Ganna Walska

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Ganna Walska
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Portrait par Jean Reutlinger
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Alexander Smith Cochran (en) (de à )
Harold Fowler McCormick (de à )
Harry Grindell Matthews (en) (de à )
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Ganna Walska, née Hanna Puacz, le à Brest-Litovsk et morte le à Montecito, est une chanteuse d'opéra américaine d'origine polonaise. Elle a été la propriétaire du théâtre des Champs-Élysées de 1923 à 1970[1]. Passionnée de jardins, elle a créé les jardins botaniques Lotusland (en) dans son manoir de Montecito en Californie. Elle a été mariée six fois, dont quatre fois à de riche maris. La promotion de sa carrière à l'opéra par son quatrième mari, Harold McCormick, a inspiré certains aspects du scénario de Citizen Kane .

Biographie[modifier | modifier le code]

Hanna Puacz est née le 26 juin 1887 à Brest-Litovsk, de parents polonais Napoléon Puacz et Karolina Massalska[2], elle serait la nièce du marquis de Cuevas[3].

Encore adolescente en 1904, elle quitte sa maison pour Saint-Pétersbourg où elle épouse en 1907, Arcadie d’Einghorn, un comte russe.

En 1914, elle arrive en France, où elle adopte son nom de scène : Ganna Walska. Ganna est une forme ukrainienne de Hannah, et Walska « rappelle sa musique préférée, la valse[4] » et commence une carrière de chanteuse de cabaret. Elle part à New York, où elle rencontre son second mari, l'endocrinologue qu’elle consulte pour des problèmes aux cordes vocales.

En 1916, elle tourne dans un film de William Nigh The Child of Destiny.

Elle fait la connaissance de celui qui deviendra son troisième mari en 1920, Alexander Smith Cochran (en), dont la fortune, estimée à 80 millions de dollars, servira en partie à la couvrir de bijoux . Harold McCormick, homme d'affaires, fait aussi battre son cœur. Les deux hommes entrent en compétition pour la séduire : le premier lui laisse carte blanche chez Cartier, le deuxième ouvre un compte à son nom, lui versant 100 000 dollars par an, à vie[5]. Harold McCormick, dépense des milliers de dollars en cours de chant pour elle et s'arrange même pour qu'elle prenne la tête d'une production de Zazà de Ruggero Leoncavallo à l'opéra de Chicago en 1920. Apparemment, Walska se dispute avec le réalisateur Pietro Cimini pendant la répétition générale et quitte la représentation avant son entrée en scène[6],[7]. Elle devient l'élève de Walther Straram, le 4 mai 1921[3].

Les contemporains disent que Walska a une voix terrible, qui ne plait qu'à McCormick. Après un bref mariage avec Cochran, elle épouse McCormick à Paris[8]. Ils habitent 14 rue de Lubeck[9].

Ganna Walska après son mariage avec Harold McCormick

En 1922, après son mariage avec Harold McCormick, Ganna Walska achète le théâtre des Champs-Élysées à Paris[10]. Elle déclare au Chicago Tribune « qu'elle a investi ses propres fonds, et non ceux de son mari », et déclare: «Je n'apparaîtrai jamais dans mon propre théâtre tant que je n'aurai pas été reconnue uniquement sur la base de mes mérites en tant qu'artiste [11] ».

Walska devient aussi une élève de la professeure de chant Cécile Gilly. Marjorie Lawrence, une autre élève de Gilly, a déclaré qu'il était clair que Walska avait peu d'aptitudes pour la musique, mais que Gilly l'a engagée pour l'argent[12].

Walska poursuit une carrière de chanteuse d'opéra. La promotion de sa carrière à l'opéra par McCormick, malgré son apparente réputation de chanteuse médiocre, a inspiré des aspects du scénario de Citizen Kane d'Orson Welles[13]. Roger Ebert, dans son commentaire sur Citizen Kane, suggère que le personnage de Susan Alexander est basé sur Walska.

En juin 1924, Walther Straram organise son propre festival Mozart avec Don Giovanni, Cosi fan tutte, Les Noces, le Requiem… Les opéras sont donnés trois fois et chantés en italien, au théâtre des Champs-Élysées, avec la participation de Ganna Walska[3].

Les gros titres du New York Times disent : « Ganna Walska échoue dans Madame Butterfly : sa voix la désert encore quand elle essaie le rôle de l'héroïne de Puccini[14] » et « Mme Walska s'accroche à l'ambition de chanter (14 juillet 1927) ».

La presse française, notamment le journal Comœdia et le Figaro, semble plus indulgente[15],[16].

Jusqu'en 1940, elle passe la majeure partie de son temps entre l'Amérique et l'Europe, s'installant définitivement aux Etats-Unis, juste avant que les nazis n'occupent la France.

Le New York Times, en 1996, rapporte que selon ses mémoires Always Room at the Top (1943) ,« Walska a essayé toutes sortes de techniques à la mode pour conquérir ses nerfs et sauver sa voix...Rien n'a fonctionné. Au cours d'une représentation de Fedora de Giordano à La Havane, en 1918, elle a déraillé si obstinément que le public l'a bombardée de légumes pourris. C'était un événement dont Orson Welles s'est souvenu lorsqu'il a commencé à concocter le personnage de la seconde épouse de l'éditeur de journaux pour Citizen Kane[17] ».

Ganna Walska décède le 2 mars 1984 à Lotusland, laissant son jardin et sa fortune à la Ganna Walska Lotusland Foundation[18].

Mariages[modifier | modifier le code]

Ganna Walska s'est mariée six fois :

Fortune et patrimoine[modifier | modifier le code]

En 1926, Walska achète l'œuf de Fabergé, le Duchess of Marlborough (en), offert par Consuelo Vanderbilt lors d'une vente aux enchères caritative. Il a ensuite été acquis par Malcolm Forbes en tant que premier œuf de Pâques de sa collection d'œufs Fabergé.

En 1927, elle créée et dirige la Société Parisienne des Produits de Beauté[35], entreprise de cosmétiques, qui a son siège 51 rue du Paradis et un salon d'exposition 2 rue de la Paix à Paris. Après Blue Ribbon et Divorçons, Ganna Walska lance Pour le Sport [36],[37],[38]. La SPPB est déclarée en faillite en 1931[39].

La même année, elle prend la direction du théâtre des Champs-Élysées, dont elle est l'unique propriétaire[40]. Elle refuse d'abandonner sa carrière de chanteuse et de commerçante et de suivre son mari à Chicago, prémices d'un divorce[41],[42].

En 1928, Ganna Walska obtient la libre occupation du TCE. Elle en confie l'exploitation à Walther Straram[43].

En 1928, elle acquiert le saphir Romanov, appartenant à l'origine à la tsarine Maria Feodorovna, et le fait façonner par Cartier en collier[44].

En 1929, elle est la propriétaire du château de Galluis[25].

En 1936, elle revend la parure d'émeraudes (diadème, collier, pendentifs, bracelet) offert par Napoléon III à la comtesse de Castiglione, à Barbara Hutton[45].

Jusqu'à la fin des années 60, Ganna Walska paye le déficit du théâtre des Champs-Élysées, offert par son époux en 1923 et seul théâtre à être coté en Bourse, mais qui a toujours été déficitaire[46]. Elle change alors d'attitude et signe une promesse de vente à des promoteurs américains. Malraux s'en émeut et en 1970, le gouvernement a donc acheté 80 % des actions[1],[47].

En 1971, Walska se laisse convaincre de vendre 146 pièces de sa collection de bijoux. Parmi la collection, riche en pierres précieuses de couleur, figurait une briolette de diamants de quatre-vingt-quinze carats[48], une rare collection de bijoux indiens comportant plusieurs magnifiques colliers de Cartier et une grande émeraude sculptée Mogul. Les fonds récoltés lors de la vente de 1971 ont été réinvestis dans le jardin, pour acheter et installer les rares cycadales qui composent le dernier jardin créé du vivant de Madame Walska.

Représentations[modifier | modifier le code]

Lotusland[modifier | modifier le code]

Entrée du manoir à Lotusland

En 1941, avec les encouragements de son sixième mari Theos Bernard, elle achète l'historique domaine de 15ha, Cuesta Linda, à Montecito près de Santa Barbara, Californie, avec l'intention de l'utiliser comme retraite pour les moines tibétains. En raison des restrictions sur les visas pendant la guerre, les moines ne peuvent pas venir aux États-Unis[58]. Après son divorce d'avec Bernard en 1946, Walska change le nom de son domaine en Lotusland , d'après la célèbre fleur sacrée dans les religions indienne et tibétaine, le lotus, Nelumbo nucifera. Ce lotus pousse dans plusieurs des étangs de son jardin[59]. Elle consacre le reste de sa vie à concevoir, réaménager, agrandir et entretenir les célèbres jardins du domaine. Son talent de paysagiste est considéré pour ses jardins distinctifs d'une créativité exceptionnelle.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Botanique[modifier | modifier le code]

Nymphéa Madame Ganna Walska

Un nénuphar tropical aux fleurs rose lavande pâle, de la famille des nymphéas porte son nom[60].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b « Entretien avec Pierre Le Baillif "Le mécénat n'est pas un substitut de la publicité" », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  2. (en) Pinkowski Files – a database of American Polonia http://www.poles.org/db/w_names/Walska_G.html
  3. a b et c « Biographie de Walther Straram », sur www.straram.fr (consulté le )
  4. (en) About Madame Walska http://www.lotusland.org/about-us/about-madame-walska
  5. Condé Nast, « L'incroyable destin de Ganna Walska, chanteuse d'opéra ratée, croqueuse d’hommes et de diamants », sur Vanity Fair, (consulté le )
  6. (en) « The New York herald », sur Gallica, (consulté le )
  7. « Le Ménestrel », sur Gallica, (consulté le )
  8. (en) « The New York herald », sur Gallica, (consulté le )
  9. (en) « The New York herald », sur Gallica, (consulté le )
  10. « Les grandes heures d'une scène parisienne », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  11. "Walska Buys Theatre." The New York Times, December 15, 1922
  12. Marjorie Lawrence, Interrupted Melody (Sydney: Invincible Press, 1949), p. 64.
  13. (en) Welles, Orson, and Peter Bogdanovich, This is Orson Welles. New York: HarperCollins Publishers 1992 (ISBN 0-06-016616-9) page 49
  14. a et b (en) The New York Times 1925-01-29: Vol 74 Iss 24477, (lire en ligne)
  15. « Comoedia », sur Gallica, (consulté le )
  16. a et b « Le Figaro », sur Gallica, (consulté le )
  17. Mitchell Owens, « Garden of the Slightly Macabre », New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le )
  18. Ganna Walska Lotusland Foundation
  19. (en) « The New York herald », sur Gallica, (consulté le )
  20. (en) « Walska Makes Counter Charge Against Cochran », Chicago Tribune,‎ (lire en ligne, consulté le ) :

    « ...son premier mari Arcadie d'Eighnhorn [sic], un Russe, qui serait mort en Russie en 1920. Son deuxième mari, le Dr Joseph Fraenkel ... »

  21. (en) « A. S. Cochran Dies At Saranac Lake. Wealthy Carpet Manufacturer, Philanthropist and Yachtsman. Inherited Vast Fortunes. Democratic Ways and Generosity Made Him Greatly Admired In Native Yonkers. Chief Owner of Vast Carpet Works. Built Yacht to Defend Cup. Joined British Navy in War », New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le ) :

    « Alexander Smith Cochran, fabricant de tapis, philanthrope et plaisancier de New York et de Yonkers, est décédé ici hier soir d'une tuberculose pulmonaire dont il souffrait depuis quinze ans. Il était dans sa cinquante-sixième année. »

  22. (en) « Walska the Bride of H. F. McCormick. Wedded in Quiet Paris Ceremony, With Mr. and Mrs. Malone the Only Witnesses. Posting Of Banns Waived. Official Says Couple Gave an 'Immense Amount' to Poor. Union Illegal in Illinois », New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le ) :

    « Harold F. McCormick de Chicago, président du comité exécutif de l'International Harvester Company, et Mme Alexander Smith Cochran, connue dans le monde de la musique sous le nom de Mme Ganna Walska, se sont mariés tranquillement aujourd'hui à la mairie du quartier sélect de Passy à Paris. »

  23. « Comoedia », sur Gallica, (consulté le )
  24. « Comoedia », sur Gallica, (consulté le )
  25. a et b « Le Populaire », sur Gallica, (consulté le )
  26. « Le Ménestrel », sur Gallica, (consulté le )
  27. (en) « Harold Fowler McCormick, Industrialist. Dies. Chairman of the International Harvester Co., Which His Father, Cyrus, Founded. Noted As Philanthropist. Sponsored Successful Search for Scarlet Fever Antitoxin. A Supporter of Opera », New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le ) :

    « Mme McCormick est décédée en 1935. La seconde épouse de M. McCormick était Mme Ganna Walska. Leur union fut célébrée en 1922. L'ambition de Mme Walska de chanter le grand opéra ... »

  28. (en) « Scientist Asserts He'll Wed Walska. Grindell-Matthews,'Death Ray' Inventor, Says He Will Marry Polish Opera Singer Soon. They Met 3 Months Ago. Marriage Would Be the Fifth for Mme. Walska, Once Wife of Harold Fowler McCormick », New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le ) :

    « Harry Grindell-Matthews, génial inventeur du "rayon de la mort" de 57 ans, a annoncé aujourd'hui qu'il épouserait Ganna Walska, chanteuse d'opéra polonaise dont le quatrième mari était Harold Fowler McCormick, magnat des moissonneuses de Chicago. »

  29. « Le Monde illustré », sur Gallica, (consulté le )
  30. (en)« Married », Time,‎ (lire en ligne, consulté le ) :

    « Ganna Walska d'Eighnhorn Fraenkel Cochran McCormick, 45 ans, chanteuse d'opéra polono-américaine, parfumeuse, féministe, dont les quatre précédents maris avaient possédé des fortunes totalisant 125 000 000 $, à Harry Grindell-Matthews, 57 ans, inventeur du "rayon de la mort", qui a assommé une vache distante de 200 mètres lors de ses premiers tests par le British War Office ; à Londres. La mariée est partie seule en lune de miel, tandis que l'investisseur s'est précipité dans son laboratoire de Clydach, au Pays de Galles (clôturé avec du fil électrifié) pour perfectionner une torpille aérienne. »

  31. « Paris-midi », sur Gallica, (consulté le )
  32. (en)« Died », Time,‎ (lire en ligne, consulté le ) :

    « Harry Grindell-Matthews, 61 ans, inventeur d'un « rayon de la mort » très médiatisé, cinquième mari de la chanteuse Ganna Walska ; dans son bungalow laboratoire isolé et gardé électriquement près de Swansea, au Pays de Galles. Chercheur en électricité, il a développé des détecteurs de sous-marins, des "mines aériennes", des dispositifs de télécommande, la synchronisation son-film, en 1911 a établi une communication sans fil avec un avion en vol. »

  33. « 7 jours », sur Gallica, (consulté le )
  34. Kunimoto, « Traveler-as-Lama Photography and the Fantasy of Transformation in Tibet », Trans Asia Photography Review, vol. 2, no 1: The Elu[va]sive Portrait: In Pursuit of Photographic Portraiture in East Asia and Beyond; Guest edited by Ayelet Zohar, Fall 2011,‎ (lire en ligne)
  35. « Journal officiel de la République française », sur Gallica, (consulté le )
  36. (en) « The New York herald », sur Gallica, (consulté le )
  37. (en) The American Perfumer and Essential Oil Review 1927-06: Vol 22 Iss 4, Allured Publishing, (lire en ligne)
  38. (en) Grace Hummel, « Cleopatra's Boudoir: Ganna Walska Perfumes », sur Cleopatra's Boudoir, (consulté le )
  39. « Archives commerciales de la France », sur Gallica, (consulté le )
  40. « Comoedia », sur Gallica, (consulté le )
  41. « Paris-midi », sur Gallica, (consulté le )
  42. (en) « The New York herald », sur Gallica, (consulté le )
  43. « Le Béarn républicain », sur Gallica, (consulté le )
  44. Marine de la Horie, « La légende du saphir des Romanov », sur Le Point, (consulté le )
  45. « Paris-midi », sur Gallica, (consulté le )
  46. « Les Nouvelles littéraires, artistiques et scientifiques », sur Gallica, (consulté le )
  47. « Paris-presse, L'Intransigeant », sur Gallica, (consulté le )
  48. « The Walska brooch - Van Cleef & Arpels », sur www.vancleefarpels.com (consulté le )
  49. (en) « The New York herald », sur Gallica, (consulté le )
  50. « Le Ménestrel », sur Gallica, (consulté le )
  51. a et b « Comoedia », sur Gallica, (consulté le )
  52. a et b (en) « The New York herald », sur Gallica, (consulté le )
  53. « Le Figaro », sur Gallica, (consulté le )
  54. « Comoedia », sur Gallica, (consulté le )
  55. « La Liberté », sur Gallica, (consulté le )
  56. « La France active », sur Gallica, (consulté le )
  57. « Mercure de France », sur Gallica, (consulté le )
  58. « Combat », sur Gallica, (consulté le )
  59. « The Life and Works of Theos Bernard », Columbia University (consulté le )
  60. (en) « Nymphaea 'Madame Ganna Walska' », sur plants.ces.ncsu.edu (consulté le )

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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