Gabrielle Russier

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Gabrielle Russier
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Gabrielle Russier est une professeure agrégée de lettres, née le , et qui s'est suicidée le , à Marseille. À la suite d'une liaison amoureuse avec un de ses élèves, Christian Rossi, alors âgé de seize ans, elle a été condamnée à un an de prison avec sursis pour enlèvement et détournement de mineur.

Son histoire a inspiré le film d'André Cayatte, Mourir d'aimer (1971), et le téléfilm de Josée Dayan, Mourir d'aimer (2009).

Biographie[modifier | modifier le code]

En 1960, son mari étant ingénieur en poste à Casablanca au Maroc, Gabrielle, titulaire d’une propédeutique en lettres, sollicite et obtient un poste de professeur au collège Abdallah Moulay[1].

L’affaire de mœurs[modifier | modifier le code]

Séparée de son mari, Gabrielle Russier, professeur de lettres, élève seule ses deux enfants dans un logement des quartiers nord de Marseille. Elle a repris des études et passé son agrégation de lettres et de philosophie.

Au lycée Saint-Exupéry où elle travaille, elle se lie à son élève Christian Rossi, jeune homme plus mûr que les autres et qu'elle retrouve dans les manifestations d'après-mai 68[2]. L'amour s'installe entre eux alors que Rossi est en fin de seconde. Les parents de Christian, enseignants à l'université d'Aix-en-Provence, qui ne s'opposent pas à leur fréquentation au début, finissent par en prendre ombrage. Pendant les grandes vacances, Rossi annonce à ses parents qu'il part en stop avec un copain de lycée en Italie et en Allemagne, mais Gabrielle Russier suit son jeune amant dans ces deux pays. À la rentrée des classes, les parents de Christian lui demandent de rompre mais ce dernier refuse et s'installe chez Gabrielle. Le 15 octobre 1968, les parents saisissent le juge pour enfants. Ce dernier trouve un compromis : envoyer le jeune homme au Lycée d'Argelès, comme interne, à condition qu'elle puisse lui écrire et le voir à la Toussaint. Mais les lettres de Gabrielle sont interceptées si bien qu'il menace de se suicider. Alors qu'elle vient le chercher, les gendarmes arrêtent Gabrielle. Le 16 novembre, il fugue et est hébergé par un copain de lycée. Gabrielle le rejoint. Quinze jours plus tard, le père de Christian porte plainte pour détournement de mineur[3].

Le juge d'instruction Bernard Palanque inculpe Gabrielle Russier pour détournement de mineur et ordonne son incarcération à la prison des Baumettes, une première fois en décembre 1968. Christian intervient auprès du juge pour enfants si bien qu'elle est libérée cinq jours après. Christian est placé dans différents instituts, puis interné dans une clinique psychiatrique à la demande de ses parents où il subit une cure de sommeil avant de partir se reposer chez sa grand-mère. Les deux amants se revoient si bien que le 14 avril 1969, elle est à nouveau incarcérée, d'abord pendant quelques jours, puis pendant cinq semaines du 25 avril au 14 juin 1969 pour avoir refusé de révéler où se cache son amant[4].

Le , Russier comparaît devant le tribunal correctionnel de Marseille siégeant à huis clos[5]. Le procureur général Marcel Caleb requiert un an de prison ferme. Le même jour, elle est condamnée à douze mois de prison avec sursis, à 500 francs d'amende et un franc de dommages-intérêts pour les parents. Le parquet fait appel a minima, sous la pression de l'Université d'Aix, en la personne du recteur Paul Frank, qui rejette la candidature de Russier à un poste d'assistant de linguistique[6].

Devant comparaître en octobre devant la cour d'appel d'Aix-en-Provence, Gabrielle Russier vit très mal cette situation. Tombant dans une dépression, elle est placée à la maison de repos « La Recouvrance » près de Tarbes[1]. Son père engage un ténor du barreau, maître Naud, en vain. Après une nouvelle tentative de suicide en août, elle se suicide le 1er septembre en s'intoxiquant au gaz dans son appartement marseillais de la Résidence Nord[7] ; le lendemain, deux brèves informent du décès de la professeure de français de Marseille amoureuse de son élève.

Ses obsèques sont célébrées par le pasteur Michel Viot[8]. Elle est ensuite enterrée au cimetière du Père-Lachaise (26e division), à Paris.

Lorsque le nouveau président Georges Pompidou, élu en , ayant promis aux Français « une nouvelle société », est interrogé sur l'affaire par Jean-Michel Royer, journaliste à RMC, le , il cite Paul Éluard et choisit les vers consacrés aux femmes tondues à la Libération : « Comprenne qui voudra, Moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d'enfant perdu, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés ». Il quitte ensuite la salle où se tient la conférence de presse[9].

Les parents de Christian Rossi le font interner en asile psychiatrique. Une fois sorti, il est recueilli et caché par le pasteur Michel Viot.

Christian Rossi attend sa majorité pour donner, le , un unique entretien au Nouvel Observateur avant de disparaître :

« Les [deux ans] de souvenirs qu'elle m'a laissés, elle me les a laissés à moi, je n'ai pas à les raconter. Je les sens. Je les ai vécus, moi seul », raconte-t-il à l'hebdomadaire. « Le reste, les gens le savent : c'est une femme qui s'appelait Gabrielle Russier. On s'aimait, on l'a mise en prison, elle s'est tuée. C'est simple. »

Aujourd'hui, Christian Rossi, père de famille, vit très loin de cette affaire et s'est réconcilié avec ses parents qui ont regretté leur attitude.

Impact sur la société[modifier | modifier le code]

En 1970, André Cayatte tourne Mourir d’aimer, avec Annie Girardot et Bruno Pradal. L'intrigue, dont Charles Aznavour s'était déjà inspiré pour sa célèbre chanson Mourir d'aimer, décrit la passion amoureuse née entre les barricades et les embrassades de mai 1968 ; il fait polémique mais c'est un grand succès, avec 5,9 millions d'entrées en salle.

Le téléfilm de Josée Dayan diffusé en 2009, avec Muriel Robin et Sàndor Funtek, est vivement critiqué par le pasteur Viot qui considère que son message dénature l'histoire d'amour entre une professeur et son élève[8].

Filmographie[modifier | modifier le code]

Chansons[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Geneviève Lefevre-Toussaint, Plaidoyer pour une âme. L'affaire Gabrielle Russier, Denoël, 1970
  • Gabrielle Russier, Lettres de prison, précédé de Pour Gabrielle par Raymond Jean, Seuil, 1970
  • Michel Del Castillo, Les écrous de la haine. Vous avez tué Gabrielle Russier, Julliard, 1970
  • Pierre Duchesne (pseudonyme de Jean-Patrick Manchette ) Mourir d'aimer, Presses de la cité, 1971
  • Article Mourir d'aimer dans Le Monde, 18 juillet 2006, p. 14

Source[modifier | modifier le code]

  1. a et b Lettres de prison, p. 15.
  2. Gabrielle Russier et Raymond Jean, Lettres de prison, Paris, Éditions du Seuil, , 144 p. (OCLC 420297023), p. 28.
  3. La Répression dans l'enseignement, François Maspero, coll. « l'École émancipée », (OCLC 465831342), p. 64.
  4. Wolfgang Drost, Mai dix-neuf cent soixante-huit : anthologie crit. de documents polit. et littéraires, Frankfurt am Main, Lang, coll. « Publications universitaires européennes. » (no Sér. 13 , 109), , 238 p. (ISBN 978-3-820-49126-5, OCLC 246629884), p. 64.
  5. Renée Dray-Bensousan (dir.), Hélène Échinard, Régine Goutalier et al., Marseillaises : vingt-six siècles d'histoire, Aix-en-Provence, Édisud, , 239 p. (ISBN 978-2-744-90079-2, OCLC 409589742), p. 202.
  6. Jean-Luc Chalumeau, La nouvelle figuration : une histoire, de 1953 à nos jours, Paris, Cercle d'art, , 222 p. (OCLC 841878142), p. 68.
  7. Valérie Marin La Meslée, L'Amour fou, Maren Sell, , 404 p. (ISBN 978-2-744-19210-4), p. 101.
  8. a et b « Mourir d'aimer n'est pas une histoire d'inceste - 06/04/2012 - La Nouvelle République France-Monde », sur www.lanouvellerepublique.fr (consulté le 12 février 2017)
  9. « Extrait vidéo » [vidéo], sur ina.fr.
  10. L'Amour interdit de Jean-Claude Chesneau sur stanismusique.com.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]