Fusillade d'Aurora

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Fusillade d’Aurora
Image illustrative de l’article Fusillade d'Aurora
Cinéma Century d'Aurora, lieu de la fusillade.

Localisation Aurora, Drapeau des États-Unis États-Unis
Coordonnées 39° 42′ 21″ nord, 104° 49′ 14″ ouest
Date
h 39 (UTC-6)
Type Tuerie de masse
Armes Deux pistolets Glock
Un fusil à pompe
Un AR-15
Morts 12
Blessés 58
Auteurs James Eagan Holmes

La fusillade d'Aurora a lieu dans la nuit du 19 au dans une salle de cinéma d'Aurora, dans le Colorado, aux États-Unis, à 30 km de Littleton, siège de la fusillade de Columbine en 1999[1]. Douze personnes sont tuées et cinquante-huit blessées par James Eagan Holmes, 24 ans, pendant une première du film The Dark Knight Rises[2].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Centre commercial d'Aurora. La flèche rouge indique le cinéma.

Le drame est survenu dans la salle 9 du cinéma Century 16 à côté du Town Center at Aurora, un centre commercial en centre-ville d'Aurora. Le tireur, James Holmes, semble être entré dans le cinéma par une issue de secours. Il portait un masque à gaz et un gilet pare-balles, et il a lancé une grenade de gaz lacrymogène avant d'ouvrir le feu au hasard tuant par balles douze personnes venues assister à la première projection de The Dark Knight Rises[3]. D'abord les spectateurs ont pensé à des effets spéciaux et des feux d'artifices[4] fournis pour la séance spéciale, avant que le public ne cède à la panique.

Le chef de la police d'Aurora, Dan Oates a donné une conférence de presse à midi le 20 juillet et a dit qu'Holmes a utilisé un fusil d'assaut AR-15 semi-automatique, et qu'un second fusil a été retrouvé dans la voiture Hyundai blanche de James garée derrière le cinéma. Selon le FBI, le tireur semble avoir ouvert une issue de secours afin de pouvoir facilement pénétrer dans le cinéma pour ouvrir le feu. Quelques balles se sont logées dans les murs du cinéma et ont blessé des personnes dans la salle 8, adjacente à la salle 9, où le même film était diffusé.

Dix personnes meurent sur place et deux autres meurent après avoir été transportées à l'hôpital. Le tireur en blesse une cinquantaine d'autres[3]. Les déclarations initiales mentionnaient que 50 ou 53 personnes avaient été blessées, mais ce chiffre a été mis à jour à 58. Finalement, 70 personnes ont été touchées, avec 12 morts et 58 blessés. Les témoins non blessés ont été transportés au Gateway Highschool. L'âge des victimes va de 3 mois à 45 ans, le petit garçon de 3 mois a été soigné à l'University Hospital.

Tireur[modifier | modifier le code]

Le tireur se nomme James Holmes (né le 13 décembre 1987) et est âgé de 24 ans[2] au moment des faits. Il a grandi à San Diego en Californie, il a été diplômé du lycée en 2006 et a décroché un diplôme en neuroscience à l'Université de Californie à Riverside en 2010.

Holmes avait du mal à trouver un travail après avoir été diplômé. Il a ensuite essayé d'obtenir un autre diplôme en neurosciences à l'école de médecine du Colorado. ABC News et le correspondant Brian Ross ont d'abord affirmé à l'antenne que le tireur était un membre du Tea Party du Colorado, avant de revenir sur cette affirmation[5] apparemment liée au fait qu'une personne du même nom que le tireur soit mentionnée sur le site web du parti.

James a été arrêté sur le champ par la police, à côté de sa voiture sur le parking du cinéma. Il n'a pas résisté lors de l'arrestation. Il avait apparemment teint ses cheveux en rouge[6] et se faisait appeler « Le Joker ». Lors de son attaque, il était équipé d'un gilet pare balle, d'un masque à gaz, de deux pistolets Glock, d'un fusil à pompe et d'un AR-15[7]. Le tireur aurait agi seul, et avoue avoir piégé son appartement. Lorsque la police est arrivée à l'appartement du tireur, au Nord d'Aurora, à 8 kilomètres de la scène du crime, elle a découvert que celui-ci était piégé par des objets chimiques et incendiaires[2]. La police a évacué 5 immeubles adjacents et a expliqué que les explosifs « avaient l'air très sophistiqués ».

Conséquences et réaction[modifier | modifier le code]

Barack Obama parlant du massacre au téléphone.

Après cet évènement, le distributeur du film, Warner Bros., s'est dit attristé par la tuerie et a annulé l'avant-première de Batman à Paris[8]. La campagne de publicité du film a été annulée en Finlande. Warner Bros. a retiré une bande annonce du film Gangster Squad dont la sortie est prévue en septembre, mise en ligne quelque temps plus tôt, car elle contient une scène où des gangsters jettent des grenades lacrymogènes, et tirent dans un cinéma rempli.

Christopher Nolan, producteur et réalisateur de The Dark Knight Rises, a déclaré : « Au nom du casting et de l'équipe, je voudrais exprimer notre profond chagrin face à cette tragédie absurde qui a frappé Aurora. […] Je ne vais pas prétendre connaître quoi que ce soit des victimes de la fusillade, mais seulement qu'ils étaient là, la nuit dernière pour voir un film. […] Je crois que les films sont l'une des plus grandes formes d'art américain et que partager la découverte d'une histoire qui se déroule sur un écran est un passe-temps à la fois joyeux et important. […] La salle de cinéma est ma maison, et l'idée que quelqu'un puisse violer cet espace innocent et plein d'espoir d'une façon aussi incroyablement sauvage est pour moi épouvantable. […] Rien de ce que nous pourrons dire ne pourra exprimer convenablement nos sentiments à l'égard des innocentes victimes de cet épouvantable crime, mais nos pensées sont avec elles et leurs familles »[9]. Christian Bale, acteur principal du film, rend quant à lui visite aux survivants à l'hôpital et se recueille près du lieu où s'est passé le drame[10],[11]. De son côté, le compositeur du film, Hans Zimmer, réalise un morceau inédit, baptisé Aurora, pour rendre hommage aux victimes de la tuerie ; disponible sur les plates-formes de téléchargement, les fonds récoltés leur sont destinés[12].

Le président des États-Unis Barack Obama annonce sa décision de suspendre pour la journée sa campagne politique au cours d'une conférence de presse, son adversaire républicain, Mitt Romney, a fait de même[13]. D'autre part, en hommage aux victimes et en signe de deuil, le président a ordonné que le drapeau américain soit mis en berne à la Maison-Blanche et dans les édifices publics[14]. Il a également annulé tous ses rassemblements et déplacements, affirmant que c'était une « journée de prière et de réflexion », employant des mots très forts et parlant d'une « violence diabolique ». La classe politique américaine déplore la tuerie et transmet ses condoléances aux victimes et à leurs familles. Cette fusillade ayant eu lieu trois mois avant les élections présidentielles américaines, il est intéressant de remarquer que « le débat sur les armes à feu est resté en marge des discours » : ni Barack Obama ni son adversaire politique Mitt Romney n'ont abordé le sujet[15].

Victimes décédées[modifier | modifier le code]

  • Gordon Cowden, 51 ans
  • Rebecca Wingo, 32 ans
  • Alex Sullivan, 27 ans
  • Micayla Medek, 23 ans
  • Alexander J. Boik, 18 ans
  • Jessica Ghawi, 24 ans
  • John Larimer, 27 ans
  • Alexander C. Teves, 24 ans
  • Jonathan Blunk, 26 ans
  • Matt McQuinn, 27 ans
  • Jesse Childress, 29 ans
  • Veronica Moser-Sullivan, 6 ans, qu'un officier de police a d'ailleurs essayé de sauver, même après son décès.[16]

Médication[modifier | modifier le code]

Dans une entrevue accordée à la BBC, le psychiatre anglais David Healy raconte avoir rencontré James Holmes dans sa cellule de prison, en 2015, peu avant son procès. David Healy était à l'époque engagé comme expert par l'avocat de l'accusé qui voulait établir si la prise de sertraline (Zoloft), un antidépresseur que prenait son client, avait pu jouer un rôle dans la fusillade. Pour le psychiatre, il ne fait aucun doute que la consommation de cette drogue utilisée comme médicament psychiatrique est en cause. Le psychiatre n'a toutefois jamais pu faire entendre son hypothèse ; il n'a pas été convoqué comme témoin lors du procès.

Il prenait également du clonazépam (Klonopin), une benzodiazépine notamment utilisée pour les crises d'épilepsie. Bien que la Klonopin soit un médicament avec des propriétés hypnotiques, il partage aussi à peu près les mêmes effets secondaires que le Zoloft. Cette benzodiazépine était à l'origine destinée à traiter les crises d'épilepsie, car il diminue l'activité électrique du cerveau. Plus précisément, l'activité électrique qu'il supprime est inconnue, de sorte que ce médicament provoque des réactions imprévisibles chez certaines personnes. Cela peut amener à des changements de personnalité et des changements de comportement.

M. Healy souligne que le comportement de James Holmes s'est mis à changer de façon radicale lorsque le jeune homme a commencé à prendre de la sertraline, en mars 2012. La médication lui avait été prescrite par la psychiatre Lynne Fenton, dès sa première consultation, pour apaiser son anxiété et ses pensées obsessionnelles.

Quelques jours après avoir commencé le traitement, James Holmes avait confié à son ex-copine qu'il aimerait tuer des gens pour augmenter son « capital humain ».

Deux jours plus tard, il avait mentionné à Mme Fenton que la médication ne soulageait pas ses pensées obsessionnelles.

La psychiatre avait alors doublé sa dose de sertraline, de 50 mg à 100 mg.

M. Healy estime que cette hausse a contribué au détériorement de l'état mental de James Holmes : « Il est évident que si les médicaments conviennent à une personne, une augmentation de la dose pourrait être utile [...] mais lorsqu'ils causent un problème, augmenter la dose est une recette pour une catastrophe », explique-t-il.

Dans les jours suivants, les changements de comportement s'étaient multipliés.

James Holmes avait notamment entrepris de séduire une de ses camarades de classe en lui envoyant des messages suggestifs, alors qu'il avait toujours été extrêmement timide.

Le 17 avril 2012, James Holmes avait indiqué à Mme Fenton que ses pensées meurtrières avaient augmenté.

Lors de cette rencontre, la psychiatre avait noté que le jeune homme réfléchissait de façon « psychotique » et entretenait des pensées « paranoïaques et hostiles ».

Elle avait alors augmenté sa dose de sertraline à 150 mg[17],[18],[19].

Justice[modifier | modifier le code]

Le 23 juillet 2012, James Eagan Holmes se présente pour la première fois devant le tribunal, où des observateurs notent son air hébété et peu concerné par ce qui lui arrive. Le 30 juillet, l'accusation dépose les chefs d'inculpation qui comprennent 24 cas de meurtres au premier degré et 116 cas de tentative de meurtre. Le 9 août, l'avocat de Holmes affirme que son client est mentalement déséquilibré et que cela nécessite du temps pour définir la nature exacte de sa pathologie mentale. L'accusation allègue que Holmes aurait confié à un camarade de classe quatre mois avant la tuerie qu'il avait envie de tuer des gens.

Le 27 mars 2013, les défenseurs de Holmes proposent de plaider coupable en échange que la peine de mort ne soit pas demandée par l'accusation, mais celle-ci décline cette offre le 1er avril.

Commencé le 27 avril 2015, le procès s'achève le 8 août suivant par la condamnation de James Holmes à une peine d’emprisonnement à perpétuité sans possibilité de liberté conditionnelle[20].

Théorie du complot[modifier | modifier le code]

Quelques heures après la fusillade d'Aurora, Alex Jones, animateur de radio et théoricien complotiste américain, qualifie le drame de « coup monté » cherchant à nuire au 2e amendement de la constitution des États-Unis qui garantit à chaque citoyen le droit de porter des armes. Il répond en faveur de l'auteur du massacre, James Holmes,en expliquant que celui-ci a été manipulé à son insu grâce à des drogues amnésiques et des produits chimiques. Il le compare même aux auteurs de la fusillade de Columbine et au tueur de l'Arizona, Jared Loughner, auteur de la fusillade de Tucson, qu'ils considèrent comme des « lampistes » victimes du gouvernements[21],[22].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « 13 ans après, le Colorado à nouveau endeuillé par une fusillade ». L'Humanité, 20 juillet 2012
  2. a b et c (en) « Colorado Police Say 12 Dead, 59 Wounded; Believe 'Dark Knight' Shooting Suspect Acted Aloner », sur thewrap.com,
  3. a et b « Fusillade mortelle dans un cinéma à Denver », sur France 24,
  4. https://www.bbc.co.uk/news/world-us-canada-18935153
  5. Aurora Suspect James Holmes' Mother: 'You Have the Right Person'
  6. Tuerie d'Aurora: James Holmes, cheveux rouges et regard vide, face au juge. L'Humanité 23 juillet 2012
  7. Michael Pearson, « Gunman turns Batman screening into real-life "horror film" », sur cnn.com, CNN, (consulté le 20 juillet 2012)
  8. « Warner annule la promotion en France du dernier Batman », sur BFM TV,
  9. Lefigaro.fr
  10. Christian Bale Visits Colorado Shooting Victims
  11. Fusillade USA: Christian Bale, l'acteur de Batman, se rend à Aurora, ville de la tuerie, mise en ligne et consulté le 25 juillet 2012 sur le blog de jeanmarcmorandini.com.
  12. Hans Zimmer compose un titre pour les victimes d'Aurora. Le Figaro 30/07/2012
  13. Tuerie au Colorado : Obama suspend ses activités politiques
  14. Josh Voorhees, « Gunman Shoots 71, Kills 12, at Midnight Dark Knight Opening », sur The Slatest, The Slatest, (consulté le 20 juillet 2012)
  15. Tuerie au Colorado: Obama et Romney pas chauds pour contrôler mieux les armes. L'Humanité 21 juillet 2012
  16. [1]
  17. (en-GB) « The Batman Killer - a prescription for murder? », sur BBC News (consulté le 2 août 2018)
  18. Zone International - ICI.Radio-Canada.ca, « Fusillade d'Aurora : les antidépresseurs auraient-ils influencé le tueur? », sur Radio-Canada.ca (consulté le 2 août 2018)
  19. (en-US) « Psychiatric Drugs Made Colorado Shooter Violent – Citizens Commission on Human Rights, CCHR », sur www.cchrflorida.org (consulté le 2 août 2018)
  20. « Le tueur d'Aurora échappe à la peine de mort », sur Libération,
  21. « Massacre de Denver : Un complot pour Alex Jones », sur https://www.streetpress.com (consulté le 1er avril 2019)
  22. « La Rédaction », Conspiracy Watch,‎

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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