Gabrielle Russier

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Gabrielle Russier
Defaut 2.svg
Biographie
Naissance
Décès
Activité

Gabrielle Russier était une professeur agrégée de lettres, née le , et qui s'est suicidée le , à Marseille. À la suite d'une liaison amoureuse avec un de ses élèves, Christian Rossi, alors âgé de seize ans, elle avait été condamnée pour détournement de mineur. Son histoire a inspiré le film d'André Cayatte, Mourir d'aimer.

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1960, son mari étant ingénieur en poste à Casablanca au Maroc, Gabrielle, titulaire d’une propédeutique en lettres, sollicite et obtient un poste de professeur au collège Abdallah Moulay. Elle est co-signataire d’une pétition adressée à De Gaulle pour arrêter le massacre en Algérie[1].

L’affaire de mœurs[modifier | modifier le code]

Ce modèle est-il pertinent ? Cliquez pour en voir d'autres.
Cet article ne cite pas suffisamment ses sources (novembre 2009).

Si vous disposez d'ouvrages ou d'articles de référence ou si vous connaissez des sites web de qualité traitant du thème abordé ici, merci de compléter l'article en donnant les références utiles à sa vérifiabilité et en les liant à la section « Notes et références » (modifier l'article, comment ajouter mes sources ?).

Séparée de son mari, Gabrielle Russier, professeur de lettres, élève seule ses deux enfants dans un logement des quartiers nord de Marseille. Elle a repris des études et passé son agrégation de lettres et de philosophie.

Au lycée Saint-Exupéry où elle travaille, elle se lie à son élève Christian Rossi qu'elle retrouve dans les manifestations d'après-mai 68. L'amour s'installe entre eux alors que Rossi est en fin de seconde. Les parents de Christian, enseignants à l'université d'Aix-en-Provence, qui ne s'opposent pas à leur fréquentation au début, finissent par en prendre ombrage. Rossi fugue en Allemagne et en Italie. Les parents portent plainte.

Gabrielle Russier est emprisonnée à la prison des Baumettes, une première fois en décembre 1968, cinq jours durant, après la fugue de Christian, puis le 14 avril 1969, d'abord pendant quelques jours, puis pendant cinq semaines du 25 avril au 14 juin 1969 pour avoir refusé de révéler où se cache son amant. Retrouvé, Christian est interné dans une clinique psychiatrique à la demande de ses parents[2].

Le , Russier comparaît devant le tribunal correctionnel de Marseille siégeant à huis clos et est condamnée à douze mois de prison avec sursis et à 500 francs d'amende. Le parquet fait appel a minima, sous la pression de l'Université d'Aix, en la personne du recteur Paul Frank, qui rejette la candidature de Russier à un poste d'assistant de linguistique[3]. Certaines personnes disent que le procureur général Marcel Caleb demande à ce qu'elle soit condamnée à treize mois de prison non amnistiables[réf. nécessaire].

Devant comparaître en octobre devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence, Gabrielle Russier vit très mal cette situation. Le 1er septembre, elle se suicide en s'intoxiquant au gaz dans son appartement marseillais de la Résidence Nord[4] ; le lendemain, deux brèves informent du décès de la professeur de français de Marseille amoureuse de son élève.

Ses obsèques sont célébrées par le pasteur Michel Viot[5]. Elle est ensuite enterrée au cimetière du Père-Lachaise (26e division), à Paris.

Lorsque le nouveau président Georges Pompidou, élu en , ayant promis aux Français « une nouvelle société », est interrogé sur l'affaire par Jean-Michel Royer, journaliste à RMC, le , il cite Paul Éluard et choisit les vers consacrés aux femmes tondues à la Libération : « Comprenne qui voudra, Moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d'enfant perdu, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés ». Il quitte ensuite la salle où se tient la conférence de presse[6]. Les parents de Christian Rossi le font interner en asile psychiatrique. Une fois sorti, il est recueilli et caché par le pasteur Michel Viot.

Christian Rossi attend sa majorité pour donner, le 1er septembre 1971, un unique entretien au Nouvel Observateur avant de disparaître :

Les [deux ans] de souvenirs qu'elle m'a laissés, elle me les a laissés à moi, je n'ai pas à les raconter. Je les sens. Je les ai vécus, moi seul" , raconte-t-il à l'hebdomadaire. "Le reste, les gens le savent : c'est une femme qui s'appelait Gabrielle Russier. On s'aimait, on l'a mise en prison, elle s'est tuée. C'est simple.

Aujourd'hui, Christian Rossi, père de famille, vit très loin de cette affaire et s'est réconcilié avec ses parents qui ont regretté leur attitude.

Impact sur la société[modifier | modifier le code]

En 1970, André Cayatte tourne Mourir d’aimer, avec Annie Girardot et Bruno Pradal. L'intrigue, dont Charles Aznavour s'était déjà inspiré pour sa célèbre chanson Mourir d'aimer, décrit la passion amoureuse née entre les barricades et les embrassades de mai 1968 ; il fait polémique mais c'est un grand succès, avec 5,9 millions d'entrées en salle.

Le téléfilm de Josée Dayan diffusé en 2009, avec Muriel Robin et Sàndor Funtek, a été vivement critiqué par le pasteur Viot[7].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Chansons[modifier | modifier le code]

  • Jean-Claude Chesneau (Stanis) : L'Amour interdit [8] (Stanis Musique, 2007)
  • Charles Aznavour : Mourir d'aimer
  • Serge Reggiani : Gabrielle
  • Christian Kaluc et Roger Pouly : T'aurais pu
  • Anne Sylvestre : Des fleurs pour Gabrielle
  • Triangle : Élégie à Gabrielle (Triangle, 1969)

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Geneviève Lefevre-Toussaint, Plaidoyer pour une âme. L'affaire Gabrielle Russier, Denoël, 1970
  • Gabrielle Russier, Lettres de prison, précédé de Pour Gabrielle par Raymond Jean, Seuil, 1970
  • Michel Del Castillo, Les écrous de la haine. Vous avez tué Gabrielle Russier, Julliard, 1970
  • Pierre Duchesne (pseudonyme de Jean-Patrick Manchette ) Mourir d'aimer, Presses de la cité, 1971
  • Article Mourir d'aimer dans Le Monde, 18 juillet 2006, p. 14

Source[modifier | modifier le code]

  1. http://unesolitude.unblog.fr/2007/05/20/15-mai-1969-de-gabrielle-russier/
  2. Wolfgang Drost, Mai dix-neuf cent soixante-huit, Lang, , p. 64
  3. d'après le pasteur Michel Viot, émission Affaires sensibles du 11/01/2016 sur France-inter
  4. Valérie Marin La Meslée, L'Amour fou, Maren Sell, , p. 101
  5. « Mourir d'aimer » n'est pas une histoire d'inceste
  6. « Extrait vidéo » [vidéo], sur ina.fr
  7. La Nouvelle République, 6 avril 2012
  8. "L'Amour interdit" de Jean-Claude Chesneau sur stanismusique.com

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]