Fugger

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Jacob Fugger (1459-1525), par Dürer
Christoph Fugger, par Christoph Amberger, 1541 (Alte Pinakothek, Munich)

La famille Fugger est une famille de marchands et de banquiers du Saint-Empire germanique, qui domina la finance européenne à la fin Moyen Âge et pendant la Renaissance[1]. Ils sont à l’origine de la pratique moderne de la banque et de la finance, avec la famille Welser. On considère que Jacob Fugger rassembla la plus grande fortune privée de son temps.

Histoire de la famille[modifier | modifier le code]

Hans Fugger, tisserand à Graben, près d'Augsbourg, est le premier Fugger à s'installer à Augsbourg et à devenir bourgeois de cette ville en 1367. La famille s'enrichit en quelques générations en passant de la fabrication de la futaine à son commerce (dès la mort de Hans Fugger en 1408, la famille fait partie des cinquante plus riches familles de la ville). Ses fils diversifient son commerce, en particulier avec le Levant.

Au milieu du XVe siècle, la famille se partage en deux branches, von der Lilie et vom Reh (portant respectivement un lys et un cerf sur leurs armes) : la branche vom Reh fait banqueroute au début du XVIe siècle et perd toute importance économique ; la branche von der Lilie continue quant à elle son ascension sociale et économique, notamment sous la direction de Jacob Fugger « le Jeune » : à sa mort en 1525, l'entreprise familiale s'étend sur toute l'Europe, présent sur la Baltique comme sur la Méditerranée, bien implanté à Anvers et à Lisbonne. Ses investissements en Europe centrale sont notamment décisifs pour le développement d'une industrie minière d'une ampleur inédite (mines d'argent notamment).

L'arrivée de la Réforme à Augsbourg suscite chez les Fugger une opposition farouche, contrairement à l'autre grande famille banquière d'Augsbourg, les Welser, qui deviennent dans la ville les chefs du parti protestant.

Anoblissement[2][modifier | modifier le code]

Dès les origines, les Fugger se placent en marge de la société augsbourgeoise, en ne participant par exemple pas au gouvernement de la ville malgré leur richesse. L'accession à la noblesse de la famille se fait en plusieurs étapes à partir du début du XVIe siècle. La première étape passe par l'investissement foncier dans les environs d'Augsbourg : en 1507, les Fugger acquièrent l'ensemble des droits seigneuriaux sur le comté de Kirchberg et la seigneurie de Weissenhorn ; cette acquisition ouvre la voie à l'anoblissement des Fugger par l'empereur Maximilien Ier, qui témoigne de l'intensité des relations d'affaires entre la famille Fugger et les Habsbourg : en 1511, il leur octroie la noblesse d'Empire, puis en 1514 le titre héréditaire de comte du Saint-Empire. Les Fugger financent notamment de façon décisive la campagne préparant l'élection de Charles Quint comme Empereur, qui impose de très importants versements aux sept électeurs, par des lettres de change payables « après l'élection si Charles d'Espagne est élu ».

Lorsque de nouvelles familles sont admises au sein du patriciat augsbourgeois (qui menaçait de s'éteindre), en 1538, les Fugger en font partie. Le titre de comte est étendu aux deux fils de Georg Fugger, Raymund Fugger (1489-1535), fondateur de la branche des comtes Fugger de Kirschberg et Weissenhorn et Anton Fugger (1493-1560), seigneur de Glött (1536) et de Babenhausen (1538). Le fils aîné de ce dernier, Hans Fugger (1531-1598),fonde la branche des comtes Fugger de Glött.

En 1913, le chef de la branche reçoit le titre bavarois de prince Fugger de Glött.

Le fils cadet d'Anton Fugger, Jacob Fugger (1542-1598) est l'auteur de la lignée des comtes puis princes (1803 et 1818, pour le chef de la branche) Fugger de Babenhausen.

Portraits[modifier | modifier le code]

Dominique Custos, graveur d'Anvers, a publié une suite de portraits des principaux personnages de cette maison, sous le titre suivant : Fuggerorum et Fuggerarum quœ in familia natœ, quœve infamiïiam iransivenmt, quoi extant, œre expressai imagines, in-fol[3]. Ce volume contient 127 portraits très bien graves sur cuivre, avec de courtes descriptions des titres et des qualités des personnes qu'ils représentent. Ce recueil a paru pour la première fois vers 1595 : les exemplaires du second tirage portent la date de 1618 ; ceux du troisième, celle de 1620 : les descriptions sont en allemand, et l'on y a ajouté deux portraits enfin les planches ont été retouchées et l'on en a fait un quatrième tirage à Ulm, en 1754, sous le titre de Pinacotheca.

Le plus ancien personnage dont le portrait se trouve dans ce recueil est Jacob Fugger, dit le Vieux, mort le 14 mars 1469.

Personnalités[modifier | modifier le code]

Blason de Fugger

Les membres importants de la famille sont :

La famille donnera par la suite au Saint-Empire plusieurs banquiers impériaux et sera à l'origine de plusieurs branches de la haute noblesse. Elle est citée en exemple par Honoré de Balzac dans La Maison Nucingen, (1837) : « Comme le Temps, la Banque dévore ses enfants. Pour subsister, le banquier doit devenir noble, fonder une dynastie comme les prêteurs de Charles-Quint, les Fugger, créés princes de Babenhausen, et qui existent encore dans l'Almanach de Gotha[4]. »

Banque Fugger[modifier | modifier le code]

En 1523, la fiscalité du Saint-Empire attaque en justice la Banque Fugger et d'autre firmes d'Augsbourg au motif de monopole[5]. Une banque de ce nom, mais sans lien direct, existe encore aujourd'hui, dans le domaine de la gestion de patrimoine pour clientèle fortunée.

Anecdotes[modifier | modifier le code]

C'est pour rembourser un prêt contracté auprès de Jacob Fugger le Riche, pour s'attirer les bonnes grâces du pape Léon X et acquérir l'archevêché de Mayence, que le prince-archevêque de Magdebourg, Albert de Brandebourg eut recours à la vente d'indulgences que Martin Luther dénonça. Ce sera une des origines mineures du schisme entre catholiques et protestants.

Liens[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Rabelais a donné une bien haute idée de l'opulence de cette famille, en disant qu'après les « Foucquers » (sic) d'Augsbourg, Philippe Strozzi est estimé le plus riche marchand de la chrétienté. On rapporte qu'à son retour de Tunis, Charles Quint, passant à Augsbourg, logea chez les Fugger, et qu'entre autres magnificences dont ils le régalèrent, ils firent mettre sous la cheminée de sa chambre un fagot de cannelle, et l'allumèrent avec la promesse d'une somme très considérable qu'ils avaient prêtée à l'empereur.
  2. « La multinationale Fugger », in Les collections de L'Histoire, janvier-mars 2008
  3. C'est ce livre, sous le titre de Fuggerarum imagines que des bibliographes ont quelquefois classé, dans des catalogues parmi les ouvrages de botanique, comme s'il traitait de fougères.
  4. La Maison Nucingen, édition Furne, vol.XI, p.11-12
  5. Der Zeitgeist, Fugger, décembre 2009, p.5

Sources[modifier | modifier le code]