Gare internationale de Canfranc

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Canfranc
Image illustrative de l’article Gare internationale de Canfranc
La gare façade sur quais en 2015.
Localisation
Pays Espagne
Commune Canfranc
Quartier Canfranc Estacion
Coordonnées géographiques 42° 45′ 02″ nord, 0° 30′ 53″ ouest
Gestion et exploitation
Propriétaire ADIF
Exploitant Renfe
Services TER Nouvelle-Aquitaine (car)
Regional Express
Caractéristiques
Ligne(s) Pau à Canfranc (frontière)
Saragosse à Canfranc
Voies 18 à l'origine
Quais 1 en service côté espagnol
Altitude 1 195 m
Historique
Mise en service 11 juillet 1928
Fermeture 27 mars 1970 (fin du trafic côté français)
Géolocalisation sur la carte : Espagne
(Voir situation sur carte : Espagne)
Canfranc
Géolocalisation sur la carte : Aragon
(Voir situation sur carte : Aragon)
Canfranc

La gare internationale de Canfranc est une gare ferroviaire frontalière des lignes de Pau à Canfranc (coté frontière française) et de Saragosse à Canfranc (coté frontière espagnole), située dans les Pyrénées, sur le territoire de la commune espagnole de Canfranc, dans la province de Huesca en communauté autonome d'Aragon.

Cette gare aux dimensions monumentales — aussi grande que la gare parisienne de Saint-Lazare — située à près de 1 200 mètres d'altitude est mise en service en 1928 mais ne connaîtra jamais le trafic escompté. Depuis 1970 et l'interruption du trafic côté français, la gare n'est plus qu'un terminus de la ligne espagnole. Le bâtiment principal qui n'est plus utilisé comme gare a longtemps été laissé à l'abandon avant de connaître une rénovation dans les années 2000 et 2020 en vue d'une transformation en hôtel et avec la réouverture prévue de la ligne côté français.

Situation ferroviaire[modifier | modifier le code]

La gare internationale de Canfranc est située au point kilométrique (PK) 308,449 de la ligne de Pau à Canfranc (frontière) (réseau français), partiellement hors service, à écartement normal, et au PK 24,666 de Jaca[1] en suivant la ligne à écartement large de ligne de Saragosse à Canfranc (réseau espagnol).

Elle est établie à 1 195 mètres d'altitude.

Histoire[modifier | modifier le code]

Au XIXe siècle, lors de la naissance et du développement des liaisons ferroviaires, il est estimé que la chaîne des Pyrénées est trop difficile à franchir : les lignes passent donc à ses extrémités, à l'ouest (Hendaye-Irun) comme à l'est (Perpignan-Barcelone). Cependant, dès 1865, le Service spécial d'études du chemin de fer pyrénéen est chargé de se pencher sur la création d'une nouvelle ligne qui traverserait les Pyrénées. Après plusieurs débats, le choix de faire passer la ligne par le col du Somport est arrêté[2].

Construction[modifier | modifier le code]

Entrée du tunnel ferroviaire du Somport côté espagnol en 2015

La convention franco-espagnole du , relative aux chemins de fer transpyrénéens, avait fixé l'emplacement d'une gare internationale côté français aux Forges d'Abel[3], dans la vallée d'Aspe, c'est finalement sur le versant espagnol qu'est construite la monumentale gare internationale de Canfranc[4]. Si les travaux de construction du tunnel du Somport sont achevés en 1915 (tunnel hélicoïdal de 7875 mètres de long), c'est en que commencent les travaux de construction de la gare, douze ans après les débuts des travaux de terrassement de l'emplacement, sur les plans de l'ingénieur Ramírez de Dampierre[5]. Les ingénieurs du ministère espagnol de l'Équipement imposent des modifications, par exemple concernant les matériaux des façades. Côté français, la jonction Oloron - Bedous ouvre en 1914 et côté espagnol, la ligne Saragosse - Canfranc est inaugurée en 1922[2].

Mise en service le , la gare est inaugurée le [5] par le président Gaston Doumergue et le roi Alphonse XIII[2].

Le bâtiment est d'une taille comparable à celui de la gare de Paris-Saint-Lazare[2]. Pour sa construction, il a été nécessaire de réaliser un travail d'ingénierie important à travers les zones forestières, du fait des avalanches et glissements de terrain constants sur les pentes. Ceci s'est traduit par une réhabilitation de l'hydrologie de ces zones forestières, qui est considéré comme l'un des meilleurs exemples connus de restauration hydrologique de la forêt. En stabilisant le terrain par la plantation d'arbres, ceci a permis la construction du chemin de fer qui relie les deux côtés des Pyrénées.

Durant la période de desserte internationale[modifier | modifier le code]

Quais côté français en 1994.

Le fonctionnement de cette gare, de statut international, est régi par une convention franco-espagnole de 1928[6]. Malgré l'intégration de l'Espagne à l'Union européenne, et la suppression du trafic ferroviaire entre la France et l'Espagne par le tunnel du Somport, celle-ci est toujours en vigueur en 2014.

L'exploitation de la ligne est cependant une déception malgré sa modernité (électrification complète et transbordement de marchandises automatisé). Il faut en effet une longue journée pour effectuer les 310 km séparant Pau de Saragosse. La longueur du trajet s'explique par le changement de train obligatoire en gare de Canfranc, en raison de l'écartement différent des rails entre l'Espagne (1,6 m) et la France (1,435 m, norme de l'Union internationale des chemins de fer). Les formalités douanières sont aussi en cause[2].

En , un incendie occasionne d'importants dégâts[7]. S'étant déclaré dans le hall, il se propage à la bibliothèque, détruisant en totalité le restaurant et affectant la charpente en bois[7]. Si la cause est initialement identifiée comme un court-circuit, l'on parle ensuite d'un incendie spontané[7].

La guerre civile espagnole, en 1936, provoque la fermeture de la frontière franco-espagnole[5]. Les Franquistes prennent le contrôle de la gare le [5]. Le trafic reprend puis est interrompu en août, le tunnel est muré en novembre[5],[2].

Le trafic reprend en mars 1940, et de nombreux échanges de marchandises transitent par la gare jusqu'en 1944, notamment entre l'Espagne, le Portugal et la Suisse, pays non engagés dans le conflit[5],[8]. Des convois de minerais de fer et de tungstène quittent l'Espagne vers l'Allemagne nazie, et de l'or transite en compensation dans le sens inverse[5],[8]. Il s'agit probablement de la seule période d'activité intense de l'histoire de la ligne[2]. Des centaines de Juifs et de Résistants utilisent cette voie pour fuir la France, aidés par le chef des douanes de Canfranc, Albert Le Lay[2]. Après l'invasion de la zone libre en novembre 1942, ses soldats allemands occupèrent la partie française de la gare, alors que la ligne y menant est utilisée par de nombreuses personnes quittant la France mais est aussi sabotée par des Résistants[5],[8].

À la Libération française, le tunnel est à nouveau muré par les autorités espagnoles, pour éviter l'arrivée de combattants anti-franquistes[5]. Le trafic reprend en 1948, mais le franchissement de la frontière est alors compliqué[5]. Le trafic voyageurs est caractérisé par des trains de pèlerinage et celui de marchandises par l'exportation d'agrumes vers la France[5].

À son apogée, le trafic voyageurs international ne dépasse pas la cinquantaine de voyageurs par jour pour un trafic fret limité[réf. nécessaire].

Fermeture de la section Oloron - Canfranc[modifier | modifier le code]

Le , le déraillement d'un train de marchandises français parti en dérive entraîne la destruction du pont de l'Estanguet à proximité de la gare de Lescun - Cette-Eygun. Ce pont n'est pas reconstruit. Le trafic ferroviaire côté français est dès lors limité à Bedous avant l'abandon de la desserte de la section Oloron - Bedous. En effet, le déficit d'exploitation de la ligne, victime de la concurrence du transport de marchandises par camions, a raison du caractère provisoire de la suspension de la ligne initialement décidée par la SNCF, celle-ci devenant finalement définitive[2].

Les navettes routières en provenance de la France se pérennisent et sont intégrées aux dessertes par car du réseau TER Nouvelle-Aquitaine.

La gare est donc désormais un simple terminus espagnol, le trafic ayant été stoppé du côté français. La gare n'accueille en 2020 que vingt voyageurs par jour, sur un petit autorail qui effectue seulement deux allers-retours quotidiens. À l'inverse de la France, l'Espagne continue en effet de respecter la convention de 1928, qui interdit à chacun des pays d'interrompre son trafic sans l'aval de l'autre. Cela dit, le côté espagnol comporte moins d'ouvrages d'art à entretenir[2].

Galerie photos de la gare[modifier | modifier le code]

Photos de la gare entre 2010 et 2015

Projets et début de rénovation[modifier | modifier le code]

Vue générale en 2015.

Depuis des années, la réouverture du trafic international et la réhabilitation de la station et de ses environs sont réclamées par les riverains. Le Comité pour la réouverture de la ligne Oloron-Canfranc (Créloc) œuvre en ce sens[2].

D'importants travaux ont même été lancés au milieu des années 2000, comprenant la reconstruction complète et à neuf de la toiture de la gare voyageur et la consolidation de l'intérieur du bâtiment[9], mais le projet a été rapidement figé puis abandonné à la suite de la crise bancaire et financière de l'automne 2008.

Le [10], Alain Rousset (président de la région Aquitaine) et Luisa Fernanda Rudi (présidente du Gouvernement d’Aragon) ont signé à l’hôtel de région Aquitaine à Bordeaux un protocole d’accord[11] valable jusqu’en 2020, dans le cadre de la coopération transfrontalière Aquitaine-Aragon dont la ligne ferroviaire Pau-Canfranc-Saragosse est emblématique.

La réouverture de la ligne côté français est donc en cours. Les travaux du premier tronçon (section Oloron - Bedous) ont débuté le [12] et la ligne a été rouverte à la circulation le [13]. Il reste donc à réhabiliter le second tronçon de 32 km (Bedous - gare de Canfranc) pour que la gare internationale reprenne son activité.

La région aragonaise est moteur dans ce dossier, y voyant une opportunité de développement économique. Si l'État français est réticent, l'Union européenne a pour sa part financé des travaux de rénovation. La partie espagnole a aligné la taille de ses rails sur ceux de la France et une nouvelle gare a été construite près du bâtiment originel, restauré en 2020 afin d'accueil un hôtel de luxe d'une centaine de chambres. On y accédera par le grand vestibule Art déco. L'édifice conserve également ses couloirs souterrains, qui permettaient de changer de quais, entièrement carrelés et également de style Art déco. La rotonde destinée à garer les locomotives sera pour sa part transformée en musée[2].

Service des voyageurs[modifier | modifier le code]

Accueil[modifier | modifier le code]

Desserte[modifier | modifier le code]

Le service voyageurs est composé de cars TER Nouvelle-Aquitaine en direction d'Oloron et de trains Regional Exprès :

Ligne Trajet Villes desservies
R41 Saragosse - Huesca - Canfranc Saragosse-Delicias - Villanueva de Gállego - Zuera - Almudevar - Tardienta - Huesca-Intermodale - Plasencia del Monte - Ayerbe - Riglos-Concilio - Riglos - Santa María y La Peña - Anzánigo - Caldearenas-Aquilué - Sabiñánigo - Jaca - Castiello-Pueblo - Castiello - Villanúa - Canfranc

Intermodalité[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Livre : Histoire du rail transpyrénéen, éditions La Régordane, page 86.
  2. a b c d e f g h i j k et l François Delétraz, « Canfranc, la renaissance d'une gare fantôme », Le Figaro Magazine, semaine du 3 avril 2020, p. 42-46.
  3. s:Convention relative à l'établissement de communications par voies ferrées à travers les Pyrénées
  4. s:Arrangement portant modification des articles 4 et 5 de la convention du 18 août 1904 relative à l'établissement de communications par voies ferrées à travers les Pyrénées
  5. a b c d e f g h i j et k Pascal Desmichel, « La gare monumentale de Canfranc à l’épreuve des temps. Grandeur et décadence d’un patrimoine ferroviaire de la montagne aragonaise (Espagne) », sur cybergeo.revues.org (consulté le 16 février 2011)
  6. s:Convention internationale pour le fonctionnement de la gare internationale de Canfranc et de la voie de jonction de cette gare avec la station française des Forges-d'Abel
  7. a b et c (es) « Incendio en la estación internacional de Canfranc », La Vanguardia,‎ (lire en ligne, consulté le 1er octobre 2014).
  8. a b et c (es) Laura Puy Muguiro, « Los nazis estuvieron en Canfranc », Diario de Navarra,‎ (lire en ligne, consulté le 2 octobre 2014).
  9. « Canfranc. Ce «Titanic» refait surface : au bout du tunnel du Somport, une gare fantôme, où transitait l'or nazi, va être transformée en hôtel de luxe », sur ladepeche.fr, (consulté le 6 septembre 2012)
  10. « Coopération transfrontalière : Pau - Canfranc sur les rails », Sud-Ouest,‎ (lire en ligne)
  11. « Protocole d'accord du gouvernement d'Aragon et de la région Aquitaine sur la feuille de route 2012-2020 de la reprise des circulations sur la ligne ferroviaire Pau-Canfranc-Saragosse »,
  12. « Train Oloron – Bedous : les travaux lancés à Lurbe Saint-Christau », La République des Pyrénées,‎ (lire en ligne, consulté le 1er mai 2020)
  13. « La ligne Oloron-Bedous inaugurée ce vendredi », La République des Pyrénées,‎ (lire en ligne, consulté le 1er mai 2020)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]