Fusil photographique

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Pélican volant, chronophotographie par Marey (1882). Plusieurs mouvements sur une seule plaque photographique, pris avec l'appareil chronophotographique[1] de Marey et non avec son fusil.
Fusil photographique de 1882 adapté à la pellicule en 1888, Musée des Arts et Métiers.

Inventé à Naples, où il réside une partie de l’année, entre janvier et février 1882 par le médecin physiologiste Étienne-Jules Marey, le fusil photographique est un appareil photographique adapté sur un fusil traditionnel modifié, destiné à l'observation du vol des oiseaux[2],[3]. Il est muni à l'origine d’une chambre dotée d'un barillet entrainé par un rouage d'horlogerie, dont la révolution entraîne une plaque sensible circulaire ou octogonale en verre[4] qui se présente derrière l'objectif, et permet de prendre douze images consécutives par seconde à la vitesse de 1/720e de seconde voire plus d'images à celle de 1/1440e de seconde, la plaque une fois développées montrant les images disposées circulairement. Ensuite, « si l'on dispose des photographies d'oiseaux sur un phénakistiscope, on reproduit bien l'apparence des mouvements du vol »[5],[6],[7].

Cette invention destinée à la chronophotographie est inspirée de la méthode employée par Jules Janssen dans son revolver photographique pour l’observation du transit de Vénus à Nagasaki en 1874[8]. Marey fait une communication de ses résultats à l'Académie des sciences le [8],[9], puis le 10 avril, des images en série du vol de la mouette et de la chauve-souris y sont présentées[6],[10],[2], ainsi que dans la revue La Nature le 22 avril de la même année, accompagnée de planches montrant son étude du mouvement des oiseaux en vol[5].

Il modifie plusieurs fois son fusil photographique, en 1888 pour l'adapter à la pellicule de papier sensible, et principalement en 1889 pour utiliser le film souple en nitrate de cellulose inventé par l'américain John Carbutt et commercialisé par George Eastman, qui fait diffuser ce support en Europe et à Paris par Paul Nadar et Balagny, après l'avoir présenté à l'exposition universelle de 1889 avec son appareil Kodak N°1 (versions des musées de Beaune[11] et des Arts et Métiers (ci-contre à droite) et celle (N°5) conçue entre 1896 et 1899 conservée à la Cinémathèque française, pour bandes de 35 mm de large et 20 m de long, qui constitue la première caméra portative[12]).

Étienne-Jules Marey explique ainsi ses motivations :

« Je suis fasciné par le mouvement qui est le signe le plus apparent de la vie. Je voudrais tellement arriver à comprendre les mécanismes de plusieurs lois de la Nature. Je cherche tous les moyens de capter des traces visuelles de ces mouvements car je me méfie de nos sens dont la perception est trop lente et trop confuse. La trace reste, le mouvement s’en va[3]. »

Cette invention constitue une transition entre la photographie et le cinématographe des frères Lumière[3]. Elle ouvre la voie à l’étude, par exemple, de la morphologie fonctionnelle[3].

Un exemplaire de son invention est exposé à Beaune, au musée qui porte son nom.

Références[modifier | modifier le code]

  1. La station physiologique de Paris, La Nature, onzième année, deuxième semestre, n° 535, 1er septembre 1883, p. 229 sur 226 à 230, sur cnum.cnam.fr.
  2. a et b Frédérique Roussel, « Fusil photographique, le petit oiseau va sortir », sur liberation.fr, (consulté le 11 octobre 2020).
  3. a b c et d https://www.francebleu.fr/emissions/les-balades-a-paris/107-1/le-fusil-chronophotographique-de-marey
  4. Vol d'une mouette, plaque de fusil photographique, 1882, Musée E.J. Marey de Beaune, site musees-bourgogne.org.
  5. a et b Le fusil photographique, La Nature, dixième année, premier semestre, n° 464, 22 avril 1882, pp. 326 à 330, sur cnum.cnam.fr.
  6. a et b Etienne-Jules Marey, « Emploi de la photographie instantanée pour l'analyse des mouvements chez les animaux », Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, lundi 10 avril 1882, t. xciv, pp. 1013-1020.
  7. Appareil photo-électrique, La Nature, onzième année, deuxième semestre, n° 535, 1er septembre 1883, p. 217, sur cnum.cnam.fr.
  8. a et b Etienne-Jules Marey, « Sur la reproduction, par la photographie, des diverses phases du vol des d'oiseaux », lettre de Marey du envoyée de Naples dans Comptes rendus hebdomadaires des séances de l'Académie des sciences, 13 mars 1882, t. xciv, pp. 683-685.
  9. Il est à noter que la qualité des images est moyenne, avec un pique faible, dû aux dimensions modestes des petites plaques.
  10. A noter que l'éditeur des Comptes rendus de l'Académie a confondu la plaque photographique de la mouette avec celle de la chauve-souris.
  11. Fusil photographique, 1882, Musée E.J. Marey de Beaune, site musees-bourgogne.org.
  12. Fusil chronophotographique électrique à bande pelliculaire, 1899, site cinematheque.fr.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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