Fulgence Bienvenüe

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Fulgence Bienvenüe
Bienvenue.jpg
Fulgence Bienvenüe, devant l'entrée de la station Monceau.
Biographie
Naissance
Décès
(à 84 ans)
Paris
Sépulture
Nom de naissance
Fulgence Marie Auguste Bienvenüe
Surnom
« Le père du métro »
Nationalité
Formation
Activités
Autres informations
Distinction
Tombe de Fulgence Bienvenüe - Père Lachaise - 2.JPG
Vue de la sépulture.

Fulgence Bienvenüe, né le à Uzel (Côtes-du-Nord) et mort le à Paris, est un ingénieur français.

Après de brillantes études à l'École polytechnique puis l'École nationale des ponts et chaussées, ce fils de notaire d'origine bretonne devient inspecteur général des Ponts et Chaussées en 1875. Amputé de son bras gauche après un accident en 1881, il travaille pour la ville de Paris à partir de 1886 et poursuit les travaux d'aménagements de la capitale initiés sous le baron Haussmann. En 1895, il présente, avec son collègue Edmond Huet, un avant-projet de réseau de chemin de fer métropolitain souterrain et électrique pour la capitale. Après l'adoption définitive du projet en 1898, Bienvenüe se consacre entièrement à la construction du métro de Paris, l'oeuvre majeure de sa carrière. Pendant plus de trente ans, il supervise la construction et l'extension du réseau, ce qui le vaudra le surnom de « père du métro ».

Face aux différents défis et contraintes techniques qui apparaissent lors des chantiers du métropolitain, Bienvenüe fera preuve d'ingéniosité en concevant des solutions techniques audacieuses. Sa réalisation la plus marquante est sûrement la traversée sous-fluviale sous la Seine de la ligne 4, réalisée entre 1905 et 1907, qui nécessite la construction puis le fonçage, en plein centre de Paris, de gigantesques caissons métalliques destinés à accueillir le métro.

En 1932, à quatre-vingts ans, Bienvenüe fait valoir ses droits à la retraite, laissant derrière lui un réseau de douze lignes et près de 130 km, dont près de 115 km construits sous sa direction. Il meurt à Paris le , à l'âge de 84 ans. Sa sépulture se trouve au cimetière du Père Lachaise.

La station de métro Montparnasse-Bienvenüe est nommée en son honneur.

Origines et études[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Fulgence Marie Auguste Bienvenüe naît le dans la ville d'Uzel. Il est le treizième et dernier enfant d'une famille bretonne du département des Côtes-du-Nord, aujourd'hui les Côtes-d'Armor.

Son père, notaire très cultivé, consacre son temps libre à l'histoire et l'archéologie, se passionnant en particulier pour les monuments antiques de la région. Il transmet son goût pour les auteurs grecs et latins à son dernier fils, et a sans doute une influence importante sur ses brillantes études. Son grand-père, Louis-René-François Bienvenue, magistrat, juriste, écrivain et polémiste, est l'auteur d'une œuvre considérable ; il fut député à la Chambre des représentants en 1815. Son cousin Édouard Bienvenüe (1901-1980) fut notaire à Mayenne de 1934 à 1965 et conseiller municipal de cette ville de 1940 à 1958[1].

Sa famille est apparentée notamment au maréchal Foch, ce dernier ayant épousé le en l'église Saint-Michel de Saint-Brieuc Julie Bienvenüe, petite-cousine de Fulgence. La famille est également liée aux Mazurié de Keroualin de Segré[1].

Études[modifier | modifier le code]

Fulgence Bienvenüe entre à l’âge de dix ans au collège catholique des Eudistes de Valognes et obtient à quinze ans un baccalauréat de philosophie au lycée Saint-Martin de Rennes. L’influence de Pascal et de Descartes devait le marquer durablement. Son désir d’action le conduit à entreprendre des études en vue de devenir ingénieur, au lycée Sainte-Geneviève tenu par les jésuites, rue Lhomond à Paris, où il prépare le baccalauréat scientifique, puis le concours d’entrée de l’École polytechnique. Il perd sa mère en 1868. Après un échec à ce concours en 1869, il est reçu au 55e rang sur 151 en 1870[2].

La rentrée a lieu en janvier à Bordeaux, en raison de la guerre franco-prussienne puis de la Commune qui paralysent la capitale. Le général Riffault, qui commande l’École, renvoie la plupart des élèves chez eux. Seule une trentaine sont mis à la disposition de Thiers, notamment pour la diffusion de messages. Parmi eux se trouve Bienvenüe, qui est pris à partie le par des fédérés et placé dans un groupe d’otages. Il est sauvé de l'exécution in extremis grâce à une intervention de Georges Clemenceau[3].

De retour à Polytechnique, Bienvenüe devient l’ami de Ferdinand Foch qui épousera par la suite l'une de ses petites cousines, et de Joseph Joffre, tous deux futurs héros de la Première Guerre mondiale. Classé neuvième à la sortie de l’École, il est admis 5e sur 18 au Corps des Ponts le et entre à l'École nationale des ponts et chaussées. Il a l’occasion de donner des cours de mathématiques à Charles de Foucauld, avant d’être nommé Ingénieur ordinaire des Ponts et Chaussées de 3e classe le . Cette même année voit le décès de son père.

Parcours[modifier | modifier le code]

Inspecteur général des ponts et chaussées[modifier | modifier le code]

Il souhaite retourner en Bretagne, mais comme celle-ci est inaccessible aux débutants, il est affecté à l’arrondissement du centre du service ordinaire des Ponts et Chaussées du département de l’Orne à Alençon. Chargé de l’exploitation de 197 kilomètres de routes nationales et d’un système hydraulique de 1 400 kilomètres, ainsi que de l’administration de la pêche et des prévisions météorologiques, il s’attache à améliorer la desserte du territoire par les lignes de chemin de fer. Il s’attelle tout d’abord à la construction du chemin de fer de Fougères à Vire, dont le passage à Mortain est particulièrement difficile à réaliser. Pour son succès, ainsi que la réalisation de la ligne entre Alençon et Domfront, il est proposé pour la Légion d'honneur dès 1879[4].

Il travaille ensuite sur le tracé de la ligne de Pré-en-Pail à Mayenne, rendu délicat par les contreforts tourmentés qui bordent la région. Trois inventions aident à atteindre l’objectif de desservir tous les villages : la dynamite, le détonateur et le perforateur à percussion[4].

Le , alors qu’il s’assure de la sécurité des ouvriers lors d'une « visite d'expropriation » assez mouvementée, un démarrage intempestif le projette sur la voie. Il est amputé de son bras gauche[5], faisant preuve d’un stoïcisme impressionnant ; il disait lui-même en plaisantant avoir été « exproprié de son bras ». Le , il est fait chevalier de la Légion d'honneur. La ligne ouest est établie en mai de la même année et la transversale en octobre.

Débuts à Paris[modifier | modifier le code]

Pris d’amour pour la capitale, il se rapproche de Paris. Affecté en février 1884 au 1er arrondissement de la 1re section du contrôle de l’exploitation des chemins de fer de l’Est (900 kilomètres de voies), il fait construire la ligne Paris – Strasbourg jusqu’à Épernay, et contrôle également les 247 kilomètres des chemins de fer du Nord. Il préfère agir plutôt que surveiller l’action des autres.

Souhaitant être affecté au service municipal, il devient en février 1886 responsable de la 8e section du service municipal de la voie publique dans les 19e et 20e arrondissements, des quartiers populaires. Il poursuit l’équipement en égouts des différents quartiers, fait percer l’avenue de la République jusqu'à la limite du 20e arrondissement (boulevard de Ménilmontant) et aménage le parc des Buttes-Chaumont.

Il s’intéresse également au problème des transports pour les quartiers en hauteur, comme Belleville, les ouvriers devant y remonter après leurs journées de travail. C’est ainsi qu’il conçoit le tramway funiculaire, pris en charge par le conseil municipal et inauguré en septembre 1890.

En 1891, il est promu ingénieur en chef, en service spécial sous l’autorité de l’inspecteur général Humblot pour résoudre un certain nombre de problèmes d’alimentation en eau potable. Il dirige notamment la construction de l'aqueduc de l'Avre de 1891 à 1893, et réalise l’étude de la dérivation des sources du Loing et du Lunain.

Après des apports à la dérivation de la Dhuis et de la Vanne, il devient responsable du service de la dérivation, puis ingénieur en chef de 2e classe. En 1894, apparaît la loi qui exige le raccordement de tous les bâtiments aux égouts.

Le métro de Paris[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Métro de Paris et Histoire du métro de Paris.

En 1895, il réalise avec Edmond Huet l’avant-projet d’un réseau de chemin de fer métropolitain souterrain pour la ville de Paris, à voie étroite et à traction électrique, en s'inspirant des études de Jean-Baptiste Berlier.

Le premier projet de métro remontait à 1851, avait été repris en 1871, puis rediscuté en 1877 et 1883. Le conseil municipal, qui souhaite un service local, adapté aux attentes de la population de la ville, se heurte jusqu’en 1894 à l’opposition des grandes compagnies de chemin de fer soutenues par l’État, qui souhaitent le simple prolongement de leurs lignes. Cependant, l’exposition universelle de 1900 nécessite la concrétisation rapide de ce projet.

Fin 1895, une dépêche ministérielle reconnaît enfin à la ville de Paris le droit de réaliser une desserte orientée par les intérêts urbains. Bienvenüe présente un projet définitif que le conseil municipal adopte le , et le 30 mars 1898, une loi déclare d’utilité publique l’établissement dans Paris du Chemin de Fer Métropolitain.

L'Écho de Paris,
8 août 1936.
Les obsèques de Fulgence Bienvenüe le 7 août 1936.

La Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris, créée en 1898 sur la base de l'expérience acquise avec la Compagnie générale de traction fondée en 1891, toutes deux fondées par Édouard Louis Joseph Empain, sera le concessionnaire pour la construction du métro.

Les travaux sont lancés le afin qu'une première ligne soit prête avant l'exposition universelle de 1900. En 1899, Bienvenüe est déchargé de ses autres fonctions pour se consacrer exclusivement à cette tâche. Cette première ligne (Porte de Vincennes - Porte Maillot) est inaugurée le par M. Bienvenüe. La même année, il est nommé officier de la Légion d'honneur.

En cinq ans, les 42 kilomètres des lignes 2 et 3 sont établis. Adopté en 1903, le tracé de la ligne 4 nécessite la traversée sous-fluviale de la Seine, ce qui représente un important défi technique[6], même si le passage sous la Tamise avait été couronné de succès à Londres. Commencés en 1904, les travaux sont rendus possibles par la méthode inédite de Résal mise en œuvre par Chagnaud, dite de fonçage, qui consiste au forage vertical de caissons préfabriqués en béton armé, formant les tronçons du futur souterrain, ainsi que par une méthode de construction d’un souterrain en zone inondable par congélation du sol. La mise en œuvre de la ligne intervient finalement le .

Le , Bienvenüe épouse Jeanne Loret. Cette même année, le grand prix Berger de l’Académie des sciences lui est décerné. À partir de 1911 et pendant une durée de dix ans, Bienvenüe assume, en plus de ses autres fonctions, celle de directeur du Service de la Voie publique, de l’Éclairage et du Nettoiement.

Bien qu’ayant soixante-deux ans lorsque la Première Guerre mondiale éclate, il obtient sa mobilisation le , en tant que colonel du Génie, pour participer à la mise en état de défense du camp retranché de Paris. Une fois la menace allemande éloignée, le préfet de la Seine négocie le maintien des chantiers du métropolitain, toujours sous la direction de Bienvenüe, démobilisé le , qui assume également celle du service du port de Paris à partir de 1917. S’en suivent la création du port de Gennevilliers, l’aménagement du canal Saint-Denis et l’élargissement du canal de l'Ourcq.

En 1924, la ville de Paris lui décerne sa Grande Médaille d’or. Le décret du l'élève à la dignité de Grand-Croix de la Légion d'honneur. Il choisit, comme l'usage le veut, un parrain pour être promu et ce fut le maréchal Foch qui mourut quelques semaines plus tard[7],[8]. Cette distinction lui est décernée en récompense des services rendus auprès de la ville de Paris.

Bienvenüe demeure son conseiller jusqu’à sa retraite, le , à l'âge de 80 ans.

En 1933, la Grande médaille d'or de la Société d'encouragement au progrès lui est décernée[9]. Cette même année, le Conseil municipal de Paris décide, à l'occasion de la construction de l'ancienne ligne 14, de renommer la station Maine en Bienvenüe afin de rendre hommage au constructeur du métro. La place du Maine est renommée par la même occasion.

Un jour après Louis Blériot, Fulgence Bienvenüe meurt dans la capitale le , à l'âge de 84 ans. Il est inhumé le au cimetière du Père-Lachaise (division 82).

Personnalité et pensée[modifier | modifier le code]

Tombe de Fulgence Bienvenüe (cimetière du Père-Lachaise, division 82). On peut y apercevoir parfois un ticket de métro déposé[10] par un visiteur.

Fulgence Bienvenüe était un homme cultivé et agréable, particulièrement apprécié de ses collègues et collaborateurs[11]. Sachant reconnaître le talent des membres de son équipe et l'encourager, il était également doté d'un grand sens de l'humour, plaisantant même sur la perte de son bras. Son départ à la retraite sera regretté de tous. À propos du métro de Paris, il déclare : « L’artiste imprime à son œuvre un sceau de personnalité alors que l’ingénieur est amené à se considérer comme l’artisan d’une œuvre impersonnelle. Car si, dans l’ordre technique, toute œuvre précise et concrète est bien le fruit de la méditation individuelle, la forme qu’elle revêt résulte de la synthèse d’un grand nombre d’efforts différents[12]. »

Objets commémoratifs[modifier | modifier le code]

  • En janvier 1987, un timbre a été édité en sa mémoire[13].
  • Une médaille a été éditée en souvenir de l’ouverture au public de la première ligne de métro de Paris sur laquelle figure un portrait de Fulgence Bienvenüe[14].
  • Le , la station Maine, de l'actuelle ligne 6, puis à partir de 1937 de l'actuelle ligne 13 est renommée Bienvenüe en son honneur. Déjà reliée par un couloir à la station Montparnasse afin d'assurer la correspondance avec les lignes 4 et 12, Bienvenüe fusionne finalement avec celle-ci en 1942 pour devenir Montparnasse - Bienvenüe.
  • Un lycée porte son nom à Loudéac, dans le département des Côtes-d'Armor en région Bretagne : le lycée Fulgence-Bienvenüe.
  • Un médaillon a été réalisé et posé à la gare de Saint-Brieuc sur le quai A[15].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Dominique Lormier, 12 trains qui ont changé l'Histoire, Pygmalion, , p. 87.
  2. Claude Berton, Alexandre Ossadzow, Christiane Filloles, Fulgence Bienvenüe et la construction du métropolitain de Paris, Presses des Ponts, , p. 16.
  3. Claude Berton, Alexandre Ossadzow, Christiane Filloles, Fulgence Bienvenüe et la construction du métropolitain de Paris, Presses des Ponts, , p. 17.
  4. a et b Claude Berton, Alexandre Ossadzow, Christiane Filloles, Fulgence Bienvenüe et la construction du métropolitain de Paris, Presses des Ponts, , p. 20.
  5. Alexis Blanc, Dominique Blanc, Les personnages célèbres des Côtes-d'Armor, éditions L'Harmattan, 2008 (ISBN 978-2296068216), p. 10 lire en ligne (consulté le 21 novembre 2010).
  6. RATP, « Fulgence Bienvenüe, le Père du métro » (consulté le 16 avril 2012).
  7. Procès-verbal de réception.
  8. Bulletin de situation.
  9. Les Grandes Médailles d’Or depuis 1908, sur le site de la Société d'encouragement au progrès, consulté le .
  10. « Fulgence Bienvenüe. Illustre inconnu », sur letelegramme.fr, article du (consulté le 26 novembre 2018) : « Sur sa tombe, au Père-Lachaise, des mains anonymes déposent parfois un ticket de métro. ».
  11. Clive Lamming, Métro insolite, Parigramme, , 176 p. (ISBN 978-2-84096-190-1), p. 67
  12. « Fulgence Bienvenüe », émission Midi en France, France 3, 13 octobre 2016
  13. Les Timbres de France et les oblitérations de l'Ouest, « Fulgence Bienvenüe Le Père du Métro » (consulté le 15 avril 2012).
  14. Description de la médaille sur Numisrail
  15. Médaillon (sculpté par Bernard Potel) représentant Fulgence Bienvenüe sur le quai A de la gare de Saint-Brieuc.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]