Front national (années 1930)

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Front national
Présentation
Secrétaire général Charles Trochu
Fondation 1934 par Pierre Taittinger
Disparition vers 1940
Couleurs bleu, blanc, rouge

Le Front national était une organisation de type confédéral dont l’objectif était le rapprochement des ligues nationalistes françaises.

Il est fondé en 1934, l'année qui suit celle du Front national ouvrier paysan qui est un autre mouvement.

Le nom a été repris à partir de 1941 par un des principaux mouvements de la Résistance française, de sensibilité communiste, le Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France ou Front national.

La naissance du Front national[modifier | modifier le code]

La fondation du Front national est à mettre dans le contexte qui a suivi la crise du 6 février 1934 où les ligues s’organisent et où s’opèrent de nombreuses tentatives de rapprochement entre les diverses tendances. Ainsi, l’Ordre français qui regroupe l’Action française, les Jeunesses patriotes et Solidarité française est la première tentative pour élaborer un comité de coordination de l’action des ligues, et ce malgré le refus des Croix-de-feu d’y participer.

C’est à la suite d’un appel publié en mai 1934 dans L’Ami du peuple qu’est créé le Front national. Les signataires de l’appel qui appartiennent aux Jeunesses patriotes de Pierre Taittinger et de Solidarité française du commandant Jean Renaud explicitent le but de ce groupement, celui de contribuer à l’entente de toutes formations « nationales » afin de lutter contre les forces de la « Révolution » et du « Front commun ».

Composantes et structures du Front national[modifier | modifier le code]

Publication du Front national en 1937

Seules l’Association des blessés et victimes du 6 février 1934, la Ligue des chefs de section, la Fédération des contribuables, les Jeunesses patriotes, Solidarité française adhèrent au Front national, l’Action française étant seulement associé et non adhérente tant par sa propre volonté que de celle des autres composantes qui souhaitent maintenir une distance entre eux et ce parti représentant le royalisme[1].

Se dotant d’un bureau dirigeant national, le secrétaire général est Charles Trochu, futur conseiller municipal de Paris (élu en mars 1935). Industriel et architecte, ancien militant des Jeunesses patriotes et de l’Appel au peuple, le choix de Trochu reflète la volonté du Front national d’être un organe de liaison entre les « nationaux » car il entretient des liens tant avec les Croix-de-feu ou l’Action française qu’avec certains dirigeants de l’Alliance démocratique.

Les secrétaires adjoints du Front national sont René Richard, responsable de la propagande des Jeunesses patriotes et Fromentin, secrétaire général de Solidarité française.

En province, sur un plan local, les initiatives du Front national rassemblent au-delà des organisations adhérentes puisque des membres des Croix-de-feu (comme en Lorraine en 1934 et 1935[2]) ou de la Fédération républicaine (comme dans le Rhône en 1936) y prennent part.

Le Front national : entre action de liaison des ligues et lieu de rivalités[modifier | modifier le code]

Objectifs initiaux[modifier | modifier le code]

Si l’objectif officiel de la fondation du Front national est celui de rassembler les ligues et de coordonner leurs actions face aux forces de gauche, il convient de voir en lui la volonté qu’il soit l’instrument de visibilité extérieure pour la Solidarité française et les Jeunesses patriotes qui sont par ailleurs confrontées à la concurrence des Croix-de-feu sur le terrain du militantisme (cette dernière comme le Francisme de Marcel Bucard refuseront de s’associer à toutes initiatives du Front national).

Par ailleurs, le Front national est conçu comme un moyen d’unir le plus de militant par une propagande uniquement axée sur la dénonciation, permettant ainsi l’élaboration et la propagation de la doctrine par les « élites » sur ces derniers, l’Action française espérant en récolter les fruits[3].

Une propagande négative[modifier | modifier le code]

La mission du Front national est davantage de coordonner les différentes actions et non de s’engager dans des initiatives de fond, ayant trait à la doctrine ou à l’unité réelle des ligues.

Ainsi, il s’agit avant tout de faire œuvre de propagande et non point d’être une force de proposition. La propagande du Front national est constituée par l’organisation de nombreuses réunions, notamment lors des élections de 1934 et des législatives de 1936, dont le nombre en province est important. Le point culminant est la campagne antisanctionniste organisée dans la prévision de la discussion à l’Assemblée du projet de dissolution des « ligues factieuses » avec le meeting à la Salle Wagram (Paris) en octobre 1935.

L’autre aspect de la propagande est lié à la volonté de faire pression, tant vis-à-vis du pouvoir et de la gauche par l’organisation de manifestations de rue (notamment contre des projets législatifs) que vis-à-vis des parlementaires des droites républicaines. Ainsi, le Front national envoie une lettre aux membres des droites de la Commission parlementaire sur le 6 février 1934 présidée par le centriste Laurent Bonnevay exigeant leurs démissions afin de protester contre ses « conclusions partiales ». L’initiative d’intimidation porte ses fruits puisque 13 membres de la Commission démissionnent en juillet[4]. Dans la même perspective, le Front national envoie à l’ensemble des députés (sauf à ceux se situant à la gauche du parti radical-socialiste) une lettre leur demandant de se positionner face à la franc-maçonnerie.

Les désaccords au sein du Front national : vers sa marginalisation[modifier | modifier le code]

Affiche signée Front national indiquant qu'il était opposé à l'entrée en guerre

L’action du Front national est vite paralysée par l’opposition entre l’Action française et ses alliés, ces derniers réfutant des initiatives jugées trop activistes. Ainsi, le Front national n’organisera pas de manifestation de rue lors de l’intronisation de Pierre Laval à la tête de la présidence du Conseil pour ne pas gêner l’action de ce dernier. De même, par le fait de ses divisions internes, l’Association des blessés et victimes du 6 février 1934 que préside Louis Darquier de Pellepoix ne pourra défiler place de la concorde en janvier 1935 faute de l’appui logistique du Front national.

Plus profondément, les organisations membres du Front national sont méfiantes envers les initiatives impulsées par l’Action française par la peur du noyautage, par l’opposition d’un Pierre Taittinger à des actions trop antiparlementaristes[5] et par la crainte d’un durcissement du pouvoir notamment par le biais d’une législation hostile aux Ligues.

L’action du Front national se réduit après les législatives de 1936 pour se diluer face à l’intense recomposition des droites qui sévit dans les dernières années de la Troisième République, notamment par la dissolution des ligues et l’éclosion du Parti social français (ex Croix-de-feu), du Parti populaire français et du Parti républicain national socialiste (ex Jeunesses patriotes) ainsi que par une autre tentatives de regroupement des « nationaux », le Front de la liberté en mai 1937. Le Front national aura cependant une existence virtuelle jusqu’à l'époque où il s'oppose à la décision d'entrée en guerre de la France, vers 1940.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Eugen Weber, L'Action française, Stock, 649 p., 1964 (édition anglaise originale, 1962), p. 388.
  2. Jean-François Colas, Les droites nationales en Lorraine dans les années 1930 : acteurs, organisations, réseaux, Thèse de doctorat, Université de Paris X-Nanterre, 2002, T. I, p. 120-129 : notamment Jules Lécuyer, président de la section Croix de feu d'Epinal, Raoul Nanty, président des Croix de feu de Meurthe-et-Moselle et délégué régional ou encore Auguste Delafenêtre, chef local des Croix de feu de Remiremont, membre du comité de l'Entente nationale de l'arrondissement de Remiremont.
  3. Article de Maurice Pujo dans L’Action française du 24 mai 1937.
  4. Audiffret-Pasquier explicite ce choix devant la Commission le 4 juillet 1934 en affirmant que les conclusions « refuse de reconnaître (…) l’opération politique de M. Daladier lorsqu’il a prononcé son mouvement administratif, l’absence de complot du côté des manifestants et la responsabilité manifeste de MM. Édouard Daladier, Eugène Frot, Bonnefoy, Sibor, Marchand » (Le Temps du 5 juillet 1934).
  5. Fondateur des Jeunesses patriotes, Pierre Taittinger n’en est pas moins un parlementaire qui est membre du groupe de la Fédération républicaine.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Vavasseur-Desperriers, « Les tentatives de regroupement des droites dans les années trente », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, t. 109, no 3,‎ , p. 61-77 (lire en ligne).

Liens internes[modifier | modifier le code]