Fritz le chat (film)

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Page d'aide sur l'homonymie Pour l’article homonyme, voir Fritz le chat.
Fritz le Chat
Titre original Fritz the Cat
Réalisation Ralph Bakshi
Scénario Ralph Bakshi
Sociétés de production Aurica Finance Company
Black Ink
Fritz Productions
Steve Krantz Productions
Pays d’origine États-Unis
Durée 78 min
Sortie 1972

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Fritz le chat (Fritz the Cat) est un film d'animation américain pornographique écrit et réalisé par Ralph Bakshi et sorti en 1972. Premier long métrage de Ralph Bakshi, il est librement adapté de la bande dessinée du même nom de Robert Crumb. C'est le premier long métrage d'animation à recevoir un classement X aux États-Unis.

Le film met en scène Fritz (voix originale de Skip Hinnant), un chat anthropomorphe dans le New York du milieu des années 1960, explorant les idéaux hédonistes et la conscience socio-politique de son temps. Le film est une satire de la vie universitaire de l'époque, des relations interraciales, du mouvement pour l'amour libre, des extrémismes de gauche et de droite.

La production du film est tumultueuse et il est controversé dès sa sortie, jugé choquant par les spectateurs de l'époque. Crumb désavoue l'adaptation de sa bande dessinée en raison du contenu politique du film[1],[2], et demande que son nom soit retiré du générique[3]. En réponse au film, il publie un nouvel épisode de bande dessinée où il fait mourir son personnage[4]. Le film rencontre néanmoins un grand succès et devient un symbole générationnel.

Produit avec un budget de 700 000$, le film en rapporte environ 90 millions[5]. Son succès entraîne une vague de films d'animation pornographiques et une suite, Les Neuf vies de Fritz le chat (1974), à laquelle ni Ralph Bakshi ni Robert Crumb ne prennent part.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Dans un rassemblement de hippies à New York, Fritz rencontre trois jeunes femmes en train de flirter avec un corbeau (personnage inspiré de James Baldwin). Lorsque le corbeau les repousse, Fritz emmène les jeunes femmes à une fête chez un de ses amis et initie du sexe en groupe dans la baignoire de la salle de bains.

Deux policiers (représentés sous les traits de cochons) font une descente dans la fête. Fritz, qui a fumé du cannabis, vole l'arme de l'un des policiers et tire sur les toilettes, provoquant une inondation. Les policiers poursuivent Fritz qui trouve refuge dans une synagogue. Il réussit à échapper à ses poursuivants lorsque la congrégation se met à danser pour célébrer la décision des États-Unis d'envoyer davantage d'armes à Israël.

De retour à sa résidence étudiante, Fritz met le feu à ses livres et à ses notes, incendiant toute la résidence. Dans un bar de Harlem, il rencontre le corbeau Duke, avec qui ils volent une voiture, ont un accident, et arrivent finalement chez Berta, une revendeuse de drogue. Le cannabis de Berta augmente la libido de Fritz. Pendant qu'il fait l'amour avec elle, Fritz a une révélation : il doit annoncer la révolution. Il court dans la rue et provoque une émeute, au cours de laquelle Duke reçoit un coup de feu et meurt.

Fritz se cache dans une ruelle où sa petite amie Winston Swartz, représentée sous les traits d'une renarde, le trouve et l'emmène en voyage à San Francisco. Ils tombent en panne dans le désert et Fritz abandonne Winston. Il rencontre alors Blue, un lapin motard nazi accro à l'héroïne. Avec Harriet, la petite amie de Blue, représentée sous les traits d'un cheval, ils se rendent dans une cache souterraine où d'autres terroristes nazis, dont la cheffe est une lézarde, parlent à Fritz de leur projet de faire sauter une centrale électrique.

Quand Harriet essaye de convaincre Blue de partir plutôt avec elle manger au restaurant chinois, il la frappe et l'attache avec une chaîne. Fritz proteste et un autre membre du gang le frappe dans la figure avec une bougie. Blue et les autres nazis violent ensuite Harriet. Après avoir posé de la dynamite à la centrale électrique, Fritz regrette son geste et cherche vainement à empêcher l'explosion, qui a lieu alors qu'il est encore sur les lieux. À l'hôpital à Los Angeles, Harriet, habillée en nonne, et les trois jeunes femmes du début du film lui rendent visite, le pensant mourant. Fritz, après avoir récité le discours qu'il avait utilisé pour draguer les trois jeunes femmes, revit et fait l'amour avec elles trois dans son lit d'hôpital, sous les yeux étonnés de Harriet.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Voix originales[modifier | modifier le code]

Voix françaises[modifier | modifier le code]

Accueil[modifier | modifier le code]

Fritz le chat sort le 12 avril 1972 à Hollywood et Washington (district de Columbia). Malgré une première sortie modeste, le film devient rapidement un succès mondial[6]. Produit avec un budget de 700 000$, il en rapporte 25 millions aux États-Unis et 90 millions dans le monde[7]. C'est le film d'animation indépendant qui a eu le plus de succès de tous les temps[8]. La location du film en vidéo a rapporté 4.7 millions$ en Amérique du Nord[9].

À propos d'une avant-première du film à Los Angeles, Ralph Bakshi déclare : « Ils oublient que c'est un dessin animé. Ils le prennent comme un vrai film. [...] C'est le but, amener les gens à prendre le dessin animé au sérieux. » Au sujet d'une projection au Museum of Modern Art de New-York, il se souvient : « Un type m'a demandé pourquoi j'étais contre la révolution. Le truc important, là, c'est qu'un dessin animé poussait les gens à lever leur cul et se mettre en colère. »[10]

Le film attire aussi des réactions négatives. D'après Ralph Bakshi, « Les gens au pouvoir, les gens des magazines et les gens qui allaient au boulot tous les matins et aimaient Disney et Norman Rockwell pensaient que j'étais un pornographe, ils m'ont fait la vie dure. Je m'adressais aux gens plus jeunes, aux gens qui pouvaient accepter des idées nouvelles. Je ne m'adressais pas à tout le monde. Les gens qui aimaient mon film le trouvaient génial, et tous les autres voulaient ma peau. »[11]

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Les critiques à la sortie du film sont mitigées mais globalement positives.

Vincent Canby du New York Times écrit que le film est « drôle du début à la fin [...] Il y a là de quoi choquer à peu près tout le monde. »[12] La critique cinématographique Judith Crist décrit dans le New York magazine le film comme « un divertissement glorieusement drôle, brillamment ciblé et superbement exécuté [...] qui vise les têtes confuses des petits malins radicaux des années 60 [...] [ce film] changera à jamais la face du dessin animé. »[13] Paul Sargent Clark déclare dans le Hollywood Reporter que le film est « puissant et audacieux »[5].

Selon Newsweek au contraire, c'est « une saga inoffensive, jeuniste et sans esprit, calculée pour n'ébranler que le box office »[5]. Les critiques du Wall Street Journal et de Cue sont mitigées[5]. Thomas Albright écrit une critique enthousiaste dans Rolling Stone du 9 décembre 1971 après avoir vu un extrait de 30 minutes du film, déclarant que ce serait « certainement la plus importante avancée en matière d'animation depuis Yellow Submarine »[14] ; mais dans sa critique publiée après la sortie, il revient sur sa déclaration et écrit que le travail sur l'image ne suffit pas à empêcher le produit fini d'être un « désastre qualifié » en raison d'une « intrigue pesante » et d'un scénario « puéril » reposant trop lourdement sur des gags éculés et un humour raciste de mauvais goût[15].

D'après le critique Andrew Osmond, l'épilogue nuit à l'intégrité du film car il « donne à Fritz des capacités de survie de personnage de dessin animé, ce que le film avait refusé jusque-là »[16].

Patricia Erens trouve les scènes impliquant des stéréotypes juifs « violentes et inappropriées », et écrit que « seul le regard aigre du réalisateur Ralph Bakshi, qui dénigre indifféremment tous ses personnages, le héros inclus, peut faire douter de la nature de l'attaque. »[17]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « MichaelBarrier.com -- Funnyworld Revisited: III. Crumb, His Cat, and the Dotted Line », sur www.michaelbarrier.com (consulté le 15 juin 2019)
  2. « MichaelBarrier.com -- Funnyworld Revisited: V. A Strange Breed of Cat », sur www.michaelbarrier.com (consulté le 15 juin 2019)
  3. « Fritz le chat (1972) de Ralph Bakshi – L'Oeil sur l'écran » (consulté le 29 juin 2019)
  4. « Interview exclusive de Crumb et hommage à Fritz le Chat sur France (...) - ActuaBD », sur www.actuabd.com (consulté le 16 juin 2019)
  5. a b c et d Cohen, Karl F., Forbidden animation : censored cartoons and blacklisted animators in America, McFarland & Co, (ISBN 0786403950, 9780786403950 et 0786420324, OCLC 37246766, lire en ligne), p. 82-83
  6. Interview de Ralph Bakshi, The Fritz The Cat Collection DVD set, disc 3, Arrow Films, 2006.
  7. (en-US) Tasha Robinson, « Ralph Bakshi - Interview », sur The A.V. Club (consulté le 29 juin 2019)
  8. Gibson, Jon M. (Jonathan Michael), 1982-, Unfiltered : the complete Ralph Bakshi, Universe, (ISBN 9780789316844 et 0789316846, OCLC 228076642, lire en ligne), p. 58
  9. (en) « All-time Film Rental Champs », Variety,‎ , p. 48
  10. « MichaelBarrier.com -- Funnyworld Revisited: I. Bucking the Tide », sur www.michaelbarrier.com (consulté le 29 juin 2019)
  11. (en-GB) Steve Rose, « Who flamed Roger Rabbit? », The Guardian,‎ (ISSN 0261-3077, lire en ligne, consulté le 29 juin 2019)
  12. Cohen, Karl F., Forbidden animation : censored cartoons and blacklisted animators in America, McFarland & Co, (ISBN 0786403950, 9780786403950 et 0786420324, OCLC 37246766, lire en ligne)
  13. (en) Judith Crist, « A new breed of cat », New York Magazine,‎ , vol. 5 n°16, p. 24 (ISSN 0028-7369, lire en ligne)
  14. Thomas Albright (9 décembre 1971), "Crumb's Cat Fritz Comes To Screen", Rolling Stone, Straight Arrow Publishers, Inc. (97):14.
  15. Thomas Albright (25 mai 1972), "Fritz the Cat". Rolling Stone, Straight Arrow Publishers, Inc. (109):74.
  16. (en) Andrew Osmond, 100 Animated Feature Films., Palgrave Macmillan, (ISBN 1844575632 et 9781844575633, OCLC 965709351, lire en ligne), p. 77
  17. (en) Erens, Patricia., The Jew in American cinema., Indiana Univ. Pr, (ISBN 0253145007, 9780253145000 et 0253204933, OCLC 239892759, lire en ligne), p. 365

Liens externes[modifier | modifier le code]