Gaspard de Gueidan

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Gaspard de Gueidan en joueur de musette, par Hyacinthe Rigaud, 1738. Aix-en-Provence, musée Granet.

Gaspard de Gueidan (1688-1767), président à mortier au Parlement de Provence, est un bourgeois d'Aix-en-Provence, connu pour sa vanité et les polémiques qui l'ont entouré. Il est né le à Aix-en-Provence paroisse de la Madeleine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines familiales[modifier | modifier le code]

Gaspard Gueidan est issu d'une famille qui au XVIe siècle pratique le commerce de bestiaux à Reillanne, bourgade proche de Forcalquier[1]. Son grand-père, prénommé comme lui Gaspard (1616-1697) se marie le à Reillanne avec Catherine Brémond qui lui donne un fils Pierre (1646-1734). Ce grand-père franchit le premier degré vers la noblesse en achetant à Michel Albert Saint-Martin, son office d'auditeur archivaire à la Cour des comptes de Provence[2].

Son père, Pierre Gueidan, se marie en 1677 avec Madeleine de Trets, fille d'un conseiller au Parlement, ce qui confirme l'entrée à part entière des Gueidan dans l'aristocratie parlementaire. Le couple a huit enfants dont sept atteignent l'âge adulte, deux filles et cinq garçons :

  • Gaspard (1688-1767) l'aîné et Jean ;
  • Marie-Anne et Thérèse qui entreront au couvent ;
  • Louise qui épouse en 1700 Joseph de Galice, fils d'un conseiller au Parlement ;
  • Catherine qui épouse en 1707 François de La Tour de Charleval dont un des deux fils, Joseph François sera évêque d'Agde ;
  • Madeleine qui épouse en 1729 Joseph de Cabannes.

Pierre Gueidan achète en 1681 une maison sur le grand cours d'Aix, aujourd'hui au 22 du cours Mirabeau, et en 1683 il acquiert sur la commune de Gardanne le domaine de Valabre qu'il agrandit progressivement. Pierre Gueidan succède en 1691 à son père dans la charge d'auditeur à la Chambre des comptes et en 1713 achète un office de président à la Cour des comptes[3].

Les débuts de Gaspard Gueidan[modifier | modifier le code]

Gaspard Gueidan achète le la charge d'avocat général au Parlement ce qui lui permet de se désister en faveur de son frère Jean de la charge d'auditeur à la Chambre des Comptes transmise la même année par son père Pierre[3]. Il est attaché à cette charge et y donne satisfaction ; ses plaidoiries remportent un tel succès qu’elles sont publiées chez l’éditeur parisien Quillau. Lorsqu'en 1734, à la mort de son père, il a l'opportunité d'une promotion par succession dans une charge de Président de la Chambre des Comptes, il renonce à cette possibilité[4]. Cependant il acquiert en 1740 une charge de président à mortier au Parlement, ce qui le place au sommet de sa carrière.

Le il épouse Angélique de Simiane, fille de Joseph marquis de Simiane et de Marguerite de Valbelle. Le couple a plusieurs enfants et notamment :

  • Joseph Gaspard, l'aîné, né le et décédé le  ; il épousera en deuxième noce Henriette de Félix d'Ollières. Il aura un fils unique de cette deuxième épouse, Alphonse de Gueidan (1783-1853) qui, dernier marquis de Gueidan, épouse Joséphine Sibillot. Cette dernière, une fois veuve, se remarie avec Jules Lemercier de Maisoncelle de Richemond (1803-1882) et décède le sans avoir eu d'enfants et lègue à la ville de Gardanne le château de Valabre pour y faire un institut agronomique. Le château est actuellement occupé par les services de la Protection Civile et sur les terres se trouve l'actuel Lycée agricole de Valabre.
  • Anne Adélaïde (1725-1786) épouse le Pierre Louis de Demandolx La Palud. D'après Louis André, membre de l'Académie d'Aix, cette Adélaïde aurait rencontré en 1749 à Civitavecchia le séducteur Giacomo Casanova et serait devenue sa maîtresse connue sous le nom d'Henriette dans les mémoires du Vénitien[5].
  • Catherine née le épouse le Claude de Prats, âgé de soixante ans[6].
  • Pierre Claude Secret né en 1733
  • Étienne Alexandre né en 1735
  • Timoléon né en 1744.

Grâce aux nombreux services qu'il rendit dans divers procès, il réussit à faire rentrer ses trois derniers fils comme chevalier de Malte malgré une ancienneté dans la noblesse insuffisante. Forcer la porte d'une telle institution constituait un véritable exploit d'autant plus que la grand mère des trois frères, Madeleine de Trets épouse de Pierre Gueidan, avait des ancêtres figurant d'après les sources avignonnaises, au rang des néophytes convertis de la religion judaïque. Une telle origine était éliminatoire pour pouvoir accéder à l'Ordre de Malte[7].

Une ambition démesurée[modifier | modifier le code]

Après avoir acquis la charge de président à mortier, Gaspard de Gueidan a l'ambition d'accéder à la haute noblesse. Il achète en 1746 les terres du Castellet, d'Aurenc et Mousteiret dans la viguerie de Guillaume au diocèse de Glandèves et obtient du chancelier Henri François d'Aguesseau de donner à la terre du Castellet le nom de Gueidan. Par la suite en mai 1752 il obtient l’érection de cette terre en marquisat de Gueidan.

Mais Gaspard de Gueidan ne se contente pas de cette situation, il veut effacer la trace de ses ancêtres marchands de bestiaux et pour cela il s'invente des ancêtres qu'il fait remonter jusqu'à Bertrand, comte de Forcalquier. Il va jusqu'à faire saisir le livre L'histoire héroïque et universelle de la noblesse provençale édité à Avignon en 1757 sous le pseudonyme collectif d'Artefeuil qui ne contient pas ses mémoires justifiant selon lui son ascendance jusqu'au comte de Forcalquier et fait insérer la version développée par ses soins. Une telle mystification ne passe pas inaperçue et dans les années 1760 plusieurs chansons populaires tournèrent en ridicule les prétentions de Gaspard de Gueidan[8].

Gaspard de Gueidan acquiert du couvent des Observantins, une chapelle dans laquelle il fait installer vers 1757 un mausolée à Guillaume de Gueidan, fondateur mythique de sa famille avant 1208. Le gisant du mausolée, sculpté par Jean-Pancrace Chastel artiste renommé à cette époque, est revêtu d'une armure qui évoque plutôt le XVIe siècle et repose ses pieds sur un lion couché. À la Révolution le couvent des Observantins est fermé et le mausolée rendu à la famille qui en fait don en 1836 au musée Granet[9].

Vaniteux, véritable incarnation du bourgeois gentilhomme de Molière, Gaspard II se pique de philosophie, de musique et de danse. Il ambitionne même un moment d’entrer à l’Académie française.

Son portrait est peint deux fois par Hyacinthe Rigaud, en 1719 puis en 1734, pour une commande livrée en 1738.

Gaspard de Gueidan est mort le à Aix-en-Provence paroisse de la Madeleine et est enseveli le 24 février aux Observantins.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Monique Cubells (préf. Michel Vovelle), La Provence des lumières : Les parlementaires d'Aix au XVIIIe siècle, Paris, Maloine,‎ , 421 p. (ISBN 2-224-00949-6), p. 42
  2. Registre Arrogantia, f°199
  3. a et b Michel Vovelle, Les folies d'Aix ou la fin d'un monde, Le temps des cerises,‎ , 286 p. (ISBN 2-84109-389-1), p. 157
  4. Michel Vovelle, Les folies d'Aix ou la fin d'un monde, Le temps des cerises,‎ , 286 p. (ISBN 2-84109-389-1), p. 165
  5. Louis Jean André, Memoires de l'Academie des sciences, agriculture, arts & belles lettres d'Aix. Tome 6. Aspects du XVIII° siecle aixois, Aix-en Provence, Académie d'Aix,‎ (ISBN 2-906280-07-0), p. 191-192
  6. Michel Vovelle, Les folies d'Aix ou la fin d'un monde, Le temps des cerises,‎ , 286 p. (ISBN 2-84109-389-1), p. 182-183
  7. Michel Vovelle, Les folies d'Aix ou la fin d'un monde, Le temps des cerises,‎ , 286 p. (ISBN 2-84109-389-1), p. 185
  8. Michel Vovelle, Les folies d'Aix ou la fin d'un monde, Le temps des cerises,‎ , 286 p. (ISBN 2-84109-389-1), p. 191-192
  9. Michel Vovelle, Les folies d'Aix ou la fin d'un monde, Le temps des cerises,‎ , 286 p. (ISBN 2-84109-389-1), p. 203

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Une famille provençale: les Gueidan…, in Arts et livres de Provence, bulletin no 29, Marseille juin 1956, p. 9-132
  • Louis Jean André, Memoires de l'Academie des sciences, agriculture, arts & belles lettres d'Aix. Tome 6. Aspects du XVIII° éditeur. Aix-en-Provence, Académie d'Aix, 1999, p. 191-192.
  • Monique Cubells, La Provence des Lumières, les parlementaires d’Aix au XVIIIe siècle, Paris, 1984, p. 56-57
  • Ariane James-Sarazin, Hyacinthe Rigaud et ces messieurs d’Aix-en-Provence, dans Bibliothèque de l’École des chartes, 2003, tome 161, p. 241-287.

Articles connexes[modifier | modifier le code]