Gabrielle d'Estrées

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Gabrielle d'Estrées
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Gabrielle d'Estrées.
Portrait au crayon par Daniel Dumoûtier vers 1599.

Naissance Vers 1573
Château de Cœuvres ou de la Bourdaisière
Décès Nuit du 9 au
Paris
Pays de résidence France
Ascendants
Conjoint
Concubine d'Henri IV
Descendants
César, Catherine-Henriette et Alexandre avec Henri IV

Gabrielle d'Estrées, née au château de Cœuvres en 1573[1], et morte à Paris dans la nuit du 9 au , devient la maîtresse et favorite d’Henri IV en 1591.

Biographie[modifier | modifier le code]

Elle est la fille d'Antoine d'Estrées, baron de Boulonnois, vicomte de Soissons et Bersy, marquis de Cœuvres[2], gouverneur de l'Île-de-France (Grand-maître de l'artillerie sur une très courte période en 1596) et de Françoise Babou de La Bourdaisière. Ils donnent naissance à onze enfants dont sept filles, que leur père nommait en plaisantant les « sept péchés capitaux[3] ».

Le Château Royal de Montceaux les Meaux à son époque de gloire

En , le siège de Paris s'étirant en longueur, Roger de Bellegarde, grand écuyer de France et ancien mignon d'Henri III, est contraint de présenter sa maîtresse Gabrielle d'Estrées au roi, ils partent tous deux au château de Cœuvres où habite Gabrielle. Henri IV conçoit pour elle une vive passion. Selon la légende[4], Gabrielle résiste plus de six mois à ce monarque sentant fort « de l'aile et du gousset », mais finit par lui céder. Il la marie par souci des conventions à Nicolas d'Amerval de Liancourt, baron de Benais, puis demande à ce que le couple divorce pour la rendre libre, l'appelle à la cour, crée pour elle le duché de Beaufort et comble d'honneurs tous ses parents. Elle reçoit de Henri IV le Château Royal de Montceaux les Meaux avec le titre de marquise de Montceaux, puis celui de duchesse de Beaufort. Henri IV vient fréquemment la rejoindre au château de Montceaux, à Montceaux-lès-Meaux (Seine-et-Marne), et elle y poursuit les travaux d'embellissement engagés par Catherine de Médicis en construisant de nouveaux bâtiments, notamment les quatre pavillons d'angle.

Le projet de mariage qu'entretient Gabrielle d'Estrées avec Henri IV est freiné par le Pape Clément VIII, qui voudrait le voir épouser sa nièce Marie de Médicis. Marguerite de Valois, épouse du roi depuis 1572, mais séparée de longue date. Le 23 février 1599 lors d'une fête au palais du Louvre, le roi annonce publiquement son intention d'épouser Gabrielle en lui offrant l'anneau de son sacre[5]. « La presque reine » est détestée aussi bien par le peuple parisien acquis aux Guise ultra catholiques que par l'aristocratie à cause de ses nombreuses dépenses (robes, bijoux, hôtel de Schomberg en face du Louvre). Elle est l'objet de nombreux pamphlets.

La mort surprenante de la favorite du roi met un terme au problème. Enceinte de quatre mois du quatrième enfant d'Henri IV, elle est prise de terribles convulsions le 9 ou , après avoir été dîné chez le financier Sébastien Zamet qui lui a offert comme rafraîchissement un citron givré. Les témoins racontent que son visage révulsé noircit au point de la rendre totalement méconnaissable (son aspect est tel que l'entourage du roi l'arrête à Villejuif alors qu'il accourt pour la voir de Fontainebleau, où il séjourne, afin de lui éviter un spectacle si horrible) et qu'elle souffre de douleurs épigastriques (signe de Chaussier évoquant une hypertension artérielle ?), ce qui a fait naître le soupçon d'un empoisonnement par le citron dans lequel la substance nocive aurait été introduite[6]. Mais l'hypothèse la plus probable est qu'elle aurait été victime d'éclampsie puerpérale à la suite de l'intervention sans asepsie des chirurgiens pour la débarrasser de son fœtus mort[7] la veille[8], l'éclampsie toxique (intoxication par un taux élevé d'albumine dans les urines) ayant tous les symptômes de l'empoisonnement[9]. Ses obsèques sont célébrées dans l'église Saint-Germain-l'Auxerrois avec les honneurs liés à son rang. Elle est enterrée dans le chœur de l'église de l'abbaye de Maubuisson, dirigée par sa sœur Angélique d’Estrées[10].

Après sa mort, Henri IV rachète le domaine à ses héritiers et l'offre à Marie de Médicis à l'occasion de la naissance du futur Louis XIII.

Descendance[modifier | modifier le code]

La Dame au bain[11], portrait de Gabrielle, son enfant César et son nourrisson Alexandre, 1er quart du XVIIe siècle, musée Condé[12].

Henri IV et Gabrielle d'Estrées auront :

Portrait[modifier | modifier le code]

Gabrielle d'Estrées et une de ses sœurs, peint autour de 1594 par un auteur inconnu de l'École de Fontainebleau.

Gabrielle d’Estrées, la « presque reine », « blonde, dorée, d’une taille admirable, d’un teint d’une blancheur éclatante » (Mademoiselle de Guise), « blonde aux yeux bleus, aux sourcils admirablement dessinés, avenante et potelée » (François Bluche), « belle mignonne un peu fade et sans trop d’esprit » (Jean-Pierre Babelon), a, du fait même de son destin tragique dans lequel certains ont voulu voir un empoisonnement voire la main du démon, fasciné tant ses contemporains que la postérité. Ainsi Agrippa d’Aubigné, pourtant généralement avare de compliments, salue en elle celle qui pousse le roi à rédiger et signer l’édit de Nantes : « C’est une merveille, comment cette femme de laquelle l’extrême beauté ne sentait rien de lascif, a pu vivre en reine plutôt qu’en concubine tant d’années et avec si peu d’ennemis. Les nécessités de l’État furent ses seules ennemies ».

Jules Michelet, qui a examiné son portrait au crayon par Daniel Dumonstier au cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de France, la décrit ainsi : « Elle est étonnamment blanche et délicate, imperceptiblement rosée. L’œil a une indécision, une "vaghezza" qui dut ravir et qui pourtant ne rassure pas[13]. »

Regards des contemporains[modifier | modifier le code]

Au lendemain de sa mort, Henri IV écrit : « Mon affliction est aussi incomparable que l'était le sujet qui me la donne. Les regrets et les plaintes m'accompagneront jusqu'au tombeau. La racine de mon cœur est morte et ne rejettera plus... »

La belle Gabrielle a droit à des funérailles royales. Le roi porte le deuil en s'habillant tout de noir, ce qui n'était pas permis aux rois de France.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Eudes de Mézeray, Abrégé chronologique de l'Histoire de France, 3 volumes, Chez Claude Robustel, Paris, 1717.
  • Maximilien de Béthune Sully, Mémoires du duc de Sully, Chez Étienne Ledoux, Paris, 1828.
  • Marie-Nicolas Bouillet et Alexis Chassang (dir.), « Gabrielle d'Estrées » dans Dictionnaire universel d’histoire et de géographie, (Wikisource)
  • Wolfram Fleischhauer, Die Purpurlinie, Stuttgart, 1996. (traduction française: La ligne pourpre, Paris, JC Lattès, 2005). Ouvrage semi-académique en forme de roman sur la vie de Gabrielle d'Estrées.
  • Isaure de Saint Pierre, Gabrielle d'Estrées ou les belles amours, 2017 Albin Michel.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Arlette Jouanna (dir.), Histoire et dictionnaire des guerres de religion, 1559-1598, Robert Laffont, 1998 (coll. « Bouquins »), p. 898.
  2. Chevalier des ordres du roi en 1578, et chargé du gouvernement de La Fère en Picardie, de Paris et de l'Ile-de-France pour sa belle défense de Noyon contre le duc de Mayenne, en 1593.
  3. Rebaptisés les « sept péchés capitaux » par le duc de Saint-Simon.
  4. Pierre de Vaissière, Henri IV, Frédérique Patat, , p. 357
  5. Georges Poisson, La grande histoire du Louvre, Perrin, , p. 465.
  6. Janine Garrisson, Gabrielle d'Estrées. Aux marches du palais, Éditions Tallandier, , p. 115..
  7. Enfant mort-né — un garçon — qu'ils arrachent « à pièces et lopins ». Source : Raymond Ritter, La vie de Gabrielle d'Estrées, Le Cercle Historia, , p. 157.
  8. La durée de l'affection, près de 72 heures, « vient contredire l'hypothèse d'un empoisonnement aigu dont l'issue avec les substances connues de l'époque eût été plus rapide ». Cf.Jacques Delbauwe, De quoi sont-ils vraiment morts ?, Pygmalion, , p. 147.
  9. Jean-Pierre Babelon, op. cit., p. 665.
  10. Philippe Erlanger, Gabrielle d'Estrées. Femme fatale, J. Dullis, , p. 257
  11. Réplique du tableau de François Clouet.
  12. Jean Jacques Lévêque, L'École de Fontainebleau, Éditions Ides et calendes, , p. 280
  13. Jean-Pierre Babelon, Henri IV, Fayard, 1982, p. 628-629.