Géo-ingénierie

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La géo-ingénierie est l'ensemble des techniques qui visent à modifier le climat terrestre et l'environnement à grande échelle. Elle est expérimentée par les militaires en tant qu'arme de guerre depuis la seconde guerre mondiale[1],[2],[3]. Elle a été réprouvée par les Nations unies[4] pour un usage militaire en 1977 par la convention ENMOD mais peut être développée pour un usage pacifique.

La géo-ingénierie est envisagée par le GIEC[5] pour contrecarrer les effets du réchauffement climatique dû à l'émission de gaz à effet de serre. Cette idée fait suite à la crainte que les changements climatiques ne deviennent tellement importants que des effets graves soient dorénavant inévitables, ou que des mécanismes de rétroaction accélèrent les changements climatiques même si les émissions étaient drastiquement réduites. La plupart[6],[7] des scientifiques, des environnementalistes et des ingénieurs qui prennent parti pour la géo-ingénierie la voient comme une mesure additionnelle requise pour stabiliser le climat, et non comme une alternative à une économie à basse émission de carbone.

Les techniques de géo-ingénierie pour réduire le réchauffement climatique se divisent en deux catégories: l'élimination du dioxyde de carbone dans l'atmosphère et la gestion du rayonnement solaire. L'élimination du dioxyde de carbone aborde une cause du réchauffement climatique en supprimant l'un des gaz à effet de serre de l'atmosphère. La gestion du rayonnement solaire tente de compenser les effets de l'effet de serre en réduisant la quantité de rayonnement solaire absorbée par la Terre.

Introduction[modifier | modifier le code]

Dans un contexte de prise de conscience des phénomènes climatiques mis en jeu sur Terre, un certain nombre d'entreprises émettrices de fortes émissions polluantes, de scientifiques et d'hommes politiques s'interrogent sur la possibilité de sciemment les modifier au moyen de la technologie disponible aujourd'hui.

Les moyens[modifier | modifier le code]

Un certain nombre de méthodes seraient disponibles pour modifier le climat et notamment pour lutter contre le changement climatique observé aujourd'hui.

Augmentation de la quantité d'aérosols dans l'atmosphère[modifier | modifier le code]

À la suite de l'éruption du Mont Pinatubo en 1991, Paul Crutzen a développé l'idée d'utiliser du soufre ou certains dérivés soufrés pour produire massivement des aérosols de sulfate qui réduiraient l'éclairement de la Terre. Il indique qu'une simulation a montré qu’une diminution de 1,8 % de la luminosité solaire suffirait à compenser le réchauffement climatique consécutif à un doublement de la quantité de dioxyde de carbone (CO2) atmosphérique[8]. Plusieurs études montrent que, bien que la solution ne soit pas triviale, les obstacles logistiques semblent facilement surmontables. Cette option a même été qualifiée d'« extraordinairement bon marché » par l'économiste Scott Barrett[9]. Le coût, estimé entre 1 et 8 milliards de dollars par an, est jugé insignifiant à l'échelle de l'économie mondiale et comparé aux investissements nécessaires pour réduire les émissions de CO2. À cause de ses implications mondiales, le déploiement de cette technologie et même les premiers tests posent de graves problèmes de gouvernance. L'absence d'autorité mondiale et les faibles coûts induits pourraient virtuellement autoriser un pays, ou un petit groupe de pays, à décider seuls du lancement d'un tel projet malgré les possibles conséquences physiques, chimiques ou climatiques qui pourraient découler de cette méthode de production d'aérosols.

Si cette méthode permet sans doute d'éviter ou limiter le réchauffement, les modèles informatiques de la stratosphère montrent qu'elle n'évite pas un changement climatique. Même si la température moyenne de la Terre reste constante par rapport à son niveau actuel, elle peut être localement changée. Les modèles suggèrent un réchauffement des pôles et un rafraîchissement des tropiques, ainsi qu'une réduction des précipitations moyennes[10].

Du sulfate de fer pour développer le plancton[modifier | modifier le code]

20 % de l’océan sont recouverts de déserts planctoniques, principalement autour de l’Antarctique, qui constituent des zones pauvres en chlorophylle et riches en nutriments[réf. nécessaire]. Victor Smetacek part de ce constat pour développer un projet de fertilisation de l’océan Austral. En effet, selon lui, il suffirait de déverser du sulfate de fer dans le sillage d’un tanker dans cette zone du globe pour permettre le développement d’algues planctoniques capables de stocker d’impressionnantes quantités de carbone provenant du CO2 dissous dans l’eau. D’après les calculs de M. Smetacek[réf. nécessaire], cette technique permettrait de faire disparaître un milliard de tonnes de carbone par an, dès aujourd’hui, ce qui représente 15 % des émissions de gaz carbonique actuelles[réf. nécessaire]. Les conséquences écologiques de l'application de cette technique n'ont pas été étudiées.

En 2008 lors de la conférence sur la biodiversité de Bonn les gouvernements appelèrent à un moratoire sur la fertilisation des océans. L’année suivante l’Allemagne lança une douzième injection mondiale de particules de fer[11]. Celle-ci déboucha sur un désastre scientifique ce qui contribua à renforcer le moratoire. À la convention de Londres le moratoire fut confirmé.

Une variante consisterait à tapisser le sol des océans de calcaire pour éviter une trop grande variation du pH de l'eau, synonyme de destruction des coraux et de l'écosystème marin. Les océans éviteraient ainsi l'acidification et seraient à même de continuer à capturer le CO2[12].

Parasol spatial[modifier | modifier le code]

Roger Angel, astronome à l'université d'Arizona, a proposé en 2006, pour refroidir la Terre en cas d'urgence, de déployer un bouclier solaire au point de Lagrange L1 situé à 1 500 000 km de la Terre. Il serait constitué de 16 000 milliards d’écrans transparents de 60 cm de diamètre, pesant chacun 1 g. Ce dispositif pourrait réduire le flux lumineux de 1,8 % par déviation des rayons solaires. L'ensemble pèserait environ 20 Mt et serait lancé par une rampe électromagnétique. Le concept est basé sur des technologies existantes et pourrait être déployé pour un coût global de quelques milliers de milliards de dollars[13].

Création de puits de carbone[modifier | modifier le code]

L'idée est de stocker le CO2 sous une forme évitant sa fuite dans l'atmosphère[14]. La création de puits de carbone peut se faire selon différents moyens.

Une solution apparemment simple pour stocker du carbone serait de planter des arbres. Cependant cette technique suggère deux éléments difficiles à mettre en œuvre :

  • couper systématiquement tout arbre ayant terminé sa croissance, car au-delà la respiration et l'absorption équilibrent le bilan carbone de la plante ;
  • trouver une manière de stocker le bois sans que celui-ci soit brûlé (CO2) ou livré à la décomposition (dégagement de CO2 et de CH4)[15].

Géo-ingénierie saharienne[modifier | modifier le code]

La désertification, qui affecte le quotidien de deux milliards de personnes, est-elle réversible ?

Le Sahara, qui couvre presque un tiers de l'Afrique, est le plus vaste désert aride du monde.

La Grande barrière verte trans-saharienne est-ouest : 7 000 km de long, 15 km de large, à travers 11 pays, est conçue pour stopper la désertification du Sahel.

Le projet Roudaire-Lesseps, peut être amélioré, avec de puissantes pompes pour remplir le Chott El-Djérid :

inondation d'environ 9 000 km2 de zones dépressives, à l'ouest du golfe de Gabès.

Cela permettrait la création de très vastes zones d'évaporation, pour plus de précipitations alentours, y compris la rosée.

Pour obtenir cette condensation, rare à proximité des plans d'eau, on peut construire des tours aérogénératrices à vortex propulsant l'air humide du niveau du sol jusqu'à des altitudes où le froid condensera la vapeur d'eau.

De plus les quantités d'eau de la Méditerranée consommées (plusieurs centaines de milliers de mètres cubes par heure en journée) contribueraient à lutter contre la montée des eaux océaniques.

Les dépressions de Qattara ont une superficie de 2 000 à 3 000 km2 et la plus proche est à une quarantaine de kilomètres de la Méditerranée...

SaharaCenterCity est un projet de ville nouvelle à vocation internationale et serait un élément déterminant en faveur d'un rééquilibrage géopolitique.

Ces éléments de solution multifactorielle pourraient aisément être financés par une taxe Tobin de 1 %.[réf. nécessaire]

Limites morales de la géo-ingénierie[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Ethos de la science et Sociologie des sciences.

De nombreux chercheurs et associations (Etcgroup - Canada) s'élèvent contre le développement de la géo-ingénierie.

Cette question de l'aléa moral (effet pervers induit par les changements scientifiques) a été soulevée par le canadien David Keith[16] et par Martin Bunzl[17].

De leur point de vue, au lieu de tenter de corriger leurs erreurs en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, la géo-ingénierie s'apparenterait à une fuite en avant : la technologie de demain est censée résoudre les désordres engendrés par la technologie d'hier. Au-delà de l'aspect moral, ces critiques mettent en avant l'absence de connaissance des effets secondaires de la géo-ingénierie, étant donnée la complexité du système climatique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. http://www.theguardian.com/uk/2001/aug/30/sillyseason.physicalsciences The Guardian
  2. http://www.thecanadianencyclopedia.com/fr/article/pluie-production-artificielle-de-la/
  3. http://science.howstuffworks.com/environmental/earth/geophysics/manufacture-water2.htm
  4. http://www.un.org/fr/disarmament/instruments/enmod.shtml
  5. http://www.climatechange2013.org/images/uploads/WGIAR5_WGI-12Doc2b_FinalDraft_Chapter07.pdf
  6. (en) « Climate change have we lost the battle » (consulté le 30 mai 2015)
  7. (en) « A Combined Mitigation/Geoengineering Approach to Climate Stabilization » (consulté le 30 mai 2015)
  8. (en) Paul J. Crutzen, « Albedo enhancement by stratospheric sulfur injections », Climatic Change, vol. 77, no 3-4,‎ , p. 211-219 (lire en ligne)
  9. (en) Scott Barrett, « The Incredible Economics of Geoengineering », in Environmental and Resource Economics, janvier 2008, Volume 39, no 1, pp. 45-54 [présentation en ligne]
  10. (en) Lift-off : Research into the possibility of engineering a better climate is progressing at an impressive rate—and meeting strong opposition - The Economist, 4 novembre 2010
  11. Alternatives sud, p. 165
  12. Les 7 projets de géo-ingénierie dont on parle, 24 mars 2010
  13. (en) Roger Angel, « Feasibility of cooling the Earth with a cloud of small spacecraft near the inner Lagrange point (L1) », Proceedings of the National Academy of Sciences, vol. 103, no 46,‎ , p. 17184-17189 (lire en ligne)
  14. "Réparer la planète : La révolution de l'économie positive - Prix du Livre Environnement 2008" de Maximilien Rouer et Anne Gouyon - Éditeur : Jean-Claude Lattès et BeCitizen (coédition) (2007)
  15. Géo-ingénierie, l’ultime recours ? : Que propose-t-on de faire ?
  16. DOI:10.1038/463426a
  17. DOI:10.1088/1748-9326/4/4/045104

Sources[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]