Frederick Gustavus Burnaby

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Frederick Gustavus Burnaby
Frederick Gustavus Burnaby by James Jacques Tissot.jpg
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 42 ans)
SoudanVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Harrow School
Bedford School (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Activité
Autres informations
Arme
Grade militaire

Le colonel Frédéric-Gustave Burnaby (Bedford-Abu Klea (à 42 ans)) est un officier de renseignement de l'armée britannique. Son goût pour l'aventure, ses exploits à l'avant-garde de son temps et son courage flamboyant ont laissé des traces profondes dans l'esprit des propagandistes de l'idéal impérialiste de l'époque victorienne. Pendant sa courte carrière, il voyage en Europe et en Asie centrale (où il est l'un des acteurs du Grand Jeu). Il se présente à deux reprises aux élections législatives et publie plusieurs livres. Personnalité londonienne très en vue, sa popularité est fort étendue comme le prouvent ses nombreuses mentions dans plusieurs histoires et récits de l'empire britannique. Adepte des ascensions en ballon, il parlait couramment plusieurs langues étrangères.

Article détaillé : Grand Jeu (géostratégie).

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Vanity Fair, caricature, 2 décembre 1876

Frederick Burnaby est né à Bedford[1]. Il est le fils du révérend Gustavus Andrew Burnaby de Somerby Hall (Leicestershire), chanoine de Middleham , dans le Yorkshire (mort le ), et d'Harriet de Villebois, de Marham House, dans le Norfolk (morte en 1883). Il fait ses études à la Bedford School, puis à la Harrow School, à l'Oswestry School et en Allemagne. Dès sa jeunesse, sa grande force physique lui aurait permis de porter deux autres garçons, chacun sous un bras, jusqu'en haut d'un escalier. À l'âge adulte, Burnaby est de haute stature pour son époque : 1,93 m et 127 kg[2]. Il pouvait porter un petit poney, et tenir à l'horizontale une queue de billard entre le pouce et l'index. Mais c'est aussi un homme instruit, capable de parler au moins sept langues, dont le russe, le turc et l'arabe[3].

Il entre dans les Royal Horse Guards en 1859. Ne parvenant pas à être recruté pour le service actif, il satisfait son esprit d'aventure par des ascensions en ballon et des voyages à travers l'Espagne et la Russie, avec son ami intime George Radford. À l'été 1874, il est correspondant du Times auprès des forces carlistes en Espagne, mais, alors que la guerre est encore en cours, il est envoyé en Afrique pour suivre l'expédition de Gordon au Soudan, ce qui l'emmène jusqu'à Khartoum[1].

Aventures en Asie[modifier | modifier le code]

De retour en Angleterre en , il prépare un projet de voyage à cheval à travers la Russie, vers le khanat de Khiva qui venait d'être fermé aux étrangers. La guerre avait éclaté entre l'armée russe et les tribus turkmènes du désert. Il prévoit de visiter Saint-Pétersbourg et d'y rencontrer le comte Dmitri Milioutine, ministre de la guerre du tsar Alexandre II. Voyageant à ses frais, il part de la gare de Victoria à Londres le . Les Russes l'assurent qu'ils le protègeront durant son voyage, mais c'est surtout le moyen de le garder sous surveillance. En effet, ils ont déjà placé le khanat sous leur influence, et ils savent que des officiers de renseignement britanniques ont déjà visité la région depuis l'Inde : le capitaine George Napier (en 1874) et le colonel Charles MacGregor (en 1875). À Noël, Burnaby parvient à Orenbourg. Là, il rencontre l'ancien khan de Kokand. Il parvient à déjouer la surveillance russe et arrive à Khiva au début de 1876. Il y est reçu fort amicalement par le khan, mais il doit le quitter rapidement sur ordre du duc de Cambridge, commandant en chef de l'armée britannique, qui craint la réaction russe devant ce qui pourrait être interprété comme une mission officielle. De retour à Londres, il raconte son voyage et expose ses analyses sur les ambitions de la Russie tsariste dans son livre A Ride to Khiva, qui lui vaut une célébrité immédiate.

En , Burnaby est reçu par le duc de Cambridge, qui est impressionné par sa personnalité et ses récits. Burnaby devient une célébrité de Londres. Alors que les tensions entre les Russes et les Turcs sont croissantes, notamment après les massacres en Bulgarie, il part pour l'est de la Turquie en . Il voyage jusqu'à Erzurum, et constate la mauvaise préparation des Turcs face à une prochaine attaque russe. Il rentre à Londres et commence la rédaction de son nouvel ouvrage, On Horseback through Asia Minor. Il est encore en train de l'écrire lorsqu'éclate la guerre russo-turque de 1877-1878. Son livre, encore plus anti-russe que le précédent, arrive donc à point et lui vaut un nouveau succès (il connait sept réimpressions). La guerre semble confirmer ses avertissements quant aux ambitions territoriales russes, qui ne se limitent pas au Caucase et aux Balkans, mais concernent aussi l'Asie centrale, anticipant une guerre de conquête[3].

Article détaillé : Guerre russo-turque de 1877-1878.

Burnaby (qui vient d'être nommé lieutenant-colonel) devient agent itinérant pour le comité de la Croix-Rouge de Stafford House, mais il doit retourner en Angleterre avant la fin de la campagne[1].

Vie privée et tentative de carrière politique[modifier | modifier le code]

En 1879, il épouse Elizabeth Hawkins-Whitshed, qui avait hérité de son père le domaine de Greystones, en Irlande. Ce domaine, précédemment connu sous le nom de « domaine Hawkins-Whitshed à Greystones », prend dès lors celui de « Burnaby »[4]. Frederick Burnaby commence alors à participer activement à la vie politique ; en tant que candidat conservateur, il échoue en 1880 à prendre un des sièges de député de Birmingham à la Chambre des communes contre les candidats du parti libéral. Une deuxième tentative en 1885 échoue de même[1].

En 1882, il traverse la Manche en ballon à gaz.

La campagne du Soudan[modifier | modifier le code]

À sa grande déception, il n'est pas rappelé en service actif pour la campagne d’Égypte. En 1884, il participe sans mandat officiel à la campagne de Suakin au cours de la guerre des mahdistes. Il est blessé à El Teb en espionnant  pour son ami le général Valentin Baker. Cela ne le dissuade pas de poursuivre ses activités lors d'une nouvelle expédition sur le Nil. Lord Wolseley lui confie une mission, et il est impliqué dans l'escarmouche d'El Teb. Lors de la bataille d'Abu Klea, il se précipite dans une trouée dans les lignes ennemies pour porter secours à un compagnon d'armes, mais il est frappé d'un coup de lance dans la poitrine, puis achevé d'un autre coup à la gorge[1]. Le lieutenant-colonel lord Binning mentionne plus tard que « dans notre petite troupe, sa mort a provoqué une sensation proche de la consternation. Dans mon propre détachement, de nombreux hommes s'assirent pour le pleurer »[5],[6].

Article détaillé : Guerre des mahdistes.

Références culturelles[modifier | modifier le code]

Le poème d'Henry Newbolt « Vitaï Lampada » est considéré comme une référence à la mort de Burnaby à la bataille d'Abu Klea : « La Gatling s'enraye et le colonel est mort… » (bien que la mitrailleuse était en fait une Gardner)[7]. La chanson « Colonel Burnaby » fut écrite en son honneur, et son portrait se trouve dans la National Portrait Gallery, à Londres[8],[2].

L'ouvrage de Burnaby A Ride to Khiva est cité dans la nouvelle de Joseph Conrad « Jeunessse » (1898), quand le jeune Marlow raconte comment il lut « pour la première fois Sartor Resartus et "A Ride to Khiva" de Burnaby », déclarant préférer alors « le soldat au philosophe »[9].

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Practical Instruction of Staff Officers in Foreign Armies, publié en 1872
  • A Ride to Khiva: Travels and Adventures in Central Asia (1876) (ISBN 1590480198)
    Publié en français sous le titre Une visite à Khiva : aventures de voyage dans l'Asie centrale, Paris, Plon, 1877 (notice BnF no FRBNF30178661) ; réédition sous le titre Khiva : au galop vers les cités interdites d'Asie centrale, 1875-1876, Paris, Phébus, coll. « D'ailleurs », 2001 (ISBN 2-85940-729-4) ; réédition, Paris, Libretto, coll. « Littérature étrangère », 2018 (ISBN 978-2-36914-438-0)
  • On Horseback Through Asia Minor (1877) (ISBN 1590480317)
les deux suivants avec une introduction de Peter Hopkirk :
  • A Ride across the Channel (1882)
  • Our Radicals: a tale of love and politics (1886)

Revues[modifier | modifier le code]

  • Des contributions régulières en tant que correspondant du Times en Égypte et au Soudan
  • Vanity Fair
  • Punch, à partir de 1872

Héritage[modifier | modifier le code]

Obélisque commémorative dans le cimetière de la cathédrale Saint-Philippe de Birmingham

Un grand obélisque en pierre de Portland dans le cimetière de la cathédrale Saint-Philippe de Birmingham commémore la vie de Frederick Burnaby. Il porte son buste en relief et les seuls mots « Burnaby », « Khiva 1875 » et « Abou Klea 1885 ». Il a été inauguré par lord Charles Beresford le 13 novembre 1885[10].

On trouve un vitrail à la mémoire de Burnaby dans l'église St Peter, à Bedford[11]. Il y a un pub, le Burnaby Arms, dans le quartier Black Tom de Bedford. L'orgue de l'Oswestry School Chapel lui est dédié[12].

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d et e Chisholm 1911.
  2. a et b White-Spunner, p. 400-408.
  3. a et b Le Grand Jeu, P. HOPKIRK, 2011, p. 379-390.
  4. (en) Rosemary Raughter, « Elizabeth Hawkins-Whitshed of Killincarrick », sur Our Wicklow Heritage, (consulté le 11 juillet 2017).
  5. Letter of 27 April 1885, to c/o Major Lord Arthur Somerset, who commanded The Blues, HCM, AB 2659.
  6. White-Spunner, p. 405
  7. (en) « The Battle of Abu Klea of the Sudan Campaign 1885 », Britishbattles.com (consulté en janvier 2014).
  8. The life of Colonel Fred Burnaby by Charles P. Corning
  9. Conrad, Joseph.
  10. Roger Ward, Monumental Soldier, in (en) Brian Hall, Aspects of Birmingham, Wharncliffe Books, (ISBN 1871647673)
  11. (en) « Bedford digitisation people Burnaby Window » [archive du ], bedfordshire.gov.uk
  12. (en) Peter Francis, Shropshire War Memorials, Sites of Remembrance, YouCaxton Publications, (ISBN 978-1-909644-11-3), p. 69

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Michael Alexander, The True Blue: The Life and Adventures of Colonel Fred Burnaby 1842-45, London, Rupert Hart-Davis,
  • (en) Charles P. Corning, The life of Colonel Fred Burnaby, UCLA
  • (en) R.K. Mann, The Life, Adventures and Political Opinions of Frederick Gustavus Burnaby,
  • (en) J. Redding Ware et R.K. Mann, The Life and Times of Colonel Fred Burnaby
  • (en) Thomas Wright, The Life of Colonel Fred Burnaby, Everett & Co,
  • (en) « Frederick Gustavus Burnaby », dans Encyclopædia Britannica, 1911 [détail de l’édition] [lire en ligne]
Sources secondaires
  • (Andrew, Sir William ?[réf. nécessaire])  "An Indian Officer", Russia's March towards India, 1894
  • (en) Col. Valentine Baker, Clouds in the East: Travels and Adventures on the Perso-Turkoman Frontier, London,
  • (en) L.E. Frechtling, « Anglo-Russian Rivalry in Eastern Turkistan, 1863-1881 », Journal of the Royal Central Asian Society, vol. XXVI,‎
  • [Le Grand Jeu, P. HOPKIRK, 2011] Peter Hopkirk (trad. de l'anglais par Gerald de Hemptinne, préf. Olivier Weber), Le Grand Jeu : Officiers et espions en Asie Centrale [« The great game: On secret service in high Asia »], Bruxelles, Nevicata, (réimpr. 2013), 3e éd. (1re éd. 2011), 569 p. (ISBN 978-2-87523-096-6). 
  • (en) Charles Marvin, Colonel Grodekoff's Ride from Samarkand to Herat,
  • (en) Gerald Morgan, Anglo-Russian Rivalry in Central Asia 1810-1895,
  • (en) B. Robson, The Road to Kabul: The Second Afghan War 1878-1881,

Liens externes[modifier | modifier le code]