qui ne cessait d’augmenter et aux problèmes des Fourons[60].
Gouvernement Gaston Eyskens V du 20 janvier 1972 au 22 novembre 1972, coalition sociale-chrétienne/socialiste
La difficulté résida ici en l’application de l’article 3 de la Constitution. La difficulté était l’attribution des compétences à ces Régions, surtout en ce qui concerne Bruxelles. L’éparpillement des forces politiques rendit cette problématique encore plus difficile à résoudre[55]. Les socialistes ne voulaient pas travailler avec les libéraux. Mais la véritable source du problème était encore une fois, les problèmes communautaires[61]. Eyskens ne parvint pas à un compromis. Ces difficultés prirent une telle ampleur que Gaston Eyskens prit la décision de présenter la démission de son gouvernement au Roi. Le 22 novembre 1972[62], il annonça qu’il quittait définitivement la vie politique[63]

Galerie[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Gaston Eyskens, Mémoires, Bruxelles, CRISP, , 1267 p., p. 21
  2. a et b Thierry Denoël, Jacques Laruelle, Le nouveau dictionnaire des Belges, Bruxelles, Le Cri/Legrain/RTBF, , 802 p., p. 285
  3. (nl) Rik Decan, Wie is wie in Vlaanderen? 1985-1999, Bruxelles, Uitgeverij BRD, , p. 505
  4. (nl) Paul Van Molle, Het Belgisch Parlement 1894-1969, Ledeberg, Erasmus, , p. 142
  5. a et b H. Gaus, Politiek biografisch lexicon: Belgische ministers en staatssecretarissen 1960-1980, Antwerpen, Standaard Uitgeverij, 1989, p.422
  6. a, b et c Jacques Hislaire, Gaston Eyskens, le scepticisme qui soulève les montagnes, Bruxelles, Labor, , 157 p., p. 24-25
  7. Gaston Eyskens, Mémoires, Bruxelles, CRISP, , 1267 p., p. 8
  8. G. Eyskens, Mémoires, Bruxelles, CRISP, 2012, p.26.
  9. Gaston Eyskens, Mémoires, Bruxelles, CRISP, , 1267 p., p. 32
  10. a, b, c, d, e et f Gaston Eyskens, Mémoires, Bruxelles, CRISP, , 1267 p., p. 34-36
  11. H. Gaus, Politiek biografisch lexicon: Belgische ministers en staatssecretarissen 1960-1980, Antwerpen, Standaard Uitgeverij, 1989, p.425
  12. Jacques Hislaire, Gaston Eyskens, le scepticisme qui soulève les montagnes, Bruxelles, Labor, , 157 p., p. 27
  13. a, b, c et d Gaston Eyskens, Mémoires, Bruxelles, CRISP, , 1267 p., p. 38-40
  14. H. Gaus, Politiek biografisch lexicon: Belgische ministers en staatssecretarissen 1960-1980, op cit., p. 419.
  15. (nl) Helmut Gaus, Politiek biografisch lexicon, Anvers, Standaard Uitgeverij,
  16. Jacques Hislaire, Gaston Eyskens, le scepticisme qui soulève les montagnes, Bruxelles, Labor, , 157 p., p. 15
  17. « Les archives de l'État en Belgique, Eyskens, Gaston », sur search.arch.be (consulté le 7 décembre 2017)
  18. a et b Jacques Hislaire, Gaston Eyskens, le scepticisme qui soulève les montagnes, Bruxelles, Labor, , 157 p., p. 34
  19. Vincent Dujardin, Pierre Harmel, Belgique 1949-1950 : entre Régence et Royauté, Bruxelles, Racine, , 207 p., p. 33
  20. Jacques Hislaire, Gaston Eyskens, le scepticisme qui soulève les montagnes, Bruxelles, Labor, , 157 p., p. 35
  21. Gaston Eyskens, Mémoires, Bruxelles, CRISP, , 1267 p., p. 129
  22. a et b Vincent Dujardin, Pierre Harmel, Belgique 1949-1950 : entre Régence et Royauté, Bruxelles, Racine, , 207 p., p. 34
  23. a, b et c Jacques Hislaire, Gaston Eyskens, le scepticisme qui soulève les montagnes, Bruxelles, Labor, , 157 p., p. 37
  24. Gaston Eyskens, Mémoires, Bruxelles, CRISP, , 1267 p., p. 131
  25. Noel de Winter, Elections et gouvernements : éléments de l'histoire politique de la Belgique, Bruxelles, Créadif, , 239 p., p. 124
  26. https://www.vlaamsparlement.be/vlaamse-volksvertegenwoordigers/2374 ; T. Denoël, J. Laruelle, Le nouveau dictionnaire des Belges, op cit., p. 285.
  27. Gaston Eyskens, Mémoires, Bruxelles, CRISP, , 1267 p., p. 12
  28. Robert Vandeputte, Leo Tindemans, Herman Van der Wee, Gaston Eyskens, Albert Coppé, Gaston Eyskens 80, actes du colloque organisé le 22 juin 1985 à Bruxelles, Tielt, Lannoo, , 187 p., p. 16
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  30. « Premier ministre de Belgique », sur Premier.be (consulté le 14 décembre 2016)
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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Decan (R.), Wie is wie in Vlaanderen 1985-1989, 2e éd., Bruxelles, Uitgeverij BRD, 1985.
  • Delwit (P.), La vie politique en Belgique de 1830 à nos jours, Bruxelles, Editions de l'Université de Bruxelles, 2009.
  • Denoël (T.) et Laruelle (J.), Le nouveau dictionnaire des Belges, Bruxelles, Le Cri / Legrain / RTBF, 1992.
  • De Winter (N.), Elections et gouvernements : éléments de l'histoire politique de la Belgique, Bruxelles, Créadif, 1991.
  • Dujardin (V.) et Harmel (P.), Belgique 1949-1950 : entre Régence et Royauté, Bruxelles, Racine, 1995.
  • Dumont (G.-H.), Chronologie de la Belgique de 1830 à nos jours, Bruxelles, Le Cri, 2005.
  • Eyskens (G.), Mémoires, Bruxelles, CRISP, 2012.
  • Gaus (H.), Politiek biografisch lexicon: Belgische ministers en staatssecretarissen 1960-1980, Antwerpen, Standaard Uitgeverij, 1989.
  • Gillet (R.), 150 ans de vie politique, Bruxelles, Paul Legrain, 1979.
  • Hislaire (J.), Gaston Eyskens, le scepticisme qui soulève les montagnes, Bruxelles, Labor, 1971.
  • Lemaitre (H.), Les gouvernements belges de 1968 à 1980 : processus de crise, Stavelot, Chauveheid, 1982.
  • Vandeputte (R.), Tindemans (L.), Van der Wee (H.), Eyskens (G.), Coppé (A.), Gaston Eyskens 80, actes du colloque organisé le 22 juin 1985 à Bruxelles, Tielt, Lannoo, 1985.
  • Van den Wijngaert (M.), Ontstaan en stichting van de CVP-PSC : de lange weg naar het kerstprogramma, Antwerpen, De Nederlandsche Boekhandel, 1976.
  • Van Molle (P.), Het belgisch parlement 1894-1969, Ledeberg, Erasmus, 1969.

Liens externes[modifier | modifier le code]