Garamantes

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Carte du Proche Orient vers 600, avant les conquêtes arabes.

Les Garamantes (probablement du berbère: igherman / iɣerman, signifiant: "villes"; ou de igerramen signifiant "saints, personnes saintes/sacrées"), sont un ancien peuple berbère situé entre la Libye et l’Atlas, plus particulièrement autour des oasis de Germa (du nom de leur capitale, Garama) et de Mourzouk.

Ils ont développé une civilisation très avancée. Ils avaient un système d'irrigation souterrain très élaboré, et ont fondé plusieurs royaumes berbères, ou cité-états dans le Fezzan, en actuelle Libye, dans le Sahara. Ils étaient un peuple de conducteurs de chars et de bâtisseurs. Leur royaume est devenu une puissance locale de 500 à 600 av. J.-C.

La plupart des informations à leur sujet nous viennent de sources grecques et romaines (le mot Garamantes, était un nom grec, que les romains ont plus tard adopté), et aussi de fouilles archéologiques, bien que de grandes zones riches en ruines restent non-excavées. Une autre sources d'informations est l'abondant art rupestre dans la région, qui représente souvent la vie avant la montée en puissance de leur royaume.

Mode de vie[modifier | modifier le code]

Dans les années 1960, des archéologues ont excavé une partie de la capitale des Garamantes dans l'actuelle Germa (située à environ 150 km à l'ouest de Sebha) et l'ont nommée Garama (une ancienne capitale, Zinchecra, était située non loin de la future Garama). Les recherches actuelles indiquent que les Garamantes avaient environ 8 grandes villes, dont 3 ont été examinées à partir de 2004. En outre, ils avaient un grand nombre d'autres établissements. Garama avait une population d'environ 4 000 et 6 000 habitants vivant dans des villages dans un rayon de 5 km.

Les Garamantes étaient des fermiers et des marchands. Leur régime consistait de raisins, en figues, en orge et en blé. Ils ont échangé du blé, du sel et des esclaves en échange de vin, et d'huile d'olive importés, de lampes à huile et de vaisselle romaine. Selon Strabon et Pline, les Garamantes exploitaient l'amazonite dans les montagnes du Tibesti. En 2011, Efthymia Nikita a rapporté que les squelettes de Garamantes ne suggèrent pas une guerre régulière ou des activités pénibles.

"Les Garamantes présentaient un faible dimorphisme sexuel dans les membres supérieurs, ce qui est conforme au modèle des populations agricoles et implique que l'engagement des mâles dans les travaux de guerre et de construction n'était pas particulièrement intense [...] les Garamantes n'apparaissaient pas systématiquement plus robuste que les autres populations nord-africaines occupant des environnements moins difficiles, ce qui indique que la vie au Sahara n'a pas nécessité d'activités quotidiennes particulièrement ardues[1]."

Histoire[modifier | modifier le code]

Les Garamantes étaient probablement présents en tant que peuple tribal dans le Fezzan en 1000 av. J.-C. Au Ve siècle av. J.-C., les Garamantes sont mentionnés pour la première fois dans un document écrit par Hérodote, qui les localise à l’intérieur de la Libye, à trente jours de la Méditerranée. Hérodote indique qu’ils pratiquaient l’agriculture et avaient de grandes plantations de palmiers-dattiers. Ils avaient des chariots rapides attelés à quatre chevaux, sur lesquels ils pourchassaient les « Éthiopiens », et les Troglodytes. Selon Hédorote, ils étaient une "très grande nation"[2]. Les descriptions romaines les décrivent comme portant des cicatrices rituelles et des tatouages. Tacite indique qu'ils ont aidé Tacfarinas lors de sa rébellion entre 17-24 après J.-C, et ont attaqué des colonies côtières romaines.

Selon Pline l'Ancien, les Romains finirent par se lasser des raids Garamantes, et Lucius Cornelius Balbus a capturé 15 de leurs colonies en 19 a.v. J.-C. En 202, Septime Sévère a capturé la capitale de Garama[3].

Vers 150, le royaume Garamantes (dans le centre de l'actuelle Libye, le Fezzan, principalement le long du Wadi al-Ajal), couvrait 180 000 kilomètres carrés dans le sud de la Libye. Il a duré d'environ 400 avant J.C à 600 après J.C.

Le déclin de la culture Garamantes peut avoir été lié à l'aggravation des conditions climatiques ou à la surexploitation des ressources en eau. Ce qui est aujourd'hui le désert était autrefois d'assez bonnes terres agricoles, qui ont été renforcée par le système d'irrigation Garamantes il y a 1500 ans. Comme l'eau fossile est une ressource non renouvelable, au cours des six siècles du royaume Garamantes, le niveau de la nappe phréatique a chuté. Le royaume a diminué et s'est fragmenté.

Domination romaine[modifier | modifier le code]

En 203, Septime Sévère conquiert la capitale des Garamantes, Garama (zone en rose clair).

Au début de notre ère, l'Empire romain était en pleine expansion et les riches colonies d'Ifriqiya– c'est-à-dire d'Afrique du Nord – devaient être pacifiées et protégées. En 20 avant J.C., le proconsul d'Afrique Lucius Cornelius Balbus partit à la conquête du pays des Garamantes et s'empara de sa capitale Garama, aujourd'hui Gera. Mais la domination romaine était précaire et quelques années plus tard, les Garamantes aidèrent ouvertement l'ancien mercenaire numide Tacfarinas qui menait un grand mouvement de révolte contre Rome. La paix s'instaura pour quelques décennies, mais à la mort de l'empereur Vespasien, en 70 de notre ère, ils s'immiscèrent dans la vie politique de l'empire en répondant à l'appel des habitants d'Oea, l'actuelle Tripoli, qu'ils aidèrent à assiéger, et piller l'opulente Leptis Magna. Il fallut attendre l'avènement de Septime Sévère pour que la Pax romana s'étende sur la région. Les routes, devenues plus sûres, permirent un nouveau développement du commerce, et le pays des Garamantes connut alors son apogée. Nous pouvons avoir une bonne idée de ce qu'était vie quotidienne de la garnison d'un poste romain du Sahara libyen pacifié grâce aux ostraca, ces tessons de poterie trouvés à Bu Njem, en actuelle Libye.

Dans l'Antiquité tardive, le souvenir des Garamantes s'estompe quelque peu. Les témoignages sur cette nation que Tacite disait indomptée redeviennent vagues et entachés par le mythe. Paul Orose, prêtre d'origine espagnole qui rédigea en 416, à la demande de saint Augustin, une Histoire contre les païens, les situe sur les bords de l'océan Méridional qui est une création littéraire. En 569, le chroniqueur Jean de Biclar annonce la conversion des Garamantes au christianisme. Une étude récente de René Rebuffat trouve une curieuse mention du roi des Garamantes dans le Don Quichotte de Cervantès (I, 18) : Pentapolin, tel est le nom que Cervantès donna à ce géant issu de l'imagination de l'ingénieux hidalgo, et que l'on rapprochera de la Pentapole de Cyrénaïque : manifestement, le Pirée sera encore souvent pris pour un homme[4].

Écriture[modifier | modifier le code]

Article connexe : Tifinagh.

D'après Louis Werner, leur système d'écriture était le tifinagh "...du proto-tifinagh, presque indéchiffrable, le script des actuels Touaregs[5]".

Découvertes archéologiques[modifier | modifier le code]

En 2011, des observations par satellite permettent de découvrir un grand nombre de ruines appartenant à la civilisation des Garamantes, comprenant des tombes, des fortifications et des cimetières. On découvre aussi un réseau de tunnels et de puits au moyen desquels les Garamantes accédaient à l’eau de la nappe phréatique[6].

Il en ressort que cette culture était bien plus avancée et historiquement plus importante que ce que laissent entendre les historiens anciens. Les Garamantes formaient, sinon un État organisé, au moins au réseau de chefferies avec des villes et villages fédérés. Ils avaient une langue écrite et des techniques avancées. Ils ont été des pionniers dans l’aménagement, l’irrigation et l'urbanisation des oasis, ainsi que des maîtres du commerce transsaharien[7]. Le royaume des garamantes était aussi célèbre pour ses gemmes, ses escarboucles, et autres amazonites[8].

Ce royaume qui dura plus d’un millénaire, d'environ 500 à 600 apr. J.-C., s’étendait à son apogée sur un territoire de 650 000 km2. Son déclin pourrait avoir été causé par l’intensification de la désertification, et par la surexploitation des ressources hydriques[9].

Vestiges et ruines[modifier | modifier le code]

Les ruines comprennent de nombreuses tombes, forts et cimetières. Les Garamantes ont construit un réseau de tunnels et de puits souterrains pour extraire l'eau fossile depuis la couche de calcaire, sous le sable du désert. La datation de ces foggaras est contestée, ils apparaissent entre -200 à 200 ap. J.-C. mais ont continué à être utilisés jusqu'au moins le VIIe siècle, et peut-être plus tard[10]. Le réseau de tunnels est connu des Berbères sous le nom de Foggaras. Le réseau a permis à l'agriculture de prospérer et a utilisé un système de travail forcé (esclavage) pour le maintenir.

Présence dans la fiction[modifier | modifier le code]

Manuscrit Bestiaire montrant le roi des Garamantes sauvé de ses ravisseurs, par ses chiens. 13ième siècle.

Dans l’Énéide (VI, 794-795), Virgile cite les Garamantes comme l’un des peuples conquis, représentant l’étendue de la domination future (car encore à venir dans le temps du récit, aux temps mythiques d'Enée) d’Auguste : « super et Garamantas et Indos / proferet imperium » (sur les Garamantes et les Indiens, il étendra l’empire).

Dans Salammbô, Gustave Flaubert décrit les Garamantes dans les armées carthaginoises de mercenaires, anthropophages en cas de nécessité :

« Le soir du neuvième jour, trois Ibériens moururent. Leurs compagnons, effrayés, quittèrent la place. On les dépouilla ; et ces corps nus et blancs restèrent sur le sable, au soleil. Alors des Garamantes se mirent lentement à rôder tout autour. C’étaient des hommes accoutumés à l’existence des solitudes et qui ne respectaient aucun dieu. Enfin le plus vieux de la troupe fit un signe, et se baissant vers les cadavres, avec leurs couteaux ils en prirent des lanières ; puis, accroupis sur les talons, ils mangeaient. Les autres regardaient de loin ; on poussa des cris d’horreur ; —beaucoup cependant, au fond de l’âme, jalousaient leur courage[11] »

Dans « L’Immortel », Jorge Luis Borges met en scène un tribun d’une légion romaine stationné à Thèbes en Égypte, qui part dans le désert à la recherche d'une légendaire cité des immortels. Au cours de ce voyage épuisant, il dit avoir traversé « le pays des Troglodytes, qui dévorent des serpents et manquent de l’usage de la parole ; celui des Garamantes, qui ont leurs femmes en commun et qui se nourrissent de la chair des lions[12]. »

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Efthymia Nikita, « Activity patterns in the Sahara Desert: An interpretation based on cross-sectional geometric properties », American Journal of Physical Anthropology, vol. 146,‎ , p. 423-434 (DOI 10.1002/ajpa.21597)
  2. (en) Hérodote (trad. Pierre-Henri Larcher), Histoire d’Hérodote, t. 1, Charpentier, , 321 p. (lire en ligne), chap. 4
  3. (en) Anthony R. Birley, Septimius Severus: The African Emperor, London, Routledge, 1999 [1971] (ISBN 0-415-16591-1), p. 153
  4. Gabriel Camps, Les Garamantes, conducteurs de chars et bâtisseurs dans le Fezzan antique, Alger, Ancien directeur du Musée national d’ethnographie et de préhistoire du Bardo, (lire en ligne)
  5. (en) Louis Werner, « Libya's Forgotten Desert Kingdom », Saudi Aramco World, mai/juin 2004; volume 55, numéro 3 (consulté le 15 août 2016)
  6. Des châteaux dans le désert
  7. « Castles in the desert – Satellites reveal lost cities of Libya | ERC: European Research Council », (consulté le 21 juin 2017)
  8. Claude-Alain SABY, Les garamantes : histoires et écrits, Servimédia, , 287 p. (ISBN 978-2-9526488-5-1, lire en ligne)
  9. (en) Fall of Gaddafi opens a new era for the Sahara's lost civilisation, The Guardian, 5 novembre 2011.
  10. (en) David Mattingly, Archaeology of Fazzan, vol. 1, London, Synthesis,
  11. Salammbô. Chap. XIV. Le Défilé de la Hache.
  12. L'Aleph, p. 8.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]