Freddy Tiffou

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Freddy Tiffou
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Naissance
Décès
(à 69 ans)
BagnoletVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Formation
Maître
Distinctions
Prix de Rome
Pensionnaire de la villa Médicis (d) (-)Voir et modifier les données sur Wikidata

Freddy Tiffou, né le à Alger et mort le à Bagnolet[1], est un peintre français, lauréat du prix de Rome en 1962.

Biographie[modifier | modifier le code]

Freddy Tiffou est né en 1933 à Alger de l'union entre Lucienne Baille et Edmond Tiffou, un peintre enlumineur algérois. Il suit ensuite l'enseignement de l'École des beaux-arts d'Alger. Il assiste aux cours prodigués par le dessinateur Louis Fernez. C'est ici que s'affine petit à petit son goût pour la peinture, pour les couleurs, pour les formes.

C'est au cours de ces études qu'il rencontre certains amis artistes qu'il côtoie pendant de nombreuses années. C'est également à Alger qu'il rencontre une jeune artiste, une sculptrice-dentellière qu'il épouse : Colette Frapolli dont le père était maire de Fort-National en Kabylie, assassiné en août 1955. De leur mariage nait une fille, Caroline et un fils, Stéphane qui marcha sur les pas de son père et devint artiste. Stéphane a eu un fils prénommé Marcello.

En 1953, il part pour Paris où il est admis aux Beaux-arts. Il travaille alors sous la direction du maître Legueult. Il fonde avec une dizaine de camarades le groupe dit « de Rosny ». Il confirme ses dons précoce dans la capitale où il vit à l'hôtel, jusqu'en 1960, année où il doit partir au service militaire après avoir été chassé de son atelier de Rosny-sous-Bois par une bande de squatters installés avec femmes et enfants[réf. nécessaire].

C'est à Alger, en 1955, dans la galerie Comte-Trinchant, que Freddy Tiffou connait sa première exposition. Le critique artistique de la revue Algeria remarque alors sa tendance « Buffet »[réf. nécessaire]. Deux ans plus tard, en 1957, après avoir été mentionné lors du prix Viking, il se voit attribuer le Prix de la Ville d'Alger. C'est alors qu'il réalise deux grandes toiles (de 3 et 4 mètres) pour décorer la maternité de l'hôpital Parnet à Dussein-Dey.

Alors qu'il accomplit ses obligations militaires, Freddy Tiffou continue d'exposer. Une première fois à Alger en 1960 et une deuxième en avril 1961, dont l'inauguration eut lieu la veille du putsch. Après deux ans de service, cette exposition devait marquer la rentrée de l'artiste. Elle présentait pour la première fois le « Groupe des 7 » à la galerie Romanet. Cette réunion d'artistes comprenait, outre le sculpteur Henri Chouvet : Jacques Burel, André Cardona, Jean Simian, Jar Durand et son élève René Sintès. Cette exposition fut un échec pour des raisons imputables à l'Histoire.

Malgré son amour de l'Algérie, Freddy Tiffou est contraint de quitter son pays natal et plus particulièrement Alger, la ville de son cœur. Avec de nombreux pieds-noirs, à la suite de la déclaration d'indépendance de l'Algérie, il rejoint la ville de Bagnolet. Il fait donc partie de cette population partagée entre deux cultures, entre deux pays, entre deux modes de vie différents. C'est en 1962, la même année, qu'il remporte le prix de Rome.

Freddy Tiffou est l'un des derniers lauréats du prix de Rome. Il obtient cette bourse d'études et rejoint alors l'Académie de France à Rome, la Villa Médicis. Il y passe trois ans, du 25 janvier 1933 au 30 avril 1966 sous la direction du peintre Balthus alors directeur de l'établissement. C'est d'ailleurs au cours de cette période que naît son fils. C'est ici, à la villa Medicis, qu'il rencontre l'architecte Michel Dufour (prix de Rome 1962), un pensionnaire dont le travail a un impact non négligeable sur son œuvre.

Outre le prix de Rome, Freddy Tiffou reçoit, en 1958, le prix Velázquez, une importante récompense espagnole. Malheureusement, cette bourse lui est retirée pour « non-usage dans les délais ». Ainsi, il pouvait se targuer d'avoir obtenu la bourse pour la Casa de Velázquez la même année que prix de la Jeune peinture, l'équivalent du prix Goncourt de la littérature. Il est également sélectionné en 1956 pour le prix Othon Friesz alors qu'il est boursier à Collioure. Ces récompenses sont accueillies avec beaucoup d'humilité par l'artiste. Ces nombreux prix lui permettent d'être exposé un peu partout dans le monde. Son œuvre voyage de Paris à Tokyo (grâce à la galerie Tamenaga) en passant par l'Italie, l'Allemagne, l'Algérie, les États-Unis, sans oublier Antibes dans une exposition intitulée « Les cinquante derniers Premiers Grand prix de Rome » chez Picasso-Antibes. L'œuvre choisie pour représenter Freddy Tiffou n'était autre que celle qui lui avait permis de gagner le Prix de Rome, Autoportrait entouré d'objets, une œuvre aujourd'hui exposée à l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris.

En 1977, Freddy Tiffou vient enrichir la liste des professeurs de l'École nationale des beaux-arts de Lyon. Malgré des peintures relativement « classiques », il est amateur de manifestations d'avant-garde et autres « performances ». C'est ce profil et sa motivation qui décident le directeur de l'établissement, Philippe Nahoum, à faire appel à lui. Il y enseigne alors la peinture à de jeunes étudiants venus des quatre coins du monde. Il prend très à cœur ce poste de professeur. Il se montre très discret sur ses travaux et il ne se met jamais en avant. Pendant toute la durée de son contrat, il se tient à ce principe. Il s'investit totalement dans les tâches qui lui sont confiées. Il est l'un des syndicalistes CGT de l'École et était très engagé politiquement.

En 1983-1984, Jack Lang, alors ministre de la Culture, lui confie une mission de réflexion à propos du statut de l'artiste. Il est l'un des membres les plus influents du Syndicat national des artistes peintres dont la porte-parole était Françoise Arthaud. Même si ces négociations n'aboutirent qu'à quelques peccadilles au niveau financier, Freddy Tiffou peut être en partie tenu responsable de la reconnaissance de la condition précaire de l'artiste. Grâce à lui, les peintres acquièrent un statut professionnel. Peindre devient leur métier. Jusqu'alors, ils ne profitaient d'aucune protection vis-à-vis de leur profession incertaine.

C'est aussi au cours de cette période que sa production personnelle connait un net ralentissement pour s'arrêter complètement au début des années 1990 au début de la maladie de son épouse qui est décédée le 6 octobre 2001.

Il s'éteint en 2002 à Bagnolet à l'âge de 68 ans.

L'œuvre[modifier | modifier le code]

Au cours de sa carrière, Freddy Tiffou signe une œuvre assez singulière. Navigant entre différentes influences, différents styles, différentes techniques, différentes sources d'inspiration, il atteint rapidement une sorte de savoir-faire qui ne manque pas d'une certaine originalité.

Largement inspirée par le mouvement cubiste, une grande partie de l'œuvre de l'artiste s'emploie à décomposer les objets et les humains selon des volumes géométriques élémentaires (cubes, sphères, pyramides). Pour Guillaume Apollinaire, le cubisme « c’est l’art de peindre des ensembles nouveaux empruntés non à la réalité de vision, mais à la réalité de connaissance ».

Il s'emploie à gommer les dernières distances entre le fond et le premier plan. Les règles de perspective classique disparaissent. Comme ses illustres maîtres, il parvient à faire le tour de l'objet sans bouger. En fait, il n’y a plus de motif ni de fond mais une entité qui est l’espace pictural. Sur bien des toiles, Freddy Tiffou tire la profondeur d'une surface plane. Il est une réflexion sur la forme, sur la représentation, sur le processus créatif. Il recherche plus de « vérité » dans la représentation de l'objet. Malgré la volonté de s'éloigner de ces pairs, il n'arrive pas à renier complètement son amour du cubisme, l'influence qu'il a pu avoir sur son envie de peindre.

Après une petite incursion vers l'abstraction dont en témoigne le « Palatin » peint lors de son séjour à Rome, Freddy Tiffou semble avoir trouvé sa voie. Du cubisme, il retiendra le jeu sur les formes, sur les couleurs, sur les ambiances. À partir de cette base, il développera une technique assez particulière. Lorsque l'on regarde les tableaux de manière assez brève, on a l'impression qu'il a recours à des collages, cependant, dès que l'on s'approche de la toile, on se rend compte que tous les détails sont peints à la peinture à l'huile. Au cours de sa vie, il n'a eu recours qu'à cette seule technique picturale : la peinture à l'huile. C'est ce moyen d'expression : le pseudo-collage, qui rend l'œuvre de Freddy Tiffou particulière. L'œuvre la plus intrigante à ce niveau là est Balthazar.

Outre cet hommage à Balthus, son directeur durant les trois ans qu'il passa à l'Académie de France à Rome, on peut voir un traitement balthusien des expressions, dans le traitement des visages dans certaines de ses œuvres, un mélange d'ironie et de naïveté qui mettent ces œuvres à part dans le travail de l'artiste. Freddy Tiffou avait pris soin d'écrire derrière certaines toiles des messages amoureux destinés à son épouse Colette[réf. nécessaire].

Il connut aussi des périodes de doute. C'est ce qui explique en partie certaines toiles d'inspiration funèbre. Cependant, son œuvre est surtout réputée pour être inspirée par la nature qui l'entoure. Il n'est pas rare de retrouver des fleurs, des oiseaux, des animaux. La faune et la flore sont au cœur de son œuvre. Une toile comme Pollution ainsi que de nombreux dessins de l'artiste sont là pour nous rappeler les dangers qui nous guette. Freddy Tiffou utilisait son art pour exprimer son inquiétude face à la pollution qui commençait déjà à ronger les villes. Actif sur le devant de la scène syndicale à la fin de sa carrière, il le fut également dans son œuvre picturale tout au long de sa vie. Il n'est pas exagéré de considérer Freddy Tiffou comme un artiste engagé[réf. nécessaire].

Références[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]