Fratelli tutti

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Fratelli tutti
Blason du pape François
Encyclique du pape François
Date
Sujet La fraternité et l'amitié sociale
Chronologie

Fratelli tutti (en français : « Tous frères ») est une encyclique du pape François signée le et publiée le lendemain, jour de la fête de saint François d'Assise. Elle porte « sur la fraternité et l'amitié sociale ».

Contexte[modifier | modifier le code]

Tombeau de pierre situé au fond d'une niche dans une église, et sur lequel est écrit « S. Francesco ».
Le tombeau de François d'Assise, lieu de signature de l'encyclique.

Fratelli tutti est la troisième encyclique du pape François, après Lumen fidei et Laudato si'. Pour plusieurs observateurs, elle apparaît comme l'encyclique incarnant la « maturité » mais aussi le « bilan » de son pontificat[1],[2].

La date choisie pour la signature de l'encyclique est le , à Assise, plus précisément au Sacro Convento. Cette date correspond à la veille de la fête liturgique de François d'Assise, d'après qui Jorge Bergoglio a choisi son nom de pape. La nouvelle de la publication intervient le et est effectuée simultanément par Enzo Fortunato, directeur de la salle de presse du Vatican, et par Domenico Sorrentino (it), évêque d'Assise[3].

Cette visite à Assise constitue la première sortie du Vatican pour le pape depuis le début de la pandémie de Covid-19[4], mais le quatrième passage dans cette ville depuis le début de son pontificat en mars 2013[3].

Rédaction[modifier | modifier le code]

Le pape, dans sa rédaction de l'encyclique, fut assisté par le dicastère pour le service du développement humain intégral. Famille Chrétienne estime qu'une part de la rédaction, ou tout au moins de l'inspiration, du texte, serait du fait de Bruno-Marie Duffé, qui assiste le cardinal Peter Turkson dans la direction de ce dicastère[5].

Publication[modifier | modifier le code]

Le pape François signe l'encyclique le à Assise, devant le tombeau de François d'Assise[6], après avoir célébré une messe en ce lieu, ce qui constitue une première pontificale ; c'est aussi la première fois de qu'une encyclique est signée hors de Rome[7],[8]. L'encyclique est publiée le lendemain[9]. La publication de l'encyclique est accompagnée d'une conférence de presse tenue le jour même[10].

Titre[modifier | modifier le code]

Le titre de l'encyclique, Fratelli tutti (« Tous frères »), est directement tiré des Admonitions de François d'Assise. Le pape François y avait fait allusion plus tôt dans l'année, le , lors de la messe qu'il présidait à la maison Sainte-Marthe[3] :

« Saint François d'Assise a dit : « Tous frères ». Et pour cela, hommes et femmes de toutes confessions religieuses, aujourd'hui, nous nous unissons à la prière et à la pénitence, pour demander la grâce de la guérison de cette pandémie[3],[11]. »

Le titre de l'encyclique est, dès avant la publication de celle-ci, critiqué par certaines voix, notamment de femmes catholiques, qui déplorent que la formulation n'inclue pas explicitement hommes et femmes, même si le masculin italien englobe les deux[12].

Contenu[modifier | modifier le code]

L'encyclique est analysée comme reprenant « le cœur du message franciscain »[8]. Le pape lui-même la commente en insistant sur la « capacité de fraternité » et l'« esprit de communion humaine » nécessaires à la construction d'« une société plus juste ». Il présente son texte comme une « modeste contribution à la réflexion » pour faire « réagir » ses lecteurs[13].

L'encyclique est explicitement un texte à charge contre le « le dogme néolibéral » considéré comme « une pensée pauvre, répétitive ». Le pape dénonce aussi « [l]a spéculation financière, qui poursuit comme objectif principal le gain facile, continue à faire des ravages » alors que « la fragilité des systèmes mondiaux face aux pandémies a mis en évidence que tout ne se résout pas avec la liberté de marché »[14].

Structure[modifier | modifier le code]

Le texte de 287 paragraphes est divisé en huit grands chapitres[13]:

  1. Le premier, « Les ombres d'un monde fermé », est un constat assez sombre du manque de fraternité dans le monde de 2020.
  2. Le deuxième, « Un étranger sur le chemin », présente la figure du Bon Samaritain en insistant sur la notion de « prochain».
  3. Le troisième chapitre, « Penser et gérer un monde ouvert », propose l'exemple d'un amour universel qui permette l'avènement du droit des peuples.
  4. Le quatrième chapitre s'intitule « Un cœur ouvert au monde » et invite à faire dialoguer le local et l'universel, notamment dans le cadre des suites de la pandémie de 2020.
  5. Le cinquième chapitre, « La meilleure politique », renvoie dos à dos les échecs des populismes et du libéralisme, et invite à une autre voie.
  6. Dans le sixième chapitre, « Dialogue et amitié sociale », le pape reprend un thème qu'il affectionne, l'amitié sociale, dans lequel il oppose la rencontre et la bienveillance à la cruauté.
  7. Le septième chapitre, « Des parcours pour se retrouver », propose des chemins de construction de la paix, prenant notamment position contre la guerre, l'arme nucléaire et la peine de mort.
  8. Le huitième et dernier chapitre, « Les religions au service de la fraternité dans le monde », s'appuie notamment sur le document sur la fraternité humaine, co-signé le avec Ahmed el-Tayeb, recteur de la mosquée al-Azhar. François y insiste notamment sur le rôle positif des religions dans l'avènement de la fraternité humaine.

Appels[modifier | modifier le code]

Outre l'appel à la fraternité humaine qui sous-tend l'ensemble du document, sept appels plus concrets sont recensés. Le premier est un appel à la réforme de l'ONU, afin d'éviter que l’autorité « ne soit cooptée par quelques pays » afin d'« éviter que cette organisation soit délégitimée, parce que ses problèmes ou ses insuffisances peuvent être affrontés ou résolus dans la concertation ». Le second est une réaffirmation de l’inadmissibilité de la peine de mort, affirmation qui n'est pas nouvelle ni dans la bouche de François ni sous la plume d'un pape. Le troisième appel concerne plus particulièrement l'Europe et l'invite à accueillir les migrants. Dans son quatrième appel, le pape condamne toute forme d’esclavage, y compris les formes modernes de l'esclavage, notamment visant les femmes, les personnes victimes de trafic d'organes et les travailleurs pauvres. Le cinquième appel est une admonestation visant à la fin de toutes les armes nucléaires. Le sixième est un rappel de la vocation de toutes les religions à la paix, et l'impossibilité pour elles de prôner la violence. Enfin, le septième appel vise à l'unité des chrétiens et rappelle l'urgence de celle-ci[15].

Inspiration du texte[modifier | modifier le code]

La référence la plus présente dans le texte est celle à la démarche fraternelle de François d'Assise, notamment dans le dialogue interreligieux dont il est un des précurseurs, notamment par sa rencontre avec Al-Kâmil. Fratelli tutti est décrite par Eric Sénanque comme étant du même esprit que le document sur la fraternité humaine signé en 2019 avec Ahmed el-Tayeb[16].

L'encyclique fait également, surtout dans son deuxième chapitre, la part belle à la parabole du Bon Samaritain et à son interprétation. La notion de prochain élaborée dans l'encyclique est pour partie inspirée de l'interprétation qu'en font Paul Ricœur ainsi qu'un de ses maîtres à penser, Gabriel Marcel[5]. John L. Allen, Jr. analyse cette encyclique comme s'inscrivant dans la lignée de Quadragesimo anno[17].

Le pape insiste également sur des sources d'inspiration non catholique, en particulier Martin Luther King (baptiste), Desmond Tutu (anglican) mais également Mohandas Karamchand Gandhi (hindouiste)[1].

Famille chrétienne fait remarquer que le pape emploie le groupe de trois mots « liberté », « égalité » et « fraternité », sans pour autant faire explicitement référence à la devise française. De plus, le pape critique la déclarations française et universelle des Droits de l'homme pour leur essence jugée abstraite et ne provenant pas « d’une culture consciente et pédagogique de la fraternité »[5].

Charles de Foucauld est montré par le pape François comme un modèle de fraternité[réf. nécessaire].

Réception[modifier | modifier le code]

Sur la forme, la signature du document à Assise est analysée par Stefania Proietti, maire d'Assise, comme « un cadeau, un don mais aussi une responsabilité »[8].

Sur le fond, cette encyclique est perçue comme un testament spirituel de François, car s'y juxtaposent tous les thèmes qu'il affectionne : la paix, le dialogue interreligieux et social, la défense de la création, l'accueil des migrants, l'importance du pardon et la mise en place de formes politiques de la charité[1].

L'opposition du pape au concept de guerre juste est très appréciée par Andrea Riccardi, fondateur de la communauté Sant'Egidio ; Andrea entrevoit à la lecture de l'encyclique « l'espoir d'une paix possible »[18].

Jean-Luc Mélenchon a salué l'encyclique et écrit qu'elle « peut ouvrir un salutaire temps de réflexions partagées » et qu'elle « facilite l'émergence d'une conception universaliste fondée sur un vécu intime largement partagé […] indispensable pour construire la culture de l'entraide humaine générale face aux détresses globales que nous affrontons ». Mélenchon écrit que les mots du pape François « ressemblent assez aux [s]iens pour [qu'il en soit] ému ». Il appelle la France à entendre la « condamnation morale du Pape » et à devenir un « peuple ouvert ». Selon lui, devenir un peuple ouvert « peut déboucher sur une vision universaliste fraternelle partagée entre croyants et incroyants ». Il ajoute : « Nous aussi nous rejetons la notion de peuple enfermé dans la répétition d'une identité figée »[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c Marie-Lucile Kubacki, « Encyclique « Fratelli tutti » : le « I have a dream » du pape François », La Vie,‎ (ISSN 0151-2323, lire en ligne).
  2. Arthur Herlin, « « Fratelli tutti » : le manuel de fraternité du pape François à l’usage de tous », sur Aleteia, (consulté le 5 octobre 2020)
  3. a b c et d Marie-Lucile Kubacki, « Une nouvelle encyclique sur la fraternité bientôt signée à Assise », La Vie,‎ (ISSN 0151-2323, lire en ligne[archive du ])
  4. Reuters, « Le pape à Assise en octobre, sa première sortie depuis février », Challenges,‎ (ISSN 0751-4417, lire en ligne).
  5. a b et c Antoine-Marie Izoard, « Fratelli tutti : une encyclique aux multiples références françaises », Famille chrétienne,‎ (lire en ligne)
  6. (en) Bernadette Mary Reis, « Pope signs new Encyclical "Fratelli tutti" on St Francis's tomb in Assisi », Vatican News,‎ (lire en ligne).
  7. (en) John L. Allen Jr., « As Pope named ‘Francis’ heads to Assisi, a lot rides on new encyclical », Crux (en),‎ (lire en ligne).
  8. a b et c iMedia, « Le pape François signe l’encyclique « Fratelli tutti » à Assise », Aleteia,‎ (lire en ligne).
  9. Cécile Chambraud, « Avec l’encyclique « Fratelli tutti », le pape François passe au crible la mondialisation », Le Monde,‎ (ISSN 0395-2037, lire en ligne).
  10. (en) Bernadette Mary Reis, « Highlights from presentation of “Fratelli tutti” », Vatican News,‎ (lire en ligne).
  11. « Un jour de fraternité, un jour de pénitence et de prière (14 mai 2020) | François », sur w2.vatican.va (consulté le 4 octobre 2020)
  12. (en) Annemarie Paulin-Campbell, « ‘Fratelli Tutti’ – Encyclical of love that misses the boat on women », Spotlight Africa,‎ (lire en ligne)
  13. a et b Anita Bourdin, « « Fratelli tutti » : un vademecum « pour construire une société plus juste » », Zenit,‎ (lire en ligne)
  14. OLJ, « Plaidoyer du pape pour la fraternité, haro contre « le dogme néolibéral » », L'Orient-Le Jour,‎ (ISSN 1564-0280, lire en ligne)
  15. « 'Fratelli tutti': les sept grands appels du pape François », Centre catholique des médias,‎ (lire en ligne).
  16. Éric Sénanque, « « Fratelli Tutti » : l'appel du pape François à la fraternité et au dialogue », RFI,‎ (lire en ligne).
  17. (en) John L. Allen Jr., « Like a century ago, a papal encyclical tries to shed light on a dark time », Crux (en),‎ (lire en ligne)
  18. Hélène Destombes, « Andrea Riccardi : « Il ne peut y avoir de fraternité entre les hommes s’il y a la guerre » », Vatican News,‎ (lire en ligne).
  19. « Jean-Luc Mélenchon salue l'encyclique « Fratelli Tutti » du pape François », Le Figaro,‎ (ISSN 1241-1248, lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]