Gagaku

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Le Gagaku *
UNESCO logo.svg Patrimoine culturel immatériel
de l’humanité
Dames de la Cour impériale exécutant la « danse du papillon »
Dames de la Cour impériale exécutant la « danse du papillon »
Pays * Drapeau du Japon Japon
Région * Asie et Pacifique
Liste Liste représentative
Fiche 00265
Année d’inscription 2009
* Descriptif officiel UNESCO

Le gagaku (雅楽?, littéralement musique raffinée, élégante) désigne l'ensemble des répertoires de la musique de cour du Japon. Il comprend des répertoires orchestraux, des chants et de la danse, et peut être mis en opposition au zokugaku (俗楽?), la musique folklorique, « populaire ».

À l'origine, au VIIIe siècle avant J.-C. en Chine, le caractère ( en chinois) était utilisé dans deux noms composés distinguant des poèmes de célébration (dà yà) de poèmes de divertissement (xiao yà) et est donc associé à deux fonctions distinctes : rituelle et profane. De même, le gagaku japonais se constitue de quatre genres se rattachant à des fonctions rituelles ou profanes, à l'instrumentation et au style variables.

Histoire[modifier | modifier le code]

Le gagaku fut introduit au Japon au Ve siècle en provenance de Chine et de Corée, mais devint officiel au VIIIe siècle avec la fondation du Gagaku-ryō (雅楽寮?), office du gagaku, dépendant du département des affaires nobles (治部省, Jibushō?) en 701.

Réforme de Heian et apogée du gagaku[modifier | modifier le code]

Ninchō, officiant dirigeant la cérémonie

Suite au déplacement de la capitale de Nara vers Kyōto en 794 et des difficultés financières qui s'y rattachèrent, une réforme musicale fut appliquée vers le début du IXe siècle. Elle repose sur cinq points :

  • Le nombre d'instruments qui compose l'ensemble de gagaku est diminué. Le shakuhachi, le grand hichiriki (hautbois basse), le kugo (harpe d'origine coréenne), le biwa à cinq cordes, le hitsu (koto à 25 cordes) et les percussions hōkyō sont supprimés de la formation jusqu'à nos jours.
  • Réforme de la théorie musicale avec l'établissement de deux systèmes modaux : ryō japonais (mode de sol) et ritsu (mode de ré), ainsi que leurs transpositions. La technique instrumentale et vocale est également fixée.
  • Le classement des pièces en fonction de leur provenance. Le répertoire de kangen est divisé en deux catégories : uhō et sahō, ainsi que celui de bugaku divisé sur le même principe en umai et samai.
  • La réorganisation de la musique shintō sous l'influence de la musique continentale (association d'instruments continentaux et autochtones) et division de chants dansés en trois parties.
  • La création de pièces par des compositeurs japonais.

Jusqu'à la fin du Xe siècle, le gagaku est en pleine expansion et devient peu à peu la musique de prédilection de la classe noble. De nombreuses pièces sont composées et il y a beaucoup d'artistes réputés. Nous pouvons citer parmi eux les empereurs Saga et Nimmyō. C'est à cette époque que les genres d'utamono : saibara et rōei, apparaissent. En 1013, Fujiwara no Kintō en compile des poèmes, un peu plus de 800, sous le titre : Wakan rōeishū (和漢朗詠集?, « Recueil de chants japonais et chinois »).

Le déclin de Kamakura à Muromachi[modifier | modifier le code]

Le XIIIe siècle voit le gagaku décliner, en même temps que la famille impériale. L'origine de ce déclin est liée à l'arrivée au pouvoir de la classe militaire (le bakufu) qui trouve plus à son goût la musique autochtone telle que le dengaku ou encore de sarugaku qui donneront naissance au et au heikyoku, rejetant ainsi les formes musicales de l'aristocratie.

Les troubles d'Ōnin no Ran (応仁の乱?, 1467 - 1477) entraînèrent la dispersion des musiciens et une partie du répertoire fut perdue. Cependant, la tradition du gagaku fut conservée d'une part grâce à la noblesse qui continua de jouer des instruments de l'époque Heian et, d'autre part, par quelques temples et sanctuaires tels que le Shi Tennō-ji d'Osaka, Kasuga à Nara, Ise dans la préfecture de Mie, Izumo dans celle de Shimane.

Le renouveau d'Edo et Meiji[modifier | modifier le code]

Danseurs à Ise

Au début du XVIIe siècle, Tokugawa Ieyasu rassemble les gakunin et fonde un ensemble de gagaku pour la famille impériale à Kyōto et un autre pour sa propre famille à Edo.

Lors de la restauration de Meiji (1868), la famille impériale fusionne les deux ensembles créés par Ieyasu en fixant sa capitale à Tōkyō et donne ainsi naissance à l'actuel ensemble de la famille impériale.

Période contemporaine[modifier | modifier le code]

Après la Seconde Guerre mondiale, des compositeurs japonais tentent de s'inspirer du gagaku et de lui emprunter des éléments en y associant leur culture musicale occidentale, notamment pour en rénover le genre mais sans parvenir à enrichir à nouveau le répertoire traditionnel.

Affaire d'initiés jusqu'au début du XXe siècle, le gagaku arrive réellement dans le monde occidental après la Seconde Guerre mondiale, grâce à l'organisation de "tournées". Elle influencera des compositeurs occidentaux tels que Benjamin Britten ou Olivier Messiaen.

Genres[modifier | modifier le code]

Le gagaku se divise en quatre genres, un rituel et trois profanes, comprenant chacun plusieurs styles.

Gagaku religieux, le mikagura[modifier | modifier le code]

La musique de gagaku est liée au culte des ancêtres de la famille impériale, le shintoïsme. Elle est exécutée en présence de l'empereur lors des célébrations à la Cour impériale ou d'un de ses représentants lors des célébrations devant les autels des sanctuaires shintoïstes tels que ceux d'Izumo, d'Atsuta (Nagoya), d'Ise ou de Kasuga, du coucher du soleil jusqu'à l'aube. Cette musique cérémoniale est exécutée à l'occasion de certaines fêtes déterminées - comme le Yamato-mai le 22 novembre (célébration des morts) ou l’Azuma-mai aux équinoxes - et n'est pas à confondre avec l'o-kagura (御果蔵?), musique folklorique jouée dans les sanctuaires à l'occasion de fêtes régionales et mimant des récits mythologiques, qui se composent de chants, danses et ensembles différents de ceux du gagaku.

La célébration de mikagura (御神楽?) se divise en trois parties :

  • l'accueil des divinités descendant sur terre ;
  • une partie plus longue pendant laquelle les hommes offrent des présents aux dieux et les distraient par des chants humoristiques ;
  • un adieu aux divinités qui remontent au ciel par des chants composés de poèmes folkloriques assemblés et non créés à cet effet.

Les textes des chants, transmis oralement de façon héréditaire, contiennent de nombreuses onomatopées au sens obscur et aucune prière ou louange. Le mikagura se compose de deux types de chants. Les chants sacrés, dont le chœur est accompagné de kagurabue, hichiriki, wagon, et shaku, et les chants dansés joués par les instruments suivants : ryūteki ou komabue, hichiriki, wagon, shaku, ainsi qu'un chœur (voir plus bas pour les instruments).

Parmi la vingtaine de musiciens, cinq ondo (trois instrumentistes et deux chefs de chœur), dirigés par un ninchō (officiant), donnent les intonations reprises en alternance par le chœur divisé en deux, au même titre que l'ensemble, et marquent le rythme au moyen de shaku. Entre chaque partie, le ninchō explique le but du culte et de la danse.

Gagaku profane[modifier | modifier le code]

Kangen[modifier | modifier le code]

Le kangen (管絃?) est une musique instrumentale, pour ensemble, classée en deux catégories selon son origine :

  • uhō (右方?) : originaire de Corée et de Mandchourie dont les couleurs dominantes des costumes sont le vert et le jaune
  • sahō (左方?) : originaire de Chine et du sud de l'Asie ayant le rouge pour couleur dominante dans les costumes

Bien que ces deux catégories possèdent une structure musicale identique (hétérophonie) comme dans le bugaku, elles se différencient en fonction de l'utilisation du shō. Dans l'uhō no gaku, les shô ne jouent que la mélodie, ce qui entraîne un contraste entre la ligne mélodique et un rythme dynamique. D'autre part, dans le sahō no gaku, la tenue des notes aiguës donne une impression de statisme.

Bugaku[modifier | modifier le code]

Le Dainichido Bugaku *
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de l’humanité
Pays * Drapeau du Japon Japon
Région * Asie et Pacifique
Liste Liste représentative
Fiche 00275
Année d’inscription 2009
* Descriptif officiel UNESCO

Le bugaku (舞楽?) est une musique d'accompagnement de danses classée en deux catégories en fonction de son origine :

  • samai (左舞?) : originaire de Chine, dansé sur le sahō
  • umai (右舞?) : originaire de Corée, dansé sur l'uhō

Ces catégories sont associées par paires. Contrairement à autrefois, une seule pièce, coupée par des pièces instrumentales ou vocales, est dansée par spectacle.

Les costumes des danseurs sont très colorés. Ils portent également une coiffe, une arme (sabre, lance ou bouclier) et peuvent même se parer d'un masque caricatural variant selon le sujet.

Une pièce de bugaku se divise en trois parties selon le principe d'esthétique japonaise temporelle, le jo-ha-kyū : introduction, développement (littéralement « émiettement ») et final rapide. Ce principe se retrouve aussi dans le  :

  1. Lors de l'introduction, les instruments à vent jouent un canon à l'unisson (oibuki) accompagnés d'un rythme de percussion libre, ce qui leur permet d'adapter la durée de cette partie en fonction du temps que les danseurs mettent à rejoindre la scène depuis le foyer.
  2. Ensuite vient la pièce à danser à proprement dire qui constitue la partie centrale (tōkyoku). Le tempo devient régulier mais reste lent (nobe-byōshi, en quatre-deux).
  3. Lorsque le tempo s'accélère, la partie conclusive s'amorce. Le rythme devient alors rapide (haya-byōshi, en deux-deux) ce qui annonce la fin de la pièce.

Utamono[modifier | modifier le code]

L' utaimono ou utamono (謡物?) représente le gagaku chanté. Il est classé en deux catégories qui diffèrent selon la langue des poèmes :

  • Les saibara (催馬楽?) sont écrits en japonais. La structure du saibara dépend de la longueur du poème et comporte donc deux ou trois sections s'amorçant chacune par une intonation du chef de chœur qui joue en même temps du shaku sur un rythme à quatre temps. Le chœur reprend ensuite à l'unisson. Les instruments du saibara sont le ryūteki, le hichiriki, le shō sans harmonies, le biwa et le sō no koto.
  • Les rōei (朗詠?) sont écrits en chinois. La pièce de rōei est divisée en trois parties et jouée sur un rythme libre et non mesuré.

Les instruments du rōei sont le ryūteki, le hichiriki, le shō sans harmonies.

Instruments du gagaku[modifier | modifier le code]

Shō
Joueuse de koto

À l'origine (époque de Nara), l'ensemble de gagaku était constitué d'une trentaine d'instruments dont le nombre diminuera suite à la réforme musicale du IXe siècle. Les musiciens de métier sont appelés gakunin (楽人?).

Les percussions :

  • Kakko (羯鼓?) : tambour à baguettes frappé par le chef de chœur avec le rythme accéléré caractéristique du gagaku. Il est utilisé pour le sahō et le samai.
  • San no tsuzumi (三の鼓?) : tambour plus grand que le kakko qui indique le premier temps des mesures et est utilisé dans l' uhō et l' umai.
  • Shakubyōshi (笏狛子?) : claquette de bois
  • Shōko ou shōgo (鉦鼓?) : petit gong en bronze existant en trois formats et indiquant le premier temps d'une petite périodicité. Il est utilisé dans le kangen et le bugaku.
  • Taiko (太鼓?) : grand tambour à maillet utilisé en trois formats différents : dadaiko, tsuridaiko et ninaidaiko. Il indique le premier temps d'une grande périodicité et est utilisé en kangen et bugaku.

Les vents :

  • Hichiriki (篳篥?) : instrument à vent à double anche, comme le hautbois, utilisé dans tous les genres de gagaku
  • Kagurabue (神楽笛?) ou yamatobue : flûte autochtone utilisée pour les chants sacrés du mikagura
  • Komabue (高麗笛?) : flûte d'origine coréenne utilisée pour les chants dansés du mikagura, l' uhō et l' umai
  • Ryūteki (龍笛?) ou ōteki (横笛?) : flûte d'origine chinoise utilisée pour les chants dansés du mikagura, le sahō, l'utamono et le samai
  • Shō (?) : orgue à bouche à dix-sept tuyaux (dont deux rendus muets par la réforme) qui donne la ligne mélodique (ipponbuki) dans l'utamono et onze aitake (harmonies fixes) dans le sahō et le bugaku.

Les cordes :

  • Gakubiwa (琵琶?) : luth à quatre cordes utilisé en saibara et en kangen
  • Gaku-sō (楽箏?), ou sō no koto : cithare à treize cordes utilisée en saibara et en kangen.
  • Yamatogoto (大和琴?) ou wagon (和琴?) : cithare à six cordes utilisée en mikagura

Déroulement de la représentation[modifier | modifier le code]

Ringa (林歌?)

Le gagaku est assimilable aux autres arts japonais tels que le chadō, le kyūdō, etc, qui conduisent à acquérir par une voie, une maîtrise de soi par l'acquisition de techniques d'exploration spirituelle. Ainsi, les exécutants ne disposent d'aucune liberté d'improvisation ou d'interprétation, chaque élément étant fixé, d'où le caractère rituel et cérémonial des représentations.

Les spectacles de gagaku sont présentés lors de cérémonies, de fêtes ou de banquets impériaux ou bien lors de cérémonies religieuses. Aux gakunin se joignent des membres de l'aristocratie. À l'origine destiné à des représentations en plein air, de nos jours il est de plus en plus fréquent d'en écouter à la salle de musique du palais impérial de Tōkyō.

Musicologie et répertoire[modifier | modifier le code]

La première théorie musicale, importée de Chine en 735 par Kibi no Makibi, est très différente de la première théorie musicale japonaise créée en 877 par le moine Annen et nommée Shittanzō. A l'ère Heian apparaissent deux systèmes modaux : ryō japonais (mode de sol) et ritsu (mode de ré) à partir du ryō chinois (mode de fa), et leurs transpositions qui fixent ainsi six modes différents : Ichikotsu (mode de sol sur ré), Sōchō (mode de sol sur sol), Taishiki (mode de sol sur mi), Hyōjō (mode de ré sur mi), Oshiki (mode de ré sur la) et Banshiki (mode de ré sur si).

Le répertoire se divise, en fonction de sa provenance ou de son style, en deux groupes : le Tōgaku ou sagaku (左楽?, musique de gauche) dont les compositions sont de style ou originaire de Chine (particulièrement celle des Tang) et du royaume de Rinyū, et le Komagaku ou ugaku (右楽?, musique de droite) dont les pièces sont de style ou d'origine coréenne (royaumes de Baekje ou Balhae). Il aurait existé 160 mélodies de gagaku selon le Wamyō ruijushō (v. 934).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre Landy, Musique du Japon, Éditions Buchet/Chastel, Collection Les Traditions musicales, 1970, 309 p. (ISBN 2-7020-1638-3)
  • Akira Tamba, La Musique classique du Japon : Du XVe siècle à nos jours (livre et CD), Éditions POF (Publications Orientalistes de France), 2001, 175 p. (ISBN 2-7169-0323-9)
  • Akira Tamba, Musiques traditionnelles du Japon des origines au XVIe siècle, Éditions Actes Sud, Collection Musiques du Monde, 1995/2001, 157 p. (ISBN 2-7427-3511-9)
  • François-René Tranchefort, Les Instruments de musique dans le monde (Tome 2), Éditions Seuil, 1980, 254 p. (ISBN 2-02-005689-5)
  • Collectif sous la direction d'Augustin Berque, Dictionnaire de la civilisation japonaise, Éditions Hazan, 1994, 538 p. (ISBN 2-85025-348-0)
  • Louis Frédéric, Le Japon : Dictionnaire et civilisation, Éditions Robert Laffont, Collection Bouquins, 1999, 1 470 p. (ISBN 2-221-06764-9)

Liens externes[modifier | modifier le code]