Frontière linguistique mosellane

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

En Moselle (France), la frontière linguistique marque la séparation entre la zone germanophone au nord et la zone romane au Sud du département. Il serait plus juste de parler de limite linguistique puisqu'elle n'a jamais été une frontière entre deux États. Elle a cependant été utilisée pour marquer la limite entre le bailliage de Nancy et le bailliage d'Allemagne du duché de Lorraine jusqu'au XVIIIe siècle.
Il est à noter que l'arrondissement de Briey (Meurthe-et-Mosellan depuis 1871) était également germanophone dans sa partie Nord-Est[1],[2], soit la partie frontalière avec le Luxembourg et le Nord-Ouest de l'ancien canton de Fontoy.

Localisation[modifier | modifier le code]

Le département de la Moselle peut approximativement être divisé en deux :

  • Au sud, on parle le lorrain, un ensemble de dialectes romans plus ou moins proches du français, y compris le vosgien de la montagne qui touche le pays de Saint-Quirin au sud-est. C'est le dialecte que parlait une petite moitié de l'ancien comté de Dabo dont le nom actuel est justement la prononciation vosgienne de Dagsbourg (Dockschbuerj / Dàgschburri en francique rhénan). De même, Sarrebourg se nommait dans la même langue Sâbo (Saarbuerj / Sààrburri en francique rhénan).
  • Au nord, on parle le francique lorrain, appartenant à la famille des langues germaniques : le francique luxembourgeois au nord-ouest, le francique mosellan au centre et le francique rhénan de Lorraine à l'Est. Dans une petite partie du canton de Phalsbourg, on parle un dialecte alémanique. Cette région constitue la Moselle francique parfois appelée thioise ou Lorraine allemande (appellation courante du XIIIe au XIXe siècle tant dans la population que dans l'administration). L'appellation de Moselle francique est extrêmement récente et ne tient pas compte de l'existence de la zone de parler alémanique.

Frontiere linguistique mosellane.jpg

La frontière linguistique suit approximativement une ligne rejoignant les villages de Volmerange-les-Mines (nord-ouest) et Walscheid (sud-est). Elle se prolonge en Lorraine belge, séparant la Gaume et l'Arelerland, et dans les Vosges où elle suit la ligne de crête jusqu'au sud de l'Alsace.

Localités de la frontière linguistique[modifier | modifier le code]

À la fin du XIXe siècle[3]:

Histoire[modifier | modifier le code]

La frontière linguistique est très ancienne. Ses racines remontent en effet à l'époque de l'Empire romain avant les grandes invasions du Ve siècle.

Avant l'avènement de l'Empire romain, la Moselle actuelle était déjà habitée depuis près de cinq siècles par les Celtes médiomatriques. La population parlait le celte. Après l'invasion romaine, seules les classes supérieures ont adopté le latin. Saint Jérôme pouvait dire au IVe siècle: «Les Galates parlent la même langue que les Trévires.>» Trève étant située plus au nord que l'actuelle Moselle, il en était de même pour cette dernière.

Lors des grandes invasions, les Germains s'installèrent dans la région ou plus probable assimilèrent les Gaulois de la région car, par exemple pour les Francs, ils étaient 4000 guerriers s'étant fait baptiser; aussi, les tribus barbares étaient peu nombreuses (pas plus de 15000 individus), ce qui était fort peu par rapport aux autochtones. Plus précisément, les Alamans en Alsace et les Francs à l'ouest du massif Vosgien.

Ces deux peuples parlaient des langues différentes : celle des Alamans était l'alémanique, qui a plus tard donné les dialectes alsaciens et celle des Francs le francique, qui est à l'origine des dialectes de la Moselle.

Les Francs firent ainsi la conquête d'une grande partie de la France actuelle, mais se contentèrent de prendre le pouvoir politique sans imposer leur langue.

La limite linguistique n'est pas un vestige de l'annexion allemande de 1871. L'origine de la frontière linguistique est à revoir en fonction des acquis de la recherche archéologique. On savait déjà, par l'étude des nécropoles du haut Moyen Âge, que les caractéristiques physiques des inhumés étaient les mêmes que celles de l'époque gallo-romaine. La fouille de nombreux habitats mérovingiens de Moselle a démontré récemment une écrasante pérennité d'occupation du sol avec le Bas-Empire : il n'y a donc eu aucune création de nouveaux villages dans l'Est entre les Ve et VIIIe siècles.

Il semble bien que sur la majorité du territoire de la Moselle les trois langues: celtique, germanique et romane coexistèrent déjà un peu à partir de 250 après Jésus Christ (première grande pénétration barbare) et surtout à partir du Ve siècle, date à laquelle les Alamans s'installent définitivement en Alsace et les romains furent définitivement vaincus, ce qui permet un libre épanouissement barbare. La limite ne se fixa qu'entre le VIe siècle et Xe siècle. D'autre part, cette frontière linguistique était fixée à un moment donné entre Puttigny et Vannecourt[4].

Vers l'an 1000, elle suivait une ligne Rédange, Moyeuvre, Vigy, Many, Mulcey, Réchicourt-le-Château, Turquestein-Blancrupt, avant de longer la crête des Vosges jusqu'au sud de l'Alsace. Elle resta remarquablement stable au cours des siècles jusqu'à la Guerre de Trente ans.

à la fin du XVIe siècle, D'apres Hans Witte, la frontière linguistique passait par : Hussigny, Thil, Tiercelet, Brehain-la-Ville, Boulange, Fontoy, Lommerange, Hagondange, Luttange, Hessange, Saint-Hubert, Marcourt, Chémery, Brulange, Château-Bréhain, Dalhain, Haboudange, Hampont, Donnelay, Maizières-lès-Vic, Hellocourt, Ibigny, Hattigny, Saint-Quirin, Turquestein.

La frontière linguistique en Moselle aux environs de l'an 1630.

Quelques événements ont cependant contribué au recul du francique  :

  • la guerre de Trente Ans (surtout dans le Sud-Est du département et à l'Ouest de Thionville), car la région est tellement dévastée qu'il faut faire appel à des colons, notamment picards et savoyards, pour repeupler la région en particulier le secteur de Dieuze. Mais il est également important de noter par ailleurs, que de très nombreux colons d’origines germaniques diverses et notamment des régions de montagne ou la terre cultivable était insuffisante (Suisse alémanique, Tyrol, Bavière, Bataves, etc.) sont venus s’implanter dans les régions germanophones de la Moselle, et se sont parfaitement intégrés dans la mesure ou leurs langues ou dialectes d'origine, n’étaient pas très éloignés de la langue Francique Mosellane. Après cette guerre, Les localités de Rédange, Russange et Nondkeil devinrent quasiment des enclaves linguistiques.
  • une ordonnance de Louis XIV en 1685 n'autorisant que le français pour les actes officiels, mais elle ne peut plus être appliquée après le retour du duc Léopold sur ses terres lorraines;
  • sous le règne de Stanislas, beau-père de Louis XV, Antoine-Martin Chaumont de La Galaizière promulgue un texte qui impose le français dans les actes officiels en Lorraine;
  • La Révolution française, divisée à ses débuts (voir les cahiers de doléance de Forbach), impose l'usage du français après la prise de pouvoir des jacobins;
  • En 1790, plusieurs communes du District de Longwy étaient toujours germanophones : Citation lors de débats sur les futures limites départementales : « Une partie considérable des paysans et des communautés entières des districts de Thionville et de Longwy ne parlent qu'allemand et on ne pense pas à proposer de les retirer du département de Metz »[2].
  • Napoléon III prend des mesures radicales pour faire progresser le français au détriment du francique (politique scolaire en particulier).
  • En 1843, les communes suivantes sont signalées comme bilingues[5] : Albestroff, Marimont-lès-Bénestroff, Bénestroff, Guinzeling, Nébing, Vahl-lès-Bénestroff, Lostroff.
  • Dans son dictionnaire topographique du département rédigé en 1868, concernant donc la Moselle dans ses anciennes frontières, Ernest de Bouteiller indique que la frontière linguistique commence à Mont-Saint-Martin et qu'elle suit une ligne jusqu'à Uckange, puis d'Uckange à Gros-Tenquin.
  • Les épidémies de choléra du XIXe siècle auraient également fait reculer légèrement la frontière linguistique dans les arrondissements de Thionville[6].

Des travaux de 1881 observent une progression de la zone romane sur deux secteurs :

  • Le recul prend une ampleur décisive, lorsqu'après la Seconde Guerre mondiale, le francique est teinté d'une connotation péjorative en raison de sa parenté avec l'allemand. D'après l'INSEE, l'usage du francique aurait beaucoup régressé depuis quelques décennies et ne se maintiendrait que près de la frontière politique.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Petite histoire de la langue francique - Kurze Geschichte der fränkischen Sprache / Gérard Boulanger, Jean-Louis Kieffer, Hans Joachim Kühn 52 pages, bilingue français - allemand, avec cartes géographiques, édité par Gau un Griis en 1997.
  • La Lorraine francique : culture mosaïque et dissidence linguistique, par Daniel Laumesfeld, aux éditions L'Harmattan. « Cet ouvrage de synthèse - le premier publié en France sur la langue et la culture franciques - rassemble des données linguistiques, sociolinguistiques, historiques, économiques, géographiques, sociales et politiques, pour plaider la cause de la minorité francique de Lorraine. Anecdotes vécues et chapitres érudits se succèdent au service d'une pensée généreuse qui ne demande que la liberté de choisir sa langue et sa vie dans la différence et le respect mutuel. Une langue et une culture qui méritent d'être découvertes à l'heure de l'Europe, dans la mesure où le Luxembourg est de langue nationale Francique ». Publié en 1996. 316 pages.
  • Hughes, S.P., (2005) University of Antwerp, Belgium - Bilingualism in North-East France with specific reference to Rhenish Franconian spoken by Moselle Cross-border (or frontier) workers
  • Alain Simmer, L'origine de la frontière linguistique en Lorraine, Knutange, 1998.
  • Peuplement et langues dans l'espace mosellan de la fin de l'Antiquité à l'époque carolingienne, Mémoire de thèse d'Alain Simmer, 2013.
  • Le Platt lorrain de poche par Jean-Louis Kieffer - éditions Assimil [1]
  • Le Platt lorrain pour LES NULS par Marielle RISPAIL - Marianne HAAS-HECKEL - Hervé ATAMANIUK - FIRST Éditions - [2]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bouteiller - Dictionnaire topographique de l'ancien département de la Moselle, rédigé en 1868, § 12 : Ethnographie et linguistique.
  2. a et b Jean-Louis Masson - Histoire administrative de la Lorraine, des provinces aux départements et à la région
  3. Die deutsch-französische Sprachgrenze in Lothringen, Straßburg 1887, S. 23 ff.
  4. Frontières en Europe occidentale et médiane de l'Antiquité à l'an 2000 - Marie-Jeanne Demarolle
  5. Henri Lepage - Le département de La Meurthe : statistique, historique et Administrative - Volume 2 - 1843
  6. Denis SCHNEIDER-L’impact de la frontière linguistique dans le département de la Moselle au XIXème siècle-(2013)

Voir aussi[modifier | modifier le code]