Géopolitique en mer Méditerranée orientale

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

La géopolitique de la mer Méditerranée orientale se concentre sur l'étude des relations internationales de l'espace maritime du bassin Levantin. Cette région, bordée par la Turquie au nord, la Syrie, le Liban, Israël et la bande de Gaza à l'est, et l'Égypte au sud, avec en son centre l'île de Chypre. Les pays de cette région sont connus pour leurs conflits terrestres, en particulier autour d'Israël. Mais il existe aussi des conflits maritimes autour de ressources qui sont très convoitées. En effet, il y a plusieurs milliards de mètres cubes de gaz découverts récemment dans cette partie de la mer. L'appropriation de ces hydrocarbures est source de tensions. Les conflits déjà présents entre les différents pays de la zone et la non délimitation des frontières maritimes réduisent les possibilités d'accords et augmentent les tensions.

Situation particulière de différents pays[modifier | modifier le code]

Deux républiques chypriotes[modifier | modifier le code]

L'île de Chypre, qui se trouve au large des côtes turques est elle-même divisée en deux entités indépendantes depuis la partition de l'île en République turque de Chypre du Nord turcophone et République de Chypre à majorité grecque. Les deux communautés son séparées par une Ligne verte démilitarisée et tenue par les casques bleus. Les opérations militaires de 1974 dont résulta la division de l'île ont conduit à de nombreux problèmes et a une rivalité entre le pouvoir d'Ankara et celui de la communauté grecque, hostile à toute unité de l'île avec les turcs. Au niveau européen, la totalité de l'île fait partie de l'UE. Toutefois, le gouvernement de Chypre n'exerce pas de contrôle sur la partie nord de l'île. Ainsi se pose le problème de l'adhésion de la Turquie à l'UE, suspendue tant que la reconnaissance de la République de Chypre ne sera pas effective[1]. Cette situation qui minait les relations entre la Turquie, Chypre et la Grèce depuis des années semble toutefois évoluer vers des accords bi ou multi-latéraux et un dénouement diplomatique[2]. En outre, les médiations internationales[3] semblent se diriger vers une possible réunification de Chypre, avec un gouvernement fédéral et deux États distincts.

Au niveau maritime, cette situation entraîne des complications pour signer des accords de délimitation des ZEE entre Chypre et ses voisins. La RTCN étant ignorée par les accords avec le Liban, Israël et l'Égypte, ils ne sont pas reconnus par la Turquie.

La République de Chypre est très endettée vis-à-vis de la Grèce et donc menacée par la crise grecque depuis les problèmes financiers internationaux de 2007-2008. L'important gisement gazier que représente Aphrodite (100 milliards d'euros) pourrait permettre à Chypre de rembourser sa dette et regagner la confiance des marchés. Il est situé à 150 km au sud de l'île dans sa ZEE et a été découvert en 2011[4].

Israël et la Palestine[modifier | modifier le code]

Bande de Gaza[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de la Palestine.

La bande de Gaza est au cœur du conflit israélo-palestinien depuis ses débuts, bien qu'officiellement n'étant rattachée à aucun État, elle est sous le contrôle plus ou moins effectif du Hamas, considéré comme une organisation terroriste par Israël, l'Union européenne et les États-Unis.

Ainsi, la totalité de l'espace aérien et maritime gazaoui ainsi qu'une partie de la bande, notamment au sud[5], est contrôlée par l'armée israélienne et toutes les entrées et sorties de personnes et de biens sont contrôlées par Israël et l'Égypte à différents checkpoints.

Israël et le gaz[modifier | modifier le code]

Lors du printemps arabe, l'Égypte a arrêté de fournir du gaz à Israël, ce qui représentait 43 % de ses besoins en énergie. Ce qui a entraîné une accélération des recherches d’hydrocarbures dans la mer. De nombreux gisements ont été découverts (Tamar, Leviathan par exemple), ce qui permet de nouvelles perspectives d'avenir[6]. En effet, Israël souhaite exporter son gaz et taxer les compagnies qui l'extrairont. De plus, cela lui donnera une protection contre le boycott énergétique.

Changements dans le monde arabe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Printemps arabe.

Depuis décembre 2010, le monde arabe dans sa quasi-totalité, ainsi que les pays riverains sont touchés par des vagues de contestation et de révolte des peuples contre les gouvernements en place[7]. La Libye ainsi que l’Égypte ont changé de gouvernement, des élections ont eu lieu et la situation géopolitique a radicalement changé. Les manifestations ont également touché le Liban et Israël dans une moindre ampleur alors que la Syrie est tombée dans une guerre civile.

Liens et tensions entre les différents pays de la zone[modifier | modifier le code]

Israël – Chypre – Turquie[modifier | modifier le code]

Un accord sur la délimitation de la frontière maritime et sur le partage des ressources a été signé en 2010 entre Israël et Chypre. Ces deux pays ont également signé un pacte militaire, des avions de chasse israéliens stationnent sur une base chypriote pour surveiller différents gisements pétroliers en Méditerranée[8]. Cela entraîne indirectement une aide d'Israël si Chypre se fait attaquer. De plus, la Turquie remet en cause les accords entre ces deux pays car la République turque de Chypre du Nord a été ignorée dans les accords concernant la délimitation de la ZEE ; celle-ci n'est reconnue officiellement comme un État indépendant que par la Turquie.

À la suite de la découverte en 2010 du champ gazier géant au cœur du bassin Levantin, appelé Tamar 2 par Israël, la République chypriote a commencé courant 2011 les premières explorations dans sa ZEE[9]. En collaboration avec Israël avec qui elle a signé un accord de coopération et un traité délimitant leurs zones économiques exclusives respectives, ainsi qu'avec la société américaine Noble Energy qui exploite déjà certaines plates-formes pétrolières offshore plus au sud et qui est chargée des explorations pour le compte du gouvernement chypriote[10], Chypre espère profiter de la manne financière conséquente que les exportations de gaz vers l'Union européenne lui fournira[11]. De l'autre côté de l'île, la Turquie réclame le droit d'opérer ses propres forages et l'arrêt de l'exploitation et de l'exploration de tous les sites chypriotes ; outre le fait qu'elle veuille elle-même opérer des explorations dans la ZEE chypriote, elle souhaite s'affirmer en Méditerranée et s'opposer à l'hégémonie israélienne sur l'exploitation des hydrocarbures[9]. L'Union européenne, qui cherche à se poser en médiateur a besoin de diversifier ses approvisionnements en matières énergétiques[Note 1], c'est pourquoi elle soutient l'initiative chypriote tout en essayant de ménager la Turquie, Israël et le Liban entre lesquels s'entretiennent des relations diplomatiques délicates[12], dans ce contexte, les revendications turques s'opposent à la volonté d'autodétermination de l'île, mais davantage pour des raisons économiques que politiques ou idéologiques. Les conséquences n'en demeurent pas moins une nouvelle cristallisation des tensions qui se propage aux pays levantins[13].

Chypre – Égypte[modifier | modifier le code]

Accord sur la délimitation des ZEE en 2003[14].

Liban – Chypre[modifier | modifier le code]

Accords frontaliers en 2007 également contestés par la Turquie au nom de la République turque de Chypre du Nord[15].

Russie – Chypre[modifier | modifier le code]

La Russie souhaite installer une base militaire en Chypre pour remplacer la base russe installée en Syrie au cas où celle-ci tomberait lors d'un renversement du régime syrien. La Russie a prêté 205 milliards d'euros pour aider Chypre à boucler son budget de 2011 et ainsi appuyer sa demande[16].

Israël – Liban[modifier | modifier le code]

Le Liban estime que certains champs d'hydrocarbures s'étendent jusqu'à son territoire. Le Hezbollah a menacé Israël d'attaquer ses infrastructures. De plus, le Liban n'a presque pas de ressources énergétiques (il importe 96 % de sa consommation d'énergie), il est donc important pour lui de récupérer ses gisements. Il y a donc conflit sur la délimitation de la ZEE avec Israël[6].

Égypte – Israël[modifier | modifier le code]

L’Égypte menace de revendiquer une partie des gisements s'ils se trouvent dans sa ZEE. Elle veut aussi empêcher l'exportation du gaz par Israël via ses gazoducs. De plus, avec le printemps arabe, l'Égypte n'assure plus correctement la distribution de gaz vers Israël, ce qui a entraîné l'arrêt des alliances entre ces deux pays.

Syrie – Liban, Chypre et Turquie[modifier | modifier le code]

Aucun accord ne délimite officiellement les zones maritimes de la Syrie avec ses voisins.

Circulation maritime dans la zone[modifier | modifier le code]

Canal de Suez[modifier | modifier le code]

Le canal de Suez, avec à son extrémité nord Port-Saïd et à celle méridionale Suez.

La circulation maritime internationale dans la mer Méditerranée orientale se concentre vers l'accès au canal de Suez. Ce canal est très important car il permet d'aller d'Europe en Asie sans devoir contourner l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance.

Aujourd'hui le canal de Suez génère une manne financière importante pour le gouvernement égyptien. C'est son principal revenu[17] ; avec en moyenne plus de 1 400 navires[18] et un tonnage dépassant les 70 millions de tonnes par mois[18], le canal constitue une artère vitale pour le trafic maritime mondial et plus particulièrement à destination des pays de l'Union européenne pour leurs approvisionnements en matières premières, hydrocarbures et produits finis asiatiques. Fermer le canal entraînerait une perte de sept millions de dollars par jour divisé entre l'Égypte et les compagnies qui l'empruntent.

Cette concentration du trafic de marchandises au Proche-Orient pose le problème de la sécurité des convois et de la puissance géostratégique détenue par l'Égypte en cas de conflit avec les pays occidentaux ; ce problème a ressurgit lors de la révolution égyptienne de 2011 où les troubles ont gagné des villes côtières ou bordant le canal et notamment la ville de Suez.

Mer de Marmara[modifier | modifier le code]

Article connexe : Géostratégie de la mer Noire.

La mer de Marmara relie la mer Noire et la mer Égée via les détroits du Bosphore et des Dardanelles. Elle est située sur une faille responsable de nombreux séismes majeurs[19] et est un accès majeur pour la Russie et les États riverains de la mer noire au reste du monde. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer garantie la liberté de passage, cependant, le détroit du Bosphore, situé au cœur de la métropole d'Istanbul présente un flux de navires proche de la saturation ; le gouvernement turc, souverain sur l'ensemble de la région a ainsi pour projet de créer un nouveau canal parallèle au Bosphore afin de pouvoir accroître le nombre de navires pouvant transiter par cette voie maritime[20].

Autres routes maritimes[modifier | modifier le code]

Les autres axes de circulation concernent l'accès aux principaux ports de la mer Méditerranée orientale, qui sont[21] :

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'Union européenne cherche à diversifier ses approvisionnements en matières énergétiques comme le montre un rapport de l'IPEMED (« Les partenariats énergétiques entre l'UE et ses voisins du sud et de l'est »).
  1. (en) Adhésion de la Turquie au sein de l'UE.
  2. Tractations diplomatiques entre les deux républiques de Chypre.
  3. Sous l'égide de l'Union européenne et de l'ONU
  4. T. Yégavian, " Chypre : une présidence tendue" dans Carto 12, juillet-août 2012, p. 27.
  5. Occupation israélienne de Gaza.
  6. a et b C.R., « Les enjeux gaziers du bassin du Levant » dans Carto no 4 : mars-avril 2011 p. 49
  7. Le printemps arabe, suivi de l'actualité sur Le Monde.
  8. T.Yégavian, « Chypre : une présidence tendue » dans Carto no 12 : juillet-août 2012 p. 27.
  9. a et b « Pétrole : la Turquie et Chypre s'affrontent autour de projets d'exploration », sur le site du Monde, .
  10. « Début de l'exploration du champ gazier au large de Chypre », sur le site de France 24, .
  11. (en) Le jeu de la Turquie dans le conflit gazier, P.M. Barnett.
  12. « Un gisement de gaz offshore sème la discorde entre Chypre, Israël et la Turquie », sur le site du Figaro, .
  13. « Israël / Chypre : exercices militaires conjoints, le gaz de Léviathan en ligne de mire ».
  14. Didier Ortolland et Jean-Pierre Pirat : « La Mer Méditerranée » dans Atlas géopolitique des espaces maritimes, Paris, éditions Technip, 2010, p. 85
  15. Didier Ortolland et Jean-Pierre Pirat : « La Mer Méditerranée » dans Atlas géopolitique des espaces maritimes, Paris, éditions Technip, 2010, p. 89
  16. T. Yégavian, « Chypre : une présidence tendue » dans Carto no 12 : juillet-août 2012 p. 27
  17. 4,7 milliards de $ sur l'exercice 2009-2010, soit plus de 2 % du PIB.
  18. a et b « Statistiques sur le canal de Suez », sur http://www.suezcanal.gov.eg/.
  19. Futura, « Istanbul risque un séisme de forte magnitude », sur Futura (consulté le 6 novembre 2016).
  20. « Canal Istanbul : projet du siècle pour la Turquie », sur Le Figaro, (consulté le 6 novembre 2016).
  21. Informations sur le site Marine traffic, à l'exception de la Syrie et de la zone du canal de Suez.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • T. Yégavian, « Chypre : une présidence tendue » dans Carto no 12 : juillet-août 2012 p. 27.
  • C. R., « Les enjeux gaziers du bassin du Levant » dans Carto no 4 : mars-avril 2011 p. 49.
  • Didier Ortolland et Jean-Pierre Pirat : « La Mer Méditerranée » dans Atlas géopolitique des espaces maritimes, Paris, éditions Technip, 2010, p. 71 à 91.
  • (en) Thomas Barnett, « Turkey's long game in the Cyprus gas dispute », World Politics Review,‎ (ISBN 978-8898042869)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]